Catherine Monnot-Berranger et Paolo Vincenzo Castaldi nous offrent, avec L’Appel des bouts du monde, une œuvre poignante et réfléchie qui invite à la réflexion sur l’humanitaire, ses dilemmes éthiques et les vies qui s’y consacrent. Parue aux éditions La Boîte à Bulles, cette bande dessinée revient sur le parcours d’une femme extraordinaire, Joëlle, qui, à la fin des années 70, fait un choix radical et engage sa vie dans l’aide humanitaire internationale.
L’histoire débute à Cherbourg au milieu des années 1970. Joëlle, jeune infirmière, se trouve chez son coiffeur. En feuilletant un magazine, elle découvre les actions de Médecins Sans Frontières (MSF), une organisation qui cherche des bénévoles pour intervenir dans des zones de guerre et de crise. Trois semaines plus tard, elle reçoit un télégramme lui proposant une mission à Beyrouth, capitale du Liban, dévastée par la guerre civile et les tensions israélo-arabes. Après une rencontre avec Bernard Kouchner, fondateur de MSF, la jeune femme se lance dans cette aventure, contre l’avis de ses proches. Ce départ précipité sera le début d’une carrière qui s’étendra sur plus de quatre décennies.
Au fil des pages, nous suivons Joëlle à travers ses missions dans des lieux en guerre ou en crise : le Liban, le Congo, Haïti, l’Afghanistan et bien d’autres encore. Sa carrière la conduit là où l’urgence de l’aide humanitaire se fait ressentir le plus fort, là où les populations souffrent de la guerre, des épidémies, de la pauvreté et des catastrophes naturelles. À chaque étape de son parcours, Joëlle fait face à des dilemmes humains et éthiques : comment intervenir sans prendre parti dans un conflit ? Jusqu’où peut-on aller lorsqu’il s’agit de sauver des vies tout en respectant les réalités locales, parfois contradictoires avec les principes d’égalité et de dignité humaine ?
Le récit aborde avec sensibilité les défis de l’humanitaire, des choix difficiles imposés par des ressources limitées aux tensions liées à la neutralité. Joëlle doit faire face à l’instrumentalisation de l’aide, prendre des décisions lourdes de conséquences, œuvrer avec les moyens du bord pour secourir ceux qui en expriment le besoin. Elle fait aussi des rencontres humainement riches, comme c’est le cas avec les populations kurdes, par exemple. Chemin faisant, l’ouvrage devient aussi un miroir de l’évolution de l’humanitaire depuis les années 70.
Ce que l’on appelle aujourd’hui l’humanitaire institutionnalisé, avec ses bureaux, ses logistiques complexes et ses protocoles de sécurité, n’avait pas encore cours à l’époque. Joëlle et ses compagnons de mission étaient les « French doctors », ces pionniers qui se rendaient sur le terrain sans beaucoup de moyens, souvent au péril de leur vie, vivant au plus près des populations qu’ils soignaient. Grâce à un important travail de recherche, les auteurs rendent parfaitement compte de ces évolutions. En plus de recontextualiser les missions, ils s’intéressent aux motivations de Joëlle et à la manière dont elle a pu mener à bien son travail humanitaire.
Cette dimension sociologique interroge le sens de l’engagement, les compromis nécessaires et les transformations profondes que subissent ceux qui choisissent de consacrer leur vie à aider l’autre. L’ouvrage nous rappelle que la vocation humanitaire, bien qu’elle puisse sembler naître d’une envie d’aider, est souvent une confrontation avec des réalités qui remettent en question nos certitudes, nos valeurs et parfois même nos propres identités. C’est passionnant et probablement trop rarement abordé sous cet angle-là.
L’Appel des bouts du monde, Catherine Monnot-Berranger et Paolo Vincenzo Castaldi La Boîte à bulles, février 2025, 232 pages
Dans Le Maître de California Hill (La Boîte à bulles), Laurent-Frédéric Bollée et Georges Van Linthout nous entraînent au cœur de l’Amérique du XIXe siècle, sur les traces d’un pari insensé qui va durablement marquer deux vies, mais aussi poser les bases de l’une des plus grandes inventions du siècle : le cinéma. Un récit foisonnant, entre obsession et progrès technologique.
Au milieu des années 1860, l’Amérique est en pleine révolution. Alors que la première ligne de chemin de fer transcontinentale touche à sa fin, sonnant le triomphe de la civilisation sur les vastes étendues sauvages, la Californie est dominée par l’ancien gouverneur Leland Stanford. Magnat de l’industrie, ce dernier est obsédé par ses chevaux et prêt à tout pour répondre à une question qui le fascine au plus haut point : un cheval au galop garde-t-il toujours un sabot en contact avec le sol ?
C’est sur cette énigme que débute ce roman graphique. Leland Stanford fait un pari avec son rival, Mr. Durant : celui qui trouvera – et prouvera – la réponse à cette question gagnera 10 % de l’entreprise de son concurrent. Les conséquences de ce petit jeu vont transformer à jamais la manière dont l’humanité perçoit le mouvement et l’image… Rien que ça.
Pour remporter ce pari, Stanford fait appel à Eadweard Muybridge, un photographe talentueux. « Que les choses soient claires, Muybridge… Vos états d’âme, vous pouvez vous les foutre où je pense ! Ici, c’est moi qui commande et si vous n’êtes pas content, je ne vous retiens pas ! Est-ce que je me fais bien comprendre ? » Les relations sont clairement établies et l’exécutant pourra exploiter la fortune de son commanditaire pour mener à bien sa mission.
Le photographe se lance alors dans l’impossible. Il cherche à capturer chaque phase du galop d’un cheval, avec l’intention de prouver si, oui ou non, un cheval garde toujours un sabot en contact avec le sol. Il s’attaque à un défi technique d’ampleur, très bien narré dans l’album. Alors que la photographie n’est pas encore prête à relever un tel challenge, il doit innover, faire preuve d’ingéniosité, pour réaliser les premières photographies séquencielles.
Plusieurs planches sont d’ailleurs conçues de cette manière et rappellent les procédés de la chronophotographie, qui fractionne un mouvement continu en plusieurs images fixes. C’est un effet cinématographique avant l’heure, un découpage où l’illusion du mouvement est créée par la succession rapide de plans figés. Et de fait, ce sont bien les ambitions démesurées de deux hommes prêts à tout pour prouver leurs théories qui vont inspirer le kinétoscope de Thomas Edison.
Entretemps, LF Bollée et Georges Van Linthout déconstruisent les rapports humains et les personnalités de ces deux hommes. Leland Stanford est un puissant dont la mégalomanie le dispute à la misanthropie. Il dit à son fils : « Disons que l’âme humaine est souvent décevante là où la construction mécanique ne ment pas. Elle est source de progrès et d’innovation, alors que l’homme stagne et régresse. Rares, très rares sont les hommes qui vont de l’avant en entraînant les autres avec eux. Il faut être à l’avant du troupeau. J’ai la responsabilité d’endosser ce rôle, Leland Jr., puis ce sera à toi d’aller encore plus haut ! » Si le fardeau filial n’est pas suffisamment clair, en voici une nouvelle démonstration : « Bâtir un empire, et le perdre par une succession ratée ? Ce n’est pas une option. Pour toi, Leland Jr., cette destinée a commencé le jour même de ta naissance. »
Eadweard Muybridge a quant à lui des problèmes de couple qui vont se solder par un meurtre, celui de l’amant de sa femme. Mais la mission du photographe est alors inachevée et Leland Stanford va tout faire pour l’innocenter. Il exhorte son avocat : « Vous creusez ce filon : tentez de le faire passer pour quelqu’un qui n’a plus toute sa tête et qui n’est donc pas responsable de ses actes ! Pour ma part, je vais aller le voir incognito pour lui expliquer que j’ai besoin de lui et qu’il n’a pas intérêt à jouer les fillettes effrayées devant je ne sais quel jury d’idiots… » Pari réussi (dans tous les sens du terme), bien que les rapports entre les deux hommes vont ensuite sérieusement se tendre.
