À l’occasion de la sortie de Mother! le 13 septembre 2017, revenons sur le réalisateur Darren Aronofsky et sur ses films aux personnages complexes tournés vers la noirceur. Portrait de ce cinéaste sans concession.
D’excellents débuts:
Quand il sort Pi en 1998, tout fraîchement diplômé du prestigieux American Film Institute, Darren Aronofsky connaît le succès directement. Sa pellicule gagne le prix de la mise en scène au festival de Sundance. Alors qu’il avait peiné à rassembler les 60 000 dollars nécessaires à sa production, le film en rapporte plus de 3 millions. Très inspiré parEraserhead de David Lynch, le film en noir et blanc se concentre sur la quête d’un mathématicien fou autour du nombre Pi. Le film marque le début du style Aronofsky: cuts rapides avec de nombreux inserts, le personnage en proie à des hallucinations, la mise en scène est oppressante et la bande originale marque le début de la collaboration de l’artiste avec Clint Mansell (qui reviendra travailler sur les œuvres suivantes).
Grâce à ce triomphe, il en profite pour sortir Requiem for a dream un an après, d’après une œuvre de Hubert Selby Jr. Le film s’impose comme un classique instantané. L’histoire suit quatre personnages et leurs addictions, jusqu’à leur descente aux enfers. Le film est choquant et encore plus percutant grâce au style propre au réalisateur, déjà présent dans Pi: des inserts, un montage rapide et la musique, culte, de Mansell. C’est un nouveau succès puisque le film remporte de nombreux prix et est aussi nommé aux Oscars pour la performance de Ellen Burstyn. C’est dans ce contexte qu’Aronofsky s’impose comme un réalisateur international et talentueux.
Un passage à vide:
C’est alors que la Warner Bros. lui propose d’adapter le Comics de Frank Miller, Batman: Year One en film. Mais les différends artistiques entre le studio et le réalisateur font que le projet n’aboutira jamais. En effet Aronofsky voulait faire une oeuvre très réaliste et sombre, comme il l’explique ci dessous.
« Je pense que Warner a toujours su que c’était une vision qui ne leur conviendrait pas. Je le pense sincèrement car quand tu as des enfants de 4 ans qui achètent des produits Batman et que tu prends le risque de sortir un film comme celui-là, l’incompatibilité est totale. »
Il décide ensuite de s’attaquer à un projet ambitieux: The fountain, qui est un enfer de production qu’il met 6 ans à réaliser. En effet il a dû changer d’acteurs principaux en plein milieu de la production à cause de différends artistiques. Les rôles devaient à l’origine être tenus par Brad Pitt et Cate Blanchett et non Hugh Jackman et Rachel Weisz. L’histoire est celle d’un homme qui essaie à tout prix de sauver sa femme, au travers de trois réalités. Esthétiquement le film est superbe et se montre comme un poème onirique aux tons jaunes, mais il divise la critique. Certains lui reprochent son scénario invraisemblable, là où d’autres y voient de la profondeur et un support analytique. Dans tous les cas le film est un échec commercial et plonge le réalisateur dans une période de doute. Aronofsky confie d’ailleurs dans une interview qu’il choisit « toujours un pari risqué » et que chercher à porter un tel projet lui fait dépenser « énormément d’énergie ».
Retour au succès:
Suite à cet échec, il se remet en question et travaille sur un projet moins personnel: The Wrestler, dont il n’a pas écrit le scénario. Le long-métrage sort fin 2008 et signe le retour de Mickey Rourke, ayant délaissé les plateaux de tournage pendant plusieurs années. Il y joue un catcheur qui est forcé de prendre sa retraite suite à des problèmes de santé et qui essaie de survivre avec un job alimentaire. C’est le premier film du réalisateur dont le personnage ne souffre pas de psychose ou d’hallucinations. En outre il change son style pour une mise en scène plus sobre, ce qui plaît au public et aux critiques puisqu’il remporte un Lion d’or à la Mostra de Venise, et un Golden Globe pour l’acteur principal.
Il est pressenti pour réaliser le remake de Robocop de Paul Verhoeven, mais suite à la crise financière du studio MGM, il décide de tourner son projet Black Swan à la place.
C’est ainsi que le film sort en 2010, porté par un joli trio d’acteurs: Natalie Portman en tête, avec Mila Kunis et Vincent Cassel. Ils incarnent une troupe de danse s’entraînant pour jouer le Lac des Cygnes, avec des rivalités. Les personnages sont symboliques (chacun représente un personnage du ballet dans l’histoire) et, selon le style de Darren Aronofsky, en proie à des psychoses intérieures. Il signe un retour à ses réalisations précédentes car la mise en scène redevient oppressante et sombre. Encore une fois le projet est couronné de succès puisque Natalie Portman gagne l’Oscar de la meilleure actrice pour le rôle, et le film gagne lui-même beaucoup de prix.
En 2014, il décline la réalisation de Wolverine: Le Combat de l’immortel pour faire Noé, péplum biblique traitant de l’épisode du Déluge et de l’Arche de Noé. C’est un très gros succès au box-office, mais les critiques sont mitigées. En France le film fait plus d’un million d’entrées.
Si Aronofsky a su conquérir son public, force est de constater que la critique l’aime moins quand il s’attaque à des projets très (trop?) ambitieux. Reconnaissable à son style choc, il a réussi à s’imposer comme le réalisateur à suivre. Alors a quelle sauce va-t-il nous manger avec son prochain film, Mother!, qui sort le 15 septembre? Seul l’avenir nous le dira…
Filmographie du cinéaste natif de Brooklyn Darren Aronofsky
2017 : Mother!
2016 : Evel Knievel
2014 : Machine Man
2014 : Noé
2011 : Black Swan
2011 : Hobgoblin – Saison 1
2008 : The Wrestler
2006 : The Fountain
2000 : Requiem for a Dream adapté du roman « Last Exit to Brooklyn » d’Hubert Selby Jr.
1998 : Pi
1993 : Protozoa Court métrage
1991 : Fortune Cookie Court métrage
1990 : Supermarket Sweep Court métrage
Cela va faire 10 ans que le Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg fait partie intégrante de la rentrée culturelle de la capitale alsacienne. Pour l’occasion, Daniel Cohen, directeur artistique du festival, a décidé de marquer le coup et a donc effectué la première conférence de presse de l’histoire du festival ce mercredi 30 août. Au programme, la liste des films présentés dans les diverses catégories, un point sur les rétrospectives et les événements qui auront lieu à Strasbourg en parallèle du festival.
Depuis 10 ans le FEFFS s’efforce de présenter des films venant de tous horizons, que cela soit d’Asie ou d’Europe, des premiers films ou les nouveaux travaux de réalisateurs expérimentés. Cette 10ème édition ne déroge pas à la règle et propose une programmation riche et variée de 53 films se répartissant en 4 catégories. La plus importante étant la compétition internationale composée de 13 films qui vont se disputer le prestigieux Octopus d’or. Dans ces 13 films, on retrouve des longs métrages ayant déjà fait leurs preuves dans quelques festivals commeLa Mise à mort du cerf sacréde Yorgos Lanthimos déjà présenté à Cannes, tout comme le film du hongrois Kornel Mundruczo (déjà lauréat de l’Octopus d’or en 2014 pour White Dog), Jupiter’s Moon. Horizons variés donc car l’on retrouve en compétition, le film coréen A Day dont le pitch fait penser à une version horrifique d’Un jour sans fin ; un premier film brésilien de nature post-apocalytpique, Earth and Light, mais également le dernier film de Joachim Trier lui aussi habitué Cannois, qui revient sur le grand écran avec un thriller fantastique norvégien, Thelma. La France ne sera pas en reste, et l’on retrouve 1 an après le phénomèneGrave, une nouvelle co-production Franco-Belge et pas des moindres puisqu’il s’agit d’une adaptation d’un polar de Manchette par le duo Cattet/Forzani, connus pour leurs façons d’exprimer leurs amours pour le bis italien au travers d’expérimentations très sensorielles.
C’est le très attendu Ça, adapté de Stephen King qui ouvrira les hostilités, tandis que The Tragedy Girls s’occupera de la clôture. Du côté des crossovers, là aussi du beau monde avec une coproduction franco-anglaise déjà présentée à Cannes, A Prayer before Dawn, tout comme le film coréen The Villainess qui promet de l’action bien musclée. La section crossovers met en avant un brassage des genres : on y retrouvera aussi un film américain de nunsploitation, un film fantastique espagnol à la dimension sociale ou Super Dark Times, un film mettant en avant un groupe d’adolescents dérivant vers la psychose. En ce qui concerne l’une des catégories préférées des festivaliers, les cultissimes Midnight Movies permettant de finir les longues journées sur des barres de rire, on retrouve là encore des pellicules de tous bords. Seront présentés par exemple la suite du mythique Meatball Machine, film japonais mélangeant ultra-gore et cyberpunk, le retour de l’équipe derrière New Kids Turbo dans un film qui s’annonce tout aussi trash, ou encore l’œuvre déroutante de Flying Lotus ayant déjà fait sensation à Sundance, Kuso. Les courts métrages seront une nouvelle fois à l’honneur avec comme à l’accoutumée trois compétitions : française, internationale et animation. 3 séances spéciales sont aussi à noter. Un documentaire sur le légendaire George Romero qui nous a quitté il y a peu de temps, 78/52 un film revenant sur la genèse de la scène de douche culte de Psychose et enfin le film d’animation Zombillenium dans une séance tous publics.
Le FEFFS laisse également une place de choix à l’histoire du cinéma dans sa programmation. Pour cela deux rétrospectives auront lieu. La première renvoie à la sublime affiche de cette édition et se nomme Humans 2.0. Elle met en avant le cinéma de science-fiction qui s’intéresse aux cyborgs, intelligence artificielle et autres clones. Au programme des films allant de 1927 avec le grand Metropolis de Fritz Lang à 2008 et The Clone returns home, un film japonais rare. On retrouvera des films cultes de la S-F parmi lesquels Robocop, Existenz, Tetsuo ou encore Terminator 2 qui sera présenté en 3D. L’autre rétrospective sera quant à elle consacrée à l’invité d’honneur de cette édition, le grand William Friedkin. Le réalisateur américain reviendra d’ailleurs sur sa carrière au cours d’une master class, suivie de la version restaurée de Sorcerer qui fête cette année ses 40 ans. Une occasion de redécouvrir sur grand écran également The French Connection, L’Exorciste ou encore Police fédérale Los Angeles. Bien évidemment nous n’oublierons pas la fameuse nuit excentrique qui promet encore une nuit blanche de folie avec au programme du nanar top niveau : L’homme-puma, Le ninja blanc et Les Prédateurs du futur.
Pour finir, un petit tour d’horizon des autres événements qui auront lieu autour du FEFFS. On dénombrera pas moins de 10 événements pour fêter cette décennie d’existence. Ce sera par exemple l’occasion de voir Les Aventuriers de l’arche perdue sur grand écran à côté de la cathédrale, de voir Christine lors d’un Drive-in sur le parking des Halles ou encore les Dents de la mer 2 sur un écran gonflable situé sur le bassin d’Austerlitz. Les jeux vidéo seront encore mis à l’honneur au travers de l’Indie Game Contest ainsi que de plusieurs conférences et du rétro-gaming. La Zombie Walk sera elle aussi de retour, tout comme la Grüselnacht au Musée Alsacien.
Daniel Cohen et son équipe ont donc mis les petits plats dans les grands afin de nous offrir une programmation particulièrement riche qui devrait ravir tous les festivaliers, et faire de la ville de Strasbourg un gigantesque terrain de jeu culturel du 15 au 24 septembre.
