Brightburn, quand le méchant Superman n’est qu’un slasher inoffensif

Partant d’un postulat plutôt intéressant, Brightburn finit par vite tourner en rond, ne sachant jamais comment surprendre avec cette histoire de méchant Superman dont il reprend tous les codes sans jamais les digérer.

Vendu à tort comme le nouveau film de James Gunn, dont il n’est au final que producteur, Brightburn est plutôt le film de ses frères, Brian et Mark, qui en ont écrit le scénario. Confié à David Yarovesky, un jeune réalisateur méconnu désireux de faire ses preuves après un premier film qui est passé inaperçu, il est lui aussi un proche de la famille Gunn. Il est donc assez important de comprendre que ce Brightburn est un film de potes et de famille tant son postulat semble issu d’une soirée bien arrosée où la fatidique question « Et si Superman était méchant ? » aurait été posée. Probablement dans un débat autour de Batman v Superman d’ailleurs. En soit, l’idée est bonne et pourrait offrir quelque chose de pas inintéressant. Mais une fois les affres de l’alcool dissipés vient la gueule de bois, et on sent que les frères Gunn et le réalisateur ne savaient pas vraiment comment explorer cette question.

Jamais Brightburn ne dépassera pas son gimmick narratif du méchant Superman, réemployant tous les codes qui ont façonné la mythologie du célèbre super-héros sans pour autant les digérer et les modifier, ce qui fait que l’on finit assez vite par avoir de l’avance sur les personnages. On n’est jamais surpris de la manière dont le récit va utiliser cette héritage mais surtout vers où il se dirige. On sait quel sera le point faible du protagoniste, qui va mourir et comment cela va finir par avance. On se retrouve attaché à des montagnes russes qui se veulent impressionnantes mais on suit surtout un rail qui ne dévie jamais de sa course. Cela en devient vite exaspérant surtout qu’on ne peut pas compter sur des personnages caricaturaux et peu attachants pour nous donner envie de nous investir. C’est encore plus dommage lorsque Brightburn touche du doigt la thématique du harcèlement scolaire, toujours d’actualité et plus répandu que jamais, pour mieux l’éviter par la suite. Le film n’essaie jamais de raconter plus que son postulat et finit par se satisfaire d’être un slasher inoffensif loin d’être aussi malin qu’il aimerait le faire croire.

Reste que l’ensemble est sauvé par quelques effets gores réjouissants. Lorsqu’il s’agit de la partie visuelle, Brightburn se montre déjà plus assuré et dispose de quelques bonnes idées. Même si encore une fois il reste bien trop ancré dans l’imaginaire Superman, notamment sur le travail de la photographie, car incapable de créer sa propre imagerie. On note d’ailleurs un influence très prononcée des films de Zack Snyder sur le fameux super-héros, au point de se dire que même s’ils n’ont pas forcément plu à tous ils ont su créer des images fortes qui ont marqué l’imaginaire collectif. Le film déviera assez vite de cela dans sa deuxième partie, notamment dans sa manière plus intimiste mais réussie de montrer le spectaculaire, même si le climax flirte un peu trop avec le ridicule. Reste que David Yarovesky s’impose comme un bon technicien, il emballe l’ensemble avec un certain savoir-faire mais sans aucun génie. On est donc sur un film au visuel correct mais rythmé en dents de scie tant il met vraiment du temps à se lancer, et malgré l’efficacité du casting, on perd assez vite patience.

Brightburn s’impose clairement comme une opportunité manquée. Alors qu’il aurait pu aisément s’imposer comme un conte horrifique sur la différence et prendre un parti-pris fort sur la thématique du harcèlement scolaire, quitte à en devenir un « Carrie super-héroïque », il décide de se désintéresser de ses questionnements les plus sensibles pour jouer la carte de la facilité. Brightburn n’invente rien, ne surprend jamais et se contente de gérer la mythologie de Superman à la sauce Slasher et l’ensemble ne prend jamais vraiment. Même s’il a quelques atouts visuels dans sa manche, et que le casting est suffisamment bon pour nous maintenir éveillés, on reste face à un film peu surprenant et pas bien méchant qui ne dépassera jamais sa condition de délire de potes qui finit par mal tourner. Dommage, car derrière il y a un vrai potentiel.

Brightburn : Bande annonce

Synopsis : Tori Breyer a perdu tout espoir de devenir mère un jour, quand arrive dans sa vie un mystérieux bébé. Le petit Brandon est tout ce dont elle et son mari, Kyle, ont toujours rêvé : c’est un petit garçon éveillé, doué et curieux de tout. Mais à l’approche de la puberté, quelque chose d’aussi puissant que sinistre se manifeste chez lui. Tori nourrit bientôt d’atroces doutes sur son fils. Désormais, Brandon n’agit plus que pour satisfaire ses terribles besoins, et même ses proches sont en grave danger alors que l’enfant miraculeux se transforme en un redoutable prédateur qui se déchaîne sur leur petite ville sans histoire…