Les dessins de Georges Van Linthout subliment cette drôle d’épopée. Le dessinateur, avec ses traits fins et détaillés, parvient à immerger le lecteur dans les décors majestueux et sauvages de la Californie du XIXe siècle. On ressent une vraie recherche historique dans la restitution des costumes, des paysages et des technologies en place. Dans un noir et blanc sublime, l’expression de l’obsession, de la violence et de la rivalité demeure palpable à chaque page.
Le Maître de California Hill est à la fois un Far West impitoyable où les enjeux sont aussi grands que les espaces et une radiographie de l’âme humaine. Ambition, jalousie, dédain, progrès s’entremêlent à travers le pari fou de Leland Stanford et Eadweard Muybridge. Une lecture incontournable pour les amateurs d’histoire, de photographie et de cinéma.
Le Maître de California Hill, LF Bollée et Georges Van Linthout La Boîte à bulles, février 2025, 144 pages
Les éditions Robert Laffont publient les méconnues Nouvelles de jeunesse du romancier américain Tennessee Williams. Ces dernières nous offrent un aperçu fascinant des débuts littéraires de l’un des dramaturges les plus influents du XXe siècle. Le recueil se compose de sept nouvelles démontrant déjà toute l’acuité du regard du jeune écrivain.
Quand il rédige les sept nouvelles qui composent ce recueil, Tennessee Williams vit encore dans le Missouri et se fait appeler Thomas Lanier Williams. Nous sommes à l’aube de son affirmation en tant que romancier et, à ce titre, Nouvelles de jeunesse constitue un témoignage précieux sur l’évolution stylistique thématique de l’auteur. On y décèle déjà les germes de ce qui deviendra plus tard sa signature littéraire : une sensibilité aiguë pour les âmes tourmentées, une exploration pleine d’à-propos de la solitude et une capacité remarquable à recréer des scènes de la vie quotidienne chargées d’affects.
Il y a quelque chose de profondément poétique dans ces courts récits au plus près de leurs protagonistes. Cela se manifeste notamment dans des descriptions très évocatrices et des dialogues finement ciselés. Le lecteur attentif peut apprécier comment l’auteur, encore en gestation, jongle déjà avec les mots pour créer des images saisissantes et traduire les états d’âme de ses protagonistes, las face au monde du travail, en quête d’amour ou de sensations, parfois perdus dans ce Sud états-unien protéiforme.
La fragilité humaine, l’impossibilité d’accéder pleinement au désir et l’ombre menaçante de la folie constituent autant de fils conducteurs qui se rejoignent subtilement dans la trame de ces histoires. Ces préoccupations prendront quelques années plus tard une ampleur tragique dans ses pièces les plus célèbres. Quid de ces jeunes héros qui s’éveillent à l’amour et/ou au sexe ? De cette vieille femme acariâtre faisant face à la fougue de chiens indomptables ? De cet évangéliste à la retraite assumant mal son attrait pour un cinéma vilipendé par sa religion ?
En creux : un aperçu fascinant de l’Amérique telle que la percevait le jeune Williams. À travers ses personnages et leurs péripéties (essentiellement intérieures), l’auteur esquisse un portrait nuancé de la société américaine de son époque, avec ses espoirs, ses contradictions et ses zones d’ombre. Un schisme apparaît souvent entre les attentes des protagonistes et la réalité qui s’impose à eux. Ce sentiment de désillusion nourrit clairement la plume du jeune romancier.
Nouvelles de jeunesse devrait plaire à tout amateur de l’œuvre de Tennessee Williams. Moins dense que ses grands classiques, mais tout aussi juste, ce recueil permet d’apprécier les premiers pas littéraires d’un génie en devenir, mais aussi de mieux comprendre la genèse de son univers si particulier. On n’en attendait pas moins.
Nouvelles de jeunesse, Tennessee Williams Robert Laffont, janvier 2025, 160 pages
Après Challengers, on attendait Luca Guadagnino au tournant. Avec Queer, il s’attaquait à un projet aussi audacieux que prometteur : une nouvelle littéraire éponyme et sulfureuse de William S. Burroughs, une époque fascinante et un casting qui suscitait de grandes attentes. Le résultat, pourtant, divise.
Synopsis : Dans le Mexico des années 50, William Lee, un expatrié américain d’une cinquantaine d’années au train de vie solitaire, rencontre Eugène Allerton, un ancien soldat récemment installé à Mexico qui lui ouvre les portes de l’intime. Au fil de leur relation, les deux hommes explorent les limites de la sexualité et des luttes intérieures, dans une époque marquée par les tabous sociaux et politiques.
Une splendeur esthétique indéniable
On ne peut pas enlever au réalisateur son goût et son talent pour la cinématographie. Luca Guadagnino a su s’imposer comme un réalisateur de talent. Après le flop de Bones and All (2022), l’artiste italien est revenu au sommet du podium avec son exceptionnel Challengers (2024).
Comme toujours, le storytelling est maîtrisé et la richesse visuelle du travail de Guadagnino n’est plus à prouver. Les palettes de couleurs, le choix des costumes, l’esthétique léchée – tout y est. On note une fois de plus le talent indiscutable du réalisateur pour représenter les corps humains. Tel Michel-Ange, il taille dans la bobine des images charnelles et musclées. Queer est un film qui semble parfaitement chorégraphié et qui met l’emphase sur le langage corporel plutôt que sur la parole.
Les deux premières parties du film sont incroyables. On y découvre un panel d’émotions et une esthétique impeccable, toujours accompagnée de choix musicaux parfaits. C’est une expérience cinématographique qui fait briller les yeux.
Un film en deux temps : l’extase avant la chute
Le choix du casting était audacieux et très intéressant : deux acteurs brillants, l’un en ascension et l’autre dans un rôle particulier qu’il porte finalement relativement bien. Mais alors, pourquoi est-il si difficile de se connecter avec les personnages et de leur trouver une réelle profondeur ? Les personnages semblent définis à gros traits, sans particularité.
Malgré un début prometteur, la dynamique entre les personnages reste figée, rendant difficile toute véritable implication dans leur relation. On espère voir cette connexion évoluer, mais le film semble constamment sur le point de prendre une tournure plus profonde sans jamais y parvenir. Il effleure des sujets plus complexes, notamment l’addiction, mais ces thématiques restent en surface, sans jamais vraiment toucher à leur véritable essence émotionnelle. Le scénario suit fidèlement la nouvelle dont il s’inspire, mais Luca Guadagnino, habituellement brillant dans la représentation des relations marginales, nous livre une relation à demi-mot. Dommage.
Malheureusement, la troisième partie du film, qui aurait dû approfondir la psychologie des personnages, perd son fil conducteur et s’égare dans un dédale scénaristique. Les thématiques oniriques et ésotériques, longues et mal imbriquées, échouent à nous propulser dans l’intimité des personnages, qui nous dévoilent leur cœur, au sens littéral. Le réalisateur fait des histoires d’amour complexes son fonds de commerce, mais normalement, on y trouve quelque chose de personnel, d’universel : la tentation, l’amour impossible. Ici, il est difficile d’identifier un thème clair.
En fin de compte, Queer est un film qui laisse un goût contrasté : d’un côté une maîtrise esthétique incontestable et une force émotionnelle, mais de l’autre une dérive narrative qui empêche d’atteindre l’extase promise.
