Tout le mois d’août, les rédacteurs de CineSeriesMag vous font découvrir les meilleurs films de l’été. Aujourd’hui, retrouvons la nostalgie de nos colonies de vacances avec Nos jours heureux d’Eric Toledano et Olivier Nakache.
« Mais tu sais c’que t’es toi ? T’es le roi des cons au pays des emmerdeurs. Un… Un petit con casse-couille qui chiale sa race toute la journée ! Connard ! Connard ! Petit enculé de merde ! » assène Joséphine de Meaux au bord de la piscine en maillot de bain, dans une séquence désormais culte. Qui aurait pu penser en 2006 lors de sa sortie que le film deviendrait une comédie culte et intemporelle ? Après Je préfère qu’on reste amis, Eric Toledano et Olivier Nakache s’essayaient avec ce film une seconde fois au long-métrage. Aujourd’hui à travers Intouchables et Samba, la réputation du duo a atteint un niveau supérieur. Mais dès Nos jours heureux, les bases de leur cinéma sont là : des dialogues qui respirent le vrai, des personnages attachants et des situations à la fois tendres et cocasses. En cela, Nos jours heureux fait partie de ce que le cinéma comique français sait offrir de mieux. Impossible de résister entre les questionnements idiots d’Arthur Mazet (sur cette route là, tu crois qu’il y a eu combien d’accidents de cars, là cette année ?), l’amourette partagé par Omar Sy et Marilou Berry ( J’suis bien d’accord avec la grosse là…) ou encore les tentatives de séduction d’un Jean-Paul Rouve maladroit.
La comédie de Toledano et Nakache a eu l’intelligence de placer son histoire dans les années 90, de ce fait Nos jours heureux n’a toujours pas vieilli et ne prendra sûrement pas une ride tant que des enfants seront là pour s’amuser loin de leurs parents. La totalité de l’histoire se déroule sur trois semaines de vacances au sein d’une colonie menée par le jeune directeur Vincent Rousseau. Autant de temps pour que le spectateur tombe en amour des personnages, au même rythme qu’eux-même s’attachent dans la diégèse du film. L’identification se fait en tous points. Le film démarre à travers de nombreux clichés entourant les parents, les enfants et les moniteurs. Toutes les intrigues seront des prétextes pour apprendre à connaître mieux les personnages et jouer avec, le tout dans le rire et la tendresse. Le long-métrage arrive déjà alors à reproduire les sentiments premiers lors d’une arrivée en colonie de vacances. Car la magie de la colo c’est d’arriver en pouvant être n’importe qui et de finalement devenir plus vrai avec nos nouveaux amis, que nous pouvons l’être dans la vie quotidienne.
La puissance de Nos jours heureux réside dans le fait savoir capturer l’esprit de nos vacances, de nos amourettes et de nos amitiés éphémères. Si la scène où Guillaume, vacancier timide, reprenant Long train running nous marque, ce n’est pas tant pour ce qu’elle raconte mais pour ce qu’elle nous évoque. Nos jours heureux fait sans cesse appel à l’enfant que nous avons été et à l’adulte qu’on ne sera sans doute jamais complètement. Les gamins ne sont alors que des représentations des tourments des adultes à l’image de Jean-Paul Rouve incapable de couper le pont avec son père. L’enchaînement des scènes se calque sur le propre défilé de souvenirs qui resurgissent dans la tête du spectateur. Le film atteint alors quelque chose de très beau lorsqu’il partage des souvenirs connexes avec le spectateur, en lui montrant le simple reflet de ce qu’il a déjà vécu.
Avec ce film, le duo initie leurs moments de lâcher-prise. Cette marque de fabrique on la retrouvera dans Tellement Proches où Vincent Elbaz se ré-improvise G.O le temps d’une soirée, dans la culte séquence de danse d’Intouchables où Omar Sy se rythme sur Earth Wind and fire ou encore dans la sublime scène finale du Sens de la fête. Revoir Nos jours heureux c’est revoir avec nostalgie le visage des amitiés passées et des amours juvéniles laissées sur le bord d’un feu de camp.
Nos Jours Heureux : Bande-annonce
Nos Jours Heureux : Fiche Technique
Réalisation : Olivier Nakache et Eric Toledano
Scénario : Olivier Nakache et Eric Toledano
Casting : Jean-paul Rouve (Vincent), Marilou Berry (Nadine), Omar Sy (Joseph), Lannick Gautry (Daniel), Julie Fournier (Lisa)
Photographie : Rémy Chevrin
Musique : Frédéric Talgorn
Montage : Dorian Rigal-Ansous
Production : Prune Farro
Sociétés de production : Quad Productions
Société de distribution France : SND
Durée : 103 minutes
Date de sortie : 28 juin 2006
Au fil des années le Cinéma Danois se démarque par de grands films au style bien distinct. De Drive de Nicolas Winding Refn avec Ryan Goslin à La chasse de Thomas Vinterberg avec Mads Mikkelsen, sélectionné en compétition officielle au Festival de Cannes 2012, en passant par Melancholia de Lars von Trier, avec Kirsten Dunst. Décryptage historique d’un pays qui a réussi à rayonner et construire une identité cinématographique dans le paysage d’une industrie dominée par Hollywood.
Si les noms de Sidse Babett Knudsen (vu dansBorgen) ou encore Nikolaj Coster-Waldau (Oblivion, Mamà, le fameux Jamie Lannister dans la série HBO Game Of Thrones) ne vous sont pas inconnus, c’est normal. Tous deux d’origine danoise, ils ont su s’imposer internationalement. Et plus largement, de nombreuses œuvres scandinaves telles que la trilogie Millenium ouNorthwestde Michael Noer ont connu un beau succès.
Le rayonnement international de ce petit pays trouve sa force dans des productions américaines (comme Drive, sorti en 2011) mais peine à réitérer ce triomphe quand il s’agit de productions 100% locales. Un paradoxe, surtout quand on réalise que son patrimoine cinématographique est l’un des plus anciens au monde.
Les balbutiements:
Tout commence en 1897 avec un film de Peter Elfelt : Des chiens groenlandais tirent un traîneau. Film quasiment introuvable aujourd’hui, et qui décrit exactement le titre. Il réalise plus de 100 courts-métrages (longs de seulement quelques minutes) montrant la culture danoise ou bien des événements publics.
Rappelons que l’invention du Cinématographe date seulement de deux ans auparavant par les Frères Lumière.
Le premier cinéma ouvre en 1904 et s’ensuit en 1906 la création de la célèbre compagnie Nordisk par le réalisateur Ole Olsen, société toujours en activité aujourd’hui. C’est la troisième compagnie de cinéma jamais créée, derrière les fameuses Gaumont et Pathé, d’invention française. Même si à l’origine elle ne faisait que des courts-métrages, suite au succès de l’un d’eux elle décida de produire aussi des longs. Elle a produit récemment Hijacking en 2012, film de Thobias Lindholm. Cette compagnie a eu une énorme influence sur le cinéma muet de l’époque, avec par exemple La dame aux camélias (Kameliadamen), en 1907, première adaptation du célèbre roman d’Alexandre Dumas.
Vers 1910 une autre compagnie se lance sur le marché de la production cinématographique, Fotorama, et instaure de la concurrence. Elle produit La Traite des Blanches (Den Hvide Slavehandel), premier film de plus de 20 minutes (il en dure 40), de August Blom. Synopsis: Une jeune femme se retrouve à travailler dans une maison close alors qu’elle pensait avoir trouvé un job de demoiselle de compagnie. Cette rivalité a permis à la Nordisk de sortir des moyens-métrages, et de faire connaître au pays son âge d’or en matière de cinéma.
L’apogée du cinéma muet :
Un des premiers films de cette époque, Afgrunden, réalisé en 1910 par Urban Gad, lance la carrière de l’actrice Asta Nielsen, qui a une renommée internationale (il est disponible en intégralité ci-dessous). Malheureusement pour le Danemark, l’actrice est tellement connue que son succès l’amène jusqu’en Allemagne où elle restera la star incontestée du muet.
https://www.youtube.com/watch?v=9qrG-luCW0k
Le nouveau directeur de la Nordisk, August Blom, choisit à cette époque de produire essentiellement des œuvres mélodramatiques, c’est ainsi que l’ambitieux Atlantis voit le jour, montrant le naufrage d’un bateau. Mais le public est déçu par ce projet, dont les recettes sombrent.
N’oublions pas non plus le travail de Benjamin Christensen, qui réalise en 1914 Le mystérieux X (Det hemmelighedsfulde X), remarquable métrage d’espionnage.
Pendant la Première Guerre Mondiale, le marché européen est difficile d’accès, mais la production danoise s’installe tout de même en Allemagne là où les films français et anglais sont bannis. La plus grande compagnie cinématographique du pays choisit de produire des films de plus grande envergure, avec des thématiques sociales et pacifistes au cœur des intrigues. On retrouve par exemple le réalisateur August Blom avec La fin du monde (Verdens undergang), dont l’histoire aborde le sujet d’une comète passant à proximité de la terre, avec les drames sociaux qui en découlent. Suite à la guerre la Nordisk Kompagni est en déclin car ses recettes sont insuffisantes, et en outre la demande du public ne correspond pas à la direction artistique de la firme.
