« La Vengeance » : les ténèbres du Wyoming

Dans les contrées sauvages et impitoyables du Wyoming du XIXe siècle, un homme est déterminé à rendre justice et à venger les atrocités commises contre sa famille. Avec une plume économe mais un dessin immersif, David Wautier nous plonge dans une quête de rédemption marquée par le deuil, la culpabilité et l’instinct primal de survie.

Richard Hatton aurait pu être le symbole de l’homme ayant conquis l’Ouest américain. Il possède une ferme, quelques terres, une famille aimante et dévouée. Mais il voit cependant son existence basculer dans l’abîme lorsque sa femme, Mary, est sauvagement agressée et tuée par Jim Pickford et ses complices, de passage dans les environs. Est-il responsable de cet assassinat, lui qui avait laissé son épouse seule ? Cette tragédie, mâtinée de culpabilité, constitue le début d’une descente aux enfers pour Richard Hatton. Car obsédé par un ardent désir de vengeance, il va tout plaquer pour se lancer dans une vendetta impitoyable.

Abandonnant sa ferme, vestige d’un passé souillé, le désormais ex-fermier entreprend une odyssée sanguinaire, entraînant avec lui ses deux jeunes enfants dans les milieux hostiles et souvent glaciaux du Wyoming. Cette décision soulève évidemment quelques questions sur les conséquences de ses choix et sur la fine frontière séparant la justice de la vengeance. Mais David Wautier fait montre de pudeur en la matière, et la narration du périple d’Hatton est surtout rythmée par l’action, les épreuves qui testent la résilience face à la faim, au froid et à la peur. Le portrait est brut : c’est celui d’un homme poussé à ses limites.

La traque de Jim Pickford et de ses acolytes s’avère d’autant plus difficile que leur réputation sème la terreur parmi les villageois, lesquels préfèrent le silence à la potentielle colère des criminels. Dans sa quête vengeresse, Hatton a pour seuls compagnons ses propres démons et une solitude dont ses enfants constituent les uniques obstacles. Dans un exercice très immersif, David Wautier excelle : les paysages désolés du Wyoming pourraient se confondre avec le désert émotionnel que traverse l’ex-fermier, accentuant le caractère impitoyable de sa mission.

Le dénouement de l’histoire, cette confrontation inévitable, n’est finalement qu’un climax de façade. Car ce qui fait la sève du récit, ce qui soulève des interrogations universelles, c’est la nature de la justice poursuivie et le coût de la vengeance pour Hatton et les siens. L’homme, enfin, retrouve le sourire ; après s’être vengé, il ressent une forme de soulagement. Mais il n’en demeure pas moins une absence, un vide que rien ne pourra jamais combler.

Western moderne autour des thèmes de la culpabilité, de la perte et de la justice personnelle, La Vengeance est bien mené, plus immersif que foisonnant. La frontière entre le bien et le mal se brouille sous le poids des circonstances. Et David Wautier conserve une certaine distance : il scrute son protagoniste, expose ses reliefs psychologiques mais ne l’idéalise jamais, laissant transparaître les douleurs intérieures et leurs conséquences inexpiables. Une jolie réussite. 

La Vengeance, David Wautier 
Anspach, mars 2024, 96 pages

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3.5

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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