Bande d’annonce – Queer
Fiche technique – Queer
Réalisateur : Luca Guadagnino
Scénariste : Justin Kuritzkes, d’après la nouvelle de William S. Burroughs
Production : Luca Guadagnino et Lorenzo Mieli
Distribution : Pan Distribution
Genre : Drame, Érotique, Psychologique
Langue : Anglais
Date de sortie :26 février 2025 en salle | 2h 16min
Casting principal : Daniel Craig (William Lee) , Drew Starkey (Eugène Allerton), Lesley Manville (Dr. Cotter), Jason Schwartzman (Joe Guidry)
Musique : Trent Reznor et Atticus Ross
Apple Cider Vinegar, la nouvelle série percutante de Samantha Strauss, dévoile l’incroyable imposture de Belle Gibson, incarnée par Kaitlyn Dever. Inspirée d’une histoire vraie, cette fiction explore avec audace les dérives des influenceurs santé et les mensonges qui ont trompé des millions de personnes. Entre manipulation psychologique et quête de reconnaissance, Apple Cider Vinegar livre un portrait troublant d’une manipulatrice hors pair, tout en questionnant notre rapport à la vérité à l’ère des réseaux sociaux. Une série incontournable à découvrir sur Netflix.
Ça ne tourne jamais au vinaigre!
La série saisissante Apple Cider Vinegar créée par Samantha Strauss et réalisée par Jeffrey Walker dénonce avec une énergie frondeuse et une électricité folle les ravages des influenceurs et gourous dans le domaine de la santé et des médecines alternatives.
L’excellentissime Kaitlyn Dever incarne cette influenceuse prétendant avoir guéri et guérir ses millions d’abonnés de son pseudo-cancer du cerveau par une méthode de nutrition naturelle.
Inspirée de l’histoire vraie donc d’un mensonge, la série use de tous les artifices narratifs adéquats pour reconstituer cette vaste entreprise de fabulation et fabrique de leurres dont use Annabelle Gibson, dite Belle Gibson pour notamment faire croire à des millions d’abonnés qu’il suffit de manger sain, d’être déterminé et animé par l’amour pour vaincre le cancer.
Le parti-pris de Samantha Strauss et des scénaristes ici est d’être en symbiose totale avec le personnage de Belle. Ce regard non-moralisateur permet ainsi de ne pas juger Belle, créant ce vertige du faux ou cette fiction plus que probable de l’illusion. La duperie est tellement intensément vécue sans honte et sans culpabilité par l’usurpatrice qu’on peine à distinguer où s’arrête la dinguerie de l’escroquerie, la folie de la supercherie et où commence le vrai.
Adaptée du livre( the Woman who fooled the world) des journalistes qui ont enquêté sur la vraie Belle Gibson, AppleCider Vinegar détient une force d’attaque et d’entraînement au moins équivalente à la vigueur persuasive du personnage. Dans le montage de sa supercherie, nous assistons à la manière dont Belle, en proie à une déshérence psychologique patente s’identifie d’abord à une vraie malade du cancer Milla (lumineuse et douce Alcia Debnam-Carey) qui poste en ligne son journal de convalescence.
Appel Cider Vinegar procède subtilement et déploie efficacement tous les mécanismes par lesquels Belle s’approprie et cannibalise tout le récit de vie, les souffrances, défaites et victoires de son double idéal Milla. La série ici ausculte avec une lucidité prenante et un sens du divertissement jamais relâché le portrait médusant d’une manipulatrice hors-pair souffrant surtout d’une névrose de vide et d’une défaillance narcissique assez démente.
L’actrice Kaitlyn Dever réussit par l’intensité émotionnelle de son jeu mêlant un engagement très naturaliste, presque surjoué et une fragilité presque innocente à exacerber cette frontière flottante pour le spectateur où l’on ne sait plus quand son personnage ment et quand il est sincère.
La série par un subtil montage éclaté et non chronologique excelle à provoquer l’interrogation critique, la stupeur face à tant d’effronterie mais aussi l’empathie pour les victimes vraiment malades de l’influenceuse.
L’ensemble sans jamais faiblir ni tomber dans l’anecdotique livre un combat jouissif contre tous sorciers du bien être tout en construisant un matériau troublant pour de pures héroïnes de fiction cinématographique.
Bande-annonce : »Apple Cider Vinegar »
Fiche technique de la série « Apple Cider Vinegar »
Créatrice : Samantha Strauss Scénaristes : Samantha Strauss, Anya Beyersdorf, Angela Betzien Réalisateur : Jeffrey Walker Compositeur : Cornel Wilczek Pays d’origine : Australie Langue originale : Anglais Nombre d’épisodes : 6 Durée des épisodes : 55 à 65 minutes Producteurs exécutifs : Helen Gregory, Iain Canning, Liz Watts, Emile Sherman, Samantha Strauss, Louise Gough, Kaitlyn Dever Productrice : Yvonne Collins Sociétés de production : See-Saw Films, Picking Scabs Diffuseur : Netflix Date de sortie : 6 février 2025 Genre : Drame criminel
Distribution principale :
Kaitlyn Dever : Belle Gibson
Alycia Debnam-Carey : Milla Blake
Aisha Dee : Chanelle
Tilda Cobham-Hervey : Lucy
Mark Coles Smith : Justin Guthrie
Ashley Zukerman : Clive
Phoenix Raei : Hek
Susie Porter : Tamara
Matt Nable : Joe
Catherine McClements : Julie
Essie Davis : Natalie
Chai Hansen : Arlo
Richard Davies : Sean
Kieran Darcy-Smith : Andrew Dal-Bello
Doris Younane : Dr. Chidiac
Sibylla Budd : Tara Brown
Jeremy Stanford : Dr. Walsh
Kate Lister : Jordan
Synopsis : « Apple Cider Vinegar » suit l’histoire de Belle Gibson, une influenceuse australienne qui prétend avoir guéri son cancer du cerveau grâce à des remèdes naturels. En lançant une application de recettes et un livre de cuisine axés sur le bien-être, elle trompe ses abonnés et le monde entier, jusqu’à ce que ses mensonges soient dévoilés.
Production : Basée sur le livre « The Woman Who Fooled the World » des journalistes Beau Donelly et Nick Toscano, la série a été tournée à Melbourne, en Australie, avec un financement de Screen Australia et VicScreen. La production a débuté le 15 décembre 2023, et la série a été diffusée sur Netflix le 6 février 2025.
Le Blackjack est un jeu captivant qui mêle chance et stratégie. Pour les joueurs qui souhaitent améliorer leur maîtrise du jeu, connaître les techniques avancées telles que la séparation, le doublement et l’abandon est essentiel. Ces stratégies offrent des opportunités pour maximiser les gains ou minimiser les pertes selon les situations. Dans cet article, nous explorerons en détail chacune de ces techniques, en expliquant comment et quand les utiliser pour améliorer vos performances.
Pourquoi adopter des techniques avancées au Blackjack ?
L’importance de la stratégie
Le Blackjack n’est pas un jeu de pur hasard. Contrairement à d’autres jeux de casino, il offre des opportunités stratégiques basées sur les cartes visibles et les probabilités. Les techniques avancées permettent de prendre des décisions éclairées, augmentant vos chances de battre le croupier.
Maximiser vos chances
Utiliser des stratégies comme la séparation, le doublement et l’abandon peut transformer une main défavorable en opportunité de gains. Ces techniques sont particulièrement efficaces lorsque combinées à une compréhension des règles de base et des probabilités.
La Séparation : Transformer une main en deux opportunités
Qu’est-ce que la séparation ?
La séparation (ou « split ») est une option qui permet de diviser une paire de cartes identiques (comme deux 8 ou deux As) en deux mains distinctes. Vous devrez placer une mise supplémentaire égale à votre mise initiale pour jouer chaque main séparément.
