Des Ardennes à l’Egypte, les batailles de chars mises à l’honneur aux éditions Glénat

La collection « Les Grandes Batailles de chars » des éditions Glénat s’enrichit des albums El Alamein, de Thierry Lamy et Alessio Cammardella, et Les Ardennes, de Dobbs et Fabrizio Fiorentino.

D’un côté, les plaines enneigées des Ardennes, au sein desquelles les Allemands, accusant le coup, livrent leurs dernières batailles. De l’autre, les régions ensablées et caniculaires de l’Afrique septentrionale, où la huitième armée britannique subit les offensives des troupes italo-allemandes du maréchal Rommel. El Alamein et Les Ardennes ont beau arborer des cadres diamétralement opposés, ils n’en délivrent pas moins un message commun. Car les deux fronts mis en vignettes témoignent des mêmes effets : Max, passablement résigné, exprime des doutes croissants quand aux décisions du Führer, au point de provoquer la suspicion de ses alliés et amis ; Campbell, lui, se sent pris au piège, retranché derrière une ligne de défense accablée par la chaleur et le désenchantement. Les scénaristes Thierry Lamy et Dobbs portraiturent la guerre à hauteur d’hommes, en opposant aux affects individuels les superstructures militaires qui en conditionnent l’existence. On comprend, à la lecture des deux albums, qu’il est vain de chercher du sens derrière les obus : les impératifs politiques, les drogues, les déconvenues, les rancunes, les haines ont altéré le premier et favorisé l’essence des seconds.

Si la collection « Les Grandes Batailles de chars » met en vedette, à travers ces deux albums, Crusaders et Panzers, elle témoigne aussi de rapports de force changeants et d’un conflit qui se répercute sur des territoires situés à des milliers de kilomètres les uns des autres. Aux états d’âme, on répond par la discipline militaire et, s’il le faut, la cour martiale. Les hommes, eux, sont réduits à l’état de chair à canon, avec une ferveur qui confine parfois au fanatisme. La topographie des lieux compte énormément : les Ardennes se caractérisent par des villes aux ruelles étroites et aux ponts piégés, la Libye et l’Egypte offrent, pour seul horizon, une immensité désertique qui éprouve à la fois les corps et les esprits. À cet égard, tant El Alamein que Les Ardennes restituent des théâtres de guerre douloureux, où les répits demeurent rares et de courte durée. Thierry Lamy et Alessio Cammardella mettent en scène deux armées épuisées se faisant face sur un continent étranger. Dobbs et Fabrizio Fiorentino narrent les difficultés logistiques et opérationnelles d’une campagne obstinée menée sur un territoire inhospitalier.

Graphiquement, les deux albums s’en sortent haut la main. Les Ardennes se distingue par ses vignettes incrustées dans des tableaux plus vastes et le soin accordé aux décors (les paysages sous un manteau blanc, les empreintes de pas dans la neige, les taches de sang qui en maculent la pureté, etc.). El Alamein met davantage l’accent sur les reliefs psychologiques, avec des visages déterminés, fermés et courroucés, dans un cadre expurgé et aride qui a tout d’un enfer terrestre. Convaincants, pas dénués de sous-propos (par exemple sur la jeunesse des soldats nazis ou la réputation des combattants italiens), les deux albums comportent en outre un passionnant dossier historique portant sur les événements qui y sont relatés.

Les Grandes Batailles de chars
El Alamein, Thierry Lamy et Alessio Cammardella
Les Ardennes, Dobbs et Fabrizio Fiorentino
Glénat, février 2023, 64 pages

Note des lecteurs0 Note
3.5

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

Toy Story 5 tire la corde vers l’infini et au-delà

"Toy Story 5" déçoit malgré une belle animation. Woody trahit sa fin du quatrième opus, Buzz reste secondaire et c'est Jessie qui porte tout le poids émotionnel du film. Un scénario qui ne décolle jamais, des décors paresseux... Disney a-t-il fini par essorer sa propre saga ?

The Christophers : le prix des âmes

Le dernier Soderbergh : grand petit film sur les affres de l'art au temps de son extrême marchandisation. "The Christophers" brasse avec finesse la question de la valeur d'une œuvre et de la place de l'artiste dans un monde qui fétichise la marchandise. Entre un vieux peintre cabotin et une jeune faussaire en quête de vengeance, Soderbergh opacifie savamment un scénario trop convenu pour mieux révéler les contradictions profondes des artistes, empêtrés entre beauté, gloire et compromissions.

Le Cuirassé Potemkine : cent ans de rage intacte

Cent ans après, "Le Cuirassé Potemkine" revient en salles avec une musique inédite signée Pet Shop Boys. Chef-d'œuvre du cinéma muet, le film d'Eisenstein n'a rien perdu de sa puissance subversive. La rage de ceux qu'on écrase n'a pas de date de péremption.

Ma famille chérie : entre tornade émotionnelle et grâce cassavetienne

Maelström d'émotions, caméra à l'épaule et visages en gros plan avec "Ma famille chérie". Isild le Besco signe un ouragan familial tendre et survolté, entre fulgurances cassavetiennes et grâce mélancolique d'Élodie Bouchez.

L’affaire Zanetti : Confessions d’une meurtrière

Dans un centre pénitentiaire italien, Elisa Zanetti, condamnée pour le meurtre de sa sœur, entame des entretiens avec un criminologue qui ravivent un passé familial trouble. Entre huis clos oppressant, flashbacks maîtrisés et performances intenses, le film interroge la portée réelle d’un travail de reconstruction face à un crime irréparable.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

« Agnès la Chevaleresse » : la fantasy à la langue bien pendue

Avec "Agnès la Chevaleresse", Damien Geffroy se délecte des mythes de l’heroic fantasy. Pièce après pièce, avec une jubilation fortement communicative, il imagine un récit entre satire des histoires chevaleresques, héroïne obstinée et vieux mentor plus porté sur la chopine que sur l’honneur. L’auteur livre aux éditions Fluide Glacial une aventure légère, drôle et souvent irrésistible.

« La Vie extraordinaire d’Arizona Joe » : l’Amérique au carrefour des fortunes

À l'heure où Wall Street commence à façonner le monde moderne, un adolescent en fuite croise la route d'un vagabond qui lui apprend à regarder l'Amérique autrement. Avec "Baby Boxer Banker", premier volet de La Vie extraordinaire d'Arizona Joe, Stéphane Piatzszek et Fabrice Meddour signent un récit d'initiation où l'aventure se mêle à la filiation, la liberté et les promesses contradictoires du rêve américain.

« Bêtes comme nous » : quand les animaux deviennent humains

Un escargot super-héros qui met deux semaines à sauver New York, des moutons grégaires militants ou encore une araignée dépressive parce que son costume de super-héros ne trompe personne : avec Bêtes comme nous, MO/CDM bâtit un bestiaire dont les pièges, souvent, relèvent des caractéristiques biologiques des protagonistes. Une idée simple, parfois exploitée jusqu’à l’usure, mais qui donne naissance à un recueil de gags souvent réjouissants.