Brightburn, quand le méchant Superman n’est qu’un slasher inoffensif

Frédéric Perrinot Rédacteur LeMagduCiné

Partant d’un postulat plutôt intéressant, Brightburn finit par vite tourner en rond, ne sachant jamais comment surprendre avec cette histoire de méchant Superman dont il reprend tous les codes sans jamais les digérer.

Vendu à tort comme le nouveau film de James Gunn, dont il n’est au final que producteur, Brightburn est plutôt le film de ses frères, Brian et Mark, qui en ont écrit le scénario. Confié à David Yarovesky, un jeune réalisateur méconnu désireux de faire ses preuves après un premier film qui est passé inaperçu, il est lui aussi un proche de la famille Gunn. Il est donc assez important de comprendre que ce Brightburn est un film de potes et de famille tant son postulat semble issu d’une soirée bien arrosée où la fatidique question « Et si Superman était méchant ? » aurait été posée. Probablement dans un débat autour de Batman v Superman d’ailleurs. En soit, l’idée est bonne et pourrait offrir quelque chose de pas inintéressant. Mais une fois les affres de l’alcool dissipés vient la gueule de bois, et on sent que les frères Gunn et le réalisateur ne savaient pas vraiment comment explorer cette question.

Jamais Brightburn ne dépassera pas son gimmick narratif du méchant Superman, réemployant tous les codes qui ont façonné la mythologie du célèbre super-héros sans pour autant les digérer et les modifier, ce qui fait que l’on finit assez vite par avoir de l’avance sur les personnages. On n’est jamais surpris de la manière dont le récit va utiliser cette héritage mais surtout vers où il se dirige. On sait quel sera le point faible du protagoniste, qui va mourir et comment cela va finir par avance. On se retrouve attaché à des montagnes russes qui se veulent impressionnantes mais on suit surtout un rail qui ne dévie jamais de sa course. Cela en devient vite exaspérant surtout qu’on ne peut pas compter sur des personnages caricaturaux et peu attachants pour nous donner envie de nous investir. C’est encore plus dommage lorsque Brightburn touche du doigt la thématique du harcèlement scolaire, toujours d’actualité et plus répandu que jamais, pour mieux l’éviter par la suite. Le film n’essaie jamais de raconter plus que son postulat et finit par se satisfaire d’être un slasher inoffensif loin d’être aussi malin qu’il aimerait le faire croire.

Reste que l’ensemble est sauvé par quelques effets gores réjouissants. Lorsqu’il s’agit de la partie visuelle, Brightburn se montre déjà plus assuré et dispose de quelques bonnes idées. Même si encore une fois il reste bien trop ancré dans l’imaginaire Superman, notamment sur le travail de la photographie, car incapable de créer sa propre imagerie. On note d’ailleurs un influence très prononcée des films de Zack Snyder sur le fameux super-héros, au point de se dire que même s’ils n’ont pas forcément plu à tous ils ont su créer des images fortes qui ont marqué l’imaginaire collectif. Le film déviera assez vite de cela dans sa deuxième partie, notamment dans sa manière plus intimiste mais réussie de montrer le spectaculaire, même si le climax flirte un peu trop avec le ridicule. Reste que David Yarovesky s’impose comme un bon technicien, il emballe l’ensemble avec un certain savoir-faire mais sans aucun génie. On est donc sur un film au visuel correct mais rythmé en dents de scie tant il met vraiment du temps à se lancer, et malgré l’efficacité du casting, on perd assez vite patience.

Brightburn s’impose clairement comme une opportunité manquée. Alors qu’il aurait pu aisément s’imposer comme un conte horrifique sur la différence et prendre un parti-pris fort sur la thématique du harcèlement scolaire, quitte à en devenir un « Carrie super-héroïque », il décide de se désintéresser de ses questionnements les plus sensibles pour jouer la carte de la facilité. Brightburn n’invente rien, ne surprend jamais et se contente de gérer la mythologie de Superman à la sauce Slasher et l’ensemble ne prend jamais vraiment. Même s’il a quelques atouts visuels dans sa manche, et que le casting est suffisamment bon pour nous maintenir éveillés, on reste face à un film peu surprenant et pas bien méchant qui ne dépassera jamais sa condition de délire de potes qui finit par mal tourner. Dommage, car derrière il y a un vrai potentiel.

Brightburn : Bande annonce

Synopsis : Tori Breyer a perdu tout espoir de devenir mère un jour, quand arrive dans sa vie un mystérieux bébé. Le petit Brandon est tout ce dont elle et son mari, Kyle, ont toujours rêvé : c’est un petit garçon éveillé, doué et curieux de tout. Mais à l’approche de la puberté, quelque chose d’aussi puissant que sinistre se manifeste chez lui. Tori nourrit bientôt d’atroces doutes sur son fils. Désormais, Brandon n’agit plus que pour satisfaire ses terribles besoins, et même ses proches sont en grave danger alors que l’enfant miraculeux se transforme en un redoutable prédateur qui se déchaîne sur leur petite ville sans histoire…

Brightburn : Fiche technique

Réalisation : David Yarovesky
Scénario : Brian Gunn et Mark Gunn
Casting : Elizabeth Banks, David Denman, Jackson A. Dunn, Matt L. Jones, …
Décors : Christian Snell
Photographie : Michael Dallatorre
Montage : Andrew S. Eisen et Peter Gvozdas
Musique : Tim Williams
Producteurs : James Gunn et Kenneth Huang
Production : Screen Gems, Stage 6 Films, The H Collective et Troll Court Entertainment
Distributeur : Sony Pictures Releasing France
Durée : 91 minutes
Genre : Science-fiction, horreur
Dates de sortie : 26 juin 2019

États-Unis – 2019

Note des lecteurs5 Notes
2.5
Rédacteur LeMagduCiné