Piégé : interphone game

Bill Skarsgård face à Anthony Hopkins dans un duel psychologique en huis clos et sous l’égide d’un high concept propre à la série B, voilà un programme alléchant et sans détour. Malheureusement, l’engouement s’arrête au moment même où Piégé se répète constamment et finit par être à court d’arguments, surtout quand il aborde naïvement son commentaire social. En résulte une prise d’otage maladroite qui se retourne contre les spectateurs.

Synopsis : Un voleur s’introduit dans une voiture de luxe et se retrouve piégé à l’intérieur. Il découvre que son énigmatique propriétaire en a le contrôle total et qu’il va exercer sur lui une vengeance diabolique.

Si le nom de David Yarovesky n’est pas bien connu, c’est parce qu’il a souvent été sacrifié dans les campagnes promotionnelles de ses réalisations. Révélé par The Hive, le cinéaste a ensuite servi les intérêts de ses producteurs de renom. James Gunn pour Brightburn – l’enfant du mal et Sam Raimi pour Les Pages de l’angoisse qu’il a tourné pour Netflix. C’est encore le cas aujourd’hui, bien qu’il ait démystifié la figure du super-héros lorsque le virage de l’adolescence est mal négocié. Une œuvre non sans défauts, mais avec audace et ambition. Très peu aidé par le scénario confus de Michael Arlen Ross, Piégé tente vainement de panser ses plaies au fur et à mesure que son intrigue déroule ses gimmicks. Un manque de risque évident qui n’apporte finalement pas grand-chose de plus que 4×4, un film argentin méconnu et dont Piégé est le remake.

Tu ne voleras point

Connu pour ses rôles de personnages monstrueux et déroutants, Bill Skarsgård (Ça, Barbare, The Crow, Nosferatu) peine à nous convaincre dans le rôle d’Eddie Barrish, qui cumule tous les clichés d’un américain déchu vivant dans un milieu dévaforisé. Et malgré ses addictions multiples, il reste un père de famille aimant pour sa fille et un type généreux envers les animaux, mais ses défauts contrebalancent souvent la charge empathique qu’on devrait lui accorder. Est-il véritablement une victime en détresse ou bien un personnage mal aimable ?  C’est au fin fond de la banlieue de Vancouver, comparable à toute grande métropole, que l’on découvre la désolation des laissés-pour-compte. Eddie marche sur cette frontière qui le sépare d’une vie rangée, sans tracas et avec un salaire stable. La réalité le rattrape toutefois lorsqu’il tente de réunir les derniers dollars nécessaires pour récupérer son véhicule au garage et succombe au larcin. Qui pouvait savoir que le SUV dans lequel il s’est introduit était un piège ?

Le propriétaire de cette machination n’est autre qu’un certain William, dont on ne verra pas le visage avant le dernier acte. Mais pour que l’on ait l’oreille fine ou que l’on ait jeté un œil à l’affiche du film, la participation d’Anthony Hopkins ne fait aucun doute. Il n’a pas besoin d’être présent physiquement pour assurer le contrôle de ses proies, comme dans Collatéral ou Sympathy for the devil. Il opte pour l’interaction à distance, à mi-chemin de Speed et de Phone Game. L’idée est assez séduisante dans un premier temps, notamment grâce à son éloquence de gentleman. Tout le contraire d’un Eddie impulsif, en manque de joint et bientôt à court de vivres. Cependant, le récit se mord rapidement la queue lorsque les échanges deviennent moralisateurs, ce qui n’était pas un inconvénient dans la saga Saw, dès lors qu’ils étaient modérés et dilués dans le divertissement macabre promis.

Tu ne t’amuseras point

Dans ce cas-ci, il n’y a de tension que ce qui sort des tasers que le psychopathe a installé dans sa voiture. Un coup de jus après l’autre, une climatisation excessive et du chantage à gogo, le survival possède pourtant tous les ingrédients nécessaires pour jouer avec nos sens, mais il n’en fait rien. Les séquences de torture musicales n’arrivent jamais à la hauteur d’À l’intérieur, où Willem Dafoe incarne un cambrioleur enfermé chez sa cible. On peut également faire une croix sur le côté hallucinatoire du type 127 heures. À ce jeu-là, Bill Skarsgård ne peut rivaliser avec un jeu physique limité par son espace. Et pourtant, Buried s’en sort haut la main avec une mise en scène qui a de quoi ravager n’importe quel claustrophobe. Ici, le piège à délinquants n’a rien du tombeau ou du purgatoire annoncé. Tout n’est que gadget dans cette cellule de luxe.

Le dernier tournant du récit réside dans la deuxième partie, qui tente de parfaire la transformation du SUV en monstre mécanique du road rage. Toujours en vain. Rien à voir avec Christine ou avec le camion Goliath de Duel. Yarovesky s’efforce de reproduire une vitrine qui illustre les conséquences du capitalisme, mais fait marche arrière à mi-parcours, comme si on le sommait de remonter l’arbre des causes que les protagonistes pointent du doigt. Difficile d’y voir clair dans ce récit de vengeance qui compile tout ce qui ne fonctionne plus dans le cinéma populaire hollywoodien, en plus d’être aseptisé par ses leçons de morale qui n’en font même pas un bon nanar. Lorsque le concept d’un film ne parvient plus à captiver et à renouveler ses enjeux, à la force de shots d’adrénaline ou de tensions psychologiques efficaces, on finit anesthésié par la redondance des scènes, si bien qu’on sent confiné dans notre propre siège. C’est justement ce qui se passe dans Piégé, qui prend son spectateur pour cible malgré lui.

Piégé – Bande-annonce

Piégé – Fiche technique

Titre original : Locked
Réalisation : David Yarovesky
Scénario : Michael Arlen Ross, d’après le scénario du 4×4 écrit par Mariano Cohn et Gastón Duprat
Interprètes : Bill Skarsgård, Anthony Hopkins, Ashley Cartwright, Michael Eklund, Navid Charkhi
Photographie : Michael Dallatorre
Montage : Andrew Buckland, Peter Gvozdas
Musique : Tim Williams
Décors : Grant Armstrong
Costumes : Autumn Steed
Producteurs : Zainab Azizi, Petr Jákl, Ara Keshishian, Sean Patrick O’Reilly, Sam Raimi
Société de production : ZQ Entertainment et Raimi Productions
Pays de production : États-Unis
Distribution France : Metropolitan Filmexport
Durée : 1h35
Genre : Thriller
Date de sortie : 9 avril 2025

Piégé : interphone game
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1.5

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Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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