Les plus beaux rôles de Max Von Sydow : L’Exorciste, Le Septième sceau, La Source…

Max von Sydow est mort en mars dernier, à presque 91 ans. La rédaction du MagDuCiné a tenu à rendre hommage au plus célèbre des acteurs suédois à travers sept rôles marquants.

Il a joué aux échecs avec la Mort. Il a traqué un démon jusque dans la banlieue de Washington. Il a interprété Jésus Christ aussi bien que Blofeld. Que ce soit dans un rôle important ou dans une petite apparition, Max von Sydow a marqué de sa silhouette longiligne, son charisme impressionnant et l’efficacité minimaliste de son jeu plusieurs générations de cinéphiles, depuis les amateurs d’Ingmar Bergman jusqu’aux fans de Star Wars.

L’Heure du loup d’Ingmar Bergman

Après Persona, la filmographie de Bergman n’est plus la même. L’introspection autobiographique s’accentue, les cauchemars s’expriment davantage. L’Heure du loup est un maillon essentiel à cette réflexion, car c’est un film qui questionne la figure de l’artiste, en l’occurrence d’un peintre. Pour incarner ce double du cinéaste, Max Von Sydow livre une de ses plus fascinantes et terrifiantes prestations. Habituelle figure rassurante de père, de mari, de gardien, dans La Source comme Le Septième Sceau, il se mue ici en époux tourmenté et instable. Sa taille, sa silhouette longiligne, son visage sculpté et son regard impénétrable en font un véritable épouvantail. Tout aussi mutique, tout aussi immobile, et dégageant une pareille force de répulsion. À l’opposée de Liv Ullmann, très expressive dans ce film, sur le visage de laquelle on peut lire l’effroi et l’inquiétude de chaque instant, Max Von Sydow traverse les scènes comme un fantôme, les yeux perdus dans un arrière-monde, ou plutôt un monde intérieur, souterrain, au sein duquel se jouent fantasmes et délires paranoïaques. Un personnage abritant un mal indicible, insaisissable, quoiqu’il suinte par tous les pores de son acteur littéralement transfiguré.

Jules Chambry 

La Source d’Ingmar Bergman

Suède, XIVème siècle. Töre nous apparaît d’abord comme un fermier aisé, un père de famille sévère mais aimant. Le meurtre de sa fille le transforme alors en un homme assouvissant froidement sa vengeance, tout en renforçant ses hésitations existentielles entre vieilles traditions nordiques et foi chrétienne. Il faut peu de scènes à Max von Sydow pour donner vie à ce personnage complexe, dont il se dégage à la fois autorité et noblesse, une apparente grandeur morale et une certaine sympathie. Lorsqu’on le retrouve dans la deuxième partie du film, dans une situation dont le spectateur goûte toute la cruelle ironie avec un temps d’avance, sa réaction se fait attendre avec impatience. Face aux assassins de sa fille, il procède avec détermination, jusqu’à ce que, avec la même résolution, il ne commette le geste de trop, lequel ne fait que révéler que ceux qui l’ont précédé étaient déjà condamnables vis-à-vis de Dieu. Dans la vie quotidienne comme dans la vengeance et le dilemme moral qui s’ensuit, l’acteur suédois confère la même dignité à Töre, rendant bien difficile au spectateur de juger ses actes. Avec un temps d’apparition à l’écran relativement réduit, et sans aucun effet superflu, Max von Sydow parvient dans La Source à rendre toute la psychologie d’un homme, avant et après l’événement qui change le cours de sa vie.

Victor A. 

Le Septième Sceau d’Ingmar Bergman 

Obtenir de la Mort un sursis, et jouer son reste de vie autour d’une partie d’échecs. C’est au cœur d’une véritable fresque médiévale mêlant religion et épidémie de peste, cadre idéal déployé par Bergman pour donner lieu à tout un ensemble de réflexions métaphysiques, que se déroule la première collaboration entre le réalisateur et Max von Sydow. Il y incarne, pour son premier grand rôle, un chevalier de retour de croisades, dont le côté torturé transparaît par son visage tourmenté, ses deux grands yeux clairs et son regard profond. Voilà le visage capable de résister à la Mort, au moins pour un temps. D’ordinaire solitaire et silencieux, le chevalier engage avec elle le dialogue. Cette conversation est l’occasion pour lui de trouver l’interlocuteur privilégié qu’il ne trouve pas parmi les mortels. Comme tous ses semblables il est de passage, et tout dans le film va dans ce sens. Comme un homme il voyage, erre, traverse le temps, couplant à cette réalité celle du chevalier qui se bat pour un idéal vers lequel sa vie chemine. Adoptant et développant un esprit philosophique, il est celui qui (se) pose des questions et cherche des réponses ; mais cette quête ne peut échapper à l’horizon ultime de la mort. De nombreux plans resserrés sont utilisés pour marquer les visages et rendre manifeste la torture qui anime les personnages ; peut-être, aussi, pour figer leur existence dans chaque instant de vie, tant qu’il en est encore temps.