C’est dans ce climat que l’illustre représentant du cinéma muet, Carl Theodor Dreyer (1889-1968), fait ses débuts en tant que réalisateur. Un de ses films les plus importants sont par exemple La passion de Jeanne D’arc qui raconte l’histoire de cette dernière. Il se démarque par l’utilisation de plans au cadrage très serré au niveau du visage pour déceler toutes les subtilités du jeu de Renée Falconetti. Certaines scènes de ce long-métrage sont connues, comme celle du procès ci-dessous.
Ou encore Ordet (La Parole en français), en 1955, un film parlant, sublime, du fait de sa photographie en noir et blanc, qui narre l’histoire d’une tragédie familiale.
Arrivée du cinéma parlant :
Si en 1928 la Nordisk Film fait banqueroute, rien ne l’empêche de produire ses premières œuvres parlantes une année plus tard. Le tout premier film parlant fait au Danemark s’intitule Præsten i Vejlbye, etsort en 1931. C’est une adaptation du livre de Steen Steensen Blicher du même nom qui suit une enquête de meurtre se déroulant dans un presbytère.
C’est dans cette période que le Danemark voit essentiellement naître des comédies qui marquent l’apparition des « folkekomedie ». Il s’agit d’œuvres joyeuses avec des chansons qui permettent au public de sortir de la réalité de la grande dépression. Une œuvre très représentative de ce genre sort en 1932, Odds 777, par George Schnéevoigt. Dans l’extrait ci-dessous, nous pouvons bien voir que le film se présente comme chantant et gai, en témoigne cette scène où une femme a l’air très contente de cuisiner.
Seulement là où les films muets permettaient d’être distribués internationalement, les films parlants s’adressent surtout au public danois, étant donné la barrière de la langue, le processus de doublage coûtant trop cher.
De plus, apparaît à ce moment-là une nouvelle forme de réalisation: le documentaire. Un des plus importants, commandé par le Ministre des Affaires Etrangères en personne, se nomme Danmarksfilmen. Il a d’ailleurs dû être réédité car il a été démoli par la critique.Même s’il n’est pas le premier documentaire réalisé (il est sans doute franco-américain et s’appelle Nanouk l’Esquimau, sortien 1922), le Danemark se positionne comme un des pays pionniers de ce genre !
En outre le réalisateur Theodor Christensen signe aussi le tout premier livre théorique du pays sur le cinéma sobrement intitulé Film en 1936.
Changeons de registre car pendant la Seconde Guerre Mondiale, les films danois se font plus sombres et sérieux, et le premier film noir du pays est réalisé en 1942, Afsporet, par Bodil Ipsen. C’est à ce moment-là que de nombreux thrillers danois voient le jour.
Après la Guerre un nouveau sorte de réalisme naît, porté par des films comme La terre sera rouge (De Røde enge), qui remporte le grand prix du Festival de Cannes en 1946 ou bien Diskret Ophold, qui raconte l’histoire d’un homme qui loue des chambres à des femmes pour augmenter ses revenus, en se focalisant sur l’avortement d’une jeune femme. La particularité de ces œuvres sont leur ampleur psychologique et humanitaire, en effet l’analyse de la psychologie des personnages prime sur le reste.
En revanche dans les années 50 ce genre neuf disparaît pour laisser à nouveau place aux mélodrames. En effet après le traumatisme de la guerre, le peuple danois a envie de retrouver un cinéma d’antan, avec des comédies. Retour donc aux valeurs traditionnelles.
Des années 60 à 90 :
L’art du grand écran se trouve menacé au début des années 60 car l’arrivée des télévisions dans les foyers a pour impact de limiter le nombre de tickets vendus. Une loi est par conséquent passée en 1964 visant à ce que les productions cinématographiques obtiennent l’aide économique du gouvernement.
Au début de cette décennie, le Danemark est très influencé par le cinéma européen, surtout français avec la Nouvelle Vague et deux courants dominent cette période: la « Nouvelle Vague » danoise tout d’abord, où l’on retrouve par exemple le film de 1961 Harry et son valet (Harry og kammertjeneren), une tentative réussie de modernisation des folkekomedie. Puis l’érotisme : le pays est d’ailleurs le premier à légaliser la pornographie en 1969. Le très sulfureux Jeg- en Kvinde est diffusé, où l’on suit les flirts d’une jeune infirmière. Ce film va d’ailleurs inspirer Andy Warhol son film expérimental I, a man. Cet esprit de liberté sexuelle permet finalement l’abandon de la censure des films « pour adultes » en 1969.
Dans les années 70, un réalisateur du nom de Jens Jørgen Thorsen fait polémique en voulant adapter la vie de Jésus en film. C’est un artiste d’avant-garde, aussi peintre, déjà connu pour son travail provocant. Malgré la liberté d’expression en vigueur dans le pays, le film ne se fera pas dans la mesure où le Pape lui-même est contre le projet.
Le réalisme redevient à la mode, et un film comme celui de Franz Ernst Ang.: Lone connaît le succès car il casse les codes en proposant un style semi-documentaire. L’intrigue suit une jeune femme qui fuit les différentes communautés du pays. C’est aussi le moment où le style policier revient en force.
Ensuite, en 1972 le Danish Film Institute est créé, permettant d’allouer des fonds à des films, en se basant sur leur côté créatif et artistique plutôt que commercial. C’est ce qui permet au jeune Lars Von Trier (ce nom vous dit sûrement quelque chose), fraîchement diplômé de la Danske Filmskole de réaliser son premier long-métrage : Element of Crime (Forbrydelsens Element)en1984. C’est un succès international.
Un film très important gagne la Palme d’Or à Cannes en 1987, Pelle le conquérant (Pelle Erobreren) de Bille August,adaptation d’un livre du même nom. Un drame humain suivant un garçon et son père voulant émigrer de la Suède au Danemark, avec une photographie sublime et une histoire touchante.
Années 90, le renouveau :
Les succès de Lars Von Trier, ainsi que l’apparition de jeunes talents tout juste diplômés permettent l’apparition d’un nouveau courant cinématographique : le Dogme, en 1995.
Créé par Lars Von Trier et Thomas Vinterberg, ce courant iconoclaste délimite des « lois » à respecter afin de faire des films plus crus et proches de la réalité. Ainsi il faut tourner en lumière naturelle, les plans tournés caméra au poing, la musique interne au film, etc…
Festen, le premier film du Dogme jamais réalisé obtient un succès international. Il traite du déchirement d’une famille qui ploie sous un secret familial lourd.
Ce courant sera adopté partout, même aux États-Unis où il permettra au réalisateur expérimental Harmony Korine de faire son oeuvre Julien Donkey-Boy, suivant un jeune homme atteint de schizophrénie. Cela montre l’influence du cinéma danois à l’international.
De nombreux autres réalisateurs apparaissent au cours de ces années, notamment Lone Scherfig avec le très beau et simple Italian for beginners (Italiensk for begyndere) en 2000, qui suit la petite vie de communauté d’une classe d’italien, avec des intrigues amoureuses. Ou encore Susanne Bier avec son drame Freud quitte la maison (Freud flyttar hemifrån), en 1991.
Aujourd’hui : une place mondiale importante
De nombreux réalisateurs danois ont su faire leur place mondialement, Lars Von Trier évidemment, depuis les années 90 déjà avec sa trilogie Europa ou encore en 2003 sont percutant Dogville, avec Nicole Kidman, mais aussi Thomas Vinterberg avec des productions américaines (Loin de la foule déchaînée, entre autres, en 2015). Quant aux réalisatrices, Susanne Bier n’est pas en reste puisqu’en 2011 elle gagne le Golden Globe et l’Oscar du meilleur film étranger avec Revenge (In a better world) qui suit l’histoire de deux camarades de classe impliqué dans une vengeance qui va mettre leur amitié à rude épreuve.
Autre réalisateur danois très important de notre époque, artiste expérimentant un autre genre de cinéma : Nicolas Winding Refn. Ayant commencé par des petits films danois tels que la trilogie Pusher, films crus sur des malfrats de la drogue, dont le retentissement fût important, il a ensuite continué avec des films en langue anglaise, comme ses compatriotes. Ce qui donnera le récent mais déjà culte Drive, avec Ryan Gosling.
A voir : Bronson, un exercice de style total avec ralentis sur de la musique classique, ou plus récemment son travail esthétique The Neon Demon.
