Les Ombres persanes : la symétrie des mœurs

Dédoubler sa personnalité est une chose, mais à l’échelle d’une société fondamentaliste, il est possible de générer un double que l’on convoite, autant qu’on le redoute. Les Ombres persanes interroge alors sur la façon dont ces alternatives peuvent pousser les Iraniens à renoncer à leur identité dans un thriller captivant et flirtant avec une aura fantastique.

Synopsis : A Téhéran, un homme et une femme découvrent par hasard qu’un autre couple leur ressemble trait pour trait. De cette découverte stupéfiante va naitre une histoire d’amour… et de manipulation.

Après s’être fait remarquer pour son Valley of Stars à la Berlinale, puis de nouveau avec la comédie politiquement incorrecte Pig, où l’on disséquait les maux de la société iranienne à travers le calvaire d’un cinéaste, Mani Haghighi semble avoir trouvé un bon équilibre entre la tension et le filon fantastique qui traversent son dernier long-métrage. On ne rigolera pas forcément de ce côté-là, bien que l’on tourne toujours autour d’un système défaillant que les individus rejettent de tout leur être.

Le visage, miroir du cœur

Sous une pluie battante, la caméra du cinéaste s’arrête sur des usagers dans un embouteillage. Plus rien ne bouge pour Farzaneh (Taraneh Alidoosti), une monitrice d’auto-école qui tourne en rond, aussi bien dans son couple que dans sa carrière professionnelle. Pourtant, une étrange vision la happe de son volant et son regard n’a de cesse de se tourner vers un homme dont elle reconnaît la silhouette et les traits de son mari. Mais l’est-il réellement ? Cette situation saugrenue peut rappeler l’impasse que Denis Villeneuve a pu mettre en scène dans son Enemy. Et bien qu’on en vienne à questionner la fidélité de l’homme, les intentions divergent dès l’instant où le dédoublement s’inscrit dans un registre mélancolique.

Farzaneh et Jalal (Navid Mohammadzadeh) forment un couple fragilisé par le temps. Il existe donc peu de place pour l’amour ou pour un peu de sensibilité dans leur monde. Ces derniers commencent alors à interroger la pertinence de leur existence face à un couple, physiquement identique et diamétralement opposé dans leur personnalité. On a beau s’y voir comme dans un miroir, le reflet de soi tétanise quand on réalise que nous sommes condamnés à nous multiplier selon les codes sociaux. Mani Haghighi met ainsi l’accent sur la Psychose qui s’empare de certains de ses protagonistes, qui entrevoient une possible échappatoire, tandis que les autres méditent encore sur ce qu’ils doivent préserver à tout prix.

Ces doublons existent donc bel et bien pour des raisons obscures, mais cela servira notamment à chambouler la passion qui sommeille dans le cœur de ces gens. Que l’on mène une vie aisée ou très modeste, le décor insiste sur le fossé culturel qui sépare les deux couples et qui se découvrent un magnétisme inattendu. D’un service rendu à un autre, la nature des relations change et les identités s’échangent. L’un d’entre eux s’infiltre soudainement dans la vie de l’autre et le quotidien de tous est bouleversé. Ce jeu de substitution tient une part importante dans Les Ombres persanes, car ces héros, bien qu’ils soient ordinaires et humains, semblent n’avoir que des regrets et un sentiment de culpabilité pour les aider à fonder la famille dont ils ont toujours rêvé.

Bande-annonce : Les Ombres Persanes

Fiche technique : Les Ombres persanes

Titre original : Tafrigh
Réalisation : Mani Haghighi
Scénario : Mani Haghighi, Amir Reza Koohestani
Photographie : Morteza Najafi
Décors : Mohsen Nasrollahi
Costumes : Neda Nasr
Maquillage : Iman Omidvari
Musique : Ramin Kousha
Conception sonore : Amir Hossein Ghasemi
Ingénieur du son : Rashid Daneshmand
Montage : Meysam Molaei
Effets spéciaux : Arash Aghabeig
Effets visuels : Mohammad Baradaran
Production : Films Boutique Production
Pays de production : Iran, France
Distribution France : Diaphana Distribution
Durée : 1h47
Genre : Drame, Thriller
Date de sortie : 19 juillet 2023

Les Ombres persanes : la symétrie des mœurs
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3.5

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Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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