Audrey Dltr

L’Exorciste de William Friedkin

En 1973 sort en salles L‘Exorciste, de William Friedkin, qui deviendra un des rôles les plus emblématiques de la carrière de Max von Sydow. Comme pour tous les rôles cultes, une floppée de noms est passée en escadron avant celui du grand Suédois, dont on se demande ce qu’un Marlon Brando venait y faire, tant ce que proposera Max et la minimonstre, incarnée par Linda Blair, apparaît aux antipodes d’une composition labellisée par l’Actor’s Studio. Il y a deux films pour le prix d’un, avec L’Exorciste. La version où l’on découvre le père Merrin dans un rôle classique, de référent, tuteur du Père Karras, joué par Jason Miller. Entre la dégaine torturée de Rocky Balboa portée par Miller, expressif à souhait, et le sous-jeu européen et tranchant du visage profilé, l’étincelle prend, le duo devient légendaire. Quand la version longue sortira, le Père Merrin entre dans le film en Irak. Archéologue, il gagne avec cette ressortie un effet Koulechov bien profitable, qui greffe sur ce visage intérieur une terreur que tous connaîtront déjà. Max von Sydow n’avait certainement pas besoin de ce rôle pour entrer dans la légende. Mais ce film n’aurait pas pu autant terrifier ses spectateurs sans l’alchimie unique d’un duo inconnu du grand public, dénué de repères utiles, de visages de stars trop lisibles pour rire de toutes ces hallucinantes sornettes.

Romaric Jouan

 

Conan le Barbare de John Milius 

Dans cette oeuvre mystique qu’est Conan le Barbare de John Milius, Max Von Sydow campe le rôle d’un roi en proie à la folie, qui est prêt à donner tout l’or du monde à Conan pour que ce dernier retrouve sa fille, embrigadée et enlevée par Thulsa Doom, chef d’une secte d’un Dieu serpent. Le roi Orsic aurait pu emprisonner et faire tuer Conan et ses deux acolytes mais, son regard vitreux, sa carcasse rapetissée, sa santé mentale défaillante et sa culpabilité de père font de lui un être vulnérable.  Malgré ce petit rôle, d’un roi seul et aliéné sur son trône, Max Von Sydow marque le film de son empreinte. Les rêves du roi Orsic et ceux de Conan se rejoignent et convergent vers le même homme : Thulsa Doom. Là où Conan souhaite venger sa famille et son village, le roi Orsic veut revoir sa fille saine et sauve. Conan partira en chasse, et John Milius construira l’œuvre que tout le monde connait, qui mélangera la violence sourde et vengeresse d’un Conan imposant avec l’ambiance hypnotique d’un monde psychédélique gangrené par l’embrigadement religieux et sectaire. 

Sébastien Guilhermet 

Les Trois jours du Condor de Sydney Pollack 

Lorsque, au bout d’une dizaine de minutes de film, Max Von Sydow apparaît à l’écran, on comprend facilement que son personnage n’est pas là pour plaisanter. Engoncé dans un imper, chapeau sur la tête et grosses lunettes sur le nez, il apparaît froid, observateur, calculateur, strict. C’est d’ailleurs avec une froideur méticuleuse, clinique, qu’il va organiser le massacre d’une agence masquée de la CIA, tuant sans sourciller six personnes. Dans Les Trois jours du Condor, remarquable film d’espionnage de Sydney Pollack, Max Von Sydow incarne le mystérieux G. Joubert, tueur professionnel œuvrant par contrats, sans la moindre prise de position politique. Pour lui, tuer est un métier comme un autre, qui paye bien et laisse une certaine liberté. D’ailleurs, dans l’exercice de son métier, il développera un certain sens de l’honneur. Max Von Sydow sait parfaitement rendre son personnage glaçant, mais aussi fascinant. Avec, comme résultats, quelques scènes remarquables, comme celle qui se déroule dans un ascenseur. Ou ce dialogue effrayant dans lequel le tueur prévient sa cible sur ce qui risque de lui arriver. Si la qualité d’un film se mesure à l’aune de son méchant, on tient là un très grand film.

Hervé Aubert

Pelle le Conquérant de Bille August

Pour lui, c’est le rôle de sa vie. C’est le rôle qui lui permet de faire briller un film presque à lui tout seul. Alors qu’il a joué dans d’immenses chefs-d’œuvre, notamment sous la houlette d’Ingmar Bergman, Max Von Sydow a souvent déclaré que Pelle le Conquérant, fresque épique signée Bille August, lauréate de la Palme d’Or au Festival de Cannes 1988, était le sommet de sa carrière. Dans le film, il interprète Lasse, un migrant suédois qui débarque, à la fin du XIXè siècle, dans l’île danoise de Bornholm avec son fils, Pelle, dans l’espoir d’une vie meilleure. Ils trouvent du travail dans une ferme où la vie est dure. Cette ode dédiée aux migrants lui offre la possibilité d’un retour en grâce après quelques errances cinématographiques : il renoue avec le cinéma d’auteur nordique et retrouve la finesse d’expression qui fit sa renommée. Élégant, charismatique à souhait, il donne chair à un personnage complexe, terriblement humain, et désarmant de maladresse d’amour filial. Et le jury présidé par Ettore Scola ne s’y est pas trompé en soulignant au moment de l’attribution « l’apport exceptionnel » de l’acteur. Une reconnaissance confortée également par une nomination, bien méritée, à l’Oscar du meilleur acteur.

Loic Loew

 

 

Festival

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