Feud Saison 1 : Bette and Joan. Une pépite à ne pas rater

Feud retrace le destin de deux grandes actrices : Bettes Davis (1908-1989) et Joan Crawford (1905-1977). Nous faisons un retour sur une époque : 1962 et une critique sur le machisme, la misogynie et l’âgisme. Quelle a été la réception de Feud après sa diffusion ? Et pour terminer quelques mots à propos du fameux procès que Olivia de Havilland intenta sur la série à 101 ans et sur son personnage interprétée par Catherine Zeta-Jones…

Bette Davis (1908-1989) et Joan Crawford (1905-1977) sont les deux grandes actrices de l’âge d’or d’Hollywood. Malheureusement, passée la cinquantaine dans les années 1960, elles sont considérées comme dépassées et n’ont plus de rôles à jouer. Feud montre que si la rivalité existait entre ces deux actrices, c’était aussi sans doute parce que toutes deux, femmes et actrices, ont dû se battre encore et toujours se battre au sein de la société et de la production cinématographique de leur époque pour montrer qu’elles valaient encore quelque chose.

Feud : une série sur une époque

Feud est une série québécoise créée par Ryan Murphy (Nip/Tuck, Glee) en 2017. Feud signifie rivalité et se déroule en huit épisodes de 42 minutes. Il s’agit bien tout au long de la mini-série d’illustrer cette jalousie entre les deux actrices qui est née très tôt (à partir des années 1930). Cette rivalité va se montrer dans toute sa splendeur pour le film de leur retour Qu’est-il arrivé à Baby Jane ?, dans les  personnages incarnés de façon magistrale par Susan Sarandon qui nous fait une Bette Davis terrible et terrifiante et une Jessica Lange implacable aussi bien dans le milieu professionnel que dans le domaine personnel.

Feud souligne les problèmes de société auxquelles les deux actrices étaient confrontées : elles ont dû sans cesse lutter et se confronter au sexisme et au machisme de leur époque. A 50 ans, Bette Davis et Joan Crawford sont considérés comme terminées dans le métier en 1962 parce que trop âgées pour continuer à tourner.

Cette série a été écrite à partir de Best actresses de Jaffe Cohen et Michael Zam ainsi que de The Divine Feud de Shaun Considine (2000). Feud montre une époque dans laquelle Joan Crawford cherche un livre à faire adapter. Elle tombe sur Qu’est-il arrivé à Baby Jane ?, le roman de Henri Farrell mis en scène par Robert Aldrich (1962). La série souligne combien ce film permet le retour de Joan Crawford et de Bette Davis à l’écran. C’est le film avec lequel commence Feud.

Feud nous montre combien les Studios, les médias ne croient absolument pas en ce projet : un film fait avec deux stars passées et un réalisateur de série B. L’histoire du roman et donc du film souligne la mise en abîme de la rivalité entre les deux femmes, personnages et actrices.

L’histoire principale du film que vont tourner les deux actrices évoque la relation de deux sœurs, Jane et Blanche, leurs années de gloire puis leur chute dans l’oubli, chacune pour des raisons différentes. Jane, enfant star déchue qui a perdu un peu de sa santé mentale tandis que Blanche, sa sœur aînée, a pu percer et faire une belle carrière dans le cinéma, carrière qui s’arrête à cause d’un grave accident qui la rend paralysée. Jane culpabilise et se croit responsable du handicap de sa sœur.

Feud, pendant la moitié de la série, traite du film à proprement parler (production, coups bas…). Le reste de la série montre la conséquence du film Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? sur leur carrière (Oscars, réception dans le monde du cinéma, le domaine familial). Selon les dires de Robert Aldrich à propos du tournage du film « à en juger par les premières réactions de la presse à l’annonce du projet, je ne savais pas très bien si j’allais produire et réaliser un film ou bien me contenter d’arbitrer un combat de boxe. »

La thématique de la situation des actrices est une sorte de mise en abîme de celle du roman. Les actrices du roman se fondent dans celles du film. Avec Feud, un autre niveau de mise en abîme se met en place puisque nous voyons à la fois des images d’archives des actrices d’origine du film, Bette Davis et Joan Crawford superposées à celles de la série où nous apercevons Sarandon en Bette Davis et Lange en Crawford, ainsi que des interwiews avec des anciennes relations des deux actrices (acteurs, actrices…).

A travers Feud, nous découvrons les deux actrices montrées sous leur rôle de mère et les problèmes relationnels avec leur entourage. Tout ceci est traité avec doigté et délicatesse. C’est ce qui est très joli dans cette série : on dit certaines choses mais on n’accuse pas (alcoolisme de Joan Crawford, la rivalité) ; on ne porte pas de jugement.

La réception de Feud

Cette saison de Feud : Bette and Joan a été acclamée par la critique aux États-Unis, lors des Emmy Award 2017. Elle fut nommée dix fois dont deux fois pour la meilleure actrice et pour la meilleure série et quatre fois pour les Golden Globes 2018.

La mise en scène, la coiffure, le jeu, vraiment tout est dosé, jamais sur-joué, on se délecte de voir les crêpages de chignon entre Sarandon et Lange / Davis et Crawford, ceux aussi avec leur famille et Mamacita, la bonne à tout faire de Crawford (que l’on adore avec son aspect ultra-rigide, pareil à sa maîtresse, et un accent à couper au couteau).

