« Vague d’amour » : François Ravard portraiture la Bretagne

C’est avec tendresse que François Ravard représente la Bretagne dans des aquarelles dont la simplicité n’est qu’apparente. Car l’humour, le non-sens ou la poésie caractérisent des dessins témoins d’une région et d’une époque.

Quelques motifs récurrents permettent de mieux appréhender la manière dont François Ravard caractérise la Bretagne : la mer, la plage, la vie extérieure, les mouettes… En cela, Vague d’amour a quelque chose de romantique qui dépasse de loin son intitulé. La Bretagne du dessinateur normand est oisive, souvent poétique, parfois facétieuse, toujours reliée à la nature. Une vision idyllique qui s’inscrit en faux contre une urbanité froide et morne.

L’album est entièrement composé de dessins pleine page – et plus occasionnellement s’étendant sur une double page. Il est facile de s’identifier aux représentations de François Ravard tant leur universalité peut entrer en résonance avec nos propres souvenirs. La Bretagne qu’il met en images est essentiellement balnéaire, piquée d’humour et jamais loin de filer la métaphore. Pour s’en convaincre, il suffit de songer à ce « Peintre renversant » portraiturant la nature à l’envers ou à cette barque « lanterne rouge » à la voile… rouge. Ou à ces silhouettes humaines se confondant avec un flamand rose, un albatros ou un grand requin blanc.

La volonté de magnifier la nature transparaît dès les premières pages de Vague d’amour. « Chez grand-mère » donne à voir une maison d’aînée presque caricaturale : une pelote de laine, un pot de confiture, une radio démodée, une ampoule pendue au bout d’un fil, un vieux fauteuil… Les lieux sont nappés d’un aplat rouge-rose, tandis qu’une fenêtre polarise le regard d’un enfant et laisse apparaître un cadre lumineux qui ouvre complètement l’horizon. Plus loin, « Soirée arrosée » montre une mer déchaînée, « Reflet familier » évoque le deuil par le truchement du reflet de l’être manquant dans une flaque d’eau et « David contre Goliath » oppose un kayak et un navire.

Vague d’amour est aussi un témoignage amusé sur la nature humaine. « Rencontre percutante » laisse deviner que deux jeunes gens absorbés par leur portable s’apprêtent à se télescoper en pleine rue. « La Parisienne » se délecte de ces gamins ébahis par la beauté d’une vacancière en maillot sur la plage. « Passion fulgurante » voit un bateau en pleine course foncer vers la rive pendant que ses occupants sont occupés à flirter ensemble. « Le prudent » est un personnage que l’on peut rencontrer sur n’importe quelle plage : portant une casquette, un masque et des lunettes de soleil, il est tapi sous un parasol, muni de plusieurs sortes de crème solaire, d’une glacière et même d’une trousse médicale…

Comme l’indique avec à-propos Aurélie Valognes dans sa préface, François Ravard s’adonne à un art délicat et sophistiqué. Car derrière l’apparente simplicité de ses dessins se cachent une poésie et un sens de l’humour prenant différentes formes. Ce sont des bottes en caoutchouc disposés à la manière de dominos, un gamin attendant impatiemment les beaux jours en scrutant la pluie muni d’un tuba et accoudé sur un balcon recouvert par une serviette de bain, un arc-en-ciel semblant se refléter dans la tenue d’une joggeuse, une « tenue provocante » consistant en une robe au motif de poissons suscitant l’appétit des mouettes ou encore une « mélancolie » symbolisée par un regard perdu dans son propre reflet sur l’eau.

Vague d’amour, François Ravard
Glénat, juillet 2021, 104 pages

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Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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