La monstruosité dans les œuvres de Victor Hugo

 

Dans ses œuvres, Victor Hugo invite à se demander ce qu’est la monstruosité, ce qu’elle signifie. La monstruosité peut se trouver dans les atrocités décrites par l’auteur, comme la peine de mort ou la misère. Ses personnages montrent de deux façons différentes l’image du monstre : des êtres  physiquement difformes mais pourtant bons moralement tels Quasimodo dans Notre-Dame de Paris (1831), Triboulet dans Le roi s’amuse (1832) et Gwynplaine dans L’Homme qui rit (1869) ; ou alors par des personnages moralement monstrueux comme Thénardier dans Les Misérables (1862) ou Clubin dans Les Travailleurs de la mer (1866).

Des monstruosités dans la société du XIXe siècle à dénoncer

Dans beaucoup de ses œuvres, Victor Hugo mène des combats : le premier qu’il a entrepris, avec l’écriture à 27 ans du Dernier jour d’un condamné (1829), est dirigé contre la peine de mort. Il va poursuivre ce combat avec Claude Gueux (1834). Victor Hugo dessinera plusieurs de ses œuvres au lavis, qui représenteront ainsi des gibets et des pendus, avec une portée dénonciatrice. Si Hugo s’engage dans son œuvre, il s’engage aussi politiquement. Conscient de la misère, il commence, avant même de pouvoir la dénoncer à la tribune, à rédiger le roman qui deviendra Les Misérables, et à construire le personnage de Jean Valjean, ancien bagnard qui s’élève dans la société comme Vautrin dans La Comédie Humaine de Balzac, mais qui s’élève aussi moralement. Elu député, Victor Hugo prononcera un retentissant discours sur la misère à l’Assemblée Nationale le 9 juillet 1849, qui contribuera à sa rupture avec les conservateurs.

Les monstres physiques 

Victor Hugo évoque en 1827 dans sa Préface de Cromwell, les thématiques du sublime et du grotesque, qui peuvent être étroitement liées et non opposées. C’est dans cet esprit qu’il va créer Quasimodo, personnage monstrueux et handicapé dans Notre-Dame de Paris en 1831. Si Quasimodo est bossu, borgne, sourd, sous cette apparence atrophiée se trouve un jeune garçon sensible, timide puis amoureux. Lorsqu’il est au pilori, seule Esmeralda lui offre à boire. En retour, Quasimodo sauve la jeune fille du gibet et l’emmène dans Notre-Dame de Paris, lieu d’asile qui devait être inviolable. Lorsqu’il comprend que son père adoptif, l’archidiacre Claude Frollo, rit de voir Esmeralda mourir sur la Place de Grève, il ne peut le supporter et fait basculer le prêtre dans le vide. Secrètement amoureux d’Esmeralda, une fois qu’elle est morte, il enlace son cadavre et se laisse mourir dans ses bras. Nous assistons tout au long du roman à une évolution progressive et à une transformation des personnages : Quasimodo, au début quasiment sauvage, devenant par son amour pour Esmeralda de plus en plus humain ; Claude Frollo prenant  le chemin inverse et régressant jusqu’à l’état bestial.

Un autre monstre hugolien connu se trouve dans Le roi s’amuse (1832) avec le personnage de Triboulet qui est le bouffon du roi François 1er. Il est bossu, veuf et est père d’une jeune fille, Blanche. A la cour du roi, Triboulet est un être cruel et encourage le roi aux pires débauches. Il est à la fois monstre mais aussi homme par sa dimension de père aimant et protecteur auprès de sa fille, Blanche. Triboulet veut se venger du roi qui a souillé l’honneur de sa sa fille mais celle-ci se sacrifie pour faire échapper le roi qu’elle aime à la mort. A la fin de la pièce, lorsque Triboulet découvre alors avec horreur que le cadavre qui se trouve à ses pieds n’est pas celui du roi mais celui de sa fille morte, déguisée en homme, il s’exclame « J’ai tué mon enfant ». Il se considère donc comme responsable indirectement de la mort de son enfant. Ayant causé le décès de Blanche, Triboulet meurt aussi à son tour, symboliquement. 