Quand utiliser la séparation ?
Toujours séparer les paires de 8 et d’As : Une paire de 8 équivaut à un total de 16, une main risquée. En séparant, vous augmentez vos chances d’obtenir de meilleures mains. Avec une paire d’As, vous maximisez vos chances de tirer un 10 pour atteindre 21.
Ne jamais séparer les paires de 10 ou de 5 : Une paire de 10 totalise 20, une excellente main qu’il vaut mieux conserver. Une paire de 5, avec un total de 10, est préférable à doubler plutôt qu’à séparer.
Avantages de la séparation
Double vos chances de gagner en jouant deux mains distinctes.
Permet de tirer parti de mains initialement défavorables.
Précautions
La séparation nécessite de doubler votre mise initiale, ce qui peut rapidement épuiser votre bankroll si mal utilisée, surtout si vous débutez et apprenez à jouer au blackjack.
Le Doublement : Miser gros sur une main forte
Qu’est-ce que le doublement ?
Le doublement (ou « double down ») consiste à doubler votre mise après avoir reçu vos deux premières cartes, en échange de la possibilité de tirer une seule carte supplémentaire. Cette stratégie est risquée, mais elle peut être très lucrative lorsqu’elle est bien exécutée.
Quand doubler ?
Avec un total de 10 ou 11 : Si vos cartes totalisent 10 ou 11 et que le croupier a une carte faible (4, 5 ou 6), c’est une excellente opportunité de doubler. Vous avez de fortes chances d’obtenir une carte de valeur 10, atteignant ainsi un total de 20 ou 21.
Avec un total de 9 contre une carte faible du croupier : Lorsque le croupier montre une carte de faible valeur, doubler avec un total de 9 peut être une bonne stratégie.
Avantages du doublement
Permet de maximiser les gains lorsque vous avez un avantage sur le croupier.
Exploite les faiblesses des cartes visibles du croupier.
Précautions
Le doublement est une stratégie agressive qui peut entraîner des pertes importantes si vous tirez une carte de faible valeur.
L’Abandon : Une solution pour minimiser les pertes
Qu’est-ce que l’abandon ?
L’abandon (ou « surrender ») est une option qui vous permet de renoncer à votre main en échange de la moitié de votre mise initiale. C’est une solution stratégique pour réduire les pertes dans des situations défavorables.
Quand abandonner ?
Avec un total de 16 contre un 10 du croupier : Si le croupier montre une carte forte comme un 10, il y a de fortes chances qu’il ait une meilleure main. Dans ce cas, abandonner peut être la meilleure décision.
Avec un total de 15 contre un As : Lorsque le croupier a un As, vos chances de gagner sont faibles, et l’abandon devient une option logique.
Avantages de l’abandon
Réduit vos pertes globales.
Permet de préserver votre capital pour les mains futures.
Précautions
Tous les casinos ne permettent pas l’abandon, et il est important de ne pas l’utiliser de manière excessive.
Combiner ces techniques pour une stratégie optimale
Analyser la carte visible du croupier
Les décisions stratégiques dépendent en grande partie de la carte visible du croupier. Par exemple, si le croupier a une carte faible (2 à 6), vous pouvez envisager de doubler ou de rester agressif. En revanche, si le croupier a une carte forte (10 ou As), l’abandon ou une stratégie défensive peut être plus appropriée.
Gérer votre bankroll
Les techniques avancées comme la séparation et le doublement augmentent votre mise initiale. Assurez-vous de bien gérer votre capital pour éviter d’épuiser vos fonds trop rapidement.
Pratiquer pour perfectionner
La maîtrise de ces techniques demande du temps et de l’entraînement. Utilisez des simulateurs de Blackjack en ligne pour vous familiariser avec ces stratégies avant de les appliquer dans un casino.
Conclusion
La séparation, le doublement et l’abandon sont des techniques avancées qui peuvent transformer votre expérience de jeu au Blackjack. Bien utilisées, elles permettent d’augmenter vos chances de gains et de réduire vos pertes dans des situations difficiles.
Cependant, leur efficacité dépend de votre capacité à analyser les cartes en jeu et à prendre des décisions éclairées. Combinez ces techniques avec une stratégie de base solide et une bonne gestion de votre bankroll pour maximiser vos résultats. Avec de la pratique et de la patience, vous pourrez maîtriser ces stratégies et jouer comme un véritable expert du Blackjack.
À l’occasion de la sortie (19 février 2025) du film When the Light Breaks de l’Islandais Rúnar Rúnarsson, notre collaborateur, Laurent, a eu l’occasion de rencontrer son réalisateur qui était accompagné par son actrice principale, Elín Sif Halldórsdóttir, interprète du rôle d’Una dans le film. Ils ont accepté de répondre à quelques questions pour Le Mag du Ciné.
Bonjour Rúnar, bonjour Elín et bienvenue à Paris ! Rúnar, merci pour votre film When the Light Breaks. Une première question, si vous voulez bien. Est-ce que le titre international a la même signification que le titre original islandais ?
Rúnar : Oui et non. En fait, il est inévitable de faire des modifications lorsqu’on effectue une traduction. Le titre original en islandais « Ljósbrot » est en un seul mot qui signifie réfraction et évoque la dispersion de la lumière, comme par exemple à travers un prisme pour séparer les couleurs à la façon d’un arc-en-ciel. La réfraction apporte une dimension poétique à la vision des choses. Le mot islandais consiste en l’association de deux notions dont l’une signifie la lumière et l’autre casser. Il était donc impossible de traduire cela en un seul mot intégrant les deux significations. L’intention est de faire sentir qu’un fait est en réalité un assemblage de différentes composantes. On peut en dire autant pour chaque personnalité.
Oui, j’avais remarqué que le titre original est en un seul mot, c’est pourquoi je voulais vous poser la question. Je comprends When the light breaks comme un titre à double sens, celui du coucher de soleil et celui de la mort de Diddi.
Rúnar : Oui, tout à fait. Nous sommes d’accord.
Quand je vois un film islandais, je me rappelle mon intérêt pour les romans policiers d’Arnaldur Indridasson et leur aspect social par exemple. J’aimerais savoir ce que vous avez eu envie, Rúnar, de montrer de l’Islande et des Islandais dans ce film.
Rúnar : En fait, je m’intéresse avant tout à l’âme humaine de manière générale. L’histoire de When the Light Breaks se passe en Islande et avec des islandais. Mais elle pourrait se passer ailleurs dans le monde.
D’accord. Mais j’avais une idée, car le film se passe entre deux couchers de soleil successifs, ce qui donne une temporalité particulière au film.
Rúnar : Oui, on peut dire cela, je suis d’accord.
Pensez-vous qu’on puisse parler d’un cinéma islandais, ou bien êtes-vous en quelque sorte une exception ?
Rúnar : Vous savez, l’Islande est un petit pays. En fait, le cinéma islandais existe en gros depuis 15-16 ans. Nous sommes à une époque où les films voyagent, ce qui est quelque chose d’assez banal et pas spécifique aux films islandais. Mais le cinéma islandais voyage assez bien, ce qui est très bénéfique. Cependant, je serais bien en peine de définir ce que serait le cinéma islandais.
À ce propos, savez-vous combien de cinémas il y a approximativement en Islande ?
Rúnar : Des cinémas ou des salles ?
Les deux, si vous avez une idée des chiffres.
Rúnar : L’Islande est un pays de cinéma. Les Islandais aiment aller au cinéma et dans nos salles on peut y voir des films de qualité. D’ailleurs, la France, comme l’Islande, est un pays de cinéphiles. Attendez, je fais le compte dans ma tête. Je vois 6 cinémas à Reykjavík et dans la banlieue. Sinon, dans le pays, il y en a une vingtaine qu’on peut appeler des cinémas.
