Le Portrait de Jennie rayonne en DVD et Blu-Ray

Avec Le Portrait de Jennie, les éditions Carlotta nous permettent de voir en Blu-Ray et DVD l’un des plus grands films de William Dieterle, un mélodrame surprenant doublé d’une réflexion sur le rôle de l’art et la place de l’artiste.

Synopsis : hiver 1934. Eben Adams est un jeune peintre qui cherche en vain à vendre ses toiles. On reproche à ses toiles d’être trop académiques et de manquer de vie. De manquer d’amour. Puis, errant dans les rues de New-York, il rencontre Jennie Appleton, une jeune fille pleine de vie qui lui tient des propos étrangement anachroniques.

William Dieterle fait partie des cinéastes injustement oubliés de nos jours. Acteur et réalisateur d’origine allemande, c’est aux États-Unis qu’il connaîtra le succès dans les années 30. Il participera aux grands films sociaux et politiques de la Warner, comme La Vie d’Emile Zola (qui se concentre surtout sur l’Affaire Dreyfus) ou Juarez, et réalisera même une fort belle adaptation de Notre-Dame de Paris, Quasimodo, avec Charles Laughton dans le rôle-titre. Il signera même une petite rareté, Vulcano, plagiat revendiqué du Stromboli de Rosselini, guidé par une Anna Magnani furieuse d’avoir été remplacée par Ingrid Bergman dans le film original. Hélas, il sera sur la liste noire au moment du MacCarthysme et devra partir en Europe dans les années 50.

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Sorti en 1948, Le Portrait de Jennie réunit toutes les qualités qui ont fait de Dieterle un grand cinéaste. La direction d’acteurs est remarquable, et le couple formé par Joseph Cotten et Jennifer Jones mérite de figurer parmi les parangons du genre. Visuellement, Dieterle soigne ses cadrages et sait magnifiquement tirer partie des décors. Dans les plans de transition entre les séquences, il emploie même une photographie particulière qui rappelle le grain des toiles de peintres. Ainsi, il ne se contente pas de parler de peinture, il fait de son film une suite de tableaux.

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A ce titre, il faut bien entendu parler du final (sans trop en dire pour ne rien dévoiler à ceux qui ne l’ont pas encore vu). Employant des filtres de couleur qui donnent une atmosphère pratiquement surnaturelle et rappellent fortement les œuvres expressionnistes allemandes des années 20 (Dieterle a été acteur pour Murnau, entre autres), le cinéaste nous donne une scène de conclusion de toute beauté et d’une puissance qui marquent de façon durable le spectateur.

Par son scénario et sa réalisation, Le Portrait de Jennie se révèle vite être une œuvre riche et dense. Un film inclassable parcourant plusieurs genres cinématographiques, du surnaturel au mélodrame, le tout saupoudré d’une réflexion sur l’art. Quel est le rôle de l’artiste dans le monde ? Les peintres sont-ils des hommes ordinaires considérant leur art comme un simple gagne-pain comme un autre, ou sont-ils à part ?

Le film nous montre le quotidien de la vie du peintre (on le voit accrocher une toile à un cadre, par exemple), sans chercher à expliquer le travail de la création elle-même. L’inspiration, le talent, le génie restent des mystères. Et le film navigue constamment entre ces deux pôles : une description réaliste de la vie quotidienne au sein d’un New-York incroyablement terre-à-terre au milieu duquel, par moment, se glisse comme une fissure surnaturelle.

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C’est à travers ces fissures dans le tissu du quotidien qu’apparaît le personnage de Jennie. Incarnation symbolique de l’inspiration qui s’impose à l’artiste, elle va petit à petit devenir une obsession pour Eben Adams. Avec elle va s’ouvrir une autre piste de réflexion particulièrement émouvante : le rôle de l’artiste comme gardien de la mémoire. Vieillissant à chacun de ses apparitions, Jennie court vers sa mort d’une façon inéluctable. Le film se colore alors d’une profonde mélancolie qui va le pousser vers les limites du mélodrame. La certitude d’une séparation inévitable et la peur de cette perte imminente vont imposer au peintre la nécessité d’un portrait, comme si la peinture pouvait figer le temps, fixer ce qui est fugitif. « Promettez-moi de ne pas m’oublier », murmure Jennie lorsqu’Eben commence à peindre son portrait. C’est cette tristesse du personnage qui refuse de sombrer dans l’oubli que va combattre la peinture. L’art se fait alors témoignage d’un monde perdu.

Les éditions Carlotta proposent donc une belle édition DVD et Blu-Ray de ce film qui mérite largement d’être découvert. La version restaurée est très bien travaillée et nous propose deux versions sonores, celle d’origine en 1.0 et celle en 5.0, que le producteur David O. Selznick aurait voulu diffuser en son temps pour créer toute une atmosphère sonore autour de la monumentale scène finale. On pourrait juste regretter l’absence d’un supplément de programme qui aurait permis d’analyser un peu plus précisément ce petit bijou qui nous vient de la fin des années 40 et qui fait furieusement penser à Laura d’Otto Preminger ou au Portrait de Dorian Gray, d’Albert Lewin.

Portrait de Jennie : Bande-annonce

Caractéristiques DVD :

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DVD 9
Master Haute Définition
PAL
Encodage MPEG-2
Version Orginale Dolby Digital 5.0 & 1.0
Sous-titres français
Format 1.33 respecté
4/3
Noir & blanc et couleurs
Durée : 83 minutes

Caractéristiques Blu-Ray :

BD 50
Master Haute Définition
1080/23.98p
Encodage AVC
Version Originale DTS-HD Master Audio 5.0 & 1.0
Sous-titres français
Format 1.33 respecté
Noir & blanc et couleurs
Durée : 86 minutes

Festival

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Herve Aubert
Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

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