Film d’ouverture : Ça de Andy Muschietti (USA, 2017)
Film de clôture : Tragedy Girls de Tyler Macintyre ( USA, 2017)
Compétition internationale :
Animals de Greg Zglinski (Autriche, Suisse, 2017)
The Crescent de Seth A. Smith ( Canada, 2017)
A Dark Song de Liam Gavin (Irlande, 2016)
Dave made a maze de Bill Watterson ( USA, 2016)
A Day de Seon-ho Jo ( Corée du Sud, 2017)
Double Date de Benjamin Barfoot ( Royaume-Uni, 2017)
Earth and Light de Renné França ( Brésil, 2017)
The Endless de Justin Benson et Aaron Moorhead ( USA, 2017)
La Lune de Jupiter de Kornel Mundruczo (Hongrie, 2017)
Kaleidoscope de Rupert Jones ( Royaume-Uni, 2016)
Mise à mort du cerf sacré de Yorgos Lanthimos ( Grèce, 2017)
Laissez bronzer les cadavres de Hélène Cattet et Bruno Forzani ( France, Belgique, 2017)
Thelma de Joachim Trier (Norvège, 2017)
Compétition crossovers :
Bitch de Marianna Palka (USA, 2016)
Fashionista de Simon Rumley (USA, 2016)
The Little Hours de Jeff Baena ( USA, 2016)
Most Beautiful Island de Ana Asensio ( Espagne, 2017)
Elle s’était fait attendre cette avant-dernière saison du show le plus téléchargé de l’histoire des séries. En effet, alors que Game of Thrones a depuis le début rythmé le printemps des sériephiles, il a fallu cette année patienter jusqu’à juin pour enfin retourner à Westeros. D’autant plus que cette saison est beaucoup plus courte qu’à l’accoutumée, ne disposant que de 7 épisodes, comparé aux 10 des précédentes. Et si cela ne suffisait pas, HBO a dû faire face à de nombreux problèmes au cours de ces 7 semaines de diffusion, que ça soit les leaks des intrigues en amont, des menaces de hackers ou encore pire la branche HBO Spain qui diffuse l’épisode suivant en avance. Bref, le feuilleton Game of Thrones aura bien occupé les sériephiles au cours de ces très chauds et moins chauds jours d’été. Mais qu’en est-il vraiment de cette saison 7 ?
Le sublime season finale de la saison 6 avait laissé le royaume des 7 couronnes dans un climat des plus instables. Alors que Cersei s’amuse à faire exploser le grand septuaire à coup de feu grégeois et prend la place de son fils sur le trône de fer, la soi-disante héritière légitime du trône de fer Daenerys Targaryen prenait enfin les voiles pour Westeros après 6 saisons passées à Essos. Nous disons bien soi-disante, car grâce aux nouveaux pouvoirs de Bran, une révélation d’ordre capital et fruit de nombreuses spéculations et théories des spectateurs ou lecteurs a enfin été confirmée, le fait que Jon Snow est le fils de Lyanna Stark et Rhaegar Targaryen. Tous ces événements relançaient complètement les dés et promettaient donc une saison 7 anthologique.
Et finalement, nous n’avons pas été déçus. Bien que la saison a été raccourcie, elle nous a offert son lot de moments épiques, de batailles à couper le souffle, ou encore de retournements de situation en tous genres. Afin de faire avancer au maximum leurs intrigues, David Benioff et D.B Weiss ont peut être opté pour le parti pris qui restera certainement l’élément qui a le plus divisé les fans au cours de cette septième saison, le changement de rythme. En effet depuis le début de la série, Game of Thrones possédait un rythme plutôt lent. Les showrunners prenaient leur temps et certaines intrigues prenaient plusieurs épisodes afin d’être réalisées. Ce rythme lent avait d’ailleurs connu son paroxysme lors de la très faible et poussive saison 5 qui avait prit beaucoup de temps à démarrer. Mais depuis la saison 6, et sachant qu’ils ne leur resterait plus que 3 saisons, Benioff et Weiss sont passés à la vitesse supérieure. Résultat : les fameuses téléportations de personnages. Il n’est en effet pas étonnant au cours de cette saison de voir des personnages faire Peyredragon-Port-réal, puis Port-réal-Le mur en un seul épisode, alors que lors de la première saison faire Winterfell- Port-Réal leur avait pris 3 épisodes. Ces différents éléments ont donc quelque peu dérouté les spectateurs qui y voyaient des incohérences, mais restent cependant nécessaires afin de boucler les intrigues dans les temps.
Car niveau intrigue, cette saison 7 est généreuse, comme toujours. Les intrigues sont plus ou moins réussies mais font leur effet la plupart du temps et témoignent d’un virage bien plus spectaculaire entrepris au cours de cette saison 7. Contrairement aux précédentes, les moments calmes et les longs dialogues semblent un peu plus rares, et Benioff et Weiss ont pu donc tout miser sur le spectaculaire au travers notamment de plusieurs séquences de batailles particulièrement épiques. On retiendra bien évidemment cette bataille navale de l’épisode 2 qui permet de mettre en avant Euron Greyjoy, pirate sanguinaire et un peu porté sur le sexe, oncle de Theon, ou surtout cette fin d’épisode 4 particulièrement dévastatrice. Connue sous le nom de Loot Train Attack, cette bataille a opposé l’armée Lannister aux dragons de Daenerys, certainement l’une des batailles les plus tétanisantes qui montraient la surpuissance des lézards cracheurs de feu sur les soldats.
En plus des batailles, cette saison a été celle de rencontres que beaucoup de fans attendaient. Bien évidemment les retrouvailles des enfants Stark auront fait couler des larmes, mais c’est surtout celles entre Jon Snow et Daenerys Targaryen qui ont été les plus attendues. Deux des personnages favoris des fans, le feu et la glace, le dragon et le loup, il n’aura donc pas fallu longtemps avant que les spectateurs se mettent à shipper le couple, omettant complètement le côté incestueux de l’affaire. Un véritable jeu d’alliances se lance donc dans cette septième saison, chacun cherchant à quelle reine ployer le genou. D’un côté la cruelle Cersei rivalisant toujours d’ingéniosité pour torturer ceux qui ont fait du mal à sa famille (et nous permettant de faire une croix définitive sur l’intrigue de Dorne complètement ratée) et de l’autre la briseuse de chaînes Daenerys qui n’hésite pas à utiliser le feu pour prendre l’avantage, nécessitant une main des plus sages pour refréner certaines de ses pulsions destructrices.
Si cette bataille entre les deux reines semble l’un des enjeux importants de la saison, c’est un autre teasé depuis la première scène de la série qui va redoubler d’intérêt, l’armée des morts. Depuis quelques temps la menace venue de derrière le Mur se fait de plus en plus concrète, on se souvient bien évidemment de la fameuse bataille de Durlieu et du face à face entre Jon et le Roi de la nuit. Cette saison 7 met cette menace au premier plan, et il n’est pas trop tôt de voir enfin quelqu’un se démener pour aller contrer cette menace. Jon Snow se porte donc comme l’étendard de cette lutte essayant de rallier les deux reines à sa cause. Le roi du Nord n’hésitera d’ailleurs pas à se lancer en compagnie de 6 autres personnages « badass » de la série dans un commando rappelant les Sept Samourais afin de capturer un mort comme preuve. Une intrigue respirant le fan service à 100 kilomètres à la ronde mais qui nous permet de revoir ce cher Gendry oublié depuis plusieurs saisons.
Ce qui nous amène à nous pencher sur les personnages et les acteurs à proprement parler. Avec son lot toujours plus important de personnages, malgré un nettoyage en règle effectué au cours de chaque saison, il est normal que certains se retrouvent un peu délaissés. On pensera bien évidemment à Melissandre réduite au service minimum dans cette saison avant d’être évincée comme une malpropre ou encore Ellaria Sand et ses filles qui ne manqueront elles à personne. Peu de nouvelles têtes cette saison, pour ne pas dire aucune, Pilou Asbaek va cependant voir son personnage d’Euron Greyjoy prendre plus d’importance, du moins dans les 3 premiers épisodes avant d’être lui aussi oublié avant le final. La saison 7 se repose donc sur les piliers fondamentaux de la série. La fratrie Stark bien évidemment, ayant repris leur fief de Winterfell et qui vont se faire un peu retourner le cerveau par le toujours autant calculateur Lord Baelish (même si là encore il s’avère être plutôt en retrait). Sophie Turner démontre une nouvelle fois le potentiel de plus en plus important de son personnage, Sansa étant certainement l’un des personnages ayant fait le plus de chemin depuis le début de la série, gagnant en force saison après saison. Quant à Maisie Williams, elle campe une Arya toujours aussi vengeresse et nous offre une ouverture de saison des plus réjouissantes. Bran quant à lui s’avère un petit peu agaçant, d’autant plus qu’il est un peu laissé au placard alors qu’il possède des informations capitales. Parmi les autres incontournables, Jaime Lannister continue à se faire une place de plus en plus importante dans le cœur des fans. Celui qui passait pour un chevalier arrogant et méprisant dans la première saison, devient de plus en plus nuancé et son amour pour Cersei n’a jamais été aussi fragile. Quant à Tyrion, il s’avère être la véritable tête pensante du camp Daenerys, et malgré ses tactiques parfois contrées, il reste le personnage intelligent qu’il a toujours été malgré ici encore un petit délaissement dans les tirades qui ont fait la marque du personnage.
Finissons avec le trio principal de la saison, les 3 personnages ayant eu le plus de temps de présence et jouant les rôles clés de cette saison. Cersei semble à première vue acculée, mais si il y a bien une personne à ne pas sous estimer c’est bien le personnage de Lena Headey, qui confère encore une fois à Cersei cette aura de grande méchante, de personnage ne reculant devant rien. Lena Headey est encore une fois glaçante et impose clairement Cersei au panthéon des grosses ordures de la série. De leur côté Kit Harington et Emilia Clarke vont partager un temps important ensemble à l’écran (et même plus …). Harington et Clarke qui comme beaucoup le savent n’ont jamais vraiment été les meilleurs acteurs de la saga ne feront une nouvelle fois pas de véritables étincelles dans cette saison mais arriveront à cultiver une certaine alchimie, créant même une certaine tension sexuelle entre les deux personnages.
Cette saison 7 de Game of Thrones laisse donc peu de temps au blabla et va directement au fond des choses. Misant avant tout sur le spectaculaire, ayant recours peut-être un peu trop souvent au fanservice, elle embrasse vraiment la notion de divertissement de la série quitte à sacrifier un peu les subtilités d’écriture dont elle était friande lors de ses premières saisons. Ces 7 épisodes n’en restent pas moins des moments de télévision incontournables, faisant à plusieurs reprises de l’ombre aux grands blockbusters hollywoodiens. Elle aura le mérite d’amorcer clairement la dernière ligne droite, son final étant certainement l’épisode le plus réussi de la saison et paradoxalement le plus « calme » laissant tout de même une dernière séquence apocalyptique particulièrement jouissive. Le plus dur sera d’attendre 2 ans avant la suite.
Game of Thrones Saison 7 : Bande-Annonce
Game of Thrones : Fiche Technique
Créateurs / Showrunners : David Benioff et D.B. Weiss d’après l’œuvre de G.R.R. Martin
Réalisateurs : Jeremy Podeswa, Mark Mylod, Matt Shackman, Alan Taylor
Interprètes : Kit Harington (Jon Snow), Peter Dinklage (Tyrion Lannister), Emilia Clarke (Daenerys Targaryen), Lena Headey ( Cersei Lannister),Maisie Williams (Arya Stark), Nikolaj Coster-Waldau ( Jaime Lannister), Aidan Gillen (Petyr Baelish), Sophie Turner ( Sansa Stark)…
Photographie : Marco Pontecorvo
Montage : Frances Parker, Oral Norrie Ottey
Direction artistique : Paul Inglis, Thomas Brown, Ashleigh Jeffers, Tom McCullagh, Steve Summersgill
Musique : Ramin Djawadi
Producteurs : Mark Huffam, Frank Doelger
Sociétés de production : HBO, Management 360
Diffusion (France) : OCS
Format : 7 épisodes de 50 à 75 minutes
Sortie ce mercredi de deux films d’Akira Kurosawa, Barberousse (1965) et Dodes’kaden (1970), en coffret DVD – Blu-ray et livret chez Wild Side. Revenons ici sur le second, qui est le premier film en couleur du maître et une œuvre troublante sur une communauté miséreuse et ses projections fantasmagoriques.
Dernier volet de la tétralogie de la misère, Dodes’kaden fut un échec critique et public si fort que Kurosawa fit une tentative de suicide heureusement sans succès. « Expérimental », « trop dur »… Des qualificatifs trouvés ici et ailleurs pour tenter de justifier cet échec massif. Le film est davantage à mettre dans la catégorie des « films difficiles à expérimenter » du maître, dans lesquels on peut aussi trouver le merveilleux Les Bas-Fonds. Le contexte posé, allons au-delà des (tentatives d’) explications et justifications historiques entourant la réception du long métrage, et attaquons-nous au film même.