Vous n’avez jamais vu ce film terrifiant et consacré ? Vous n’avez jamais vu un seul film de Bette Davis ou de Joan Crawford ? Alors vraiment, sans aucune hésitation, ruez-vous oui ruez-vous sur Feud : Joan and Bette et vous verrez quatre grandes stars. Sarandon et Lange explosent à l’écran tellement elles sont géniales. Mais regardez aussi pour les seconds rôles (Katy Bates, Zeta-Jones) qui sont loin de manquer de saveur aussi.

Le cas Olivia de Havilland

A 101 ans, Olivia de Havilland en 2017 , fait un procès à la série et à l’actrice Catherine Zeta-Jones qui joue son rôle dans la fiction.

Le rôle d’Olivia  n’apparaît que 18 minutes sur les 400 de la série. La centenaire a porté plainte contre la chaîne FX en juin 2017, trois mois après la diffusion de la série aux États-Unis afin de préserver son image. « L’une des principales raisons pour le grand respect du public envers Olivia de Havilland est que dans sa carrière de plus de 80 ans, elle a toujours refusé de s’engager dans des potins hollywoodiens sur ses relations avec d’autres acteurs » détaille la motivation de sa plainte.

Selon « The Hollywood Reporter » l’actrice est représentée comme une « commère » et une « vulgaire hypocrite ». Elle est aussi la seule actrice encore vivante dans la série, amie de Bette Davis.

FX a tenté d’invalider cette action juridique en prétextant la liberté d’expression garantie par le premier amendement de la Constitution. Un juge a rejeté cette requête. Finalement la justice a décidé de mettre fin aux poursuites en jugeant que la plainte interférait avec le droit à la création, Ryan Murphy s’est exprimé dans un communiqué : « les créateurs doivent avoir l’espace suffisant pour créer et raconter des histoires inspirées de faits réels ».

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

The Christophers : le prix des âmes

Le dernier Soderbergh : grand petit film sur les affres de l'art au temps de son extrême marchandisation. "The Christophers" brasse avec finesse la question de la valeur d'une œuvre et de la place de l'artiste dans un monde qui fétichise la marchandise. Entre un vieux peintre cabotin et une jeune faussaire en quête de vengeance, Soderbergh opacifie savamment un scénario trop convenu pour mieux révéler les contradictions profondes des artistes, empêtrés entre beauté, gloire et compromissions.

Le Cuirassé Potemkine : cent ans de rage intacte

Cent ans après, "Le Cuirassé Potemkine" revient en salles avec une musique inédite signée Pet Shop Boys. Chef-d'œuvre du cinéma muet, le film d'Eisenstein n'a rien perdu de sa puissance subversive. La rage de ceux qu'on écrase n'a pas de date de péremption.

Ma famille chérie : entre tornade émotionnelle et grâce cassavetienne

Maelström d'émotions, caméra à l'épaule et visages en gros plan avec "Ma famille chérie". Isild le Besco signe un ouragan familial tendre et survolté, entre fulgurances cassavetiennes et grâce mélancolique d'Élodie Bouchez.

L’affaire Zanetti : Confessions d’une meurtrière

Dans un centre pénitentiaire italien, Elisa Zanetti, condamnée pour le meurtre de sa sœur, entame des entretiens avec un criminologue qui ravivent un passé familial trouble. Entre huis clos oppressant, flashbacks maîtrisés et performances intenses, le film interroge la portée réelle d’un travail de reconstruction face à un crime irréparable.

Le Passage : Sur la corde de l’humanité

Entre thriller haletant et drame humaniste, le premier long"métrage de Brandt Anderson plonge le spectateur au cœur de la crise des réfugiés syriens. "Le Passage" est une œuvre chorale, tendue et bouleversante dont la maitrise narrative ouvre sur une émotion absolue.

Off Campus : les hockeyeurs mis à nu

Après le succès de "L'été où je suis devenue jolie", Prime Video offre avec "Off Campus" une nouvelle romance destinée aux jeunes adultes. La série relate les histoires d'amour de quatre amis hockeyeurs, partageant leur temps entre les études, les matchs et les conquêtes féminines. Malgré son déroulé très convenu, "Off Campus" compose une romance agréable à condition de l'accepter pour ce qu'elle reste : une série ado qui mise sur le sex-appeal de ses acteurs pour attirer ouvertement le public féminin. Oubliable, mais pas déplaisant.

L’Être aimé : l’autre « Abandon »

Prenant le point de départ du Valeur sentimentale de Joachim Trier, l'histoire d'un cinéaste qui tente de renouer avec sa fille par l'intermédiaire d'un projet cinématographique, Rodrigo Sorogoyen propose une tout autre approche. L'intensité de sa mise en scène raconte le poids d'un passé qui vient perturber le tournage. Un abandon qui hante ce père comme sa fille. Analyse, en cinq scènes fortes.

Spider-Noir : dans les toiles de la Grande Dépression

Après des années de flops et de faux espoirs, Sony surprend tout le monde avec "Spider-Noir", disponible sur Prime Video. Nicolas Cage incarne un Spider-Man vieillissant et désabusé dans le New York de la Grande Dépression. Un polar élégant, une esthétique soignée, et une belle réussite qu'on n'attendait plus vraiment.