Quelques acteurs danois sont aussi incontournables et s’exportent à l’étranger, comme les déjà cités Nikolaj Coster-Waldau, Sidse Babett Knudsen qui a joué dans un film français d’Emmanuelle Bercot l’année dernière (La fille de Brest), mais aussi Mads Mikkelsen, qui a gagné le prix d’interprétation à Cannes pour le magnifique La chasse (Jagten) de Vinterberg en 2011. Cette année il y a encore un acteur danois qui a rejoint le casting de Game of Thrones dans le rôle du nouveau méchant, Pilou Asbæk…
Pour conclure, le Danemark a été et reste l’un des pays le plus productifs en terme de films. Une sorte de pépinière de talents dont la demande à l’étranger ne cesse de croître, au cinéma diversifié ayant traversé de nombreux genres. Un cinéma qui s’est toujours renouvelé avec succès et qui réussit à rester novateur, mais dont les principaux protagonistes ont tendance à s’expatrier. A voir si dans l’avenir le cinéma danois restera danois ou s’il va continuer à rayonner internationalement.
Pour aller plus loin, voici des liens pour approfondir votre culture en matière de cinéma danois :
Ce mercredi débarque dans nos salles Hitman & Bodyguard, signé par Patrick Hughes avec Samuel L. Jackson et Ryan Reynolds. Au programme, un buddy movie burné, fun et maîtrisé !
Synopsis : Un redoutable tueur à gages est contraint de témoigner contre un ancien hypothétique employeur, dictateur de l’Est, devant la Cour internationale de justice de La Haye. Interpol est alors chargée de l’escorter jusqu’aux Pays-Bas et engage le meilleur garde du corps pour mener à bien cette mission. Mais c’était sans savoir que depuis des années, les deux hommes s’opposent : les voilà désormais obligés de s’associer pour tenter de survivre aux pires épreuves… De l’Angleterre à La Haye, ils vont vivre une aventure délirante, une succession infernale de tentatives de meurtre, de courses-poursuites pour échapper à un déterminé et tordu chef d’état prêt à tout pour les éliminer.
Avertissement pré-critique
Alors qu’en ce moment même, quelques critiques – blogueurs et autres –préfèrent cracher leur venin sur Hitman & Bodyguard pour aller se presser les glands sur le « trop IN, trop COOL » Atomic Blonde, cet écrit tendra à critiquer véritablement le film de Patrick Hughes, et non pas servir d’énième publicité et masturbation de nouilles cinéphiles pour la blonde atomique de Charlize Theron, son plan séquence et sa bande-son racoleuse. Aussi, à ceux qui utilisent le mot « lambda » dans tous les sens, il n’y a qu’une chose à vous dire : explicitez, analysez, argumentez, bref, essayez – comme tous ici – d’écrire des critiques, mais pour de vrai. En vous remerciant…
Buddy Movie
Hitman & Bodyguard suit à la lettre le sous-genre du Buddy Movie : pour les besoins d’une mission souvent policière, un duo improbable se forme tant bien que mal, et se révélera au final tellement bien fonctionner qu’il vaincra l’ennemi ; enfin soit le couple se dissout non sans regret – parfois pour mieux se retrouver –, soit il se consolide et vivra bien d’autres aventures.
En cela, Hitman & Bodyguard propose un récit classique. En effet, le scénariste Tom O’Connor respecte les codes du genre, et l’une de ses caractéristiques essentielles : l’écriture soignée du duo.
« T’es aussi utile qu’une capote dans un couvent ! »
– Kincaid à Bryce –
Et quel duo que le couple forcé formé par Samuel L. Jackson et Ryan Reynolds. À l’image des Nice Guys (Ryan Gosling et Russell Crowe) de Shane Black l’année dernière, l’alchimie est bien présente. Servie par des dialogues aux punchlines taillées sur mesure, la relation entre les deux interprètes fonctionne comme attendu : Samuel « Fuckin’ » Jackson meets Ryan « Deadpool » Reynolds. Le film va bien au-delà en réussissant à ne pas tomber dans le piège de la rencontre des persona des acteurs. Riggs / Murtaugh (L’Arme Fatale) ; March / Healy (The Nice Guys) ; Walsh / Mardukas (Midnight Run) ; Cates / Hammond (48 Heures) ; Gamble / Hoitz (The Other Guys) ; autant de duos qui ont marqué l’ère moderne – soit Shane Black-ienne – du Buddy Movie, sous-genre déjà bien âgé (on peut penser à Laurel et Hardy ; ou encore Peter Warne et Ellie Andrews interprétés respectivement par Clarke Gable et Claudette Colbert dans New York Miami ; entre autres). C’était sans compter cette année sur Hitman & Bodyguard qui apporte un nouveau duo efficace (et déjà culte) en les personnages de Michael Bryce et Darius Kincaid, interprétés par Ryan Reynolds et Samuel L. Jackson.
Certains diront certainement que le personnage du King Jackson a davantage de place à l’écran, effaçant alors la présence de Reynolds. Mais il n’en est rien. Rappelez-vous que chacun d’eux possèdent leurs scènes individuelles. Aussi les moments d’action du duo fonctionnent tel un tango visuel, réussissant à passer de l’un à l’autre avec une efficacité rare, et de vraies idées visuelles humoristiques : on pense au plan sur l’un des véhicules des tueurs biélorusses explosant et brulant du côté de Kincaid, enchainant sur l’image d’un feu de cuisson d’un steak haché d’un établissement devant lequel passera en courant Bryce. Enfin, oui, il faut le dire, le film termine sur Jackson, notamment pour mettre en place le running gag de la romance en pleine folle bagarre de bar. Mais le gag obéit au récit, et s’inscrit logiquement dans le récit : on assiste à l’anniversaire de mariage tant attendu par le couple Kincaid.
Comédie d’action américaine et intrusion du réel : le bad guy du film
On aurait pu craindre que le film vire comme bon nombre de comédies américaines, du récent Baywatch aux deux volets Comment tuer son boss ?, dans the bad guy failure. Mais qu’est-ce donc ?
N’avez-vous jamais remarqué dans les comédies américaines qu’une fois le vilain révélé dans sa vraie nature au public et aux institutions, ce dernier est alors effacé, oublié. Ils sont des outils. En effet, les méchants n’ont ainsi d’existence que pour justifier le récit (policier, d’aventure, ou autre) qui lui-même a tendance à n’être qu’une sorte de prétexte. Ce dernier n’a pour fonction que d’habiller les gaudrioles des personnages d’une histoire ou presque. Hitman & Bodyguard évite ce déguisement de narration en rendant son méchant assez persuadé de sa cause pour aller jusqu’au bout de son aventure. Le président (dictateur) biélorusse Vladislav Dukhovich, incarné par Gary Oldman, connaît ainsi une fin à son parcours de chef salop. Une finalité qui est en plus cohérente avec les objectifs de nos deux héros…
Les méfaits du bad guy et de ses sbires ne sont d’ailleurs pas sans rappeler certains tragiques événements récents. D’un camion fonçant dans le public aux tirs des sbires extrémistes en pleine foule, le long métrage de Patrick Hughes présente des images troublantes filmées caméra à l’épaule. Cette intrusion du réel participe à véritablement asseoir l’existence et la force du personnage d’Oldman qui n’est pas qu’un être virtuel au service d’un récit prétexte à un enchainement de gags et de punchlines.
Flashbacks, bande-originale : des partis-pris funs mais discutables
Buddy movie classique et efficace avec sa propre identité, Hitman & Bodyguard est un film assurément fun et maîtrisé. On pourrait toutefois regretter deux choses. D’un côté, les quelques flashbacks qui pourront peut-être rebuter certains spectateurs tandis que d’autres apprécieront le running gag. De l’autre, la bande originale partagée entre une amusante musique composée par Atli Örvarsson et des titres de rock, blues et pop’ (80s, 90s et 60s). On remarquera que le film, dans sa montée en puissance et furie, enchaine titres originaux et empruntés. Justement, les moments de silence musical, où ne règnent que les dialogues et divers sons diégétiques, sont peu nombreux. Comme ont pu le déclarer des producteurs et réalisateurs de renom, les jeunes cinéastes ont tendance à suremployer la musique dans leur film, notamment par manque de confiance en leur capacité à maintenir l’efficacité d’une scène silencieuse. N’oublions pas que Patrick Hughes en est à son troisième long métrage, après un Expendables 3 qu’il n’a pu s’approprier comme il se doit. Toutefois, cette surcharge musicale, si tant est qu’elle est imparfaite, participe à l’efficacité et au fun du film. En effet, (re)voyez donc la dernière poursuite sur fond d’un remix de Black Betty, et vibrez sur votre siège face à ce tango d’action et d’humour mené tambour battant par un Patrick Hughes en puissance et son duo trash et émouvant formé par les formidables Samuel L. Jackson et Ryan Reynolds.