Brightburn : Fiche technique

Réalisation : David Yarovesky
Scénario : Brian Gunn et Mark Gunn
Casting : Elizabeth Banks, David Denman, Jackson A. Dunn, Matt L. Jones, …
Décors : Christian Snell
Photographie : Michael Dallatorre
Montage : Andrew S. Eisen et Peter Gvozdas
Musique : Tim Williams
Producteurs : James Gunn et Kenneth Huang
Production : Screen Gems, Stage 6 Films, The H Collective et Troll Court Entertainment
Distributeur : Sony Pictures Releasing France
Durée : 91 minutes
Genre : Science-fiction, horreur
Dates de sortie : 26 juin 2019

États-Unis – 2019

Note des lecteurs5 Notes
2.5

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

Backrooms : Plongée mitigée dans l’étrangeté du liminal

Le YouTubeur Kane Parsons adapte ses célèbres espaces liminaux au cinéma avec une direction artistique soignée et une atmosphère vraiment envoûtante. Dommage qu'un scénario trop bavard et un rythme poussif viennent freiner ce projet d'horreur psychologique pourtant bien plus prometteur qu'effrayant.

Le Vertige : Méditation dupieusienne ou aberration cinématographique

Avec "Le Vertige", Quentin Dupieux pousse son cinéma de l'absurde jusqu'à la limite de l'arnaque. Entre méditation cartésienne et pur foutage de gueule, le film embarque Alain Chabat et Jonathan Cohen dans un doute existentiel : et si rien de ce que l'on voit n'était réel ? Mêlant animation et personnages dérivés de cette expérimentation esthétique rétro, cette expérience aussi terne que radicale ne fait pas rire, mais fascine par son obstination. Décryptage d'un vertige métaphysique signé Dupieux.

The Furious : aussi bon que con (et on adore)

Prenez "Taken", ajoutez-y une pincée de "John Wick", beaucoup de "The Raid" et de "City of Darkness", et vous obtenez "The Furious". Entre série B décomplexée et scènes d'action d'anthologie, on tient l'un des meilleurs films d'action de ces dernières années.

Le Dernier Vrai Samouraï : jidai-geki mon amour

Sur le mode de la comédie fantastique, Le Dernier Vrai Samouraï est une mise en abyme savoureuse : un vrai samouraï qui en côtoie des faux, interprétant une version romancée de son propre monde, devenu désuet et un sujet de spectacle. Derrière l’hommage à un genre cinématographique, Jun’ichi Yasuda veut surtout saluer les artisans oubliés du cinéma nippon. Il y a donc de multiples grilles de lecture dans ce film qui, par ailleurs, demeure distrayant, humoristique et parfois spectaculaire.

Disclosure Day : la face sombre de l’émerveillement

Presque 50 ans après "Rencontres du troisième type", Steven Spielberg revient à ses grandes énigmes du cosmos avec "Disclosure Day". Un thriller conspirationniste, porté par Emily Blunt et Josh O'Connor, qui déconstruit la science-fiction pour mieux interroger notre époque sur la désinformation, la dissimulation gouvernementale et la foi en l'humanité. Une réussite !
Frédéric Perrinot
Frédéric Perrinothttps://www.lemagducine.fr/
Passionné de cinéma depuis mon plus jeune âge, j'articule depuis ma vie autour du 7ème art, un monde qui alimente les passions et pousse à la réflexion. J'aspire à faire une carrière dans le cinéma, ayant un certain attrait pour l'écriture et la réalisation. J'aime m'intéresser et toucher à toute sorte d'arts ayant fait du théâtre et de la musique. Je n'ai pas de genres de films favoris, du moment que les films qui les représentent sont bons. Même si je tire évidemment mes influences de cinéastes particuliers à l'image de David Lynch, mon cinéaste fétiche, Michael Mann ou encore Darren Aronofsky. Ces cinéastes ayant en commun des univers visuels forts et un sens du romantisme qui me parlent particulièrement.

Backrooms : Plongée mitigée dans l’étrangeté du liminal

Le YouTubeur Kane Parsons adapte ses célèbres espaces liminaux au cinéma avec une direction artistique soignée et une atmosphère vraiment envoûtante. Dommage qu'un scénario trop bavard et un rythme poussif viennent freiner ce projet d'horreur psychologique pourtant bien plus prometteur qu'effrayant.

Le Vertige : Méditation dupieusienne ou aberration cinématographique

Avec "Le Vertige", Quentin Dupieux pousse son cinéma de l'absurde jusqu'à la limite de l'arnaque. Entre méditation cartésienne et pur foutage de gueule, le film embarque Alain Chabat et Jonathan Cohen dans un doute existentiel : et si rien de ce que l'on voit n'était réel ? Mêlant animation et personnages dérivés de cette expérimentation esthétique rétro, cette expérience aussi terne que radicale ne fait pas rire, mais fascine par son obstination. Décryptage d'un vertige métaphysique signé Dupieux.

The Furious : aussi bon que con (et on adore)

Prenez "Taken", ajoutez-y une pincée de "John Wick", beaucoup de "The Raid" et de "City of Darkness", et vous obtenez "The Furious". Entre série B décomplexée et scènes d'action d'anthologie, on tient l'un des meilleurs films d'action de ces dernières années.