Avec plusieurs salles de projection ?
Rúnar : Certains oui. Et je peux ajouter qu’on vend environ 2 millions de tickets de cinémas par an en Islande. Cela signifie qu’en moyenne, chaque Islandais va au cinéma cinq fois par an.
Est-ce que le film est déjà sorti dans d’autres pays ?
Rúnar : Oui, il est déjà sorti en Islande fin août 2024. Et puis, il est sorti notamment en Norvège et au Danemark. Ensuite, les sorties vont se succéder, après la sortie française.
Une question à propos de la musique du film. Dans le film, on entend plusieurs fois une magnifique voix féminine chanter, accompagnée par des cordes. Pouvez-vous nous dire de qui il s’agit ? Comment l’avez-vous découverte puis choisie ? Comment l’entendre à nouveau ?
Rúnar : Dans le film, c’est trois fois qu’on entend cette voix. Mais ce n’est pas une voix naturelle. Elle est produite par un ordinateur. Et il s’agit d’une composition intitulée « Odi et Amo » par Jóhann Jóhannsson. Cette composition date de 2000 et elle était initialement prévue pour être interprétée en public. Elle marque le début de la carrière de Jóhannsson, compositeur islandais qui a fait de nombreuses musiques de film et a été nominé aux Oscars pour le film Sicario.
Dans le film, on observe un groupe de jeunes réagissant à la disparition de l’un d’entre eux, ce qui représente probablement leur première confrontation avec la mort. Pouvez-vous nous parler des acteurs de ce groupe, qui sont-ils et d’où viennent-ils ?
Rúnar : Ces acteurs viennent d’horizons différents. Ils sont tous passés par le casting et ils ont tous un peu d’expérience théâtrale en Islande. Pour évoquer le cas d’Elín, elle faisait des études théâtrales et avait tout juste 16 ans. Elle se consacre également à la musique et a participé à la sélection pour représenter l’Islande au concours de l’Eurovision. L’un des acteurs, Mikael qui joue le rôle de Gunni est un musicien. Elín le connaît car ils ont été à l’école ensemble. Elín considère désormais Mikael comme son meilleur ami. C’est le seul qui n’était jamais passé par une école théâtrale. Donc, s’ils viennent tous d’horizons différents, tous avaient un minimum d’expérience théâtrale.
Copyright Sophia Olsson | Elín Sif Halldórsdóttir | When the Light Breaks
Et vous, Elín, pouvez-vous nous parler d’Una ? Comment vous êtes-vous préparée à ce rôle difficile, puisque vous deviez faire ressentir des impressions que vous ne pouviez pas exprimer par des mots ?
Elín : Oui, le rôle exigeait des efforts particuliers, car Elín est assez secrète. Pour moi, l’interpréter était une sorte de défi, de challenge. La seule solution pour exprimer ce qu’elle ressentait passait par les gestes, les attitudes et les expressions. L’intérêt, c’est que j’aime travailler tout cela.
Et à propos de Diddi, est-ce que vous avez évoqué avec Rúnar ce qui se serait passé si, ce jour-là, Diddi avait pu prendre son avion ?
Elín : Je pense que c’est une question assez classique du genre « Et si ?… »
Rúnar : Oui, nous avions envisagé les différentes possibilités, dans certains termes. Mais nous avons considéré que cela ne servait pas à grand-chose, parce qu’il était impossible de savoir ce que Diddi aurait fait effectivement. C’est pourquoi Elín ne s’en souvient pas trop. En réalité, cette piste n’avait pas vraiment d’intérêt.
Dans le film, on observe deux séquences où, dans un premier temps, on se demande ce que la caméra cherche à nous montrer. Puis, par un lent mouvement de caméra, cela modifie l’angle sous lequel on voit ce qu’elle film et on comprend progressivement. Est-ce que votre idée était de faire sentir qu’un même fait peut être regardé sous différents angles et prendre ainsi de nouvelles dimensions ?
Rúnar : Oui, on peut dire cela. Je voudrais dire que la beauté est la notion la plus importante, donc l’aspect esthétique de ces deux séquences m’importe plus que le reste. Il ne faut pas s’arrêter aux premières impressions, car les choses peuvent être vues sous différents aspects et apporter de nouvelles perceptions. Quelque chose d’horrible au premier abord peut révéler un tout autre aspect si vous le regardez sous un autre angle.
Dans le même veine, une séquence marquante dans le film, présente Diddi dans l’une de ses performances, en train d’expliquer à son public qu’il va leur apprendre à voler. C’est d’autant plus convainquant que vous illustrez son propos par ce que vous montrez à l’image. Pouvez-vous nous commenter cette séquence ?
Rúnar : En fait, lors de cette séquence je mets en scène une performance qui a été effectivement proposée par un artiste islandais et je suis satisfait de constater que cela fonctionne bien, car en réalité, c’est une illusion d’optique. Elle m’intéresse parce qu’elle illustre le fait que le cinéma se repose sur deux dimensions.
Ce n’était donc pas seulement un défi technique ?
Rúnar : En fait, c’est quelque chose que je suis moi-même en mesure d’expérimenter. Ce qui m’intéressait, c’était de pouvoir la mettre en place techniquement. L’important à mon sens, c’est l’émotion qu’elle procure en montrant que nos repères peuvent être modifiés. Dans l’histoire, c’est pareil : les émotions créées par le film modifient notre façon de percevoir les choses.
Pouvez-vous nous parler de vos projets ?
Rúnar : Mes projets à venir ? Je ne peux rien dire pour l’instant.
Je comprends. Et vous Elín ?
Elín : Je tourne pour une série TV à propos de la première femme à devenir présidente. Et je voyage beaucoup pour parler de When the Light Breaks, ce qui est très excitant.
Vous envisagez une carrière internationale ?
Elín : Pour l’instant, je prends les choses comme elles viennent. Mais, comme l’a dit Rúnar, l’Islande est un petit pays. Si des opportunités se présentent, on verra ce qui sera possible.
Merci Rúnar, merci Elín. Bonne chance pour la sortie française de When the Light Breaks !
Propos recueillis par Laurent Gallard, le 10 février 2025 à Paris (Hôtel Bastille Speria).
Après Sparrows (2015), l’Islandais Rúnar Rúnarsson continue d’explorer les particularités de son pays avec ce film au titre parfaitement justifié, puisqu’il se déroule sur l’espace d’une journée entre deux couchers du soleil. Mais la lumière qui s’éteint (voir la version anglaise du titre), c’est aussi celle du beau Diddi (Baldur Einarsson) dont ses jeunes amis vont devoir faire leur deuil.
Ljósbrot (titre original) est centré sur un groupe de jeunes étudiants qui se côtoient aux Beaux-Arts. Plutôt que musical, il est fort probable que le groupe en question soit constitué autour de Diddi qui organisait des performances. Ceci dit, récemment il manquait d’inspiration et sa dernière performance individuelle relevait avant tout de la provocation improvisée avec les moyens du bord parce qu’il devait proposer quelque chose. Celles et ceux qui y ont assisté en gardent un souvenir gêné.
Rompre
A l’image de l’affiche, le réalisateur (et scénariste) montre que l’Islande n’est pas qu’une île où il fait froid. Très lumineux, le début montre Diddi avec Una (Elin Sif Halldórsdóttir), en couple d’amoureux profitant d’un moment qui se voudrait romantique. Cependant, on note que les prises de vues font en sorte qu’on ne fasse que deviner Diddi. Il se trouve qu’il est dans une situation compliquée, car son couple avec Una n’a rien d’officiel. Mais, il s’est engagé auprès d’elle à faire le nécessaire. Il doit rejoindre Klara (Katla Njálsdóttir), sa copine officielle, pour lui signifier leur rupture, raison pour laquelle il s’apprête à prendre l’avion. En fait, on ne saura pas s’il aurait assumé ce choix, puisqu’il ne montera jamais dans l’avion. En effet, conduit par un ami en voiture, il se trouve pris dans un terrible accident (to break : casser) qui lui coûte la vie.
