« Erectus » : régression pandémique

Le roman Erectus de Xavier Müller est adapté en bande dessinée par Erik Juszezak aux éditions Philéas. Récit de science-fiction aux accents dystopiques, l’album plonge le lecteur dans une réalité alternative où un virus régressif menace l’humanité. 

L’intrigue d’Erectus se déploie autour d’un événement inexplicable : à travers le globe, des individus régressent et se transforment soudainement en Homo erectus. Partout, cette épidémie sème la panique et interroge : quelle est la nature de ce virus, et que révèle-t-il sur notre rapport à l’altérité et à notre propre humanité ? Anna Meunier, scientifique française, s’engage dans une quête désespérée pour déchiffrer ce mystère, entre espoir scientifique et dilemmes éthiques.

Cette adaptation en bande dessinée par Erik Juszezak mérite une attention particulière. Le dessinateur réussit à capturer l’essence du roman de Xavier Müller et à enrichir le récit d’images puissantes. L’écho à l’épidémie de Covid-19 confère par ailleurs à Erectus une résonance particulière. On retrouve dans cette adaptation certains réflexes et certaines interrogations qui ont eu cours dans nos sociétés il y a quelques années à peine. 

Comme avait su le faire La Planète des singes en procédant par inversion, Erectus soulève des interrogations éthiques majeures, notamment sur la définition de l’humanité et la manière dont nous traitons l’Autre, l’altérité, celui qui l’on juge inférieur. Une comparaison édifiante apparaît dans l’album en guise d’illustration : elle met en parallèle les Erectus et les Africains exposés lors de l’Exposition Universelle de Paris.

Malgré ses qualités, l’adaptation souffre de certaines faiblesses. Autant il est intéressant de suivre l’évolution de la réaction officielle et médiatique à cette pandémie, avec les omissions initiales, autant on peine à s’identifier aux personnages et à croire à l’histoire d’amour inter-espèce qui forme la fin de l’album. L’individu est ainsi, en quelque sorte, relégué à l’arrière-plan des enjeux épidémiques.

Erectus n’en demeure pas moins intéressant. Il interroge avec pertinence les réponses de l’humanité face aux menaces inconnues et la frontière fragile entre civilisation et barbarie. En cela, il se révèle être un miroir troublant de nos angoisses collectives, explorant avec audace les limites de notre éthique. 

Erectus, Erik Juszezak d’après Xavier Müller
Phileas, mars 2024, 103 pages

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3.5

Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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