« L’Arme à gauche » : désenchantement politique

Les éditions Glénat publient L’Arme à gauche, de Pierre Maurel. Le scénariste et dessinateur français y narre l’histoire de Mario, personnage secondaire issu de la série Michel et principal protagoniste de ce préquel.

Quand il traverse la place du village, Mario polarise les attentions. Taiseux, solitaire, mystérieux, il fait l’objet de toutes sortes de rumeurs. Il est rustre et marginal. On le dit ex-criminel, on le soupçonne d’avoir perpétré des actes répréhensibles. Si Pierre Maurel met du temps à délivrer des informations à son sujet, le lecteur comprend d’emblée qu’il a affaire à un personnage en rupture avec son environnement, dont la place dans le monde est précaire. Quelques flashbacks lui donneront un background sulfureux : il a fui une Italie conservatrice au sein de laquelle il s’était distingué par ses activités clandestines et criminelles pour le compte de l’extrême gauche. Il a profité des libéralités offertes par François Mitterrand pour rejoindre la France et y fonder une famille, avant que Nicolas Sarkozy ne menace, en collaborant avec les autorités transalpines, la pérennité de cette dernière, et le pousse à fuir et à vivre en vagabond.

L’Arme à gauche, c’est l’histoire d’une vie qui bascule presque par mégarde. Une grève ouvrière qui aboutit à une radicalisation politique. Une errance en France qui trouve résonance dans la précarité qui frappe les réfugiés syriens. Mario est un homme entier, sincère, dont la naïveté exacerbe le caractère attachant. Il marche des centaines de kilomètres pour rejoindre d’ex-compagnons d’armes sans même soupçonner que l’un d’entre eux a depuis endossé le costume du petit patron tyrannique qu’il s’attachait à souiller autrefois. Son logiciel apparaît cependant obsolète : il mène une lutte qui n’existe plus en ces termes-là, il se tient à distance d’une société dans laquelle se sont fondus ses anciens acolytes, il a payé deux fois des agissements clandestins qui ont eu pour seul effet de l’enrichir quelque peu. Mais qu’est-ce qu’une enveloppe de billets quand on peut être privé du jour au lendemain de ce qu’on en tirerait hypothétiquement ?

De l’effervescence italienne des années 1970 au vagabondage en France à l’époque contemporaine, la vie de Mario a été tout sauf un long fleuve tranquille. Le récit de Pierre Maurel consiste à en raconter les tenants et aboutissants, avec cette sensation diffuse de vanité et de tragédie. Le regard que l’auteur porte sur son antihéros a quelque chose qui tient de Tim Burton scrutant Edward aux mains d’argent ou Ed Wood. Par-delà leur marginalité, tous les trois ont en commun une authenticité mêlée à une forme d’ingénuité. Cela contribue beaucoup à la réussite de L’Arme à gauche.

L’Arme à gauche, Pierre Maurel
Glénat, janvier 2023, 96 pages

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Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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