Barbare : le détroit de l’horreur

Privé de sortie en salle en France, c’est sur Disney+ que l’on a le droit de découvrir Barbare. Joli succès au box-office américain, le film de Zach Cregger s’avère être une véritable surprise, que ce soit dans son contexte de production ou dans sa réalisation. En résulte un film d’horreur déroutant et anxiogène, ingénieux dans son écriture et sa mise en scène, ne laissant jamais un temps de répit aux spectateurs.

Succès surprise

Avec un budget de 4,5 Millions de dollars et un contexte de production difficile, rien n’était prévu pour que Barbare devienne une belle histoire du box-office. Le film n’était même pas assuré d’une sortie en salle. Mais grâce à des retours de projections-test enthousiastes, Disney se décide à sortir le film en salle. Le studio semblait véritablement croire au projet, au point d’adapter sa stratégie de promotion au film. Les bandes-annonces du film ne révèlent ainsi que très peu d’éléments. Et c’est une bonne chose tant le déroulé du film est savoureux de surprise.

Son postulat de base est simple : dans la nuit, une jeune femme se rend dans une maison louée via Airbnb. Mais la maison est déjà occupée par quelqu’un. N’ayant pas vraiment d’autres choix, et après une longue réflexion, elle accepte finalement d’entrer dans la maison. À partir d’un postulat assez classique du cinéma horrifique, Cregger instaure immédiatement une atmosphère étouffante. La tension réside dans l’opposition entre la protagoniste et l’homme occupant la maison. Leur conversation aboutit à un dialogue sur cette tension, à savoir si une femme peut faire confiance à un homme inconnu.

Car en effet, l’un des nombreux points positifs du film vient de la finesse de son écriture, et notamment de la vraisemblance des réactions de son personnage dans des situations stressantes. Doté d’un sens du danger aiguisé si on la compare aux héroïnes habituelles du genre, Tess semble en partie maîtresse de son destin (du moins dans la première partie du film). En témoigne le fameux “nope” qu’elle prononce face à un étrange couloir.

La mise en scène du cinéaste s’accorde elle aussi au point de vue de sa protagoniste. La caméra semble s’adapter en permanence au ressenti de Tess. Des jeux d’obscurité et de profondeur de champ montrent la maison de manière menaçante. Les dialogues avec l’homme dans la maison sont au départ filmés à travers des champs contre-champs à valeur de plan éloigné, qui progressivement se rapprochent au fur et à mesure que les deux personnages commencent à s’apprivoiser. Mais on se demande toujours ce qu’il en est des intentions de Keith. Et Zach Cregger ne nous donne pas les réponses les plus attendues.

La maison des secrets

C’est à partir d’ici qu’il devient difficile d’aborder convenablement le long-métrage. En effet, sa réussite tient principalement de son effet de surprise, en grande partie dû à son récit. Car après cette première partie abordée précédemment, le film ne va jamais là où le spectateur l’attend. Le climax de cette première partie s’achève sur un écran noir, qui permet de basculer vers un nouveau protagoniste. Cette rupture de ton, à la fois scénaristique et visuelle, est utilisée pour élargir le spectre du film et donner des clefs à son mystère et à ses thématiques.

Les ruptures de ton se font également par une utilisation de l’humour, parfois assez noir. Malgré les sourires provoqués par certaines situations, elles ne font qu’approfondir la sensation de cauchemar permanent du film. Tess est l’opposé du nouveau protagoniste. Elle est intelligente et méfiante. Lui semble être profondément mauvais et stupide. Cette opposition permet de prolonger ce que la première partie avait commencé à aborder. Et dans cette opposition réside une des clefs du film, sans trop en dire.

Ces basculements narratifs permettent également d’ancrer Barbare dans un discours social très appuyé. Le film se déroulant à Detroit, difficile pour lui d’échapper à une vision délabrée et meurtrie du rêve américain. Ainsi, la maison du film est située dans un quartier délabré. Et autour de cette maison, tout est à l’abandon, marqué par le temps. Cela renforce la dimension anxiogène du film.

On pourra toutefois regretter que la première partie du film demeure la plus réussie. Même si les effets de surprise successifs du film sont suffisamment convaincants pour maintenir le spectateur en haleine, ils n’atteignent jamais le niveau de tension et de mise en scène de celle-ci. Et là ou l’écriture de la première partie était assez irréprochable, le reste du long-métrage convainc moins. La vraisemblance du récit se délite petit à petit et laisse place à quelques grossièretés et incohérences. Néanmoins, le jusqu’au-boutisme du film lui permet de résister à ses défauts. Barbare mérite ainsi les éloges reçues outre-Atlantique.

Barbare : bande annonce

Barbare : fiche technique

Titre original : Barbarian

Réalisation : Zach Cregger
Scénario : Zach Cregger
Interprétation : Georgina Campbell ( Tess Marshall ), Bill Skarsgard ( Keith Toshko ), Justin Long ( AJ Gilbride )
Photographie : Zach Kuperstein
Musique : Anna Drubich
Montage : Joe Murphy
Genre : Thriller, Horreur
Date de sortie : 26 Octobre 2022 ( Disney + )
Pays : États-Unis

 

 

Barbare : le détroit de l’horreur
Note des lecteurs0 Note
3.5

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Pierre-Louis Goblet
Pierre-Louis Goblethttps://www.lemagducine.fr/
Ma passion pour le cinéma est née suite à mon visionnage de Blade Runner. Dès lors, j'ai su que je voulais faire du cinéma mon métier, et j'ai entamé mes études dans ce but. Je suis notamment passionné du Cinéma Asiatique en général, notamment du cinéma Hong-Kongais de la grande époque, mais mon éventail cinématographique est très vaste, allant de Wong Kar-Wai à Kieslowski, en passant par Richard Fleischer, Pedro Almodovar ou encore Satoshi Kon.

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