Regards projecteurs
Le film présente une galerie de personnages fort intriguants. En effet, plusieurs emploient leur regard (la vue, l’audition) de telle manière qu’ils projettent des éléments invisibles pour le commun des mortels. En effet, ils perçoivent dans les monts d’ordures de ce territoire de misère des objets et individus qui nous sont imperceptibles. Dans le dossier de presse de la sortie du coffret, Wild Side écrit justement à propos des personnages : « tous se nourrissent poétiquement du rien qui les entoure« . S’ils se nourrissent poétiquement de leur abominable environnement, les personnages utilisent cette matière acquise pour faire fonctionner leurs regards projecteurs. Ainsi le jeune homme obsédé par les transports ferroviaires remplit chaque jour sa mission de conducteur et technicien d’un train. Nous le voyons s’affairer dans un espace vide, utiliser des outils qui n’existent pas, toucher des surfaces invisibles. Kurosawa nous fait entendre les sons propres aux diverses manipulations du jeune homme. Nous pouvons donc entendre la projection du gamin. Ce dernier fait lui-même certains sons avec sa bouche. En effet, pour le roulement du train, il ne cesse de répéter l’onomatopée « dodes’kaden » aussi employée pour le titre du film.
Le jeune homme lance son train fantasmé.Le père projette devant ses yeux et les nôtres la construction de la maison idéale.
Un autre personnage, un père qui rêve d’une formidable maison sur une colline pour lui et son fils, projette sa construction fantasmée de leur demeure idéale. Quelques mouvements de mains dessinent les lignes d’un portail, et alors survient tout à coup à l’écran sa vision. A noter l’importante utilisation de la couleur par Kurosawa (sur l’ensemble du film, et notamment ici) qui propose véritablement des tableaux pour illustrer la construction de la maison de ce père rêveur.
Enfin, un homme relativement âgé n’a plus la force de vivre. Il a tout perdu, son magasin, sa famille. Il désire mourir pour rejoindre les siens, qu’il ne cesse de rencontrer dans ses rêves. L’ancien du coin lui expliquera ceci : s’il meurt, alors sa famille disparaîtra. En effet, les rêves de l’homme sont des projections possibles parce qu’il est vivant, soit grâce à la vie. Alors, s’il meurt, ses projections cesseront, et il ne rencontrera plus les siens. L’homme décidera alors de rester plus que jamais en vie.
Dans Barberousse, le maître nous réapprenait à regarder le monde, ses éléments et individus. Avec Dodes’kaden, Akira Kurosawa nous invite à projeter, avec notre regard – notre imagination, nos espoirs et nos souvenirs -, le meilleur de nous-mêmes sur le plus misérable et abominable de notre réalité. Avec sa galerie de personnages dressée sans aucun cynisme, le long métrage de Kurosawa pose une nouvelle pièce à son portrait total de l’humanité/l’humain, entre observation sans jugement et critique virulente ; violence et merveille ; poésie douce et poème guerrier ; épopée et tragédie ; réalité(s) et fantasmes ; haines ensanglantées et sérénités absolues ; entre bien d’autres choses.
Wild Side nous permet de redécouvrir le film avec une formidable copie vivifiant l’univers coloré de Kurosawa peintre. Accompagnée de quatre intéressants bonus (voir compléments plus bas) dont un livret écrit spécialement par Christophe Champclaux, l’édition possède un visuel soigné et précis, à la piste sonore plus que satisfaisante.
EXTRAIT – Dodes’kaden
CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES DVD
Master restauré – Format image : 1.33, 16/9ème compatible 4/3 – Couleur – Format son : Japonais DTS Mono et Dolby Digital Mono – Sous-titres : Français – Durée : 2h15
CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUE Blu-ray
Master restauré – Format image : 1.33 – Couleur – Résolution film : 1080 24p – Format son : Japonais DTS Master Audio Mono – Sous-titres : Français – Durée : 2h19
COMPLÉMENTS (exclusivement sur le Blu-ray)
– Kurosawa en couleurs (36’)
– Kurosawa par Kurosawa : entretien avec son fils Kazuko (39’)
– Kurosawa par Kurosawa : entretien avec sa fille (13’)
+ un livret de 82 pages, écrit par Christophe Champclaux
Si Le prix du succès ne laisse aucun doute sur le thème abordé grâce à son titre, Teddy Lussi-Modeste semble questionner plus profondément les spectateurs et la psychologie des personnages en faisant des non-dits, le deuxième thème de ce film.
Synopsis : Brahim est un humoriste en pleine ascension. Sa réussite, il la doit à lui-même et à l’amour qu’il porte à Linda. Bon fils, il soutient les siens depuis toujours. Mais pour durer, Brahim doit sacrifier son grand frère, manager incontrôlable. Si l’échec peut coûter cher, Brahim va payer un tribut encore plus lourd au succès.
Inspiré par son histoire personnelle, le réalisateur issu de la Fémis questionne les dessous du succès à travers une comédie dramatique portée par un trio d’acteurs talentueux. Tahar Rahim sort de ses rôles habituels pour rentrer dans la peau d’un stand-upper. Souvent dans des compositions plus sérieuses ou plus graves, l’acteur français continue de se positionner comme un comédien majeur du cinéma actuel en mêlant plusieurs registres autour d’un même personnage. Alternant scènes comiques lors de spectacles, scènes sérieuses entouré de sa famille, ou moments plus graves lorsque les conflits éclatent avec son frère, son personnage reste convaincant quel que soit le ton. C’est également accompagné de deux acteurs français de choix que Tahar Rahim rend le film crédible. Maïwenn joue le rôle de Linda, sa femme, pour son retour en tant qu’actrice et Roschdy Zem devient Mourad, son frère et manager. Ce dernier, qui avait porté l’uniforme de pompier dans Les hommes du feu récemment, impose toujours autant sa présence par sa voix grave et sa carrure qui collent à la peau de son personnage. Le grand frère bouillonnant au passé mouvementé ayant aidé son frère à monter au plus haut se sent trahi d’être laissé de côté lorsque des choix s’imposent à Brahim. À eux trois, ils trouvent le rythme parfait pour ce film dont l’histoire se tisse toute seule. Avec ce scénario très bien ficelé, les actions s’enchaînent de manière logique et cohérente mais pour ceux qui vibrent grâce aux émotions dans les salles obscures, Le Prix du Succès ne touchera sans doute pas vraiment leur coeur de cinéphile.
C’est par cette relation fraternelle que le réalisateur va questionner les liens familiaux autour du succès. Sans vraiment prendre partie dans le conflit, sans dire qui a tort ou raison, Teddy Lussi-Modeste laisse au spectateur la liberté de se faire son avis. Qui doit pardonner à l’autre ? Doit-on vraiment abandonner ceux qu’on aime pour réussir ? Si tant est qu’ici ce soit réellement un abandon, en tout cas c’est comme cela que le perçoit Mourad. Doit-on vraiment en vouloir à ceux qu’on aime de réussir ? Peut être que Mourad n’est pas franchement jaloux de son succès ? Le conflit semble un peu plus profond et complexe que ce qu’il laisse paraître. Comme toutes relations humaines, rien n’est simple et quand il s’agit en plus de relation fraternelle, de nombreux facteurs rentrent en compte.
« On dit ex-femme mais on dit pas ex-frère. »
Cette dispute et ces non dits-ont de quoi frustrer le public qui s’attend à des explications franches et des mises au point qui ne viennent jamais. Il ne s’agit alors pas simplement de trahison ou de pardon, mais plutôt de non-dits qui créent un fossé entre deux frères autrefois très soudés. Tout comme il nous est tous arrivé dans la vie de laisser partir quelqu’un sans un mot, par fierté ou par peur de trop en dire. De cette manière, le réalisateur s’adresse directement à l’histoire du spectateur et livre un message différent que celui apparent, pouvant laisser penser que le succès sépare ceux qui s’aiment. Autrement dit, le film montre à de nombreuses reprises que les relations humaines sont vaines sans dialogue ni honnêteté. Si la colère de Mourad venait plutôt de la lâcheté de son frère qui n’a rien osé lui dire, plutôt que de l’acte en lui même ? De manière volontaire ou inconsciente, Teddy Lussi-Modeste fait passer cette idée selon laquelle la clé des relations humaines reste toujours la communication. Pourtant, si l’on en croit ce qu’il dit de son intention, elle serait clairement de montrer les réactions des proches quant au succès, mais la psychologie des personnages et les sentiments qui l’accompagnent semblent aller plus loin que cela. Maladresse ou réelle intention ? Impossible de le savoir. Alors la seule chose qu’il reste à dire au spectateur c’est « Dommage ». Non pas par déception d’un mauvais film, au contraire Le prix du succès est techniquement bon, mais par frustration de voir cette relation se dégrader de la sorte, sans réelle explication. Frustration également de ne pas savoir quelles sont les vraies rancoeurs. Mais c’est aussi cela le charme du film et le charme du cinéma en général : ne pas savoir, imaginer, rester sur sa faim pour ainsi pouvoir continuer d’écrire le scénario… Le prix du succès pousse à la réflexion donc et laisse toutes ces pensées et questionnements en suspens.
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Le Prix du Succès : Bande Annonce
Le Prix du Succès : Fiche technique
Réalisation : Teddy Lussi-Modeste
Scénario : Teddy Lussi-Modeste, Rebecca Zlotowksi
Interprétation : Tahar Rahim, Roschy Zem, Maïwenn
Musique : Rob
Producteurs : Jean Christophe Reymond
Société de production : Kazak Productions
Distributeur : Ad Vitam
Durée : comédie dramatique
Genre : 92 minutes
Date de sortie : 30 août 2017
Ce mercredi sort en coffret DVD et Blu-ray chez Wild Side deux films d’Akira Kurosawa, Barberousse (1965) et Dodes’kaden (1970). Nous nous concentrerons ici sur le premier, une fresque humaine intimiste qui questionne notre regard sur l’autre.
Synopsis : Début du XIXème siècle. Jeune homme brillant mais arrogant, Noboru Yasumoto rêve de devenir le médecin personnel du Shogun. Il ne peut que se cabrer lorsqu’il se retrouve affecté dans un dispensaire d’un quartier misérable d’Edo, sous les ordres du docteur Kyojio Niide, alias Barberousse, dont la sévérité et l’aspect constamment renfrogné ne font qu’ajouter à son insatisfaction… Pourtant au fil des rencontres et au contact de ce personnage sage et mystérieux, Yasumoto va apprendre l’humilité et se découvrir un mentor…
Un film de regards
Bien des films questionnent le regard, celui du spectateur notamment, tels que Fenêtre sur Cour et Psycho, entre autres. Barberousse va aussi éduquer le nôtre. En effet, présenté au début du film par l’un de ses jeunes médecins comme un « tyran », Barberousse, encore non apparu à l’écran, nous apparaît toutefois dans notre imagination comme un salop strict mais doué. Un deuxième élément intensifie cela : le fait que Noboru soit affecté et coincé dans le dispensaire du barbu docteur, et doive lui donner ses « documents » scolaires (ses cours, son savoir) pour lesquels il a durement travaillé. Aussi lorsque Barberousse, incarné par le grandiose Toshiro Mifune, entre enfin dans le champ de l’image, il possède une forme de sévérité, ou plutôt d’austérité physique.
Cependant, il ne faut jamais se fier à notre premier regard. Et encore moins à celui des autres. Voilà la première leçon que nous enseigne Akira Kurosawa : il nous faut dépasser nos premières visions, notamment celles indirectes (données par autrui). Il nous faut ainsi apprendre à véritablement regarder. Ne plus juste voir et écouter, mais savoir entendre et ouvrir les yeux.
Le jeune Noboru va lui aussi en faire l’expérience. Au fur et à mesure du temps passé au dispensaire, il va reconnaître ses erreurs de jugement, son arrogance, ses impertinences. Surtout, son regard sur l’autre va grandement changer, à tel point qu’il ne voudra plus quitter Barberousse, qu’il estimera plus que jamais. Parce qu’il nous faut apprendre à voir davantage que le visage sévère, à dépasser l’austérité de la voix de Barberousse pour comprendre à quel point le personnage est vertueux. Bienveillant au possible, le docteur à la barbe rousse déploie tous les moyens possibles pour ses patients, et sacrifie sa vie pour son travail.
« Mais le patron a un autre regard.
Il ausculte autant le corps que le cœur de ses patients. »
– Le docteur Mori au jeune Noboru –
La leçon que nous enseigne Kurosawa est illustrée sur plusieurs cas. Une jeune fille âgée de douze ans, Otoyo, est souffrante. Pire que ça, elle est gardée par la gérante d’une maison close qui veut la prostituer. Barberousse la sort de cet établissement sordide et donne à Noboru la responsabilité de ses soins. Le jeune homme éprouve d’abord une forme de crainte face à la jeune fille. « Ce regard… Il vous tient à distance », dit-il face à elle allongée (voir photogrammes ci-dessous).
