Toy Story 5 tire la corde vers l’infini et au-delà

Pixar pouvaient-ils accomplir deux miracles de suite autour de la saga Toy Story ? Après un troisième épisode unanimement salué, le quatrième épisode a malgré tout réussi à s’imposer comme un épisode majeur et réussi de la saga. Oui, pour sa beauté visuelle, son animation hors norme, son humour et sa conclusion, on aime Toy Story 4. Là où le jouet blesse, c’est que l’issue de ce volet semblait clore définitivement toute possibilité de nouvel opus. C’est sans compter la pirouette imaginée par Disney et Pixar, bien décidés à essorer la saga. Malheureusement, sans être un naufrage, Toy Story 5 n’est pas à la hauteur de ses aînés…

Commençons par ce qui blesse le plus et ce pour quoi on est fâché d’emblée avec ce cinquième épisode : Woody. Souvenez-vous, à la fin du 4e opus, l’ancien jouet d’Andy se séparait de son éternel groupe d’amis, dont Buzz, pour vivre une vie de jouet perdu aux côtés de la Bergère. Toy Story 5 trahit cette fin, si belle et déchirante, en une fraction de seconde. Pire, la présence du shérif n’apporte strictement rien à l’intrigue globale de ce volet. On pourrait faire le même reproche à Buzz, de nouveau totalement secondaire et sauvé de justesse par l’intrigue amoureuse qui le lie à la véritable héroïne de cet opus : Jessie. Si le précédent volet se centrait sur Woody, c’est bel et bien sur son acolyte de western que se concentre tout le cœur émotionnel du récit. Quant aux autres, ZigZag et compagnie, c’est déjà bien s’ils ont une ligne de texte chacun. Espérons que Buzz saura retrouver une vraie attention des scénaristes pour le sixième opus, tant cette trilogie semble vouloir dédier chaque film à un des personnages principaux.

Bonnie and Cloud

Fort heureusement, si autour de Woody l’écriture est aussi impactante qu’un revolver vide, celle autour de Jessie reste particulièrement réussie et touchante, bien que répétitive sur certains aspects. On revient toujours sur ce sentiment d’abandon, d’inutilité de certains jouets, remplacés par d’autres plus performants, intrigues déjà au cœur du premier et du quatrième film. Là où c’est malin, c’est que tout cet apport à la technologie se faisait via les yeux de Bonnie (la nouvelle Andy depuis la fin de Toy Story 3, pour rappel). Sur pas mal d’aspects et de messages, Toy Story 5 touche juste, notamment sur la dépendance aux amitiés virtuelles et sur le rapport des enfants et des adultes à la technologie. Ce n’est pas toujours subtil, certes, mais ça fonctionne. On apprécie plutôt Lily Pad, joliment doublée en version française par Laura Felpin et antagoniste intéressante pour Bonnie et Jessie. C’est émouvant, de temps en temps, mais à des années-lumière de ce que nous proposaient les deux derniers opus. C’est drôle, un peu, mais moins qu’avant. Le vrai problème, au-delà de ceux déjà soulignés, c’est que l’intrigue ne décolle jamais. Le climax arrive et se termine sans que l’on ait compris que c’était la fin, tant rien ne s’est vraiment passé. Au moins, le film a le mérite de ne pas nous faire croire une troisième fois que la saga se termine. On prend.

Mais, au bout du visionnage, un constat frappe : Disney a réussi à détruire Toy Story. Le problème de fond de cet épisode, qui est le problème de tant d’œuvres du studio, c’est qu’il ressemble à une série Disney+ de cinq épisodes assemblés ensemble. Alors, oui, c’est joliment animé. Pourtant, difficile de ne pas ressentir un immense fossé visuel entre ce film et le précédent, sorti il y a déjà sept ans. Tout est paresseux, des décors aux détails. Le film a été réalisé à vitesse grand V par rapport à ce qu’exigerait une telle production, et on le ressent. Finies les sublimes scènes sous la pluie. Finis les milliers de détails de la fête foraine. Fini le climax qui déchire le cœur dans une décharge qui mène les jouets à une mort certaine. Toy Story 5 se regarde et se termine sans déplaisir, parce qu’on ne passe pas un mauvais moment. Mais il s’oublie aussitôt, parce que, comme toujours avec Disney aujourd’hui, rien n’a changé ou presque à l’issue du film. Aucun risque n’a été pris. Tout, même les thèmes abordés, reste en surface. Alors, oui, on se prend quelques scènes à la Spider-Verse (parce que quand on ne sait pas inventer, on copie), bien foutues dans l’animation mais totalement fainéantes dans les décors, mais bon… on attendait mieux d’une des plus grandes sagas d’animation de l’histoire du cinéma et du réalisateur du Monde de Nemo. Mais, là encore, quand on a un studio qui te braque un revolver sur la tempe pour sortir un film en un temps record…

 Toy Story 5 – bande-annonce

Toy Story 5 – fiche technique

Réalisation : Andrew Stanton, Kenna Harris
Scénario : Andrew Stanton, Kenna Harris
Interprètes (voix originales) : Tom Hanks, Tim Allen, Joan Cusack, Greta Lee, Conan O’Brien, Tony Hale, Craig Robinson, Shelby Rabara
Photographie : Matt Aspbury, JC Kalache
Montage : Jennifer Jew
Musique : Randy Newman
Producteur : Lindsey Collins
Producteurs exécutifs : Pete Docter, Jonas Rivera
Société de production : Pixar Animation Studios
Pays de production : États-Unis
Société de distribution France : Walt Disney Studios Motion Pictures
Durée : 1h42
Genre : Animation, Aventure, Famille, Comédie
Date de ressortie : 17 juin 2026

2.5

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Dimitri Redier
Dimitri Redierhttps://www.lemagducine.fr/
Film préféré (Gladiator) - Série préférée (Mr Robot) - Acteur préfére : (Benedict Cumberbatch) - Actrice préférée (Emma Stone) - Réalisateur préféré (Denis Villeneuve) - Jeu vidéo préféré (The Last of Us 2) - Plat préféré (Les sushis…ça n’a aucun rapport mais je suis sûr que vous vous posiez la question)

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