Les hommes du feu, un film de Pierre Jolivet : Critique

Avec Les hommes du feu, Pierre Jolivet entraîne le public entre action et émotion dans une caserne de pompiers du sud de la France. Sa sixième collaboration avec Roschdy Zem ne passe pas inaperçue puisqu’elle a toujours quelque chose à dire, un métier à décrire, une société à raconter. 

Synopsis : Philippe, 45 ans, dirige une caserne dans le Sud de la France. L’été est chaud. Les feux partent de partout, criminels ou pas. Arrive Bénédicte, adjudant-chef, même grade que Xavier, un quadra aguerri : tension sur le terrain, tensions aussi au sein de la brigade… Plongée dans la vie de ces grands héros : courageux face au feu, mais aussi en 1ère ligne de notre quotidien.

Adepte des films sociaux, Pierre Jolivet pose sa caméra au sein d’une brigade de pompiers cette fois. En montrant tous les clichés dont disposent ces casernes : misogynie, machisme, un peu d’homophobie et le culte de l’uniforme. Le réalisateur fait entrer une femme dans ce monde d’hommes et replace l’humanité là où elle est à travers des liens qui unissent les personnages, bien au-delà de ces préjugés. Si ceux sur les pompiers sont détournés habilement, ceux sur la banlieue qui caillasse, eux, ne disparaissent pas. La simplicité du scénario est efficace, l’histoire n’a rien de transcendant mais le film réussit à entraîner le spectateur dans le stress des interventions et l’esprit d’équipe qui surgit dans l’urgence de la vie. Les personnages deviennent alors très vite attachants et le public se sent rapidement impliqué avec eux dans leur envie d’être utile. Sauver les autres et se soutenir au sein de la caserne est l’une des plus belles choses que Jolivet montre dans son film : l’importante solidarité qui doit émaner de cette équipe, pourtant mise à mal lors d’une enquête interne.

De retour après Chez nous qui avait mitigé les avis, Emilie Dequenne est superbe et déterminée dans son rôle d’adjudant-chef bien décidée à se faire une place dans ce métier d’hommes. Touchante et admirable de force, elle redonnera envie à toutes les petites filles de ranimer leurs rêves et de devenir des héroïnes quotidiennes. Solide mais pas infaillible, ses fragilités et ses faiblesses ne font que la rendre plus humaine et frappante. Roschdy Zem, qui connaît bien le réalisateur, est aussi bon que sa collègue. À la fois compréhensif, doux et directif, son grade de capitaine lui colle à la peau. Les deux personnages principaux sont tous deux entourés d’une équipe masculine toute aussi juste.

Si les soldats du feu tentent de trouver un équilibre entre vie privée et vie professionnelle, le réalisateur cherche, lui, à jongler entre documentaire et fiction, en frustrant parfois le public dans cette dernière catégorie qui ne s’attarde pas assez et ne creuse pas suffisamment l’histoire des personnages. À la manière d’une série, le film fait se succéder des chroniques qui donnent autant envie de le suivre que d’en apprendre davantage sur les protagonistes et sans doute pas que cela s’arrête et se réduise à 90 minutes de fiction. Réalisme et narration s’accordent pour faire de Les hommes du feu, un long métrage intimement psychologique. Le réalisateur parvient à entremêler les histoires brèves et privées des personnages avec celles qu’ils vivent dans la caserne, ainsi que les interventions avec des moments de lâcher-prise où les émotions priment. C’est là toute la réussite de Pierre Jolivet avec ce film qui, sans la moindre transition, donne du rythme à son récit et captive l’audience. Ajoutées au courage des hommes et des femmes, à l’humanité de l’ensemble, les images des incendies sont très belles et très réussies. La dernière scène achève d’ailleurs le tout de la meilleure des manières en rendant hommage à cette beauté dangereuse que représentent les feux : « C’est beau… de loin. »

Les hommes du feu : Bande-Annonce

Les hommes du feu : Fiche Technique

Réalisation : Pierre Jolivet
Scénario : Pierre Jolivet
Interprètes : Roschdy Zem, Emilie Dequenne, Michaël Abiteboul, Guillaume Labbé
Producteurs : Xavier Rigault, Marc-Antoine Robert
Société de production : 2.4.7 Films
Distributeur : Studio Canal
Durée : 90 minutes
Genre : drame
Date de sortie : 5 juillet 2017

France – 2017

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Gwennaëlle Maslehttps://www.lemagducine.fr/
Le septième art est un rêve et une passion depuis quelques années déjà. Amoureuse des mots et du cinéma, lier les deux fait partie de mes petits plaisirs. Je rêve souvent d'être derrière la caméra pour raconter des histoires et toucher les gens mais en attendant, je l'écris et je me plais à le faire. Je suis particulièrement sensible au cinéma français ou au cinéma contemplatif dans sa généralité, ce qui compte c'est de ressentir. Les émotions guident mes passions et le cinéma ne déroge pas à la règle, bien au contraire.

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