Justement, il va apprendre à regarder humainement l’autre, à découvrir en l’autre son histoire, ses souffrances, son parcours, et alors, son regard va changer. La jeune fille sera davantage une victime à soigner et une enfant à qui il faudra réapprendre à vivre, qu’une patiente malade. Plus tard, il la regardera même avec l’amour d’un tuteur. Autre moment : un gamin voleur surnommé P’tit Rat, poursuivi par les ouvrières du dispensaire, va être l’ami de Otoyo. Leur rencontre prend lieu par un échange de regards cadrés. En effet, l’enfant la regarde d’en haut d’une trappe alors qu’il vole, puis dans fuite, entre deux marches d’escalier. Par deux fois, Otoyo le regarde, et se remet au travail. Les ouvrières en voudront à le jeune fille, mais Barberousse comprendra : c’est la manière d’Otoyo d’être gentille, bienveillante. Bien plus loin, tout le dispensaire s’attèlera à sauver le gosse, victime de son milieu social.
Attention, il ne s’agit pas pour Kurosawa d’avoir pitié de chacun des personnages souffrants de son film, mais d’avoir un regard compréhensif et attentif.
« Il n’est de plus bel instant que celui de la mort. Regarde bien. »
– Barberousse à Noboru –
Barberousse dira la réplique citée ci-dessus à Noboru qui doit rester avec un ancien peintre renommé et mourant. Seul avec le vieux patient, le jeune homme est de plus en plus terrifié. Mais il comprendra plus tard rapidement qu’il n’a pas vu un homme souffrir. Il n’a pas observé un homme affronter la mort. Bien au contraire, le vieux peintre l’a accueillie avec sérénité. La mort a apporté la paix à un individu qui a tant souffert dans la vie, au point de ne plus jamais adresser un mot à quiconque. Noboru va ainsi à nouveau modifier son regard sur le monde et ses éléments. Plus tard, il regardera avec admiration le docteur, lorsque ce dernier mettra à mal toute la bande de chaperons de la maison close. Après l’événement, Barberousse lui, regrette le torrent de violence déversé sur ces hommes, quand bien même ceux-ci sont des ordures. Coudes sorti de la chair explosée, jambes retournées, mâchoire bloquée… « J’y suis peut être allé un peu fort » remarquera le barbu docteur, qui peut après, expliquera à Noboru qu’il se sent honteux d’avoir prodigué autant de violence.
Barberousse dit à Noboru de bien regarder le vieux peintre mourir.
D’une durée de trois heures, Barberousse est une fresque bouleversante. Beau, merveilleux, violent, terrifiant, romantique, passionnant, brut, et poétique, le long métrage d’Akira Kurosawa (qui sera la dernière collaboration du réalisateur avec son acteur fétiche Toshiro Mifune) est une expérience cinématographique à vivre. Par ailleurs, les éditions Wild Side nous présentent ici le film dans une formidable copie (comme souvent, malgré un contraste un peu trop poussé, comme d’habitude), présentée dans un coffret soigné et accompagnée par d’intéressants et conséquents bonus (voir les « compléments » plus bas).
Film-matriciel (tels les nombreuses autres œuvres du maître), Barberousse est un long métrage-phare de et sur l’humain ; une œuvre sur le regard et notre appréhension du monde, devant lequel vous réapprendrez à ouvrir les yeux.
EXTRAIT – Barberousse
CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES DVD
Master restauré – Format image : 2.40, 16/9ème compatible 4/3 – Noir & Blanc – Format son : Japonais DTS Mono et Dolby Digital Mono – Sous-titres : Français – Durée : 3h00
CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES Blu-ray
Master restauré – Format image : 2.40 – Noir & Blanc – Résolution film : 1080 24p – Format son : Japonais DTS Master Audio Mono – Sous-titres : Français – Durée : 3h05
COMPLÉMENTS
– Portrait de Toshiro Mifune par Shiro Mifune (26’)
– Barberousse : entre ombre et lumière (23’)
+ un livret de 82 pages accompagnant l’édition, écrit par Linda Tahir
Prix public indicatif : 24,99 Euros le Blu-ray + DVD + livret
Tout le mois d’août, les rédacteurs de CineSeriesMag vous font découvrir les meilleurs films de l’été. Aujourd’hui, l’amour à travers le prisme de l’adolescence avec À nos amours.
Synopsis : Suzanne a quinze ans. En vacances sur la Côte d’Azur, elle repousse Luc, le jeune homme qui est amoureux d’elle, puis se donne à un Américain inconnu sur la plage. De retour à Paris, elle multiplie les aventures amoureuses. Ses parents se séparent. Son père quitte la maison. Elle doit faire face à l’hostilité de sa mère et de son frère.
Avec À nos amours, Maurice Pialat réalise peut être son meilleur film. Porté par sa muse, Sandrine Bonnaire, le réalisateur dresse un portrait universel de l’adolescence et des premiers rapports amoureux. A travers des moments et des gestes d’une grande sincérité, le metteur en scène questionne l’amour, l’émancipation, la liberté sexuelle et les conflits familiaux. Il propose une œuvre ouverte à l’interprétation et majeure dans le cinéma français.
[toggler title= »Le réalisateur »]
Maurice Pialat est né en Auvergne le 31 août 1925. Mais c’est en Île-de-France qu’il grandira. En effet, peu de temps après sa naissance, sa famille connait des problèmes d’argent et est obligée d’y déménager. Son père et sa mère travaillant tous deux, il passera énormément de temps durant son enfance chez sa grand-mère. Ce qui a pour conséquence de provoquer chez lui et ce dès son plus jeune âge, un sentiment d’abandon qui ne le quittera jamais par la suite, l’amenant à vivre avec une certaine mélancolie. Passionné par la peinture et souhaitant pouvoir en vivre, il suit tout naturellement les cours de l’Ecole Nationale des Arts Décoratifs qui lui permettront d’être exposé.
Pourtant, assez rapidement il abandonne cette première tentative d’être un artiste et continue sa vie en oscillant à travers divers petits boulots. Il sera par exemple, visiteur médical ou encore représentant de commerce pour des machines à écrire. Il profitera également de cette période pour s’expérimenter au travail d’acteur au théâtre.
Mais c’est réellement durant les années 1950 que l’artiste qui sommeille en lui se réveille à nouveau. En effet, il s’achète une caméra et réalise pendant cette décennie plusieurs courts-métrages amateurs qui l’amèneront en 1960, à l’âge de 35 ans, à signer son premier court-métrage professionnel, L’amour Existe. Un documentaire d’une vingtaine de minutes mêlant propos poétiques et politiques sur la banlieue parisienne des années soixante.
Par la suite, il réalisera d’autres courts-métrages mais il faudra attendre encore jusqu’en 1968 et donc l’âge de 43 ans pour qu’il réalise son premier long-métrage, L’enfance Nue produit en partie par Claude Berri et François Truffaut. Ce premier long-métrage, comme ceux qui suivront, est marqué par une grande partie autobiographique puisqu’on y suit l’enfance difficile d’un garçon qui s’attache à une grand-mère.
Dès ce premier long-métrage mais aussi avec les courts-métrages qui ont précédé, on pourrait affilier le réalisateur à la nouvelle vague. On y retrouve une représentation du réel ainsi qu’une volonté de tourner en extérieur. Mais Maurice Pialat refuse d’être associé au mouvement. Il le critiquera d’ailleurs ouvertement malgré le fait que certains des réalisateurs qui le composent soient ses amis.
C’est ici tout le paradoxe de Maurice Pialat qui peut aimer autant qu’il peut détester. Puisqu’il n’hésitera pas par exemple à dire que ses films sont nuls mais meilleurs que les autres films français. C’est un homme exigeant, avec lui-même mais également avec les autres, et qui peut souffrir autant d’un complexe d’infériorité que de supériorité. Et le regard qu’il portera sur la nouvelle vague représente bien cela puisqu’il s’agit d’un regard plein de rivalité vis-à-vis de ces réalisateurs qui ont réussi à faire leur premier long métrage alors qu’ils étaient plus jeunes que lui (François Truffaut avait moins de 30 ans lorsqu’il réalisa Les quatre cents coups) tout en étant également des critiques professionnels reconnus.
Mais c’est affiliée à la nouvelle vague et avec l’aide de celle-ci que la carrière cinématographique de Maurice Pialat débute.
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[toggler title= »Le projet »]
À nos amours est un long-métrage de 1983 mais le projet de faire le film commence près de dix ans plus tôt. En effet, Maurice Pialat demande à Arlette Langmann, la femme avec laquelle il partageait sa vie à l’époque d’écrire un scénario sur sa jeunesse. En découle un projet ambitieux intitulé Les Filles du Faubourg et qui décrit la vie d’un cercle d’amis adolescents durant les années 60. Mais la reconstitution de l’époque et l’épaisseur du scénario qui à un moment donné correspondait à une série de plus de six heures empêchent Maurice Pialat de trouver des fonds et l’obligent à abandonner le projet.
Il se consacre alors à un projet similaire, Les Meurtrières, tiré d’un fait divers de deux jeunes auto-stoppeuses qui ont assassiné un homme. Maurice Pialat se donne alors corps et âme à son projet et mène de nombreuses recherches sur les faits. Le tournage est même entamé en 1976 mais s’arrête rapidement à cause de nombreux problèmes, techniques et financiers.
Le cinéaste travaille alors sur une nouvelle idée de long-métrage intitulé Passe ton bac d’abord et qui reprend une partie du scénario très dense du projet abandonné Les filles du faubourg. Cette fois-ci, le projet aboutit et sera même un petit succès en salles lorsqu’il sortira en 1978. Ce qui lui permettra par la suite de réaliser Loulou (1980), un nouveau film inspiré de la vie d’Arlette Langmann et de sa relation passée avec un truand.
Mais durant tout ce temps, l’idée de faire Les meurtrières n’a pas quitté l’esprit de Maurice Pialat qui se relance à nouveau sur le projet allant jusqu’à publier des annonces dans des journaux pour trouver de jeunes acteurs et actrices.
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[toggler title= »Sandrine Bonnaire »]
Et c’est Lydie Bonnaire, l’une des sœurs de Sandrine Bonnaire qui tombe sur l’une de ces annonces dans le journal France Soir. Elle y découvre qu’une société de production recherche deux jeunes filles de quinze, seize ans pour les rôles principaux d’un long métrage de fiction. La jeune femme répond à l’annonce et est contactée quelques jours plus tard par la société de production. Mais c’est alors Sandrine Bonnaire qui décroche le téléphone et apprend la nouvelle : le profil de sa sœur intéresse la production du film.
Sauf que Lydie, sa sœur, n’est actuellement plus sur Vigny, la ville où vit la famille Bonnaire : elle a fugué dans le sud de la France pour retrouver son petit copain. Sandrine Bonnaire parle alors de tout cela à Corinne, une autre de ses sœurs qui lui fait part de son envie de se présenter au casting à la place de Lydie et qui l’a convaincue de l’accompagner.
Les deux jeunes filles se présentent alors au casting espérant avoir peut-être un rôle de figuration et par la même occasion un moyen de se faire un peu d’argent comme cela avait déjà pu être le cas par le passé. En effet, elles n’en sont pas à leur premier casting, Sandrine Bonnaire pouvant être aperçue avant cela comme figurante dans La boum et Les sous-doués en vacances.
Mais il en sera autrement. Puisque dès leur arrivée dans le couloir qui accueille file d’attente, Maurice Pialat remarque Sandrine Bonnaire. Et lorsqu’elle passera son audition, le réalisateur sera époustouflé par la spontanéité et le répondant de la jeune fille.
Et alors qu’à ce moment-là le tournage pour Les meurtrières avait déjà commencé, la prestation de Sandrine Bonnaire a un impact tel sur Maurice Pialat qu’il décida de lui donner le rôle principal du film et de remplacer l’actrice qui avait été déjà engagée. Cette dernière se verra attribuer un rôle secondaire, celui d’une amie de Suzanne et qui avouera par elle-même avoir été soulagée qu’on lui enlève des épaules le poids de tenir le rôle principal du film.
Une fois Sandrine Bonnaire engagée dans le rôle principal, le film n’en a pas pour autant fini d’évoluer. Maurice Pialat abandonne une nouvelle fois le projet Les meurtrières et adapte à nouveau une partie du scénario de son autre projet, Les filles du Faubourg, en le centrant désormais sur seulement un personnage. Ce sera celui de Suzanne qui prêtera par ailleurs son prénom au titre du long-métrage jusque dans les derniers moments avant sa sortie puisque des affiches promotionnelles comportant ce titre seront créées et distribuées avant que le film ne soit finalement rebaptisé À nos amours.
