Yslaire présente ses « Cahiers Baudelaire »

Le scénariste et dessinateur belge Bernard Yslaire publie aux éditions Dupuis, sous forme d’esquisses, le premier chapitre inédit de La Vénus noire.

Avant l’encrage et la mise en couleur, les planches des bandes dessinées ne sont que des esquisses réalisées à traits plus ou moins fins. Dans le premier tome de ses Cahiers Baudelaire, Bernard Yslaire publie cet exosquelette de La Vénus noire. Le résultat est doublement remarquable : d’abord pour ce qu’il dévoile du processus créatif aboutissant à une bande dessinée, ensuite pour ses vignettes à la fois inabouties et si expressives, enchanteresses et parfois à la lisière de la pornographie.

Extrait. Crédits : Dupuis.

Au cœur de ces Cahiers Baudelaire figure Jeanne Duval, maîtresse du célèbre écrivain français, décrite par Lucie Servin comme une « secrétaire » qui « écrit ses poèmes », mais aussi une femme dont le « corps inspire le poète chorégraphe ». Parfois vulgairement présentée comme une prostituée, cette mulâtresse, « sans doute une des personnes que [Baudelaire] a le plus aimées et maudites », occupe très certainement une place bien plus complexe dans la vie de l’homme-artiste.

C’est justement là que réside l’autre intérêt de cet album – dont l’édition est limitée à 2500 exemplaires. Jeanne Duval y apparaît réhabilitée, perçue comme une muse en prise directe avec l’œuvre de Charles Baudelaire. Une missive envoyée à la mère du poète en août 1869 permettra au lecteur d’appréhender les non-dits de leur relation : « Comprenez-vous pourquoi mon poète amoureux m’a si souvent masquée, déguisée, cachée, dissimulée ? Tous ses poèmes écrits en mots pudiques ont raconté l’horreur de notre vie. Ce mystère entretenu, et même chanté sous forme de devinettes et d’allusions choisies, avait pour but de me protéger. Moi de vous… et lui, de moi. »

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Extrait. Crédits : Dupuis.

La relation entre Baudelaire et Jeanne naît le lendemain d’une représentation théâtrale, quand le poète se rend sans prévenir dans la loge de l’artiste. Il lui clame son admiration et lui offre ses fleurs préférées. Elle est intimidée par son érudition et préfère s’exprimer avec son corps. La sincérité de cette histoire d’amour contraste nettement avec les multiples reproches que Charles Baudelaire nourrissait à l’égard de sa mère, eux aussi verbalisés dans l’album.

Cahiers Baudelaire, Bernard Yslaire
Dupuis, juin 2020, 32 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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