« Baby » : humanité résiduelle

Les éditions Glénat publient le manga Baby, de Chang Sheng. Une plongée dans un monde post-apocalyptique aux côtés de deux héroïnes peu communes… 

Dans un futur proche, un cataclysme d’ampleur biblique menace de détruire l’humanité. Nous sommes en décembre 2043, et Taïwan est plongée dans une guerre de survie sans merci. Ses rues sont dévastées par un parasite mystérieux, Baby, qui transforme les êtres humains en mutants mécaniques. Ce fléau, à la fois biologique et technologique, déchire la société et plonge les survivants dans un monde chaotique, où ils doivent lutter au quotidien pour conserver leur humanité. 

C’est dans ce décor apocalyptique qu’Élisa, une ex-policière, a échappé de justesse à l’attaque d’un de ces monstres mécaniques, mais non sans subir une étrange infection : un Baby s’est introduit dans sa main gauche, sans pour autant la transformer en hybride. Un peu plus tard, alors que l’humanité s’éteint à petit feu, la jeune femme prend la décision de quitter la ville pour comprendre les origines de ce fléau. C’est alors qu’elle croise un groupe de chercheurs en mission secrète, chargés de transporter une mystérieuse fillette, Alice, vers un sanctuaire censé abriter les derniers humains.

L’ambiance de Baby est crépusculaire, avant tout marquée par un univers post-apocalyptique d’une intensité rare, où chaque page semble annoncer un monde à l’agonie. La population mondiale est décimée, les rares survivants luttent contre une menace aussi invisible qu’impitoyable. Le parasite qui transforme les humains en créatures mécaniques reste une menace omniprésente. Il prend des formes diverses, souvent horrifiques.

Si l’intrigue demeure à ce stade relativement chiche, l’auteur parvient à maintenir un suspens soutenu, à travers des révélations parcellaires et des rebondissements haletants. L’intérêt réside ailleurs, et notamment dans le cadre – de déréliction et déchéance totales – et à travers la figure d’Élisa, l’héroïne principale.

Cette dernière est un personnage complexe, traversé par le doute, la douleur et mue par un puissant instinct de survie. Elle porte en elle la trace de l’attaque de Baby, mais elle reste un vecteur d’espoir et d’abnégation dans un monde où il est difficile de se projeter. Autour d’elle, l’équipe de missionnaires qui l’accompagne porte les tensions d’un groupe rongé par les difficultés et les choix moraux. À travers ce microcosme, Chang Sheng interroge l’humain et sa capacité à rester solidaire face à une menace indicible.

Le dessin est une autre force de Baby. Dès les premières pages, le lecteur est immergé dans un univers graphique à la fois sombre et détaillé, où les décors délabrés de Taïwan prennent vie sous des traits nets et précis. Les scènes d’action sont intenses, dynamiques et parfois brutales, tandis que les créatures qui peuplent le manga sont porteuses d’effroi.

Avec Baby, Chang Sheng réussit son pari, malgré la superficialité relative du propos, en nous plongeant dans un récit post-apocalyptique prenant, entre survie, mystère et action. Ce premier volume pose des bases solides, en attendant que se dévoilent l’origine de Baby et le relief des différents personnages. Le voyage ne fait que commencer, et l’on ne peut qu’espérer que la suite sera à la hauteur de cette prometteuse entrée en matière.

Baby, Chang Sheng
Glénat, avril 2025, 328 pages 

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3.5

Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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