« Banana Sioule » : la reine de l’arène ?

Dans le troisième tome de Banana Sioule, baptisé « Le X » (Glénat), Michaël Sanlaville livre une réflexion sur la parentalité, les apparences ou encore le mercantilisme sportif.

Issue du monde rural, Héléna s’est élevée au rang des étoiles du sport professionnel en dépit des obstacles. Mais la jeune femme ne s’en trouve pas moins en butte contre un système prêt à tout pour préserver son équilibre précaire, et les nombreux privilèges qui semblent en découler. En plaçant Héléna et Soni hors des sentiers battus, en en faisant des autodidactes de la sioule, Michaël Sanlaville oppose l’authenticité et l’effort à une organisation vile et corrompue. En ce sens, « Le X » condamne l’establishment de la sioule et de ses ligues professionnelles. Tout est mis en œuvre pour mettre des bâtons dans les roues des deux protagonistes, et en premier lieu d’Héléna.

Cette dernière se heurte en effet à une hostilité grandissante, à la fois sur le plan personnel et professionnel. La manipulation, l’espionnage et la diffamation deviennent des armes utilisées sans scrupules pour miner sa stabilité émotionnelle et physique. Banana Sioule explore avec acuité le sexisme rampant dans le sport : Héléna doit non seulement prouver sa valeur athlétique mais aussi naviguer dans un environnement souvent hostile à l’égard des femmes, comme en témoignent les tentatives de manipulation et de sexualisation auxquelles elle fait face. Des photomontages dénudés aux agressions sexuelles en passant par les insultes ou les intimidations, l’univers portraituré dans ce tome est à mille lieues de l’idylle sportive escomptée.

Le soutien indéfectible des proches d’Héléna contraste d’ailleurs avec la trahison et l’isolement qu’elle vit au sein de la sphère professionnelle. Car ses coéquipiers font peu de cas de ses états d’âme et n’aspirent qu’à une chose : la maintenir concernée pour gagner des matchs et grimper dans la hiérarchie de la sioule. Soni lui donne d’ailleurs une leçon de morale en se plaignant du temps qu’il consacre à ses fiches et à l’étude des adversaires quand elle préfère de son côté la compagnie de ses amis. Tout cela s’accompagne d’un discours sur les réseaux sociaux, sur la popularité et sur le dopage plutôt bien porté par Michaël Sanlaville, qui ménage quelques surprises aux lecteurs.

Rythmé, solide sur le plan scénaristique, Banana Sioule : Le X pose des questions fondamentales sur la nature de la réussite et le prix de l’authenticité dans une société du spectacle. À travers les épreuves d’Héléna, l’album invite à réfléchir sur les valeurs humaines et l’adversité. La jeune héroïne passe de la liesse (les sponsors valorisants) à la détresse (solitude et vulnérabilité) et voit ses rêves de gloire sportive s’exposer aux vents de la jalousie et de la violence. 

Banana Sioule : Le X, Michaël Sanlaville 
Glénat, janvier 2024, 208 pages

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3.5

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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