Tout ce processus de réécriture durera environ six mois. Maurice Pialat veut aller le plus rapidement possible pour ne pas perdre ce qu’il avait vu en Sandrine Bonnaire qui avec son âge peut très rapidement changer tout aussi bien physiquement que psychologiquement.
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[toggler title= »La distribution des rôles »]
En ce qui concerne le reste du casting, Maurice Pialat n’engage que très peu d’acteurs professionnels. L’une des seules étant Evelyne Ker incarnant la mère de Suzanne. Il privilégie des acteurs amateurs et va même jusqu’à donner des rôles à certains des membres de l’équipe technique du film. C’est par exemple le cas de Dominique Besnehard qui avant d’être le frère de Suzanne à l’écran était le directeur de casting du film. Maurice Pialat se donnera également un rôle, celui du père de Suzanne. Subjugué par la prestation de Sandrine Bonnaire durant les essais qu’il lui a fait passer, et par son talent d’improvisation, il souhaite absolument pouvoir lui donner la réplique.
Ce qui donnera à chacune des confrontations des deux personnages durant le film un double sens et une double saveur, celle de voir l’amour d’un père pour sa fille mais aussi celle de voir l’amour d’un cinéaste pour son actrice.
Maurice Pialat et Sandrine Bonnaire sur le tournage du film.
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[toggler title= »Le tournage »]
Arrive ensuite le tournage avec ses contraintes, ses difficultés et ses changements. L’un des premiers travail que fera Maurice Pialat sera de réécrire et de répéter les scènes avec les acteurs pour pouvoir leur permettre d’improviser. Car pour lui, l’improvisation vient après de nombreuses répétitions et une compréhension totale de la scène et du personnage et non pas avant. Ce qui fera de Suzanne, un personnage écrit par Arlette Langmann, revu par Maurice Pialat et corrigé par Sandrine Bonnaire.
Passé ce travail de répétition, l’un des premiers changements sera celui de l’époque. Le film devait originellement se dérouler dans les années soixante, comme le projet avorté, Les filles du faubourg. Mais lorsque Maurice Pialat voit Sandrine Bonnaire arriver sur le tournage, il est totalement saisi par sa tenue vestimentaire et décide de faire se dérouler le film dans les années quatre-vingt. Pourtant les années soixante restent présentes dans le film. C’est par exemple le cas des décors, notamment celui de l’appartement de la famille. Construit et aménagé longtemps avant le tournage, il n’a pas été modifié après cette décision. Cela peut être considéré comme bénéfique car il permet de représenter cette situation stagnante que peuvent éprouver les parents de Suzanne et aussi l’ennui du père.
D’un autre côté, l’une des premières difficultés sera de faire prendre conscience à Sandrine Bonnaire dont c’est le premier rôle principal à l’écran de sa position par rapport à la caméra et de réussir à la faire rester dans le cadre. En effet, comme Maurice Pialat demande à ses acteurs de se déplacer durant leurs dialogues, il arrive à la jeune femme de sortir malencontreusement du cadre ou de s’adresser à un autre personnage en tournant le dos ou la tête à la caméra.
Durant le tournage, Maurice Pialat sera un réalisateur qui affirmera à ses collaborateurs ce qu’il ne veut pas mais qui ne dira pas pour autant ce qu’il veut. Il annoncera par exemple à ses acteurs de ne pas s’asseoir durant une scène ce qui ne voudra pas dire pour eux de devoir rester debout. Il souhaite provoquer chez eux un processus créatif et être surpris par leurs propositions. C’est aussi par exemple le cas pour le montage où le réalisateur laisse le monteur monter une scène avant de la regarder et de lui dire si elle lui convient ou non.
Enfin, l’un des atouts du film sera son budget, Maurice Pialat, comme le montrent ses différents projets a beaucoup de mal à recueillir les fonds nécessaires pour produire ses films. Et avec le budget d’À nos amours, le cinéaste se situe dans un juste milieu qui est sans doute celui qui lui est le plus approprié car il lui permet de prendre son temps, de tourner les scènes à plusieurs reprises et d’avoir les conversations qu’il souhaite avec les acteurs pour permettre des réécritures et des tentatives d’improvisations tout en ayant un rendu visuel léché. Ce qui pourra être plus difficile par la suite pour le réalisateur, puisque ses productions bénéficieront de budgets plus conséquents et l’obligeront à tourner plus rapidement pour ne pas perdre d’argent.
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[toggler title= »Analyse »]
Sur la Côte d’Azur :
« Vous croyez pas qu’on puisse mourir par amour ? »
Camille dans On ne badine pas avec l’amour d’Alfred de Musset (1834)
Cette citation d’On ne badine pas avec l’amour d’Alfred de Musset est la première réplique du film. Prononcée par Suzanne dans un jeu approximatif, elle introduit parfaitement les thématiques et le personnage principal du film. Celui d’une jeune fille de quinze ans qui s’éveille à l’art et l’amour. Et c’est ici, avec cette phrase et cette répétition de la pièce que s’arrête peut-être l’enfance du personnage et que commence son périple à travers l’adolescence.
Cette scène d’introduction qui nous présente le personnage en vacances sur la Côte d’Azur fait ensuite place à un générique composé de plusieurs plans fixes montrant Suzanne de dos, à la proue d’un bateau. A travers cette séquence on peut voir une représentation de l’innocence de Suzanne (accentuée par sa robe blanche) se dirigeant vers son avenir dont elle ne se soucie pas encore totalement et qui lui apparaît comme radieux (le paysage ensoleillé face à elle).
Tout cela est également appuyé par la musique de ce générique, le morceau Cold Song de Klaus Nomi, qui est une reprise d’un morceau du semi-opéra King-Arthur d’Henri Purcell et qui peut être résumé ainsi : « Cupidon a réveillé l’esprit du froid pour mettre à l’épreuve l’amour. » Et qui correspond ici parfaitement au personnage de Suzanne.
Mais on notera également par le premier plan qui ouvre la scène suivante que le plan sur Suzanne de dos est aussi le point de vue des trois hommes qui l’accompagnent et qui l’observent, la dévorant des yeux depuis le poste de pilotage du bateau. Ce changement de point de vue renvoie également à un certain voyeurisme, celui tout d’abord de Maurice Pialat (voir ci-dessous) mais aussi celui du spectateur.
Lorsque Suzanne va se retourner à la fin du générique et apercevoir les regards qu’on lui adresse, elle va simplement répondre par un sourire. Tout ceci montrant que si le point de vue de Suzanne sur le monde n’a pas encore évolué et va être amené à évoluer durant tout le film, celui des personnes qui l’entourent, a lui au contraire évolué. Ne la voyant plus comme une jeune fille mais comme une jeune femme.
Enfin, cette scène permet également de montrer une nouvelle fois la manière de travailler de Maurice Pialat car celle-ci n’était pas à l’origine prévue dans le scénario. C’est un heureux hasard qui a permis au cinéaste de la tourner. En effet, c’est en direction du lieu de tournage de la scène suivante que le cinéaste aperçoit Sandrine Bonnaire dans cette position à l’avant du bateau et qu’il décide sans l’avertir de la filmer. D’où le lien une fois de plus avec le voyeurisme dont peut faire part Maurice Pialat.
Une façon de faire que l’on notera à plusieurs reprises durant le long-métrage. Puisque cela sera par exemple aussi le cas lorsque la musique de Klaus Nomi fera à nouveau son apparition et que Suzanne attendra sous un abribus que la pluie s’estompe. Ce plan à lui aussi était un instant volé à Sandrine Bonnaire sur le tournage qui attendait entre deux prises à l’abri de la pluie.
La suite de la scène continue quant à elle à introduire l’un des autres éléments essentiels du film, l’art. Puisqu’après avoir amarré le bateau et nagé quelques instants, Suzanne décide de continuer d’apprendre son texte en se prélassant au soleil avec son frère. On assiste alors à une simple tentative de mémorisation sans compréhension du texte jusqu’à ce que Michel, un ami, s’intéresse à ce que pratique Suzanne et fasse quant à lui part de remarques sur son interprétation de l’œuvre mais aussi de conseils sur son ressenti sur le jeu de la jeune femme. Amenant Suzanne dans une certaine forme de réflexion et de compréhension de ce qui peut se cacher derrière ce travail de mémorisation et de récitation.
Le début de la scène suivante amène à nouveau Suzanne à se confronter aux regards changeant des hommes sur elle. En marchant au bord d’une route en dehors d’une ville, elle attise la convoitise et la curiosité d’un routier qui pour se faire remarquer par la jeune femme klaxonne. Ce que Suzanne va ignorer, préférant rejoindre Luc, son petit ami.
Les deux adolescents s’enlisent dans une forêt et l’on découvre que Luc y vit dans une tente et qu’il est venu de Paris pour partager quelques instants avec Suzanne. Les deux adolescents profitent de ce moment ensemble en se couchant dans l’herbe et en s’embrassant. Mais alors que Luc entreprend d’aller plus loin, Suzanne refuse de se donner à lui. On retrouve ensuite les deux adolescents au bord de la route, le soleil se couche, ils se saluent et prennent chacun un chemin opposé.
La mise en scène de cette scène peut être mise en lien avec le cinéma de Jean Renoir puisqu’on y retrouve des références visuelles. Le réalisateur partagera d’ailleurs durant sa carrière son affection pour Jean Renoir, notamment pour son film La bête humaine (1938).
Partie de Campagne de Jean Renoir (1936) à gauche, À nos amours de Maurice Pialat (1983) à droite.
On peut également rapprocher le cinéaste avec d’autres réalisateurs dont il apprécie le travail, notamment Les Frères Lumière. Car Maurice Pialat, en cherchant à filmer des gestes, des moments, en engageant des acteurs non professionnels se rapproche de ce que faisaient les Frères Lumière en filmant diverses situations de la vie de leur époque sans que les gens ne s’en aperçoivent et alors qu’ils ne savent pas encore ce qu’est le cinéma.
On retrouve ensuite Suzanne le soir, dans un bar, entourée d’hommes n’ayant d’yeux que pour elle. Elle va commencer à en jouer et draguer un américain (le véritable petit ami de Sandrine Bonnaire à l’époque) avec qui elle va finir par avoir une relation sexuelle semblable à celle qui n’a pas eu lieu plus tôt dans la journée avec son petit ami. Puisqu’une fois le rapport terminé, on retrouve les deux individus allongés dans l’herbe. Après un long silence et plusieurs échanges de regards l’américain lancera « Thanks a lot. » ce à quoi Suzanne répondra par « Pas de quoi, c’est gratuit. »
Au levé du soleil, elle rejoint son dortoir, s’allonge dans son lit et pleure. Après avoir été attiré par le sexe, Suzanne éprouve ici une répulsion vis-à-vis de ce dernier. Une dualité qui la tiraillera durant tout le film puisqu’elle ne cessera pas d’être partagée entre la honte, l’envie, le regret ou le désir.
Retour à Paris :
Après ce premier acte centré sur Suzanne à la Côte d’Azur, le second acte se concentre quant à lui sur l’évolution des rapports entre les différents membres de la famille de Suzanne à Paris.
Ce second acte peut être déconstruit en deux parties, la première s’intéressant à la relation qu’entretient Suzanne avec sa famille et la deuxième, s’intéressant à la relation qu’entretient Suzanne avec ses amis.
La relation qu’entretient Suzanne avec sa famille peut être découpée en trois sous parties :
La première étant la scène de l’introduction du père. Alors que Suzanne dort, une amie rentre dans la chambre. Le spectateur découvre alors au détour d’un dialogue que les cours de la matinée sont terminés et donc que Suzanne les a séchés au profit d’une grasse matinée. L’amie de Suzanne la rejoint ensuite dans son lit pour s’allonger et c’est alors que le père entrouvre la porte. Tout en restant dans le cadre de celle-ci, il demande aux deux jeunes femmes ce qu’elles font, si elles n’ont pas cours et Suzanne lui réplique que non et qu’elles se reposent. Ce a quoi il répondra seulement par une plaisanterie avant de repartir en refermant la porte.
Avec cette scène, Maurice Pialat le réalisateur montre la relation qui unit le père à sa fille, celle d’une relation presque amicale entre les deux individus où le père est très tolérant et bienveillant avec sa fille tant que, comme le spectateur le découvrira plus tard, elle ne joue pas avec lui et ne le manipule pas.