Mise en scène de la dualité
L’essentiel de ce film relativement court (1h22) explore la façon dont celles et ceux qui évoluaient autour de Diddi encaissent l’accident et ses conséquences. Sous le choc, les caractères se dévoilent. C’est quelque chose de très particulier pour ces jeunes qui considèrent que la vie leur appartient, de réaliser que les circonstances peuvent briser net l’un d’entre eux, au hasard. N’y étant pas du tout préparés, ils oscillent entre l’incompréhension et une douleur fulgurante qu’ils ont du mal à vraiment réaliser. On les voit dans une sorte d’état second, naviguer entre les larmes et quelques moments où ils retrouvent leurs automatismes. Mais, ces instants de quasi détente ne durent pas, car ils sentent rapidement monter une certaine forme de culpabilité, alors qu’ils n’y sont strictement pour rien. Le réalisateur saisit bien cette ambiance de malaise, symbolisée par la position insupportable d’Una qui considère qu’elle devrait être à la place de Klara, en première ligne. Concrètement, Una ne peut pas afficher sa douleur réelle et doit en plus supporter celle de Klara à qui elle s’interdit de révéler le pot aux roses. Mais leur sensibilité féminine finit par les rapprocher et c’est Una qui apporte comme elle peut une sorte de réconfort à Klara. On note au passage qu’Una se dit pan(sexuelle), soit attirée autant par les hommes que les femmes. Ce qu’elle tente maladroitement de faire passer par un look (cheveux très courts qu’elle plaque en arrière et un lourd blouson en cuir) qui laisse croire dans un premier temps qu’elle refuse sa féminité, alors qu’à mon avis elle refuse surtout de l’afficher ostensiblement. Soit dit au passage, Diddi avait parlé d’Una à Klara en la prétendant lesbienne, pour parer à toute réaction de jalousie.
Diddi
Le portrait qui émerge de Diddi est donc tout en nuances, entre l’éphèbe solaire au vu de son physique, le démiurge tirant un groupe derrière lui et l’adolescent attardé qui se cherchait encore et s’avérait capable du meilleur comme du pire. Dans le meilleur, on retiendra cette performance où il apprenait à voler aux passants, comme s’ils pouvaient s’affranchir de la pesanteur. La caméra illustre parfaitement son propos par une contre-plongée vertigineuse suivie d’un léger mouvement horizontal qui se révèle particulièrement bluffant en modifiant la perception des repères habituels.
Quelques points remarquables
Ce film marque par deux longues séquences sans dialogue, où on comprend progressivement ce que la caméra embarquée dans un véhicule qui avance nous montre, par une modification très progressive de l’angle de prise de vue. Des séquences caractéristiques de ce que le réalisateur cherche à montrer et faire éprouver au public. Elles se situent à des moments clé du scénario, juste avant la disparition de Diddi et pour clore le film. Chacune nous fait profiter d’un extrait musical de toute beauté, avec une voix féminine accompagnée par des cordes. Cette voix – artificielle – est celle qu’on entend dans la composition Odi et Amo du compositeur Islandais Jóhann Jóhannsson, une révélation !
Pour conclure
Rúnar Rúnarsson nous fait donc sentir la fragilité de la vie tout en nous incitant à relativiser nos observations et mieux apprécier ce que l’existence nous apporte. Ainsi, il parvient à placer quelques touches d’humour et des instants de toute beauté, dans un film qui pourrait n’être que larmoyant. Selon son propre aveu, il s’inspire de la réalité ainsi que de son expérience personnelle, le film étant conçu pour ouvrir des pistes de réflexion à tout un chacun.
Bande-annonce : When the Light Breaks
Fiche technique : When the Light Breaks
Réalisateur : Rúnar Rúnarsson Scénariste : Rúnar Rúnarsson Sortie française : 19 février 2025 Production : Heather, Rúnar Rúnarsson Pays de production : Islande Distribution : Jour2Fête Direction artistique : Hulda Helgadóttir Musique : Jóhann Jóohannsson Photographie : Sophia Olsson Son : Pétur Einarsson Montage : Andri Steinn Guðjónsson Avec : Elín Sif Halldórsdóttir (Hall) : Una Katla Njálsdóttir : Klara Baldur Einarsson : Diddi
Après le succès du Royal Fondement, Philippe Charlot et Éric Hübsch poursuivent leur exploration des travers historiques des rois de France. Cette fois, c’est Henri IV qui se trouve au centre d’une comédie historique légère, bien qu’ancrée dans des faits réels et documentés. Avec La Chandelle du bon roy Henri, les auteurs nous plongent dans les affres intimes du Vert Galant, entre amourettes et problèmes urinaires, dans un Paris du XVIe siècle particulièrement vivant.
La Chandelle du bon roy Henri se déroule à la fin du XVIe siècle, juste après qu’Henri IV a été couronné roi de France. Malgré ses exploits amoureux et son un certain charisme, le Vert Galant n’est pas au sommet de sa forme. Le roi souffre en effet de graves problèmes urinaires, conséquence de ses nombreuses aventures sexuelles et d’une maladie vénérienne. Le médecin royal, sous pression, fait appel à Bertille, une rebouteuse de renom, pour l’aider à trouver un remède. Ce dernier passera par des moyens peu conventionnels, comme l’utilisation d’une canule – autrement dit, une chandelle. Un procédé peu glorieux, mais bien réel dans le contexte historique.
L’histoire suit en parallèle la trajectoire de Mathilde, une jeune provinciale en quête d’amour dans la capitale. Elle se lie avec Thibault, un jeune saltimbanque un peu rêveur, et un hypnotiseur en herbe, qui, par un concours de circonstances, se retrouvera impliqué dans le traitement royal. Le tout se déroule dans une ambiance à la fois burlesque et romanesque, où les enjeux intimes du roi se mêlent à des intrigues d’amour et de manipulation mentale. Partout, c’est la légèreté qui affleure : dans les rapports entre Mathilde et sa tante diseuse de bonne aventure ; dans les outrances romantiques de Thibault ; dans la voracité charnelle du roi…
Philippe Charlot mêle avec talent fiction et réalité. Si les maux de Henri IV sont documentés (il souffrait effectivement de problèmes urinaires liés à une maladie vénérienne), l’auteur ne s’attache pas à une reconstitution historique minutieuse, puisqu’il laisse place à une libre interprétation, nourrie d’humour et de quiproquos. Chaque ingrédient est savamment pesé : une chandelle pour le burlesque, une histoire d’amour pour injecter ce qu’il faut de tendresse, une évocation de la religion dans ses habits les plus hypocrites…
Philippe Charlot dépeint un roi peu glorieux, confronté à des faiblesses humaines qui le rendent avant tout touchant et humain. Là où les reconstitutions historiques nous habituent traditionnellement aux intrigues de pouvoir et de palais, on est ici en présence d’un homme certes soucieux de son image, mais probablement plus encore d’être bien entouré – c’est-à-dire par des jeunes femmes sculpturales et ouvertes d’esprit.
Les dessins d’Éric Hübsch transportent le lecteur directement dans l’ambiance de Paris à la fin du XVIe siècle, notamment à travers des scènes de rue, les intérieurs feutrés des palais et, bien entendu, la mise en scène du roi Henri IV. On se plaît à vivre par procuration les malheurs du plus haut dignitaire de France et la fébrilité amoureuse d’un saltimbanque désargenté. La Chandelle du bon roy Henri est à ce titre un album sans grande prétention mais qui se lit avec plaisir. L’humour est au rendez-vous, les personnages sont bien caractérisés, et l’histoire, bien que prévisible dans ses grandes lignes, réserve quelques moments agréables.