Les personnages moralement monstrueux

La monstruosité des Thénardier est particulièrement signifiante dans Les Misérables (1862) puisqu’ils incarnent le mal par excellence. Si l’auberge que tiennent les Thénardier s’appelle « Au sergent de Waterloo », c’est en souvenir d’un événement à l’occasion duquel l’aubergiste est censé s’être illustré… En réalité, Thénardier dépouillait les cadavres sur le champ de bataille de Waterloo, et entre autres le père de Marius, ou le colonel de Pontmercy qu’il croyait mort mais qui n’était que gravement blessé. Se méprenant sur les intentions du sergent Thénardier, ce dernier l’a considéré en l’occurrence comme son sauveur. Le couple Thénardier trompe Fantine, qui croyant pouvoir leur faire confiance leur a livré sa fille Cosette à garder, et qu’ils détruisent. A titre d’exemple, ils l’obligent, pour payer de soi-disant soins en fait fictifs, à vendre ses dents, ses cheveux puis son corps. Quant à la petite fille, elle est exploitée par le couple et est traitée comme une véritable esclave. Lorsqu’ils n’auront plus Cosette à exploiter et que Fantine sera morte par leur faute, ils n’hésiteront pas à utiliser leurs enfants pour leurs trafics. Autrefois petites filles, elles avaient une vie dorée grâce à Cosette, adolescentes elles subissent le même sort : la faim, le manque d’instruction… C’est Thénardier qui accusera Jean Valjean d’être un meurtrier alors qu’il a sauvé Marius et qui, couvert d’or par celui-ci pour avoir sauvé, croit-il, son père à Waterloo, ira en Amérique et s’y fera négrier.

Heureusement certains des personnages de la famille parviennent à échapper au mal, comme Eponine, la fille aînée des Thénardier qui jalouse de Cosette, et tombe amoureuse de Marius. Cependant son amour est si grand qu’elle va se sacrifier pour lui lors de l’insurrection de 1832.  Son frère, Gavroche, mourra aussi héroïquement sur les barricades en ramassant les cartouches des insurgés.

Un autre personnage, celui de Clubin dans Les Travailleurs de la mer (1866) n’est pas une figure moins terrible que Thénardier. Capitaine du bateau La Durande, il est considéré comme un personnage respectable et bon alors qu’il n’est que perfide. Son associé a volé le propriétaire du bateau Mess Lethierry et part avec son argent. Clubin va provoquer un naufrage pour s’approprier le butin volé. Cette entreprise souligne la noirceur du personnage de Clubin qui mourra dans la mer avec son butin.

Festival

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Deauville 2026 : Club Kid, père jusqu’au bout de la nuit

Avec "Club Kid", son premier long-métrage, Jordan Firstman signe une comédie touchante et pétillante, ancrée dans l'effervescence des nuits gays new-yorkaises. Il y campe un père dévasté qui doit apprendre à se reconstruire lorsqu'un fils dont il ignorait l'existence débarque soudainement dans sa vie. Un film lumineux et généreux, qui célèbre avec tendresse le sens des liens humains et la capacité de chacun à se réinventer.

Deauville 2026 : Test, la force fragile

Au contraire des films Hollywoodiens qui nous ont habitués à un bodybuilding viril souvent très macho, "Test" offre une plongée sensible au cœur du culturisme et ose briser les tabous. En s'inspirant de sa propre expérience, Brock Yurich incarne un athlète mal dans sa peau en quête d'affirmation. Un récit à fleur de muscles prodigieusement mis en scène.

Newsletter

À ne pas manquer

Digger : satire à balles réelles !

Dans un Hollywood asphyxié par l'absence de prise de risques et l'uniformisation, quel bonheur de pouvoir compter sur une oeuvre telle que "Digger", qui, si elle n'évite pas certains écueils, se révèle être de la trempe de ces films qui osent, qui bousculent, sans ménager le spectacle et le dépaysement attendu de ce genre de productions. Une œuvre qui va diviser, mais qui a le mérite d’exister. Rien que pour cela, l'effort mérite d'être salué.