Bande-annonce : Hitman & Bodyguard
Fiche technique : Hitman & Bodyguard
Titre original : Hitman’s Bodyguard
Réalisation : Patrick Hugues
Scénario : Tom O’Connor
Interprétation : Samuel L. Jackson, Ryan Reynolds, Salma Hayek, Elodie Yung, Gary Oldman, Yuri Kolokolnikov
Décors : Russell De Rozario
Costumes : Stéphanie Collie
Photographie : Jules O’Loughlin
Montage : Jake Roberts
Musique : Atli Örvarsson
Producteurs : Mark Gill, John Thompson, Les Weldon, Matthew O’Toole, Avi Lerner
Production : Millenium Films
Distribution : Lionsgate (International) ; Metropolitan FilmExport (France)
Budget : 30 millions de dollars
Durée : 1h58min
Genre : Comédie d’action
Date de sortie : 18 Août 2017 (Etats-Unis) ; 23 Août 2017 (France)
Avec la série Ainsi soient-ils, Arte nous propose une vision intelligente de l’Église catholique.
Synopsis : C‘est la rentrée au Séminaire des Capucins, en plein Quartier Latin à Paris. Cinq nouveaux étudiants arrivent dans la prestigieuse institution avec l’objectif de devenir prêtres. Ils suivront les cours de quelques théologiens, sous la direction du père Étienne Fromenger, dont les prises de position progressistes sont contestées au sein de l’Église de France.
C’est une série pour le moins originale que la chaîne franco-allemande Arte avait proposée à ses spectateurs entre 2012 et 2015. Trois saisons de huit épisodes chacune, soit vingt-quatre épisodes au sein de l’Église, à suivre essentiellement cinq personnages qui ont l’ambition (pour le moins originale de nos jours) de devenir prêtres.
Cinq jeunes gens de milieux différents. Yann est un jeune breton éduqué dans un catholicisme radical et Raphael appartient à une grande et richissime famille qui a des liens étroits avec les milieux politiques. Emmanuel est étudiant en archéologie et Guillaume, confronté à l’immaturité de sa mère, doit s’occuper de sa famille, en particulier sa petite sœur. Très vite, le personnage qui sort le plus du lot, parmi les étudiants, est José, banlieusard toulousain, ancien bandit ayant rencontré la foi lors d’un séjour en prison.
« Nous aussi nous sommes le monde, avec nos erreurs, nos peurs… »
Ainsi soient-ils va donc suivre ces cinq séminaristes en insistant sur les tiraillements qui vont les parcourir. Chacun des jeunes hommes va être écartelé entre la vie religieuse et les préoccupations du monde extérieur : affaires familiales, amours adultères et attirances homosexuelles, le scénario nous montre les difficultés de choisir une voie qui coupe complètement du monde. Tour à tour, nos protagonistes se retournent sur le monde extérieur : peuvent-ils vraiment tout abandonner derrière eux, comme le demanderait leur sacerdoce ? Y-a-t-il des conciliations possibles, un équilibre acceptable entre les deux vies ?
La situation du séminaire résume bien ce déchirement entre les deux mondes. Loin d’être un décor clos, renfermé sur lui-même, ce que l’on attendrait d’un séminaire, les Capucins est un lieu ouvert. Les séminaristes peuvent sortir quand ils veulent et se promener à Paris, revoir leur famille, leurs amis, et même se confronter à leurs obsessions. Une situation voulue par le père Fromenger (Jean-Luc Bideau), qui demande à ses étudiants d’aller même suivre des cours de philosophie à l’université pour les ouvrir au monde extérieur et à ses préoccupations.
Une Église déchirée
Cette situation, c’est aussi celle de l’Église dans son ensemble. Car Ainsi soient-ils ne se contente pas de décrire la vie et les déchirements de cinq personnages, elle s’ouvre aussi sur le sort de l’Église de France dans son ensemble (voire même sur toute l’Église catholique, puisque de nombreuses scènes se déroulent sous les ors du Vatican). Une Église confrontée à une crise des vocations, à une désertion des fidèles, à un appauvrissement permanent. Une Église qui se gère de plus en plus comme une entreprise, avec ses consultants en communication, ses campagnes de pub, ses réductions d’effectifs pour cause de crise budgétaire, etc.
Et, au sein de cette Église, une confrontation de plus en plus flagrante entre les tenants de l’ouverture prônée depuis le concile Vatican II, et ceux qui préfèrent une approche plus traditionaliste. C’est toute une lutte politique qui s’engage au sein de la Conférence des Évêques de France, entre Fromenger et le cardinal Roman (Michel Duchaussoy). « Ce monde va changer maintenant, et c’est à nous qu’il appartient de le faire », dira un personnage. L’enjeu, c’est donc de savoir si l’Église doit s’adapter aux changements de la société, ou si elle doit rester ferme sur ses fondements.
La première saison de la série est absolument passionnante. La tension politique s’associe à celle qui divise les personnages, le scénario est bien construit, l’interprétation est remarquable.
Hélas, la qualité va se dégrader au fil des saisons, malgré l’arrivée de l’excellent Jacques Bonnaffé. Les scénarios vont devenir plus caricaturaux et usent de ficelles parfois grossières. Cependant, Ainsi soient-ils conserve toujours des qualités, en premier lieu son casting irréprochable.
En conclusion, Ainsi soient-ils reste une série originale dans son thème et son propos, qui pose des questions très intelligentes sur la foi, sur la mission de l’Église et le rôle des prêtres dans une société moderne laïcisée et matérialiste. Elle mérite d’être vue, malgré la baisse de rythme et de qualité de la dernière saison.
Ainsi soient-ils : bande annonce
https://www.youtube.com/watch?v=xqaSSZiBk7M
Ainsi soient-ils : fiche technique
Créateurs : Rodolphe Tissot, Bruno Nahon
Réalisateurs : Rodolphe Tissot, Elizabeth Marre, Olivier Pont
Scénaristes : Vincent Poymiro, David Elkaïm
Interprètes : Julien Bouanich (Yann), David Baiot (Emmanuel), Clément Manuel (Guillaume), Clément Roussier (Raphael), Samuel Jouy (José), Jean-Luc Bideau (Étienne Fromenger), Thierry Gimenez (Dominique Bosco), Michel Duchaussoy (cardinal Roman), Jacques Bonaffé (cardinal Poileaux)…
Photographie : Pénélope Pourriat
Montage : Tina Baz, Julia Gregory, Franck Nakache
Musique : Jean-Pierre Taieb
Producteur : Bruno Nahon
Sociétés de production : Arte France, TV5 Monde, Zadig Productions, AVRO, BackUp Films
Sociétés de distribution : Arte, Sunfilm entertainment
Genre : drame
Nombre d’épisodes : 3X8
Durée d’un épisode : environ 50 minutes
Date de première diffusion en France : 11 octobre 2012
C’était inattendu mais la production d’un film autour du Joker serait en préparation du côté de la Warner et DC. Les noms de Todd Phillips et Martin Scorsese sont murmurés.
Le Joker va avoir le droit à son Origin-Story. Après l’annonce d’un film sur l’héroïne Batgirl réalisé par Joss Whedon et un long-métrage consacré à Poison Ivy, Catwoman et Harley Quinn, l’univers cinématographique DC ne cesse de surprendre. Selon Deadline, la production d’un film autour du méchant emblématique de Batman aurait été lancée. Ce qui surprend, c’est que le projet sera déconnecté de l’univers partagé entamé par Man of Steel et poursuivi par Batman V Superman, Suicide Squad et Wonder Woman. Jared Leto serait donc disqualifié et la Warner et DC chercheraient un acteur plus jeune pour incarner le prince du crime. Le long-métrage reprendrait la mythologie du personnage a zéro et se dirigerait vers les origines de ce super-vilain. Cependant, Jared Leto a tout de même signé pour incarner le clown dans la suite de Suicide Squad et dans Gotham City Sirens. Le film s’intéresserait aux premières années du vilain. D’un côté cela attire la curiosité mais de l’autre cela peut attiser la colère des fans puristes du mystère qui plane autour du personnage. Le comics The Killing Joked’Alan Moore proposait déjà une relecture du mythe du Joker lui donnant un passé et une histoire bien définie. Cependant, le Joker finissait par s’exclamer » Quitte à avoir un passé, autant avoir plusieurs ! « .
Le film serait réalisé par Todd Phillips, papa de la trilogie Very Bad Trip et de la tragi-comédie War Dogs. Le scénario sera co-écrit par Scott Silver (8 mile). Rien n’est encore confirmé pour le moment mais Martin Scorsese pourrait officier en tant que producteur sur le film. Encore selon Deadline, « l’intention est de faire un film brutal, un film noir hardboiled qui se déroulerait à Gotham dans les 80s ». Un premier pitch qui rappelle fortement les films de gangsters du réalisateur. Cette production serait la première d’un nouveau label pour Warner Bros qui développerait un univers alternatif. Le studio pourrait proposer plusieurs films déconnectés du DCEU, qui offriraient des versions différentes de personnages et d’intrigues DC comme cela se fait dans les comics.
Apparu l’année dernière à la 73ème Mostra de Venise (nommé au Queer Lion et remportant le prix de la meilleure bande son), Summertime, adapté de réelles rencontres à en croire la photo qui se glisse dans le générique, est une plongée bouleversante dans nos meilleurs souvenirs estivaux, histoire de prolonger les vacances.