La Chandelle du bon roy Henri, Philippe Charlot et Éric Hübsch Bamboo, janvier 2025, 64 pages
Skottie Young et Jorge Corona fusionnent leurs talents dans une œuvre d’une grande puissance visuelle et émotionnelle. À la croisée du western et du fantastique, Aucune tombe assez profonde (Urban Comics) nous plonge dans l’âme tourmentée d’une héroïne prête à défier la Mort elle-même pour rester auprès des siens.
Dans un Far West où le fantastique se mêle à l’inéluctable, Aucune tombe assez profonde fait la lumière sur le parcours tumultueux de Ryder, une femme qui s’est patiemment reconstruite après une vie en dehors des clous – mais dont les démons du passé ressurgissent avec la menace d’une fin imminente. Après des péripéties marquées par les braquages, la violence et une réputation de redoutable hors-la-loi, Ryder s’est rangée, trouvant refuge dans l’amour d’un mari et dans la joie d’être mère. Mais alors qu’une maladie incurable dévore son corps, l’existence qu’elle s’est construite est en péril. Refusant d’accepter son sort, elle se lance dans une quête effrénée : retrouver et tuer celle qui, selon elle, tente de lui voler sa vie… la Mort elle-même.
Le scénariste Skottie Young, en parfait accord avec son complice Jorge Corona (au dessin), nous livre une héroïne aux multiples facettes, aussi complexe que touchante. En puisant dans les codes du western, tout en y injectant une dose de fantastique, il nous raconte une histoire de rédemption, mais aussi de confrontation avec soi-même. Ryder s’apparente à une figure tragique ; elle se lance dans une mission pour gagner quelques mois de vie supplémentaires, sans se douter que ce voyage l’amènera à faire face à des situations périlleuses et irrévocables.
Le récit d’Aucune tombe assez profonde se déroule sur un rythme effréné. Chaque scène constitue un tour de force visuel, portant le lecteur d’un lieu à l’autre, dans des décors naturels sauvages indissociables d’une tension bien palpable. De la poussière du désert aux scènes d’intérieur plus rares, le travail de Jorge Corona demeure remarquable. Son style expressif et sa maîtrise de l’encrage donnent à l’univers une texture appréciable, et ses mises en page dynamiques mettent parfaitement en valeur la tension croissante du récit.
Mieux, en prenant pour fil conducteur les cinq étapes du deuil, Skottie Youngoffre à Ryder un parcours introspectif où se mêlent colère, négation, marchandage, dépression et acceptation. L’intrigue avance tout en suivant le processus de deuil de l’héroïne face à sa propre mortalité. Ce qui aurait pu n’être qu’une simple quête de vengeance se transforme en une réflexion sur le sens de la vie, la famille et les choix que l’on fait. Ryder est dépeinte comme une femme brisée, qui doit faire face à l’héritage de ses actes tout en cherchant à réconcilier son passé avec ses désirs d’avenir.
L’album prend rapidement un tournant fantastique, avec des éléments surréalistes qui viennent s’intégrer parfaitement au récit. Ryder, armée de son courage et de ses revolvers, se retrouve face à des forces invisibles, des entités surnaturelles, dont la Mort elle-même, personnifiée d’une manière aussi effrayante que poétique. Ce mélange d’éléments traditionnels du western et de touches fantastiques donne à Aucune tombe assez profonde une atmosphère assez singulière, où l’on sent que chaque moment pourrait basculer dans l’absurde ou l’inimaginable.
Et si Aucune tombe assez profonde est avant tout une aventure de vengeance et de survie, elle se transforme également en un conte sur la rédemption et la confrontation avec la fin. Ryder, héroïne imparfaite, nous invite dans son dernier tour de piste, celui où elle va devoir choisir : combattre pour sa vie, ou accepter la fin qui lui tend les bras. Le final, magistralement construit, laisse une empreinte indélébile, offrant une conclusion aussi poignante qu’inattendue.
Aucune tombe assez profonde, Skottie Young et Jorge Corona Urban Comics, février 2025, 152 pages
On ne l’avait pas vu venir. On a halluciné. La bande-annonce de Bref.2 a enflammé Internet. La série culte de et avec Kyan Khojandi revenait. On a pensé aux revivals, ces séries qui sont revenues alors qu’elles étaient terminées. Prison Break : Resurrection. C’était nul. 24 heures chrono : Legacy. C’était nul. Puis on a vu Disney+. On s’est dit aïe. On a appris que Kyan et Navo avaient eu une liberté créative totale. On s’est dit ah. J’ai compris que le problème avec Disney, c’était pas Disney, mais Hollywood. Parce que quand tu laisses tes créateurs s’exprimer, ça donne Bref.2.
C’était (pas) mieux avant
82 épisodes d’environ 2mn. C’était ça, Bref. Mais pas que. Bref., c’était drôle. Tu riais en voyant les mésaventures de ce gars de 30 ans. Avant de comprendre que ce gars de 30 ans, ça pouvait être toi. C’était toi quand tu te remettais jamais en question. C’était toi quand tu mentais à quelqu’un pour paraitre plus attirant et espérer le/la ramener dans ton lit. C’était toi quand tu mettais bilingue dans ton CV alors que tu savais même pas bien parler ta propre langue. C’était toi quand tu trouvais une répartie incroyable face à quelqu’un… sous la douche deux ans plus tard.
Parfois, c’était triste. C’était toi quand tu devenais agressif en accumulant la frustration. C’était toi quand tu tombais amoureux. C’était toi quand tu voyais tes proches avoir une vie, alors que tu mangeais des pâtes au ketchup sur un canapé. Bref, sous couvert d’un superbe humour, c’était la vie. C’était des rires, parfois des larmes. Souvent impactant, jamais méchant. C’était cette fille. C’était Marla. C’était Kheiron. C’était Kyan. C’était nous. Alors, quand cette saison 2 a été annoncée, on était surpris. Quand on a su que c’était 6 épisodes de 30 minutes, on était curieux. Et quand je suis sorti des épisodes, j’étais dévasté. J’étais heureux. J’étais grandis. J’étais différent. Bref, on tient peut-être la meilleure série de l’année.
L’embarras du choix
Quand on a quitté « Je », il avait 30 ans. Aujourd’hui, on le retrouve a 40. Le constat est amer. Il n’a pas évolué. Il reproduit les mêmes erreurs en boucle, en pensant que ce sera différent. Et c’est quand tu le retrouves que tu comprends qu’il t’a manqué. Puis tu retrouves Marla, puis Baptiste. Et là, tu vois ce qu’est devenu Sarah, et tu comprends que cette saison va être incroyable. Enfin, ça c’est si t’aimes pas forcément le cinéma. Parce que si t’aimes le cinéma, tu l’as vu dès les premières minutes. T’as vu que l’image était plus soignée qu’une très grande partie des comédies. T’as remarqué que le montage était encore plus travaillé et encore, t’étais pas prêt pour la suite. T’as vu tous les acteurs impliqués et au top de leur forme. Tu découvres (encore) que Laura Felpin est une comédienne incroyable. Puis, surtout, t’as remarqué que Kyan, il avait eu de l’argent. Et surtout, après le premier épisode, tu savais que cette saison 2 allait être parfaite.