La deuxième scène étant quant à elle l’annonce du père à sa fille de son envie de quitter le foyer familial. Après que Suzanne soit rentrée d’une soirée avec ses amis, elle entame une conversation avec son père qui est encore réveillé au cours de laquelle plusieurs éléments seront amenés.
Tout d’abord, le fait que la personne avec laquelle Suzanne a le plus d’affinités au sein de sa famille est son père puisque c’est le seul avec lequel elle a discuté jusqu’à présent. L’unique interaction qu’elle a eue à cet instant du film avec sa mère étant pour manipuler son père. On y découvre également que le père prête attention à sa fille et lui fait remarquer qu’elle a changé. (Son entrée dans l’adolescence qui a commencé depuis son passage sur la Côte d’Azur)
« Je t’imaginais avec Bernard, tu crois qu’on n’a pas d’imagination quand on est parents ? »
Le père
Dans la continuité de cela, la suite de la conversation amène des éléments que le père ne révélera qu’à sa fille. Il aborde son souhait de partir et plusieurs interprétations de ce départ sont amenées. Puisqu’on sous entend d’abord que le père pourrait avoir une relation avec une autre femme (« T’as une bonne femme, c’est pour ça ») et on sous entend ensuite qu’il pourrait être malade (« Qu’est-ce que tu as à l’œil ? … Il est tout jaune »). Les deux options ont été envisagées dans les diverses versions du scénario puisque dans l’une d’entre elle, le père devait bel et bien avoir des scènes avec une autre femme et dans une autre version, il devait disparaître et être mort. Il en reste d’ailleurs encore, dans les deux cas, des allusions dans le film.
Enfin, la troisième scène fonctionne en miroir avec la première qui introduit le père. Puisqu’après le départ de celui-ci, on retrouve à nouveau Suzanne endormie dans sa chambre. Mais cette fois-ci c’est sa mère qui vient la réveiller. Pénétrant dans la chambre de sa fille tout en parlant, et ouvrant le volet tout en faisant diverses remarques telles que le fait que Suzanne a laissé sa lampe de chevet allumée toute la nuit ou encore que la tenue qu’elle porte pour dormir n’est pas adéquate (elle dort nue).
On remarque qu’à partir du départ du père, la structure de la famille se remanie, la mère devenant une figure autoritaire et le frère prenant la place du père. Suzanne, au milieu de cela est oppressée entre plusieurs visions qui ne lui correspondent pas et est prisonnière entre deux âges.
Du côté de la relation qu’entretient Suzanne avec ses amis, après son retour à Paris, elle entame diverses relations sans lendemain avec des garçons. Que l’on peut interpréter comme une imitation du comportement du père, Suzanne découvrant les relations amoureuses à la manière d’un enfant, en imitant le comportement qu’elle voit le plus, celui de ses parents.
Après cela, la jeune femme décide de fuir l’appartement familial durant ce qui semble être plusieurs semaines. En effet, elle retrouve une dizaine d’amis qui vivent ensemble dans un appartement sans aucun adulte. Ici, il se livre à une vie de bohème qui est peut-être un reste de ce qu’à pu être la jeunesse d’Artlette Langmann durant les années soixante, période phare en ce qui concerne la recherche d’émancipation et de liberté.
A ce moment là, les différentes relations qu’a Suzanne avec des garçons peuvent aussi être rapprochées de l’essai De l’Amour de Stendhal (1822) dans lequel Stendhal définit quatre types de relations amoureuses :
L’amour goût : Un amour où « tout doit être couleur de rose » et qui pourrait être ici rapproché de ce que tente de faire Suzanne avec Luc.
L’amour physique : Un amour où « on commence par là à 16 ans » et qui pourrait être ici rapproché de la relation qu’entretient Suzanne avec l’Américain.
L’amour vanité-orgueil : Un amour où « la satisfaction consiste dans le désir de possession de l’objet aimé » et qui pourrait être ici rapproché de la relation qu’entretient Suzanne avec Jean-Pierre.
L’amour passion : Qui pourrait être rapproché de la relation qu’entretient Suzanne avec Michel.
Bien entendu, son retour chez sa mère et son frère après cela sera très compliqué et elle finira par elle-même à s’éloigner de cette atmosphère en s’inscrivant dans un pensionnat.
La vie de Suzanne semble alors se stabiliser. En rentrant uniquement le week-end, les disputes avec sa mère se font plus rares. Son absence l’amène aussi à s’éloigner de ses amies qui évoluent sans elle, sa meilleure amie sortant désormais avec le garçon qu’elle aime, l’obligeant à devoir l’oublier. Elle entame également une relation sérieuse avec un homme avec lequel elle se marie.
Mais tout cela n’est pas qu’en surface pour Suzanne qui tente tant bien que mal de se soumettre aux normes sociales. Espérant ainsi être un tantinet soit peu acceptée par sa mère.
Car Suzanne s’aperçoit qu’elle n’a pas changé et commence alors au cours d’un face à face avec elle-même dans un miroir à s’apercevoir que l’avenir qu’elle se fabrique n’est pas celui qu’elle souhaite.
« La tristesse durera toujours. »
Le père citant Van Gogh
L’une des dernières scènes du film marque le retour du père, au cours d’un dîner où sont conviés des amis. Scène qui ne devait originellement pas du tout se produire de cette façon, le père étant considéré comme mort au moment où elle est tournée. Maurice Pialat, derrière la caméra en train de filmer le dîner, décide, sans prévenir l’équipe mis à part Jacques Loiseleux, le directeur de la photographie, d’entrer dans la scène. Il contourne le décor et entre dans la scène, à la surprise de tous les acteurs qui improvisent alors. En résulte l’une des confrontations les plus mémorables entre le père et ce qui compose son ancienne vie.
Départ vers San Diego :
« Tu n’es pas aimante, tu n’arriveras jamais à aimer quelqu’un… Tu attends qu’on t’aime, tu crois aimer puis en fait tu attends seulement qu’on t’aime. »
Le père
Enfin, la dernière scène voit Suzanne attendre devant la maison de son père pour lui faire ses adieux. La jeune femme a décidé de quitter sa famille et Paris, de partir à San Diego avec Michel (l’homme avec lequel elle s’intéresse à l’art) pour pouvoir peut être essayer de commencer une nouvelle vie.
Le plan de fin répond totalement au plan du générique du film. Maurice Pialat nous montre désormais Suzanne de face. Elle regarde à nouveau de l’avant, vers un avenir dont elle a désormais prit conscience et qui lui semble incertain.
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[toggler title= »Succès »]
À nos amours sera un succès critique, obtenant le César du meilleur film et du meilleur espoir féminin pour Sandrine Bonnaire en 1984. Mais aussi public, rassemblant plus de 950 000 spectateurs français dans les salles obscures et permettant à Maurice Pialat d’accroître son aura. Il bénéficiera ainsi d’avantages de moyens pour son prochain long-métrage, Police, dans lequel il rassemblera son acteur fétiche, Gérard Depardieu et la star montante de l’époque, Sophie Marceau. On y retrouvera également à nouveau la révélation d’À nos amours, Sandrine Bonnaire dans un rôle secondaire. Le film sera le plus grand succès du réalisateur en salles avec 1,8 millions de spectateurs.
Par la suite il réalisera l’adaptation d’un livre, Sous le soleil de Satan qui lui permettra de remporter une palme d’or très controversée à Cannes en 1987. Puis retournera à ses premiers amours avec Van Gogh, un film sur la vie de l’artiste qui sera incarné à l’écran par Jacques Dutronc avant de terminer sa carrière avec Le Garçu en 1995.
Maurice Pialat portera tout le long de sa carrière et encore aujourd’hui une influence majeure sur le cinéma français voir étranger. Que ce soit par sa vision ou par ses méthodes, on retrouve régulièrement des réalisateurs qui lui font plus ou moins directement référence. Que ce soit Abdellatif Kechiche notamment avec L’esquive ou La vie d’Adèle, ou encore le Mumblecore, ce courant de réalisateurs américains réalisant des films à petits budget, mettant en avant l’improvisation et centré sur la vie quotidienne.
Réalisateur : Maurice Pialat
Scénario : Arlette Langmann et Maurice Pialat
Interprétation : Sandrine Bonnaire (Suzanne), Maurice Pialat (le Père), Evelyne Ker (la Mère), Dominique Besnehard (le Frère)
Musique : Klaus Nomi
Photographie : Jacques Loiseleux
Montage : Valérie Condroyer, Sophie Coussein, Yann Dedet
Producteurs : Micheline Pialat, Emmanuel Schlumberger, Daniel Toscan du Plantier
Durée : 102 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 16 novembre 1983
Une famille syrienne est une immersion intimiste au cœur de l’appartement d’une femme qui tente de protéger sa famille, tout en remettant en question la notion de courage. Plus métaphorique que réelle incursion dans les tenants et aboutissants du conflit syrien, le film de Philippe Van Leeuw est un huis clos étouffant et angoissant.
Une histoire banale
De la bande de Gaza, on avait reçu en 2015 Dégradé, huis clos dans un salon de coiffure où quelques femmes s’opposaient déplaçant alors le conflit de l’extérieur (la rue, le pays) vers l’intérieur. Avec Une famille Syrienne de Philippe Van Leeuw, réalisateur et scénariste belge, c’est autre chose qui se joue. Aucun indice, sinon le titre, ne peut situer le film en Syrie plutôt que dans un autre pays en guerre. Pourtant, Une famille Syrienne est une des premières fictions à nous parvenir sur la guerre en Syrie. Or, ce qui semble intéresser ici le réalisateur, c’est la vie de famille confrontée à la guerre, le quotidien tel qu’il se réinvente dans l’enfermement contraint. Tel Stephan Streker, lui aussi belge, avec Noces, Philippe Van Leeuw choisit la guerre comme toile de fond plus pour nouer et dénouer des conflits intérieurs, parler de courage, de culpabilité, de lâcheté, d’ambivalence que du conflit en Syrie. L’idée est ici de mener à son terme une tragédie théâtrale. Tous les ingrédients sont réunis, de l’unité de temps (24h) et de lieu (la maison de la famille « recomposée ») au dilemme/secret qui gangrène certains des personnages et les précipite vers une chute certaine. Ce secret c’est la mort du mari de la voisine (Hamila), recueillie avec son bébé après la destruction de son appartement, que l’aide ménagère de la maison voit depuis sa fenêtre, raconte à la maîtresse de maison, véritable chef autoritaire et froid, qui lui somme de ne rien dire. Plus tard, le grand-père (seul figure tutélaire, le père étant absent ), sera lui aussi intégré dans la boucle du secret. Autour de ces trois personnages, dont l’un seulement est clairement incarné, dessiné, gravitent d’autres personnages : les enfants des propriétaires de l’appartement ainsi qu’un petit ami casse-cou venu sans autorisation retrouver sa dulcinée. Tous sont mus par la peur et c’est à peu près l’unique sentiment dont ils seront flanqués jusqu’à la fin du film, ce qui est un peu dommage.
Deux femmes dans la tourmente
En réalité, Philippe Van Leeuw dresse le portrait de deux femmes, interprétées respectivement par Hiam Abbass (La source des femmes) et Diamand Bou Abboud (actrice libanaise). Les deux femmes s’affrontent presque, l’une détenant un secret, l’autre se sacrifiant dans une scène d’agression resserrée sur son regard et particulièrement éprouvante. Tout se joue donc dans l’humain et ses réactions, au plus près des choix individuels à la manière de Dunkerquedans lequel Christopher Nolan s’intéressait à des visages, des anonymes qui devaient prendre des décisions aussi rapides, radicales que parfois insensées pour sauver leur peau, survivre. Si une forme de solidarité a pu se nouer entre les deux femmes, la défiance reste omniprésente, même quand Hamila dit à son hôte qu’elle l’admire désormais après l’avoir un temps détestée. Lorsque la journée s’achève, banalement, tristement, horriblement ordinaire, tous les fils ne sont pas encore dénoués. Et c’est sur une larme de vieil homme, celui qui pense et a dit au cours du film que son pays n’était plus rien, que le film tire sa révérence. Le dispositif cinématographique est simple, la réalité présentée très brute, au milieu d’un scénario très écrit à la manière d’un film d‘Asgahr Farhadi qui avec Une séparation déjà mettait en scène, en les suivant caméra au poing, des humains confrontés à la foi, l’honneur, la peur. Ici, c’est l’angoisse qui fait agir et c’est aussi elle qui maintient le spectateur en éveil, mais impuissant.