Doraemon et le Château sous-marin : un cœur sous la carrosserie

"Doraemon et le Château sous-marin" plonge le chat-robot bleu et sa bande dans les abysses, entre camping aquatique, mythes de Mu et de l'Atlantide et peuple des profondeurs. Remake d'un classique de 1983, le film sonde l'âme des machines avec Buggy, véhicule au grand cœur. Une aventure tendre et sage.

Les Roches rouges : L’art de l’enfance

Dans Les Roches rouges, Bruno Dumont filme les jeux et les amours de l’enfance avec le sérieux qu’ils méritent, sans en atténuer le ridicule ni la violence. Sous le soleil de la Côte d’Azur, l’innocence a ses abîmes, et les gestes les plus simples viennent révéler ce que nos vies d’adultes s’emploient à recouvrir.

Détective Conan : L’Ange déchu de l’asphalte – un bolide qui cale au démarrage

Le plus grand petit détective du Japon file à moto aux côtés de Chihaya Hagiwara, la « Déesse du vent », pour traquer un bolide fantôme sur les routes de Yokohama. Un thriller survolté porté par son héroïne et un final à tombeau ouvert, mais dont l'enquête cousue de fil blanc peine à passer la seconde.

Raisons et Sentiments (2026) : le romantisme sous cloche

Georgia Oakley adapte le roman de Jane Austen avec Daisy Edgar-Jones et Esmé Creed-Miles en sœurs Dashwood. Tourné en 35 mm dans le Devon, le film soigne son naturalisme et sa sororité, mais peine à retrouver la satire sociale et la profondeur émotionnelle qui faisaient la force du texte original.

L’affaire Arnolfini : enquête sur un tableau de Van Eyck

« Johannes de Eyck fuit hic 1434… » « La phrase est doublement ambiguë. Elle ne dit pas que le tableau date de 1434, mais que la scène qu’il représente a eu lieu cette année-là. Et elle se garde bien de nous informer si, de cette scène, Van Eyck fut le témoin ou le protagoniste. Elle place le tableau sous le signe du double sens. »

Starlight, une étoile qui brille vivement

« Les êtres sauvages, commença-t-il. Ça m’a toujours paru un peu erroné de dire ça d’eux. Ils ne sont pas sauvages. En tout cas, pas comme la plupart des gens le conçoivent. Observez-les. Voyez comment ils sont les uns envers les autres. Ils sont plus dociles que nous. Je crois que c’est parce qu’ils savent d’emblée comment aimer et que nous, nous devons l’apprendre. Je vois cela en eux. Comment l’amour les rend dociles. Pas seulement entre eux. La nature. Son mystère. L’attraction de la lune. Le ciel. Toute l’atmosphère qui s’en dégage. C’est ce qui m’attire. Cette grande ouverture qu’ils offrent. C’est ce que j’essaie de ressentir quand je suis avec eux. Ce que j’essaie de voir et de saisir, si j’ai de la chance. Cette authenticité. »

Les 7 roses de Tokyo : Où le féminisme s’avère essentiel

« Il a produit de sa poche gauche un paquet de Soleil Levant. Ce que le ravitaillement nous réserve de temps à autre, ce sont des Milan d’or, et pour ce qui est de ces Soleil Levant, à cause de la présence de feuilles de grande renouée, je ne pourrais affirmer qu’elles sont bonnes, avec la meilleure volonté du monde ; cependant, une bouffée de leur fumée me procure une sensation de nicotine jusqu’au bout des doigts et un agréable fourmillement gagne tout mon corps. C’est bien là la plus grande jouissance du fumeur. Je sais comment m’en procurer. Il suffit de bourrer de riz perlé un paquet vide de ces Soleil Levant puis d’aller se tenir devant le débit de tabac du coin, d’attendre le moment où les passants ont disparu pour mettre prestement le paquet sous le nez de la buraliste. La seconde d’après le riz a été escamoté au profit de tabac. »