Le Prix du Succès de Teddy Lussi-Modeste, entre ascension et trahison

Si Le prix du succès ne laisse aucun doute sur le thème abordé grâce à son titre, Teddy Lussi-Modeste semble questionner plus profondément les spectateurs et la psychologie des personnages en faisant des non-dits, le deuxième thème de ce film.

Synopsis : Brahim est un humoriste en pleine ascension. Sa réussite, il la doit à lui-même et à l’amour qu’il porte à Linda. Bon fils, il soutient les siens depuis toujours. Mais pour durer, Brahim doit sacrifier son grand frère, manager incontrôlable. Si l’échec peut coûter cher, Brahim va payer un tribut encore plus lourd au succès.

Inspiré par son histoire personnelle, le réalisateur issu de la Fémis questionne les dessous du succès à travers une comédie dramatique portée par un trio d’acteurs talentueux. Tahar Rahim sort de ses rôles habituels pour rentrer dans la peau d’un stand-upper. Souvent dans des compositions plus sérieuses ou plus graves, l’acteur français continue de se positionner comme un comédien majeur du cinéma actuel en mêlant plusieurs registres autour d’un même personnage. Alternant scènes comiques lors de spectacles, scènes sérieuses entouré de sa famille, ou moments plus graves lorsque les conflits éclatent avec son frère, son personnage reste convaincant quel que soit le ton. C’est également accompagné de deux acteurs français de choix que Tahar Rahim rend le film crédible. Maïwenn joue le rôle de Linda, sa femme, pour son retour en tant qu’actrice et Roschdy Zem devient Mourad, son frère et manager. Ce dernier, qui avait porté l’uniforme de pompier dans Les hommes du feu récemment, impose toujours autant sa présence par sa voix grave et sa carrure qui collent à la peau de son personnage. Le grand frère bouillonnant au passé mouvementé ayant aidé son frère à monter au plus haut se sent trahi d’être laissé de côté lorsque des choix s’imposent à Brahim. À eux trois, ils trouvent le rythme parfait pour ce film dont l’histoire se tisse toute seule. Avec ce scénario très bien ficelé, les actions s’enchaînent de manière logique et cohérente mais pour ceux qui vibrent grâce aux émotions dans les salles obscures, Le Prix du Succès ne touchera sans doute pas vraiment leur coeur de cinéphile.  le-prix-du-succès-tahar-rahim-maiwenn-roschdy-zem

C’est par cette relation fraternelle que le réalisateur va questionner les liens familiaux autour du succès. Sans vraiment prendre partie dans le conflit, sans dire qui a tort ou raison, Teddy Lussi-Modeste laisse au spectateur la liberté de se faire son avis. Qui doit pardonner à l’autre ? Doit-on vraiment abandonner ceux qu’on aime pour réussir ? Si tant est qu’ici ce soit réellement un abandon, en tout cas c’est comme cela que le perçoit Mourad. Doit-on vraiment en vouloir à ceux qu’on aime de réussir ? Peut être que Mourad n’est pas franchement jaloux de son succès ? Le conflit semble un peu plus profond et complexe que ce qu’il laisse paraître. Comme toutes relations humaines, rien n’est simple et quand il s’agit en plus de relation fraternelle, de nombreux facteurs rentrent en compte.

« On dit ex-femme mais on dit pas ex-frère. »

Cette dispute et ces non dits-ont de quoi frustrer le public qui s’attend à des explications franches et des mises au point qui ne viennent jamais. Il ne s’agit alors pas simplement de trahison ou de pardon, mais plutôt de non-dits qui créent un fossé entre deux frères autrefois très soudés. Tout comme il nous est tous arrivé dans la vie de laisser partir quelqu’un sans un mot, par fierté ou par peur de trop en dire. De cette manière, le réalisateur s’adresse directement à l’histoire du spectateur et livre un message différent que celui apparent, pouvant laisser penser que le succès sépare ceux qui s’aiment. Autrement dit, le film montre à de nombreuses reprises que les relations humaines sont vaines sans dialogue ni honnêteté. Si la colère de Mourad venait plutôt de la lâcheté de son frère qui n’a rien osé lui dire, plutôt que de l’acte en lui même ? De manière volontaire ou inconsciente, Teddy Lussi-Modeste fait passer cette idée selon laquelle la clé des relations humaines reste toujours la communication. Pourtant, si l’on en croit ce qu’il dit de son intention, elle serait clairement de montrer les réactions des proches quant au succès, mais la psychologie des personnages et les sentiments qui l’accompagnent semblent aller plus loin que cela. Maladresse ou réelle intention ? Impossible de le savoir. Alors la seule chose qu’il reste à dire au spectateur c’est « Dommage ». Non pas par déception d’un mauvais film, au contraire Le prix du succès est techniquement bon, mais par frustration de voir cette relation se dégrader de la sorte, sans réelle explication. Frustration également de ne pas savoir quelles sont les vraies rancoeurs. Mais c’est aussi cela le charme du film et le charme du cinéma en général : ne pas savoir, imaginer, rester sur sa faim pour ainsi pouvoir continuer d’écrire le scénario… Le prix du succès pousse à la réflexion donc et laisse toutes ces pensées et questionnements en suspens.

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Le Prix du Succès : Bande Annonce

Le Prix du Succès : Fiche technique

Réalisation : Teddy Lussi-Modeste
Scénario : Teddy Lussi-Modeste, Rebecca Zlotowksi
Interprétation : Tahar Rahim, Roschy Zem, Maïwenn
Musique : Rob
Producteurs : Jean Christophe Reymond
Société de production : Kazak Productions
Distributeur : Ad Vitam
Durée : comédie dramatique
Genre : 92 minutes
Date de sortie : 30 août 2017

France – 2017

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Gwennaëlle Masle
Gwennaëlle Maslehttps://www.lemagducine.fr/
Le septième art est un rêve et une passion depuis quelques années déjà. Amoureuse des mots et du cinéma, lier les deux fait partie de mes petits plaisirs. Je rêve souvent d'être derrière la caméra pour raconter des histoires et toucher les gens mais en attendant, je l'écris et je me plais à le faire. Je suis particulièrement sensible au cinéma français ou au cinéma contemplatif dans sa généralité, ce qui compte c'est de ressentir. Les émotions guident mes passions et le cinéma ne déroge pas à la règle, bien au contraire.

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