Synopsis: Maria et Marco, deux ados italiens, décident d’aller passer une partie de l’été à San Francisco où ils sont accueillis chez un couple gay à peine plus âgé qu’eux. Au cours de ces quelques jours, ces quatre jeunes gens issus d’univers différents remettent en question leurs certitudes et se lient d’une profonde amitié…
Les vacances sont toujours trop courtes
On aurait pu s’attendre à un ersatz de road movie mièvre américanisé pour un prétexte à prolonger le soleil et certaines mauvaises langues trouveront les arguments pour défendre cette critique, mais il faut admettre que la parenthèse ne nous laisse guère indemne. Brando Pacitto, le Jesse Eisenberg italien sous les traits de Marco, est hanté par la mort et finit par gagner 3000€ qui lui permettront de partir retrouver un ami aux États-Unis. Sauf que cet ami en question a invité une des plus coincées du lycée. Matilda Lutz (déjà apparu dans la dernière adaptation de The Ring) joue Maria, de confession catholique, qui s’offusque de vivre avec des « pervers ». On est rapidement projeté dans leur quotidien, en glissant de pièces en pièces par des mouvements de steady cam propres ou des récurrences amusantes : les repas / feux confessions, Pete le labrador qui s’accapare le canapé/lit de Marco… L’émerveillement de ces deux jeunes touristes est ressenti et partagé par chaque spectateur dans la mesure où rien n’est fait pour sublimer ou exagérer le trait. La vue d’un simple parc ou une odeur de cuisine provoque une rapide impression de beauté, bref accomplissement de soi. Il faut avouer que ce sentiment ne se produit jamais (ou presque) dans notre quotidien, mais hors des sentiers battus lorsque le voyage est programmé. La rencontre des deux jeunes hommes est un nouveau souvenir auquel on assiste assez préoccupé, car les acteurs jouent sublimement et le coming out avec Scott Bakula (père de Paul) est émouvant. Chaque scène devient donc une pensée nouvelle, réminiscence et l’empathie sincère nous incite à passer ces magnifiques vacances aux côtés des deux jeunes adulescents.
Sans jamais tomber dans le piège de la romance grossière et évidente, la surprise, simple et convaincante, se concrétise au fur et à mesure qu’on apprécie Paul et Matt à notre tour. Le regret de ne pas en savoir plus sur leurs métiers (on sait juste que leur situation est aisée) et de ne pas les voir plus réellement amoureux est un des seuls reproches émis. C’est dans des moments improvisés, pris à la volée sans direction d’acteurs comme la première baignade dans l’eau chaude à Cuba où Matt les rejoint, plus qu’enthousiaste, que l’on voit qu’ils ne forment pas un couple, mais qu’ils sont tous les deux possiblement hétéros dans la vraie vie. Il y a des moments de suspension pour créer une certaine poésie superficielle qui auraient pu être évités, mais cela ne dérange guère le divertissement. Chaque justesse finira par tirer la larme sur la fin du séjour pour conclure sur une escale à New York remettant Marco et Maria sur le droit chemin. Le réalisateur s’est fait connaître à l’international avec son troisième long métrage, Juste un baiser en 2001, réel phénomène, qui est resté en salles pendant six mois (contre dix semaines record numéro 1 au box office pour Intouchables ou Le Dîner de cons). Réflexion cynique et désenchantée sur la difficulté de sa génération à s’engager en amour, le film récompensé à Sundance et la Mostra, l’impose parmi les figures majeures du cinéma italien de cette dernière décennie. D’ailleurs, Will Smith touché par son travail lui confie la réalisation d’À la recherche du bonheur en 2006 et Sept vies deux ans après. Il collabore ici avec un artiste, vu comme le pionnier du hip hop italien, Jovanotti qui compose avec Cris Ciampoli. A la fois country folk et ballade indie au ukulélé, la musique est un voyage radieux qui nous emmène à la manière de The Descendants d’Alexander Payne avec George Clooney aux confins de ce que nous sommes, redéfinissant les contours éphémères de l’authentique amitié. Certainement le meilleur film de l’été…
Summertime : Bande Annonce
Summertime : Fiche Technique
Titre original : L’Estate addosso
Réalisation : Gabriele Muccino
Interprétation : Matilda Lutz (Maria), Brando Pacitto (Marco), Joseph Haro (Paul), Taylor Frey (Matt), Scott Bakula (le père de Paul)…
Photographie : Paolo Caimi
Montage : Valentina Brunetti, Alexandro Rodríguez
Musique : Jovanotti, Cris Ciampoli
Producteurs : Ferdinando Bonifazi, Ilaria Castiglioni, Marco Cohen, Fabrizio Donvito, Benedetto Habib
Sociétés de Production : Indiana Production
Distributeur : Mars Film, Rai Cinema
Festival et Récompenses : Prix de la meilleure bande son à la Mostra de Venise 2016
Genre : Comédie dramatique
Durée : 105 minutes
Date de sortie : 16 août 2017
Éternel débat entre les cinéphiles, la notion d’adaptation est toujours discutée entre les spectateurs qui veulent seulement voir un bon film et les fans de l’œuvre originale qui désirent retrouver l’exactitude de l’intrigue et des personnages qu’ils ont aimés en premier lieu. Réflexion autour du cinéma et des adaptations.
» Non mais ce film a ruiné le livre « , « Pourquoi elle est blonde alors que dans la B.D, elle est rousse « , » Non mais tu vois tout ce passage-là il est même pas dans le manga « , tant de plaintes que le fan, qui réside en chacun de nous, a déjà émises lors du visionnage de l’adaptation de son bouquin ou jeu-vidéo préféré. Protestations qui répondent au mythe selon lequel la qualité d’un film équivaudrait à la fidélité qu’il accorde à l’adaptation de l’œuvre dont il est tiré. Il est important d’accepter une chose. Le cinéma ne répond pas du tout aux mêmes impératifs que la littérature lorsqu’il s’agit de raconter et mettre en scène une histoire. Chaque art fonctionne différemment. Ce qui marche dans une bande dessinée ne peut pas nécessairement marcher dans un film, comme peut le témoigner Boule et bill 2 qui est seulement constitué d’une suite de gags. Drôle et agréable dans la B.D qui se lit en 3 cases, mais long et barbant dans un film qui dure 1h30. Ainsi les passages intéressants que l’on adore dans un livre n’ont parfois pas la place dans l’adaptation. Un bon exemple réside dans l’adaptation du sixième tome d’Harry Potter. Le roman est parsemé de flash-backs; vouloir les retrouver dans le film est louable, pourtant cela aurait fortement ralenti le rythme du long-métrage de David Yates. Raison simple : le médium ne produit pas les mêmes attentes et la même approche. C’est une lapalissade de dire qu’on ne regarde pas un film comme on lit un roman ou comme on joue à un jeu vidéo.
Dans le sens contraire, on peut adorer vouloir assister à la transposition de certains passages. The Amazing Spiderman 2 reproduisait avec excellence l’arc de la mort de Gwen Stacy, qui est un classique pour les lecteurs du comics Spider-man. La séquence des Noces Pourpres de Game of Thrones a été un choc pour les spectateurs non avertis mais aussi pour les fans du roman qui ont redécouvert une scène macabre sous un autre angle (la femme de Rob Stark étant enceinte seulement dans la série, ce qui accentue l’aspect tragique de la scène). Combien ont été ravis de l’annonce d’un Batman V Superman, espérant retrouver le duel culte des deux héros dessinés dans le comics The Dark Knight Returns de Frank Miller et Klaus Janson ? Néanmoins, l’univers de base et ses personnages ont une telle aura que l’adaptation sera nécessairement controversée. Si l’on prend les deux figures que sont Batman et Superman, on se retrouve avec des icônes qui appartiennent bien plus à leur public qu’à n’importe qui d’autre. Ainsi aucune adaptation ne saura satisfaire le fan, tant le matériau d’origine est puissant et connu de tous. L’objectif devient alors de réaliser le meilleur film possible pour pouvoir satisfaire à la fois le spectateur qui ne connaît pas l’œuvre et le fan qui pardonnera au réalisateur ses écarts pour un beau produit final. La trilogieThe Dark Knightencensée de Christopher Nolan est appréciée par les fans du chevalier noir, malgré le fait que le réalisateur prenne de très grandes libertés avec l’univers d’origine. Ici c’est donc la qualité du long-métrage qui prime sur le reste.