Une famille syrienne : Bande-annonce
Une famille syrienne : Fiche technique
Réalisation : Philippe Van Leeuw
Scénario : Philippe Van Leeuw
Interprètes : Hiam Abbass, Diamand Bou Abboud, Juliette Navis
Photographie : Virginie Surdej
Montage : Gladys Joujou
Producteurs : Serge Zeitoun, Guillaume Malandrin
Distribution : KMBO
Durée : 85 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 6 septembre 2017
Avec son développement minimaliste et ses nombreuses libertés prises par rapport au manga, il va de soi que cette adaptation américaine de Death Note a de quoi s’attirer les foudres des fans. Mais au-delà de ça et de manière objective, le film d’Adam Wingard est loin d’être la catastrophe annoncée car il dispose de quelques atouts et même d’un certain charme. Dommage que le réalisateur n’ait pas eu les épaules nécessaires pour diriger un tel projet, le tout se montrant maladroit et sans envergure…
Synopsis : Light Turner, étudiant en droit ivre d’une envie de faire servir la justice, tombe un beau jour sur un mystérieux carnet, le Death Note, qui lui confère le pouvoir de tuer les gens rien qu’en inscrivant sur les pages leur nom, tout en connaissant également leur visage. Se lançant ainsi dans une vendetta afin de créer un monde meilleur, Light devient une entité populaire se faisant appeler Kira. Si certains le voient comme une divinité, d’autres le considèrent tel un meurtrier qu’il faut arrêter à tout prix. Parmi eux, un enquêteur de renommée internationale du nom de L, décide de lui faire face en tentant de découvrir qui il est…
L’adaptation haïssable qui avait pourtant tout pour être aimée
Depuis que les Américains nous ont pondu l’infâme Dragonball : Evolution, les adaptations de manga made in USA sont devenues en un éclair les bêtes noires du public. Et notamment des fans, qui conspuent à la moindre annonce de projet, pouvant reléguer ce dernier au rang de film mort-né. Dans le cas du navet signé James Wong, nous n’allons pas les blâmer pour ça ! Pourtant, si les aficionados pouvaient mettre un instant de côté leur esprit « j’adore donc on n’y touche pas ! » et laisser faire certains producteurs, ils seraient surpris du résultat. Étonnés de voir que, chez l’oncle Sam, ils savent prendre au sérieux ce genre de projets au point de livrer des longs-métrages potables (Ghost in the Shell), voire même fort appréciables (Edge of Tomorrow, bien qu’il s’agisse de l’adaptation d’un light novel). Dans le cas du Death Note d’Adam Wingard, il serait donc futile de le critiquer pour ses divergences avec l’œuvre originale, le film ayant des idées et atouts non négligeables en matière de divertissement. Le seul vrai problème étant que le réalisateur choisi pour un tel titre n’a pas eu les épaules assez larges pour mener à bien cette adaptation au bord du lynchage public…
Quelque part, la réaction des fans est compréhensible vu à quel point ce Death Note version 2017 prend énormément de libertés avec le manga de Tsugumi Ohba et Takeshi Obata. À commencer par les personnages, qui voient leur mentalité changer au plus haut point. Des exemples ? Le détective L délaisse son indifférence si légendaire pour adopter par moment des émotions envers son second Watari. Le dieu de la Mort Ryuk n’est plus une simple figure spectatrice un peu bêta mais une sorte d’entité démoniaque dont il faut se méfier, poussant même le héros à écrire son premier nom dans le Death Note. Misa Amane, au lieu d’être un mannequin folle amoureuse et très enfantine, est une étudiante psychopathe obnubilée par le cahier éponyme et son pouvoir. Et enfin Light, cet étudiant froid, calculateur, diablement intelligent, égocentrique et charismatique, est devenu une sorte de paria naïf, manipulable et beaucoup trop « pleurnichard ». Rien qu’avec ça, les fanatiques risquent de s’acharner sur les réseaux sociaux et d’y laisser le titre du film dans leur Death Note personnel. Et le reste du long-métrage ne va pas les épargner en omettant certains pans pourtant importants du manga (comme le pouvoir de l’œil d’un dieu de la Mort) et des personnages (Rem, la famille de Light qui n’est ici résumée qu’à son père, les lieutenants de ce dernier…). En privilégiant le divertissement plutôt que la tension entre le face-à-face Light/L (quasiment absent de cette adaptation) et l’aspect psychologique très poussé de l’œuvre originelle. En abusant des clins d’œil au manga (l’addiction de Ryuk pour les pommes) sans jamais en retrouver la symbolique (la pomme étant le fruit défendu selon la Bible). En survolant de nombreuses thématiques qui ont fait le sel et le succès de la bande-dessinée d’Ohba et Obata (la religion, le sens de la vie, le Bien et le Mal…). Alors oui, on veut bien comprendre que ce film soit détesté par une importante communauté d’aficionados. Mais il ne faut pas perdre de vue qu’il s’agit d’une adaptation. Ce qui implique de nombreux changements pour correspondre à un format (un manga d’une bonne dizaine de volumes contre un film de 1h40), à un public avec pour but de s’ouvrir à de nouveaux adorateurs restés jusqu’à sur le banc de touche. Bref, une œuvre qui s’inspire plutôt que de copier-coller le matériau de base (les japonais l’ayant déjà fait avec l’animé et trois longs-métrages). Et c’est ce que réussit ce Death Note, qui, pour le coup, ne mérite pas autant de haine.
On peut continuer à déblatérer sur les différences entre le manga et ce film, et sur certains choix critiqués mais pourtant judicieux. Comme certaines références bien pensées (le nom de Kira choisi par Light, pour faire croire aux enquêteurs qu’il est japonais) et l’américanisation des noms des personnages : auriez-vous vu des Blancs jouer Light Yagami et Misa Amane plutôt que Light Turner et Mia Sutton ? Et dans ce cas, pourquoi un Noir ne pourrait-il pas interpréter L ? D’ailleurs, pour ce dernier cas, le bashing qu’a subi l’acteur Keith Stanfield rien qu’avec sa couleur de peau relève de la connerie humaine… Mais oublions le manga et pensons à ceux qui ne le connaissent pas. Que verront-ils en découvrant le Death Note d’Adam Wingard ? Tout simplement un thriller partant sur un postulat accrocheur et proposant des thèmes fort intéressants (le droit de vie et de mort sur les gens, la justice, la dissimulation, l’image que l’on donne à la société…). Un divertissement pour le moins rythmé, qui parvient à livrer des séquences d’exécution aussi jouissives que Destination Finale (une petite touche d’humour noire bienvenue). Et surtout un film qui sait utiliser ses nombreux aspects techniques (la photographie de David Tattersall, les compositions des frères Ross…) pour confectionner une atmosphère à la fois envoûtante, captivante et inquiétante. Sans oublier le fait que l’équipe du film a su s’approprier le « petit » budget alloué par la production pour mettre en scène son histoire de manière inventive. Un constat qui se vérifie par les apparitions de Ryuk : un personnage en images de synthèse souvent en retrait (peu présent dans l’intrigue, souvent dans l’ombre ou en arrière plan…) pour masquer les limitations techniques. Ce qui n’empêche pas de rendre sa présence inquiétante pour autant.
Mais le plus étonnant dans ce Death Note, c’est le soin tout particulier apporté aux personnages. Si, encore une fois, beaucoup pesteront contre les modifications apportées les concernant, ils restent en tout point cohérents avec ce que veut raconter le long-métrage. L a des émotions envers Watari à la limite de l’amour entre un fils et son père ? Light ne fait qu’hésiter et avoir peur ? Cela leur procure un aspect diablement humain, voire même attachant (voir L mettre ses convictions de côté juste par vengeance personnelle touche). Light entame sa croisade parce que sa mère a été assassinée par un criminel en liberté ? Cela rend son ambition meurtrière bien plus justifiée et crédible. Misa… pardon, Mia en psychopathe ? Cela donne un enjeu à l’intrigue et surtout une autre image que celle de la potiche de service. Et enfin Ryuk en figure inquiétante et manipulatrice ? Cela confère au personnage une aura encore plus diabolique et imprévisible, apportant ce qu’il faut de menace à l’intrigue pour captiver l’attention (mention spéciale à la performance vocale de Willem Dafoe). Bref, si l’on doit aimer ce Death Note, c’est avant toute chose pour ses protagonistes écrits et interprétés comme il se doit, la plupart se montrant même bien plus intéressants que leur modèle respectif. Et même s’il modifie le manga, il ne le dénature pas pour autant, au point de donner envie aux profanes de plonger dans cet univers si particulier. Une bonne adaptation donc ! Mais un bon film, ça c’est une autre histoire…
Malgré ses nombreux atouts, aussi bien scénaristiques et techniques, Death Note déçoit une fois le visionnage arrivé à son terme. La faute revenant principalement à son réalisateur Adam Wingard qui, après un passage dans le cinéma horrifique (You’re Next, Blair Witch), n’a pas su sur quel pied danser pour diriger un tel film. Il n’a pas réussi à imposer une certaine cohésion à l’ensemble, comme si le cinéaste ignorait tout du ton à aborder pour mettre en scène le projet. Le tout switche maladroitement entre le film pour adolescents (étudiants, scène de bal, playlist en guise de BO…), le thriller angoissant (le côté enquête tendue de l’intrigue, la présence de Ryuk), le produit horrifique décervelé (les mises à mort engendrées par Light/Kira) et le blockbuster spectaculaire (le final, à grand renfort d’effets spéciaux), conférant à l’ensemble une allure des plus bancales. Un constat qui se voit renforcé par un montage un peu anarchique qui enchaîne les séquences bien trop rapidement au point d’empêcher le film d’exploiter convenablement son univers et ses personnages. Au lieu de cela, Death Note donne souvent l’impression de passer du coq à l’âne, de sortir de nulle part des retournements de situation juste pour faire avancer son histoire. D’oublier en cours de route ses excellentes idées, de les développer. Pour se clôturer de manière brutale sur une fin ouverte, sans n’avoir jamais pris le temps de se construire pleinement. À cause de cette narration expéditive, Adam Wingard loupe littéralement le coche et fait de ce long-métrage un gloubi-boulga de bonnes intentions juxtaposées sans aucune envergure. Et vu les atouts cités dans les paragraphes précédents, il est vraiment navrant d’en arriver à un tel constat, à un tel gâchis…
Ce Death Note version 2017 a clairement ce qu’il faut pour être aimé du public : des personnages, un univers, des atouts techniques, des idées scénaristiques bienvenues… Et on veut l’aimer, le défendre, cela ne fait aucun doute ! Même s’il faut se mettre les fans à dos, ce long-métrage a du charme et on espère que la suite (déjà prévue si cet opus fonctionne) pourra se faire tout en corrigeant les erreurs fatales de ce coup d’essai. Comme, en premier lieu, changer de réalisateur et en prendre un autre, sachant mener à bien ce genre de projet (rappelons qu’au début de la production, Gus Van Sant et Shane Black avait été appelés pour le réaliser). Si tel n’est pas le cas, nous nous retrouverons donc avec une exclusivité Netflix maladroite, qui gâche son potentiel par ses hésitations et son manque de développement. Une bonne adaptation, mais malheureusement un mauvais film…
Death Note : Bande-annonce
https://www.youtube.com/watch?v=qWzT-cgAw6w
Death Note : Fiche technique
Titre original : Death Note
Réalisation : Adam Wingard
Scénario : Charley Parlapanides, Vlas Parlapanides, Jeremy Slater Anthony Bagarozzi, Chuck Mondry et Kyle Killen, d’après le manga de Takeshi Obata et Tsugumi Ôba
Interprétation : Nat Wolff (Light Turner), Keith Stanfield (L), Margaret Qualley (Mia Sutton), Shea Whigham (James Turner), Willem Dafoe/Jason Liles (Ryuk), …
Photographie : David Tattersall
Décors : Tom S. Hammock
Costumes : Emma Potter
Montage : Louis Cioffi
Musique : Atticus Ross et Leopold Ross
Producteurs : Jason Hoffs, Roy Lee, Dan Lin et Masi Oka
Productions : Lin Pictures et Vertigo Entertainment
Distribution : Netflix
Budget : 50 M$
Durée : 101 minutes
Genres : Thriller, fantastique, horreur
Date de sortie : 25 août 2017 (sur Netflix)
Le réalisateur italien Paolo Sorrentino (Youth, La Grande Bellezza) a débuté le tournage de Loro. Ce nouveau long-métrage va faire couler beaucoup d’encre. Le comédien Toni Servillo va en effet incarner à l’écran l’homme politique sulfureux Silvio Berlusconi.
