Tangerine ou la virée exubérante de Sean Baker en DVD/Blu-Ray depuis le 10 Mai

Avant la virée emplie de désillusion au DisneyLand de The Florida Project, Sean Baker mettait en scène dans Tangerine, une virée solaire et exubérante de deux prostituées afro-américaines transgenres dans les bas-fonds de Los Angeles. Un condensé de malice, de rire et de surprise à ne manquer sous aucun prétexte. 

Los Angeles. De nos jours. Sin-Dee et Alexandra sont des prostituées afro-américaines transgenres. Sin-Dee vient de sortir de prison après une peine de 28 jours et retrouve son amie Alexandra. Alexandra révèle à Sin-Dee que son petit ami Chester l’a trompée avec une femme, Dinah, lors de son séjour en prison. Sin-Dee décide alors de retrouver Chester et Dinah.

Une odyssée solaire et exubérante 

Avant son joli succès d’estime, The Florida Project, passé à la Quinzaine des Réalisateurs du Festival de Cannes 2017, Sean Baker avait déjà fait son trou dans la veine underground du ciné US avec Tangerine. D’où un cinéma indépendant porté à son paroxysme, le bougre ayant mis en scène une virée de plusieurs comédiens non-professionnels dans les bas-fonds de la Californie, le tout filmé à l’aide d’un Iphone. Une nouvelle approche de cinéma, dupliqué par Steven Soderbergh (Unsane), que le jeune réalisateur a sciemment choisi pour appuyer son histoire, fragile puisque porté par une palette de personnages pour le moins inhabituels dans le ciné US : des prostituées afro-américaines transgenres. Une démarche pour le moins originale, mais qui fait sens pour le cinéaste, ce dernier s’évertuant depuis ses débuts à filmer des minorités et leur donner via son scope, une voix. Et ici, à l’instar de The Florida Project où il donnait à voir le quotidien difficile d’une jeune fille habitant à deux pas d’un Disneyland, Sean Baker se permet une approche similaire en faisant coexister la difficulté et le bonheur, la résignation et la malice, les tracas du quotidien et le rire. Le tout dans une histoire ressemblant à un road-movie étalé sur une journée où la personnage principale va devoir arpenter kyrielle de trottoirs pour retrouver une de ses rivales. De quoi donner à cette odyssée solaire et irrévérencieuse un profond sentiment de jamais vu, comme le dit si bien une critique de The Guardian qui ose prétendre que l’on a jamais rien vu de pareil. 

Des bonus pas avares en détails. 

Vu l’aspect relativement inhabituel du projet, on guettait pas mal les bonus. Autant pour comprendre le pourquoi du comment que pour voir le cinéaste à l’oeuvre, seulement armé de son iPhone. Une chance pour nous, les bonus ne sont pas avares sur le sujet puisque se focalisant sur la genèse du projet, l’interview du casting ainsi qu’une interview des deux personnages principaux. De quoi nous permettre de mieux cerner ce projet tout à fait original qui mérite à n’en pas douter le coup d’oeil. 

Caractéristiques techniques DVD/Blu-Ray 

DVD :

Format : Scope – 16/9

Couleur

Durée : 84 minutes

Audio : Anglais 5.1 DD

Sous-titres : Français 

Bonus : La genèse du projet, Interview de Maya et Kiki, Interview du casting, Bande-annonce 

Blu-Ray :

Haute Définition 1080P/24

Format : Scope – 16/9

Couleur

Durée : 87 minutes

Audio : Anglais 5.1 DTS Master Audio

Sous-titres : Français 

Bonus : La genèse du projet, Interview de Maya et Kiki, Interview du casting, Bande-annonce 

Bande-annonce : Tangerine 

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Signes de vie, de Werner Herzog : à perdre la raison

Exploration à bas bruit des frontières de la rationalité humaine ? Faille spatio-temporelle où l’Homme quitte le sentier d’un destin médiocre ? Pas de doute, le cinéma de Herzog est déjà en place.

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

Voyage à deux : le désenchantement conjugal

Troisième collaboration entre Stanley Donen et Audrey Hepburn après "Drôle de frimousse" et "Charade", "Voyage à deux" suit un couple à différents moments de sa vie à travers un récit fragmenté. Le film fait de la mémoire amoureuse son véritable moteur narratif, entre instants de grâce et fissures plus discrètes.

« Michael » piétine son icône en moonwalk

Ça y est, il est enfin là. On le craignait, un peu. Il faut dire que les signaux d'alerte se multipliaient. Famille de Michael Jackson trop impliquée, durée courte pour tout ce que le film devrait raconter, monteur de "Bohemian Rhapsody" aux commandes, tout partait mal. Seul miracle au milieu de cette production, Jaafar Jackson, qui semblait taillé pour le rôle. À la sortie, on n'est ni satisfait, ni profondément énervé, tant Michael réussit et échoue lamentablement exactement là où on l'attendait.

Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.
Antoine Delassus
Antoine Delassushttps://www.lemagducine.fr/
J'ai une profonde admiration pour les sushis, James Bond, Leonardo DiCaprio, Apocalypse Now, Zodiac, les bons films et le ski. Pas forcément dans cet ordre. Et à ceux pouvant critiquer un certain amateurisme, je leur répondrais simplement que l'Arche de Noé a été fabriqué par des amateurs et le Titanic par des professionnels.

Natura : Se perdre pour renaître

S'il est de coutume de penser que la beauté est intérieure, "Natura" nous invite à une tout autre mise en perspective : celle d'un environnement naturel à la fois hostile et sublime, qui finit par agir comme un miroir. Une traversée du massif vosgien qui tient à la fois du conte et de la survie, où une femme cherche, dans l'épaisseur de la forêt, quelque chose qui ressemble à une seconde naissance. Mickael Perret réussit à explorer ce décor dans ce qu'il a de plus brut et de plus étrange. Un premier film audacieux et ambitieux, porteur de grandes promesses.

Sirāt : l’odyssée des damnés

Prix du jury au Festival de Cannes 2025, Oliver Laxe prolonge son cinéma de l’épreuve et de la foi dans un road-trip halluciné au cœur du désert. Entre communauté de teufeurs, deuil intime et bascule métaphysique, "Sirāt" interroge l’errance contemporaine dans un monde vidé de repères. Une expérience sensorielle radicale, portée par les corps, la musique et un monde au bord de l’effondrement.

Once upon a time in Gaza : l’Espoir, le Vice et la Trahison

"Once Upon a Time in Gaza" des frères Nasser est une tragi-comédie saisissante mêlant fraternité contrariée, satire sociale et résistance artistique. Entre fable noire et cinéma engagé, le film dresse un portrait poignant et absurde de la vie à Gaza, où chaque geste devient un acte de survie sous un ciel d’oppression.