Connaitre le matériau de base provoque des attentes, et les attentes sont toujours nuisibles à l’objectivité qu’on aura devant le long-métrage. Il est alors nécessaire de dissocier le film de la production dont il est tiré. Cependant connaître cette production permet de reconnaître les différences avec celle-ci lors du visionnage de l’adaptation, ainsi il est plus facile de comprendre les motivations du réalisateur quand son long métrage fait des écarts. S’il change la nature d’un personnage pour les besoins de l’intrigue ou s’il se sert d’un autre seulement pour faire du fan-service par exemple. Parfois, ce qui naît d’une adaptation peut se muter en phénomène incroyable. La saga Harry Potter en est le meilleur exemple. Les deux formats finissent par en profiter, les long-métrages se nourrissant du contenu des livres et les fans du long-métrage se dirigeant vers les livres. Parfois le format même du film peut trahir la pellicule qui se veut trop fidèle. Le dernier tome d’Hunger Games a été divisé en deux parties afin de retranscrire au mieux les événements du livre. Malheureusement deux films rendent beaucoup plus ennuyeuse et barbante la révolution contée dans l’ouvrage.
Le pourtant très bon V pour Vendetta de James McTeigue trahirait l’essence du roman graphique dont il est issu, seulement par son existence, selon les dires de son auteur Alan Moore. Le récit de la rébellion perdrait tout son sens si découvert à travers le média passif qu’est le cinéma. Le fait même d’adapter V pour Vendetta en film nuirait à son propos. L’auteur ajoute alors que seule la lecture, qui assure un investissement actif de la part de l’individu, peut se concilier avec le propos activiste du livre. Cela interroge donc sur une autre question importante : est-ce que tout peut être adapté ? Cette interrogation est d’autant plus justifiée lorsqu’on voit que toutes les adaptations de film tirées d’un jeu vidéo se vautrent. Ce qu’on aime dans un jeu vidéo (l’immersion que le gameplay propose par exemple) a énormément du mal à être retranscrit à l’écran. Personne ne veut voir un film qui joue les mêmes séquences du jeu vidéo à sa place. Un bon film ne peut être qu’une bonne copie de l’œuvre qu’il adapte. Ce sera sans aucun doute une bonne adaptation mais un mauvais objet de cinéma. Le passage au cinéma doit apporter une plus value, dépasser la base pour proposer autre chose. Même idée que pour les remakes. Un bon long métrage doit se valoir tout seul.
Le Death Note de Netflix est décrié par tous les fans depuis qu’ils ont appris que le personnage de L était noir et que Light n’allait pas être le personnage charismatique et populaire qu’il est dans le manga. Il est déjà nécessaire de clarifier que le film se veut comme une transposition américaine, donc il était inévitable que le look des personnages allait changer. Et de toute manière, avons-nous besoin encore d’un copier/coller du manga après une série animée et deux films live japonais dont un extrêmement fidèle à l’intrigue de base ? Quand une polémique entourait le fait que Zendaya, actrice afro-américaine puisse jouer la rousse Mary-Jane dans le dernier Spiderman, James Gunn, réalisateur des Gardiens de la Galaxie , écrivait que c’est l’essence du personnage qui doit être respectée, et que souvent elle est tout à fait dissociable de la couleur de peau de ce même personnage. Un bon film peut être alors une mauvaise adaptation. Le chef d’œuvre Shining est considéré comme un classique du 7ème art et pourtant le long-métrage de Stanley Kubrick trahit complètement le roman de Stephen King, qui était avant tout une réflexion sur l’alcoolisme et ses dégâts.
Si le résultat est souvent controversé, pourquoi l’industrie cinématographique s’acharnerait à adapter le premier livre populaire qui passe ? Premièrement, c’est parce que le film peut se reposer sur des fans qui iront se précipiter pour le voir. Deuxièmement, c’est un grand effort créatif en moins de partir de tout un univers et d’une galerie de personnages déjà établis. Le produit final est très fréquemment à double tranchant. Car si bonne adaptation ne signifie pas un bon film, adapter une œuvre pour de mauvaises raisons donne toujours un mauvais résultat. Dragon Ball : Evolutionne respecte en rien le manga dont il est tiré. Doublé de son irrespect pour l’univers dont il puise son existence, le long métrage de James Wong est un très mauvais moment de cinéma. Derek Padula, scénariste du film a lui-même avoué avoir écrit le film » sans passion » et que cela ne peut donner que » des résultats décevants et parfois de la merde« . Les producteurs utilisent une licence pour capitaliser sur la présence des fans. Mais si ces mêmes fans sont légion, les producteurs visent toujours plus loin. C’est pourquoi un film tiré d’une adaptation s’écarte parfois totalement de l’essence de celle-ci pour cibler un tout autre public. Le personnage de Deadpool apparaît une première fois dans X-Men Origins : Wolverine. Les fans crient au massacre. Il faudra attendre 2016 pour qu’un long-métrage soit consacré au mercenaire. Une adaptation fidèle doublée d’un film divertissant dans l’esprit provocateur et insolent du comics dont il tire son inspiration. Il faut tout de même réaliser qu’une majorité du public d’un film ne connait généralement rien au matériau d’origine. Prenez des films comme Le Parrain, Fight Club ou Premier Contact. On a appris à les aimer en tant que longs métrages alors qu’ils sont avant tout des adaptations de romans et de nouvelles méconnues à l’époque.
Le cinéma semble désormais aujourd’hui la ligne de fin pour toute production. Son adaptation au grand écran apparaît comme le dernier chemin de vie d’une création l’exposant au plus large public. Les amateurs du matériau de base se sentent rapidement dépossédés de l’œuvre qu’ils chérissent tant, prêts à égorger le réalisateur au moindre écart. Il faut accepter que le cinéma prenne une histoire pour la raconter différemment tout en l’enrichissant. Être fan, c’est aussi accepter de laisser son coup de cœur évoluer et s’adapter à différents formats. Le défi de chaque adaptation est grand. Respecter l’œuvre d’origine ? S’en détourner pour apporter de nouvelles idées ? La trahir pour se faire de l’argent facile ? En faire une série plutôt qu’un film ? Inclure ce personnage ou non ? Tant de possibilités qui n’en finiront pas de rythmer nos débats autour du cinéma.
Tout le mois d’août, les rédacteurs de CineSeriesMag vous font découvrir les meilleurs films de l’été. Aujourd’hui, plongeons dans la moiteur de la Louisiane avec Soudain l’été dernier.
Synopsis : Violet Venable, une riche veuve, demande à un jeune psychiatre de pratiquer une lobotomie sur sa nièce, Catherine, atteinte de « démence précoce ».
C’est au début des années 40 que Tennessee Williams devient un des dramaturges les plus populaires, d’abord avec La Ménagerie de verre, puis surtout avec Un Tramway nommé Désir, mis en scène à Broadway par Elia Kazan en 1947, et qui vaudra à son auteur un Prix Pulitzer. Le style si particulier de Williams, fait d’une ambiance glauque où se mêlent folie, pulsions sexuelles et haines familiales, rencontrera alors souvent le succès, que ce soit au théâtre ou au cinéma (Baby Doll, La Chatte sur un toit brûlant, Doux oiseau de jeunesse…).
La pièce Soudain l’été dernier a été écrite en 1958, et c’est l’année suivante qu’en sort l’adaptation scénarisée par Gore Vidal, l’écrivain qui signera aussi le scénario de Ben Hur ou Que le meilleur l’emporte, et réalisée par Joseph L. Mankiewicz. Le cinéaste sort d’une décennie fastueuse : Chaînes conjugales, Eve, On murmure dans la ville, Jules César ou La Comtesse aux pieds nus, les succès sont nombreux. Mankiewicz montre, au fil de ses films, un grand sens de la mise en scène, de la direction d’acteurs et du dialogue.
Joseph Mankiewicz dirigeant Elizabeth Taylor
Décor lugubre
Ce talent se retrouve dès les premières scènes du film. Le générique défile sur un mur de briques. La scène d’ouverture confirme cette première impression : le jeu d’ombres, l’emploi du décor avec ses perspectives bouchées, tout montre aux spectateurs que l’avenir des femmes enfermées au Lions View est compromis.
Le film va entièrement se dérouler dans cette atmosphère lugubre et poisseuse, un décor qui reflète la mentalité des personnages. C’est là le cadre habituel des pièces de Tennessee Williams, dans une Louisiane moite qui favorise la violence des sentiments. Même lorsque la scène se déroule en extérieur, le spectateur se retrouve alors dans la jungle créée par Sebastien derrière la villa familiale des Venable, lieu dédié à la force et la violence de la nature. Une nature dangereuse et étouffante, à l’image de Violet Venable elle-même. Et au milieu de cette jungle, des plantes carnivores appelées « Vénus », images d’un amour qui dévore tout sur son passage.
Et derrière la jungle, la garçonnière de Sebastien. A l’entrée de celle-ci veille un squelette ailé, sorte d’ange de la mort, dans un lieu exigu à la décoration baroque et surchargée. En quelques minutes, Mankiewicz impressionne par sa science de la mise en scène, son art d’implanter un décor et de créer des détails riches de sens.
Interprétation inoubliable
Mais là où Soudain l’été dernier devient tout simplement inoubliable, c’est par son interprétation. Les trois acteurs principaux livrent une prestation exceptionnelle qui marque durablement le spectateur.