Faire une suite des années plus tard, c’est pas facile. Il faut innover, mais être pareil. Faire plaisir aux fans, tout en racontant ce que tu veux raconter. Trouver des nouveaux personnages, et savoir de quels anciens tu te débarrasses. Créer un nouveau départ pour ton histoire, tout en s’assurant que c’est une continuité. Et, au milieu de tout ça, il y a ton protagoniste. Pourquoi le retour de Tobey Maguire est nul dans No Way Home ? Parce que tu as l’impression qu’il a rien vécu en 10 ans. Pourquoi on aime le retour du personnage de Kyan ? Parce que dès les premières secondes, il est déjà plus au même stade qu’avant. C’est bête à dire, mais c’est ce rien qui change tout.
Pulsions
Mais ce qui ressort de tout ça, c’est toi. Parce que comme toutes les grandes œuvres. Bref.2 te fait réfléchir à ta propre vie et à tes erreurs. L’épisode 2 te donne envie d’hurler à ton père que tu l’aimes. Après le 4e, t’es à deux doigts de démissionner pour chercher le boulot de tes rêves mais… testeur de sushi à domicile, ça n’existe pas. Et à la fin, t’en sors grandis. Tu te dis que certains personnages que tu détestes dans un film, c’est peut-être toi. Kyan et Navo appuient sur la vie, du meilleur comme au pire. Tout n’est pas blanc ou noir, mais tout est à toi.
Bref, cette saison 2 est parfaite.
Bande-annonce : Bref.2
Fiche technique : Bref.2
Réalisation : Bruno Muschio (Navo) / Kyan Khojandi
Scénario : Bruno Muschio (Navo) / Kyan Khojandi
Casting : Kyan Khojandi / Laura Felpin / Baptiste Lecaplain / Keyvan Khojandi / Bérangère Krief / Jean-Paul Rouve / Alexandre Astier
Production : Harry Tordjman / My box content / TF1/ Disney+
Distribution : Disney +
Durée : 33 à 40mn
Nombre d’épisodes : 6
Dire que le MCU s’est crashé après Avengers : Endgame est un euphémisme. On y croyait pourtant, surtout avec la qualité des premières séries Disney+. Mais avec le temps, le studio aux grandes oreilles a totalement oublié la définition du mot ambition. Star Wars, les classiques d’animations, les remakes, rien n’a été épargné. Mais c’est surtout Marvel qui a le plus souffert. À seulement trois films du prochain Avengers, on se demande s’il reste quelque chose à sauver de cette saga du multivers. Malheureusement, ce Captain America ne nous rassure pas.
Éternel Problème
Thunderbolt et Les 4 Fantastiques. Voilà les films qui se placeront entre Captain America : Brave New World et Avengers: Doomsday. Deux projets. Et on se demande… En cinq ans, qu’a construit le MCU ? Quel construction mène à cette future confrontation ? Rien, ou presque. Le principal antagoniste, le nouveau Thanos, on l’a vu perdre face à Ant-Man. Adieu la crédibilité. Qu’ont fait Disney ? Ils ont complètement changé de direction, chamboulant ce qui était prévu depuis des années. Depuis 2020, les super-héros se noient, tués par une gestion interne catastrophique, des effets spéciaux à vomir et un manque de vision évident.
On pourrait résumer Disney (mais pas qu’eux, loin de là) à ce schéma : ne pas se remettre en question et reproduire sans cesse les mêmes erreurs, en s’attendant à un résultat différent. On en arrive à ce Captain America. À l’issue des 2h, le constat est amer. On n’a pas passé un mauvais moment (et c’est déjà un miracle), mais le film n’a strictement rien construit. Brave New World est un remake de Le Soldat de l’Hiver, tout en recyclant les thèmes de Falcon et le Soldat de l’hiver, le vrai quatrième opus dans l’âme.
Coup de Crosse
Pour ceux qui l’ignorent, Chris Evans alias Steve Rogers n’est plus là. Le bouclier, symbole de l’Amérique telle qu’elle devrait être, et de Captain America, a été cédé à Sam Wilson, anciennement Falcon. Si le passage de relais avait rebuté nombre de spectateurs, la qualité de la série Falcon et le Soldat de l’hiver a convaincu : Sam a les ailes suffisamment solides pour porter le costume. Malheureusement, tout ce que vous verrez dans ce quatrième opus n’est que redite. On se retrouve face à un Captain America qui a tout à prouver, que ce soit à lui-même ou au monde. D’ailleurs, le monde… Comme c’est le cas depuis quelques années, les civils n’ont plus aucune importance. Triste, pour un film de super-héros.
Si vous n’avez pas vu Les Eternels, vous ratez l’un des meilleurs films de super-héros de ces dernières années. Les autres, vous n’êtes pas sans savoir qu’un céleste a surgit des entrailles de la Terre et… qu’on n’en a plus jamais entendu parler. Le film corrige enfin le tir en proposant une intrigue centrée autour de cette nouvelle île, source d’immenses découvertes pour la science, la médecine et, bien évidemment, l’armement. Bien, si ce n’était pas déjà le sujet de Black Panther : Wakanda Forever. Le cœur de l’histoire, bien que politiquement intéressant, est vu et revu. On se retrouve encore une fois au milieu d’un complot mettant à mal un traité de paix, avec un président des États-Unis qui ne dit pas toute la vérité, et plusieurs vilains mal intégrés au récit.
Pourtant, il y a du bon. Le personnage de Thaddeus Ross est réussi et sauve à lui seul l’intrigue du long-métrage. L’émotion vient de lui, jamais de Sam. Pourtant, ce nouveau Captain ne s’en sort pas trop mal. Dommage que tout soit si plat, que les dialogues soient si téléphonés et sans impact. On nous ressort le duo Captain/Falcon, en moins bien et sans alchimie. On nous ressort un protagoniste agissant à l’encontre les ordres, sans aucun poids dramatique. Et pire encore, on nous balance un Red Hulk en fin de film, déjà dévoilé mille et une fois par le marketing. Oui, à quelques scènes près, l’intégralité du climax est déjà sur le net depuis de longues semaines.
Brave New World ? Pourquoi ?
On obtient, in fine, un film de 2h qui se laisse voir, mais dont le potentiel permettait infiniment plus. Malheureusement, ce n’est pas la réalisation qui sauve quoi que ce soit. Les quelques bonnes idées de mise en scène, toutes rassemblées dans le climax, sont noyées par un montage raté et un mixage son sans impact. On ne ressent rien, tant l’absence de nouveauté et d’ambition se révèle à tous les niveaux. Le premier atterrissage de super-héros de Sam deviendra sûrement un cas d’école de « comment rater sa scène d’ouverture », tant rien ne va.
Même les scènes aériennes sont ratées, tant elles sont illisibles. On est à des années-lumière de la scène d’ouverture géniale de la série Falcon. Pour le reste, le champ/contre-champ est maître à bord. Si le climax tente de sauver les meubles, avec de bonnes idées et quelques effets spéciaux efficaces, tout est trop précipité. Et puis, difficile de comprendre pourquoi Red Hulk n’affronte pas… au hasard… Hulk ? D’ailleurs, si le rendu visuel du vilain rouge est satisfaisant, le reste du film est d’une redoutable laideur. Les fonds verts sont tous très visibles, et aucun plan ne semble étalonné ou travaillé correctement. Non, décidément, ce n’est pas ce film qui suscitera une quelconque attente pour Avengers : Doomsday, qui semble déjà condamné.
Bande-annonce – Captain America : Brave New World
Fiche Technique – Captain America : Brave New World
Réalisation : Julius Onah
Scénario : Julius Onah / Malcom Spellman / Dalan Musson / Rob Edwards / Peter Glanz
Musique : Laura Karpman
Casting : Anthony Mackie / Danny Ramirez / Harrison Ford / Shira Haas / Tim Blake Nelson
Production : Marvel Studios / Kevin Feige
Distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures
Durée : 118 minutes
Genre : Super héros / action / aventure
Sortie : 12 fevrier 2025 en salles