L’autre récit du « Roi Lion »

Avec la ressortie du Roi Lion, Disney troque les dessins contre les images de synthèse, dans une copie quasi conforme du film de 1994. Après avoir critiqué le long métrage, Le Mag du Ciné s’interroge sur ses lectures politiques possibles.

Il était une fois un Royaume patriarcal. Dépourvu d’assemblée délibérante, de système judiciaire ou de contre-pouvoir médiatique, il était tout entier articulé autour d’une autorité exécutive strictement réservée aux hommes, allant de père en fils, ou circulant en vase clos au sein d’une fratrie royale. Ce gouvernement était en fait celui d’un seul homme, le Roi, qui plaçait de facto toute la communauté sous son idéologie et ses humeurs. Les frontières du Royaume étaient fermées ; nul n’était autorisé à y pénétrer sans y être invité et personne ne se risquait à s’aventurer au-delà des limites tracées par le Roi.

Le frère de sa Majesté, à l’époque que nous décrivons, était un individu solitaire, machiavélique, pascalien, défenseur zélé de la loi du plus fort. Il complotait contre la Royauté, rassemblait discrètement une armée de mercenaires à qui il promettait une forme d’opulence et parvenait finalement à assassiner le Roi en provoquant un mouvement de panique lui étant fatal. Alors que la couronne devait revenir au seul prince du Royaume, le Frère allait mettre tout en œuvre pour chasser ce dernier de la communauté. C’est ainsi qu’il allait être élevé au rang de Chef suprême. Sous son règne, la population serait décimée par les mercenaires qu’il avait engagés et les femmes de la noblesse, dont l’ancienne Reine, se soumettraient poliment à ses diktats, bien qu’avec réserve.

Vous l’aurez compris, cette dystopie moyenâgeuse n’est autre que Le Roi Lion. Pas plus tard que ce matin, dans « L’Invité des matins » de France Culture, la critique de cinéma américaine Lisa Nesselson y identifiait un sous-texte politique controversé : selon elle (et le New York Times qu’elle cite à l’antenne), les aventures de Simba et Nala reviendraient à assurer aux spectateurs la venue prochaine d’un homme providentiel capable de résoudre tous leurs problèmes. Pourquoi s’embarrasser de tracas, puisque Simba – assimilé à Donald Trump dans l’émission précitée – arrive ? À cette lecture critique du Roi Lion, on peut en greffer une autre, cachée dans les interstices du récit et en révélant certains paradoxes.

Si l’avènement de Scar en tant que Souverain est rendue si effroyable à l’écran, c’est essentiellement en raison de son pacte avec les hyènes, particulièrement voraces. Mufasa, le Roi déchu et père de Simba, avait établi des règles de chasse permettant une vie pérenne et harmonieuse au sein de la communauté. Voici un extrait de l’un des dialogues les plus structurants du film :
Mufasa : « Tout ce que tu vois obéit aux lois d’un équilibre délicat. En tant que Roi, tu dois comprendre cet équilibre et respecter toutes les créatures, de la fourmi qui rampe à l’antilope qui bondit. »
Simba : « Mais les lions mangent les antilopes. »
Mufasa : « Oui, Simba, mais laisse-moi t’expliquer : quand nous mourons, notre corps se transforme en herbe et les antilopes mangent l’herbe. C’est comme les maillons d’une chaîne dans le grand cycle de la vie. »

Partant, nous constatons qu’il est donc permis – et inévitable pour la survie des carnivores – de manger d’autres espèces, mais seulement sous certaines conditions. Le film de Disney a un postulat quasi enfantin en la matière : sous le règne de Mufasa, on ne se nourrit que d’animaux muets – non anthropomorphés par la parole, donc échappant aux processus d’identification des (jeunes) spectateurs. Cette hypocrisie est levée dès lors que Nala s’attaque à Pumbaa en dehors du Royaume. Pumbaa a beau être sympathique, plein de principes hédonistes, fidèle à Simba, il s’en est fallu de peu pour qu’il finisse, sans autre forme de procès, sous les crocs de la lionne. Autrement dit : ce qui contribue à ostraciser les hyènes, n’est-ce pas seulement leur appétit insatiable, présenté comme indissociable de leur nature ? Dans quelle mesure cela peut-il attester d’une forme de rejet spéciste ?

Le Roi Lion est un conte aux qualités évidentes. Il sonde les liens filiaux, l’attraction du pouvoir, l’attachement à une terre et une communauté, en y intégrant des préoccupations écologiques et une certaine mansuétude envers les « criminels » (Scar a le droit de fuir plutôt que mourir). Les intentions de ses auteurs ne sont nullement en cause ici. En revanche, il n’est pas interdit de se questionner quant à son substrat politique, délibéré ou non, et tout en gardant à l’esprit que certains partis pris découlent directement de la caractérisation contrainte de ses personnages – le lion est le plus grand carnivore d’Afrique.

Bande-annonce : Le Roi Lion

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

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"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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