D’abord, il y a Katharine Hepburn, stupéfiante dans un rôle à contre-emploi. Elle est Violet Venable, une riche veuve « qui détient toute la ville » et qui, lors de sa première apparition dans le film, se compare à l’empereur de Byzance. Au fil d’une interprétation tout en nuance, Hepburn montre progressivement les ambiguïtés de son personnage, en particulier dans son rapport avec son fils. Quand le psychiatre lui pose des questions au sujet de son veuvage, elle répond en parlant de Sebastien. Elle va même jusqu’à affirmer « Nous étions un couple célèbre ». L’ambiguïté est telle que, dans les premières minutes, le spectateur en vient à penser que Sebastien était son mari.
Face à elle, Elizabeth Taylor trouve ici un des rôles les plus marquants de sa carrière. Fragile, sensuelle, la jeune Catherine se réfugie dans la folie pour échapper aux souvenirs qui la hantent.
Entre les deux, Montgomery Clift se distingue par un jeu plus en retrait, intériorisé mais intense. Il n’est pas seulement celui qui doit décider du sort de Catherine : il est comme l’arbitre d’un match entre les deux femmes, match inégal puisque Violet Venable use de son argent comme d’une arme, faisant pression sur le directeur de l’hôpital psychiatrique pour obtenir une lobotomie de Catherine. Tout cela ajoute une formidable tension dramatique au film, tension qui ira de façon croissante jusqu’à un final prodigieux.
L’été meurtrier
Soudain l’été dernier est un film qui joue beaucoup sur les regards. Regarder et voir la vérité bien en face, tel est l’enjeu majeur du film. Cela commence dès la scène d’ouverture, où Cukrowicz montre, lors d’une lobotomie qu’il effectue devant un public d’étudiants en médecine, à quel point l’hôpital public est dans un état délabré et « primitif ». Et ce jeu du regard se retrouve dans tout le film, où l’enjeu principal sera de mettre en plein jour ce qui est caché. Finalement, la folie, ici, consiste à fuir ces vérités que l’on se refuse à voir. « Dieu me voit », annonce le panneau dans la chambre de Catherine : c’est justement à ce regard que la jeune femme veut échapper.
L’été, c’est justement la saison où l’on met la vérité en pleine lumière. Le film est émaillé de récits qui se déroulent en été. C’est en été que Violet a découvert la cruauté de la nature. C’est en été que Catherine comprend la force des liens qui unissent Sebastien à sa mère. C’est en été aussi que se déroule le récit final, celui vers lequel tend tout le film. L’été est la saison où l’on ne peut rien cacher, ou tout est placé en pleine lumière.
En bref, Soudain l’été dernier est un film inoubliable, qui marque le spectateur aussi bien par la qualité de sa mise en scène que la force de son interprétation et la tension qui l’entraîne inexorablement vers un final grandiose. Il s’agit, sans aucun doute, d’une des œuvres majeures de Joseph Mankiewicz, un des plus grands cinéastes américains, qui sortira en Blu Ray le 23 août 2017.
Soudain l’été dernier : bande annonce
Soudain l’été dernier : fiche technique
Titre original : Suddenly last summer
Réalisateur : Joseph L. Mankiewicz
Scénario : Gore Vidal et Tennessee Williams, d’après sa pièce de théâtre
Interprètes : Montgomery Clift (Docteur John Cukrowicz), Katharine Hepburn (Violet Venable), Elizabeth Taylor (Catherine Holly).
Musique : Buxton Orr, Malcolm Arnold
Montage : Thomas G. Stanford
Photographie : Jack Hildyard
Producteur : Sam Spiegel
Sociétés de production : Columbia Pictures Corporation, Horizon Pictures, Academy Pictures Corporation, Camp Films
Société de distribution : Columbia Pictures
Genre : drame
Date de sortie en France : 20 mars 1960
Durée : 109 minutes
Onze ans après avoir présenté Marie-Antoinette, Sofia Coppola renoue avec un cinéma d’Histoire et de costumes dans Les Proies, une réadaptation du roman éponyme de Thomas Cullinan, moins un remake du film de Don Siegel qu’une relecture stylisée.
Synopsis : En pleine guerre de Sécession, dans le Sud profond, les pensionnaires d’un internat de jeunes filles recueillent un soldat blessé du camp adverse. Alors qu’elles lui offrent refuge et pansent ses plaies, l’atmosphère se charge de tensions sexuelles et de dangereuses rivalités éclatent. Jusqu’à ce que des événements inattendus ne fassent voler en éclats interdits et tabous.
On n’avait pas revu Sofia Coppola au cinéma depuis 2013 (hormis un passage chez Netflix en 2015 avec le moyen métrage A Very Murray Christmas avec Bill Murray) et son The Bling Ring, présenté dans la section Un Certain Regard au Festival de Cannes. A cette époque, la fille de Francis Ford Coppola restait sur le prestige et la consécration internationale de son dernier film Somewhere, Lion d’Or à la Mostra de Venise en 2010. Porté par une Emma Watson dans un rôle à contre-emploi, The Bling Ring reçoit malheureusement un accueil tiède, les critiques jugeant le film vain et complaisant, faisant état d’une machine qui commence à montrer ses limites. Après l’adaptation live avortée de La Petite Sirène pour Disney, Sofia Coppola se tourne vers un projet plus minimaliste mais tout aussi personnel dont peu d’informations filtrent jusque-là. Alors lorsqu’en janvier dernier, Thierry Frémaux annonce que le nouveau film de Sofia Coppola sera présenté en compétition officielle, il est permis de croire que la cinéaste a retrouvé la grâce et le génie de ses précédents films, Virgin Suicide et Lost in Translation en tête. Cependant et malgré toute l’estime pour Sofia Coppola, la presse s’interroge sur la sélection en compétition de ce qui se présente comme un remake du célèbre film réalisé par Don Siegel en 1971. Le délégué général du Festival de Cannes doit donc justifier son choix en expliquant que Les Proies est davantage une relecture « fidèle » du roman de Thomas Cullinan (1966) qu’un remake du film porté par Clint Eastwood. Et en ce sens, il est vrai que Sofia Coppola a totalement délaissé le positionnement machiste du film pour en faire le contrepoint féministe et ironique.
Pamphlet féministe revendiqué dès les premières scènes, Les Proies prend donc le point de vue de ces femmes tourmentées par l’arrivée d’un soldat blessé, très vite devenu l’objet de tous les désirs. On comprend rapidement que l’isolement dans cet orphelinat, loin de la Guerre de Sécession, est une souffrance pour ces femmes dont les hormones se font de plus en plus insistantes. Sofia Coppola ne se prive d’ailleurs pas de filmer à plusieurs reprises les barreaux, les portails et les serrures fermées, appuyant autant l’idée d’enfermement que de refuge face aux mauvaises intentions de l’extérieur (et donc des hommes). Pourtant, c’est bien le grand méchant loup qui se fera inviter dans l’orphelinat à travers ce soldat de l’Union recueilli et soigné par les habitantes de l’établissement dont la maîtresse des lieux est incarnée par Nicole Kidman. Malgré leurs préceptes catholiques, elles deviennent rapidement tentées par le diable qui agit ici comme un beau parleur. Mais au fond, qui est la proie dans ce film ? Le sexe féminin face à la tentation masculine ? Ou ce soldat mal intentionné face à ces femmes castratrices ? Un peu des deux semble-t-on comprendre à l’issue du film, d’où le titre français écrit au pluriel (le titre original The Beguiled vient de l’expression « to be beguile » qui signifie « être séduit/envoûté »). Chacun des protagonistes du film aura recours à l’instrumentalisation pour tenter de prendre l’ascendant sur l’autre, et dont l’arme la plus évidente reste le désir. On retrouve ici avec grand plaisir Kirsten Dunst et Elle Fanning (vues respectivement dans Virgin Suicide et Marie-Antoinette pour l’une, Somewhere pour l’autre) qui sont rejointes par Nicole Kidman et Colin Farrell (couple que l’on retrouvera dans Mise à Mort du CerfSacré, Prix du Scénario à Cannes). Une distribution en or qui convainc à tous les niveaux, grâce à des personnages forts qui accentuent sans lourdeur la dimension guerre des sexes. Il faut connaître la filmographie de Sofia Coppola sur le bout des doigts pour comprendre que Les Proies n’est pas qu’une relecture linéaire du propos douteux du roman éponyme de Thomas Cullinan, c’est avant tout une ode à la sororité de la part de la cinéaste. On retrouve ainsi les liens forts, la pureté de ces femmes, leurs longs cheveux blonds et leurs robes virginales, points communs des films de la réalisatrice. Avec Les Proies, Sofia Coppola semble offrir une opportunité de vengeance aux sœurs Lisbon de Virgin Suicide. Ici c’est la solidarité féminine qui permettra aux protagonistes de s’émanciper de celui qui souhaite imposer sa loi. Mais même lorsque la communauté sera à nouveau soudée, ce retour à la normale ne sera finalement que le retour à une mécanique de frustrations et de statisme, sans possibilité de libération, comme en témoigne l’ultime et somptueux plan du film.
