Christine, un film d’Antonio Campos en compétition à Deauville

Christine, chronique d’une descente aux enfers d’une journaliste dans l’Amérique des seventies

Belle surprise ce matin à Deauville, même si le public n’a pas semblé être conquis par le 3ème long métrage d’Antonio Campos. Déjà en compétition à Sundance, Christine est, en plus d’être brillamment interprété par Rebecca Hall (Vicky Cristina Barcelona), un film maitrisé de bout en bout.

1974, Sarasota, Floride. Christine est une journaliste ambitieuse, âgée de 29 ans, sûre de ses compétences et persuadée de réussir dans le métier. Mais le parcours d’une femme déterminée à faire carrière dans les années 1970 n’est pas sans obstacles. La concurrence pour obtenir une promotion est féroce et la crise identitaire n’est jamais loin, surtout si l’on nourrit, comme Christine, un amour non partagé pour un collègue de travail, et que l’on mène une vie familiale tumultueuse. Lorsque la chaîne de télévision WZRB change de ligne éditoriale en décidant de passer d’avantage de « sensationnel » à l’antenne – en rupture totale avec l’implication journalistique de la jeune femme dans des sujets plus « sérieux » -, Christine réussit à ne pas perdre de vue les objectifs qui sont les siens, tout en surmontant ses doutes et en donnant à voir ce que les gens attendent.

Écrit d’après une histoire vraie, le film met du temps à justifier une telle inspiration ; mais cela permet de dissimuler jusqu’au bout une dramaturgie fort bien construite. Antonio Campos, à défaut d’établir clairement son sujet, parvient à nous embarquer immédiatement dans cette histoire qui mêle trouble identitaire et déontologie journalistique. Sa reconstitution des années 70 met au premier plan la pellicule et le vinyle, technologies aussi désuètes que prisées aujourd’hui et devenus symboles d’une époque révolue mais souvent regrettée. Christine, elle, veut évoluer mais à contre-courant de la nouvelle politique de son patron (Tracy Letts, très convaincant) ; son journalisme se veut humaniste et engagé tandis que son boss voudrait plus de sang, plus de cascades. Coincée entre les opportunités de carrière qu’elle pourrait obtenir et le plaisir qu’elle retire de son travail, Christine devient très fébrile. Ses collègues de travail (Michael C. Hall et Maria Dizzia) vont chacun leur tour essayer de la remotiver, mais le mal est autant physique que psychologique.

Avec ce portait touchant d’une femme malade et esseulée, Antonio Campos nous renvoie à nos échecs, à notre propre solitude et délivre une copie très aboutie. Si le film aurait pu gêner par sa longueur et son rythme pesant, il n’en est rien au vu de la remarquable prestation de Rebecca Hall et son insidieux besoin d’attention. Chose qu’elle n’obtient jamais, ou presque. Engagée, que ce soit dans ses reportages ou dans l’hôpital dans lequel elle fait du bénévolat, Christine paye douloureusement le prix de sa dévotion par un isolement qu’elle ne parvient pas à rompre. Le film a évidement une résonance contemporaine avec cette description amère des médias, cette course effrénée à l’image, et le mal être qu’il peut en naître ; mais Christine bouleverse surtout par son personnage éponyme, gracieux, déterminé, chef d’orchestre de son propre chant du cygne.

Troisième long-métrage réalisé par Antonio Campos avec Rebecca Hall, Michael C. Hall, Maria Dizzia, Tracy Letts…

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Grégoire Lemaître
Grégoire Lemaîtrehttps://www.lemagducine.fr/
Étudiant en histoire de l'art et passionné d'images en tout genre (qu'elles soient picturales, photographiques, ou filmiques) j'écris pour le plaisir de partager les œuvres qui m'ont marqué. Mon coeur balance entre l'ésotérisme de cinéastes comme Herzog ou Antonioni (pour ne citer qu'eux), l'audace de réalisateurs comme Wes Anderson ou Bertrand Bonello, et les grands noms made in U.S.A. Je voue également un culte sans failles à Audrey Hepburn. Dernièrement mes plus grands frissons viennent du petit écran, notamment avec The Leftovers, Rectify ou The Americans.

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