Selon des informations du Figaro, Paolo Sorrentino travaillerait actuellement sur Loro, un biopic consacré à l’ancien premier ministre Silvio Berlusconi. Le tournage de ce nouveau film aurait bel et bien débuté en Italie. Des prises de vue ont notamment été effectuées dans le centre de Rome cette semaine. Ce film avait été en réalité quelque peu délaissé par Paolo Sorrentino en novembre dernier lors de son implication pour l’écriture de la deuxième saison de The Young Pope. C’est en avril 2017 que le réalisateur de L’ami de la famille a confirmé qu’il travaillerait bien finalement sur son projet de biopic de Silvio Berlusconi avec un tournage dans le courant de l’été 2017. Une première scène du film a donc été tournée dans les environs du Colisée dans la nuit de mardi à mercredi sous l’œil médusé des touristes. Des photographies du tournage ont été diffusées dans la presse italienne ce jeudi.
Le réalisateur de Youth retrouve donc sur le tournage de Loro le comédien Toni Servillo avec lequel il avait déjà travaillé pour les besoins de Il Divo ou bien encore La Grande Bellezza, Oscar du meilleur film en langue étrangère en 2014. Le rôle de Ganpi Tarantini, l’homme accusé d’avoir fourni des prostituées au domicile de Berlusconi, a été confié à l’acteur Riccardo Scamarcio (Dalida, John Wick 2, A Vif). Le reste du casting est complété par Elena Sofia Ricci (Le premier qui l’a dit) et Dario Cantarelli (La chambre du fils, Habemus Papam, La messe est finie). Le scénario a été coécrit par Umberto Contarello (This Must be the place, La Grande Bellezza) et Paolo Sorrentino selon des informations d’Imdb. La sortie de Loro est prévue pour 2018.
Paolo Sorrentino devrait mettre en scène les travers de l’homme politique italien et sa passion immodérée pour la gent féminine. Selon des précisions du Figaro, le personnage de Silvio Berlusconi dans Loro aura « dans son sillage une ribambelle de jeunes femmes en robes courtes et talons hauts ». Le titre du film, Loro (eux), constitue un jeu de mots et une double allusion tout d’abord à la cour accrochée aux basques de l’ancien premier ministre italien, et également une référence à l’or pour évoquer les dépenses pharaoniques et le train de vie luxueux de l’homme politique.
A la manière d’Abel Ferrara avec Welcome to New York (une évocation de l’affaire DSK), Paolo Sorrentino s’attaque donc à une page sombre de la facette de l’ancien chef du gouvernement italien. Loro ne devrait pas être une satire politique pure. Le film devrait dénoncer l’entourage néfaste et le cadre de vie qui ont fait tourner la tête et perdre toute considération à l’homme politique italien. Loro s’annonce d’autant plus passionnant et fascinant que le réalisateur Paolo Sorrentino a été reçu par Silvio Berlusconi en personne pour les besoins de la préparation du long-métrage. Cette information assez exceptionnelle et insolite a été dévoilée en juillet par la rédaction d’Il Messagero. Silvio Berlusconi était ravi de parler et de rencontrer l’un de ses cinéastes préférés. L’ancien chef du gouvernement italien aurait même mis à la disposition pour le tournage sa maison de Sardaigne et le mausolée de sa famille dans sa maison près de Milan. C’est dans cette demeure qu’auraient été organisées les soirées festives controversées, les « bunga bunga ».
Reste à savoir si cette proximité lors des préparatifs du tournage ne va pas générer de la complaisance ou nuire à la liberté de ton et au regard que va porter Paolo Sorrentino sur le personnage de Silvio Berlusconi dans son film. Après The Young Pope (un pape en quête de ses origines) et Il Divo (le président du conseil Giulio Andreotti), le cinéaste napolitain s’attaque donc une nouvelle fois, avec Loro, à l’ivresse du pouvoir ainsi qu’aux failles et à la part d’humanité des dirigeants.
Paolo Sorrentino s’était confié au Figaro il y a quelques mois sur ce nouveau projet en marge du festival de Cannes. Le réalisateur semblait très motivé pour ce long-métrage sulfureux.
Parce que je suis italien et je veux faire un film sur les Italiens. Berlusconi est l’archétype de « l’italianité » et à travers lui je peux raconter les Italiens.
Nanni Moretti s’était déjà attaqué en 2006 au mythe de Silvio Berlusconi avec Le Caïman, un film engagé avec un fort sous-texte socio-politique.
Mort à Sarajevo, Ciel Rouge, Nés en Chine….. Que faut-il voir ce mercredi 23 août 2017 au cinéma ? La rédaction vous conseille Les Proies, 120 battements par minute, Hitman & Bodyguard et Upstream Color.
On vous invite à découvrir le dernier film de la réalisatrice Sofia Coppola. Au cœur d’une polémique raciale à l’encontre des personnages « blanchies » du film, Les Proiesest néanmoins considéré comme l’un des événements cinématographiques du mois. Tout d’abord parce qu’il sonne comme le retour aux sources de la fille de Francis Ford Coppola, fragilisée par un vain et dispensable The Bling Ring. Ensuite parce que le film a été salué par le jury au dernier Festival de Cannes en remportant le Prix de la Mise en Scène. Plus que tout, Les Proies est un thriller historique et psychologique de grande classe dont l’efficacité repose sur une précision visuelle remarquable et une ironie qu’on ne connaissait pas chez la cinéaste. Ce portrait de femmes vénéneuses est une réponse cinglante et bienvenue à l’adaptation qu’en a faite Don Siegel. S’il lui manque une vraie ambiguïté narrative, Les Proies s’impose comme un huis-clos à l’esthétique soignée qui plaira assurément aux inconditionnels de Sofia Coppola.
120 battements par minutes est l’autre film issu du Festival de Cannes à voir cette semaine. Le Grand Prix du Jury à Cannes 2017 sort enfin sur nos écrans et répond à toutes les promesses qu’il avait fait naître en mai dernier. Alliant intime et universel, le film parvient à être une fresque aussi romanesque qu’historique, mais surtout, un récit au cœur des actions, contractions et petites victoires d’Act UP Paris. Qu’importe les morts, la vie est là, comme un élan permanent, tenace. Après le très maîtrisé Eastern Boys et Les Revenants, Robin Campillos’impose comme un cinéaste éclectique et passionnant, qui sait autant faire pleurer, rire que réfléchir.
Si vous désirez voir un film plus léger, on a ce qu’il vous faut. Burné, trash, fun, Hitman & Bodyguard a débarqué au cinéma ce mercredi pour notre plus grand plaisir. Le buddy-movie réalisé par Patrick Hughes respecte le genre, et évite certains pièges de la comédie américaine. Le long métrage met en scène un duo de choc formé par les délirants Samuel L. Jackson & Ryan Reynolds. Punchlines aux petits oignons, situations tordues et tango d’action, Hitman & Bodyguard est la comédie d’action de l’été, et qui sait, peut-être de l’année ?
Petite pépite du festival de Berlin en 2013, ce n’est que cette année qu’Upstream Color, film de Shane Carruth, sort dans les salles françaises. Ne se limitant pas à la simple romance entre deux êtres en perdition, Upstream Color est une ode au libre arbitre et à la quête d’identité qui s’avère difficile à décrire. Œuvre sensorielle totale, qui mélange l’humain à son environnement naturel, Upstream Color est une symphonie visuelle de toute beauté et un exercice de style théorique qui ne perd jamais de vue puissance dramatique. Un bien bel objet cinématographique.
Upstream Color fait partie de ces films tarabiscotés qui laissent un arrière-goût à la fois d’incompréhension mais surtout, de fascination. Derrière ses intentions théoriques sur le libre arbitre et son montage visuel protéiforme, l’œuvre de Shane Carruth décèle une vraie force émotionnelle et une urgence de tous les instants, qui fait d’Upstream Color une histoire d’amour aussi intime qu’universelle.
Il est souvent délicat de se pencher sur une œuvre aussi labyrinthique qu’Upstream Color car la vérité et la distinction du vrai et du faux ne se trouvent pas forcément là où l’on croit. Sous couvert d’une expérience qui s’est mal passée, après la prise d’une substance parasitaire et animale, une jeune femme va devoir réapprendre à vivre et à retrouver des bribes de souvenirs dont elle a été dépossédée, avec l’aide de Jeff, qui lui-même semble avoir vécu la même mésaventure. Entre dépendance psychique et union mémorielle, amour et contusion, cette relation dépassera le cadre de la simple histoire d’amour.
De ce postulat un peu transversal, qui joue sur le film romantique et sur le film de contamination, Upstream Color avance à pas feutrés et dissimule dans son antre une vraie pulsation. Loin des carcans habituels des films de genre, Shane Carruth construit un film en puzzle, qui tend vers le poème à la Terrence Malick, et qui s’accroche à ses plans superposés les uns aux autres grâce à un montage à la fois musical (omniprésente) et visuel qui ne laisse pas la place à l’introspection, mais plutôt à l’imagination. La mise en scène de Shane Carruth, très aérienne et naturaliste, amplifie cette sensation de bulle d’air sensorielle. Les images se succèdent, rapidement, le récit lui semble parfois en retrait, sans jamais être dilué, les dialogues parfois se font rares et pourtant, Upstream Color contient cette puissance qui happe par cette capacité qu’à le réalisateur à filmer la chair triturée et l’esprit malmené.
L’exercice de style ne tourne jamais à vide dans Upstream Color, car au contraire, les idées visuelles s’avèrent ludiques. Cette superposition des plans, cette répétition des sons ou des scènes fruit d’une mémoire parcellaire, cette symétrie des actes qui tissent des liens entre eux, ajoutent au film une originalité qui n’est jamais méprisante. C’est sans doute cela la véritable force d’Upstream Color : celle d’incorporer ses velléités intellectuelles et métaphoriques sur la perception et sur l’identité avec de simples ressorts cinématographiques émotionnels. Car même si l’on se rend vite compte que le couple est dépassé par quelques choses de plus grand que lui, notamment à propos de cette phase du cycle biologique de la vie, entre la symbiose entre l’Homme et l’animal, l’architecture de la romance entre les deux personnes semble particulièrement limpide, dotée d’une vraie importance dramatique face aux chaines qui enferment les deux personnages.
Les jeux de regards, les discussions, les mensonges, marcher dans des ruelles, s’engueuler sur des souvenirs, s’embrasser, Upstream Color nous embarque dans une histoire d’amour qui émeut par son urgence et sa singularité. Même si le versant de science-fiction du film n’est jamais laissé de côté, avec cette connexion à cette fameuse substance psychotrope, Shane Carruth démontre aussi l’ambition d’élargir son champ d’action, dans le rapprochement qu’il fait de l’Homme à son environnement et cette contingence à vouloir faire cohabiter tout un écosystème.
Fait d’une amourette à la psychologie décalée de Punch Drunk Love (sans l’aspect comique de la chose) et d’une romance science fictionnelle qui marche sur plusieurs strates temporelles comme le film de Kristina Buozyte, Vanishing Waves, Upstream Color est aussi énigmatique que perceptible. Sans jamais aligner les poncifs, Shane Carruth façonne une exploration des sensations humaines assez passionnante. Parfois au bord du surréalisme, tel un test de Rorscharch, Upstream Color est un magma de bruits, de sons, d’images, de subconscient, qui se télescopent et qui s’agitent comme des satellites autour de leur système pour mieux imprégner l’imagination du spectateur.
Synopsis : Dans le terreau de certaines plantes se trouve une larve aux étranges vertus. Introduite dans l’organisme humain, elle permet de manipuler l’hôte inconscient de ce qui lui arrive. Victime de cette expérience, Kris se retrouve dépossédée de ses biens, et finalement de sa vie. Elle rencontre Jeff qui semble avoir vécu la même intoxication. Ensemble, il essaient de se réapproprier leurs souvenirs et de comprendre ce qui leur est arrivé.
Bande-annonce : Upstream Color
Fiche Technique : Upstream Color
Réalisateur : Shane Carruth
Scénario : Shane Carruth
Casting : Amy Seimetz, Shane Carruth, Andrew Sensenig, Thiago Martins, Mollie Milligan, Kerry McCormick, Charles Reynolds, Jeff Fenter…
Chef monteur : Shane Carruth
Directrice du casting : Kina Bale
Ingénieur du son : Johnny Marshall
Genre : Drame, Science fiction
Distributeur : Ed Distribution
Date de sortie : 23 août 2017
Durée : 1h 36min