Les Proies est un huis-clos à l’esthétique soignée qui plaira assurément aux inconditionnels de Sofia Coppola.
Prix de la Mise en Scène incontestablement mérité, Sofia Coppola est repartie de la Croisette avec un joli prix et le privilège d’être seulement la deuxième réalisatrice à recevoir cette récompense à Cannes (la première étant la russe Ioulia Solntseva pour Récit des Années de feu en 1961). Certains avaient attaqué le film sur son académisme mais ça serait nier à quel point la cinéaste – de par son implication dans le milieu de la mode et de l’art contemporain – nous rappelle que le cinéma repose aussi sur une maîtrise technique grâce au soin apporté aux décors, aux costumes et à la lumière. De l’espace restreint d’un orphelinat, Sofia Coppola en fait un Eden mais selon la définition de l’écrivain Ann Druyan qui l’évoque comme une « prison dorée ». Pour l’occasion, la réalisatrice a travaillé avec le chef opérateur français Philippe Le Sourd, connu pour son travail sur The Grandmaster de Wong Kar-Wai. Tout le film semble se dérouler dans un monde à part, perdu et embrumé où la nature luxuriante et le temps semblent suspendus. Tourné en 35mm, chaque plan est une merveille de cinéma et annonciateur d’une menace à venir. C’est sans doute là le principal défaut du film qui semble avoir privilégier la photographie au détriment de la narration et de la Grande Histoire dont le film aurait pu évoquer les tenants et aboutissants sur les femmes à cette époque. Les Proies se contente d’enchaîner les situations sans audace ni surprise et de poursuivre son déroulement jusqu’à son issue attendue. Reste alors chezLes Proies un thriller historique et psychologique de grande classe dont l’efficacité repose sur une précision visuelle remarquable et une ironie qu’on ne connaissait pas chez la cinéaste. Ce portrait de femmes vénéneuses est une réponse cinglante et bienvenue au film de Don Siegel que le jury cannois a eu l’élégance de récompenser. Des femmes prédatrices mais surtout des héroïnes fortes qui s’émanciperont du diktat masculin en même temps qu’elles renoueront avec l’insatisfaction. S’il lui manque une vraie ambiguïté narrative, Les Proies est sans doute la plus belle réponse à une industrie du cinéma encore frileuse à l’idée du donner du pouvoir aux femmes.
Les Proies : Bande-Annonce VOST
Les Proies : Fiche Technique
Titre original : The Beguiled
Réalisation : Sofia Coppola
Scénario : Sofia Coppola, d’après l’œuvre de Thomas Cullinan
Interprétation : Colin Farrell (Corporal McBurney), Nicole Kidman (Miss Martha), Kirsten Dunst (Edwina), Elle Fanning (Alicia), Oona Laurence (Amy), Angourie Rice (Jane), Addison Riecke (Marie), Emma Howard (Emily)
Photographie : Philippe Le Sourd
Montage : Sarah Flack
Musique : Phoenix
Costume : Stacey Battat
Décors : Anne Ross
Producteurs : Sofia Coppola, Youree Henley, Fred Roos, Roman Coppola, Anne Ross, Robert Ortiz
Sociétés de Production : American Zoetrope, FR Productions
Distributeur : Universal Pictures France
Budget : 10 500 000 $
Festival et Récompenses : Prix de la Mise en Scène au Festival de Cannes 2017
Genre : Thriller, drame
Durée : 93 minutes
Date de sortie : 23 août 2017
Egon Schiele est de ces films qui n’essaient pas de reproduire l’univers pictural du peintre auquel ils s’attachent, mais qui cherchent plutôt à retraduire l’impression de l’époque qui a vu émerger un talent. Un joli voyage.
Synopsis : Au début du XXe siècle, Egon Schiele est l’un des artistes les plus provocateurs de Vienne. Ses peintures radicales scandalisent la société viennoise tandis que les artistes audacieux comme Gustav Klimt les considèrent exceptionnelles. Egon Schiele, artiste prêt à dépasser sa propre douleur et à sacrifier l’Amour et la Vie pour son Art guidés depuis toujours par son amour des femmes. Mais cette ère touche à sa fin…
Avant la guerre, le temps de l’insouciance
Egon Schiele est un biopic à la structure assez classique, qui suit l’évolution de l’artiste depuis ses débuts jusqu’à sa mort prématurée, en s’arrêtant sur les moments marquants de sa vie, de sa relation étrange avec sa sœur Gerti à son histoire d’amour perturbée avec son modèle Wally, en passant par sa collaboration avec l’artiste excentrique Moa, son procès pour pornographie, son mariage d’intérêt avec la jeune bourgeoise Edith et sa mobilisation forcée pour le front. Le film, qui brosse avant toutle portrait d’un artiste à travers les femmes qui ont jalonné le cours de son existence, dessine les contours de la personnalité d’un jeune homme fougueux et enfiévré, prêt à tous les sacrifices pour son art. Mais avant la douleur et les épreuves règnent d’abord la joie et la douceur de vivre, comme le montre la première partie du long métrage, lumineuse et légère, faite de danses, de jeux, de corps à corps espiègles et de discussions optimistes et enjouées. Egon, Gerti et leurs amis artistes refont le monde, discutent peinture jusqu’au bout de la nuit, s’enivrent au Prater, se soucient peu des contingences matérielles et mènent une vie de bohème, insouciante, dont transparaît l’éclat d’une jeunesse intrépide qui s’empare de l’avenir avec une confiance qui frise la défiance. Avant la menace de la Guerre, Egon et son groupe de « nouveaux artistes » sillonnent les campagnes autrichiennes avec pour seul désir d’exercer leur art, de peindre et de s’aimer, à deux ou à plusieurs. Et en parlant d’amour, on voit déjà que Schiele était un homme trouble, qui entretenait une relation presque incestueuse avec sa jeune sœur, qui posait nue pour lui, et qui éprouvait une grande jalousie à l’égard des autres modèles de son frère. Gerti et Egon s’aimaient-ils de manière inconvenante ? En tous les cas, leur complicité fusionnelle ainsi que la domination financière et patriarcale qu’exerçait un Egon possessif et tyrannique sur sa cadette laissent penser que le peintre était émotionnellement très investi, peut-être trop. Même constat pour Moa, son modèle Tahitien, avec qui sa collaboration chaotique semble aussi absolue qu’instable. Les prémices d’un rapport aux femmes complexe.
Scandale et pornographie
Si Egon Schiele ne vit que pour sa peinture, faisant fi de l’argent, du mariage et même et de la guerre, il ne pose aucune limite à son art, ce qui finit par lui attirer des ennuis et jeter la controverse sur ses œuvres, qui deviennent rapidement l’objet de scandales. Après le temps de l’insouciance vient celui des problèmes et de l’adversité.Schiele, réputé pour son obsession du corps féminin, n’hésite pas à faire poser de très jeunes filles, dans des positions suggestives, afin de capter l’érotisme et la sensualité de la féminité. Mais, si ses contemporains comme Gustav Klimt le soutiennent et que les galeries exposent ses tableaux, il n’en faut pas moins à la société conservatrice viennoise pour traîner l’artiste en justice. Egon, accusé de viol sur mineure et de pornographie, se trouve contraint de financer un procès qui le ruine, passe un mois derrière les barreaux, et doit supporter de voir des juges brûler ses dessins sous ses yeux, croquis jugés impudiques et vulgaires. Coup dur pour l’artiste fougueux et idéaliste, qui défend coûte que coûte sa liberté. C’est ce combat farouche qui est ici décrit, bataille que le jeune peintre livre avec le soutien de Wally, son modèle dévoué avec qui il partage sa vie, même si chacun se défend d’aimer l’autre. Ce refus de l’amour, cette distance dans les sentiments et dans l’intime, soulignent un trait de caractère important chez l’artiste : Schiele n’aime que ses toiles, et se montre prêt à tout pour sauver ses peintures, cause pour laquelle il dédie sa vie, indépendamment de tout facteur externe. Sans le vouloir, il est égoïste, ce qui détruit les femmes qu’il côtoie. Là encore, il n’est pas tant question de décrypter son art, son style ou ses tableaux, mais plutôt de montrer l’homme qui en est à l’origine, avec ses défauts, ses peurs, dans une société viennoise guindée où s’affrontaient ses partisans et ses détracteurs.
La Mort
Bien plus sombre, la dernière partie du film nous plonge dans une époque froide et tragique, à savoir la Première Guerre Mondiale, ses jeunes citoyens envoyés au front contre leur gré, les pénuries et la famine, le marché noir, mais aussi les épidémies en tous genres, de la scarlatine à la grippe espagnole, mal qui emportera Egon Schiele à seulement 28 ans. Les amours sont fanées, la joie est lointaine, les anciens amis d’Egon Schiele délaissent le pinceau pour les armes, les femmes se mobilisent à l’arrière, les hauts lieux de la vie nocturne sont désertés, le Prater en ruines est laissé à l’abandon -vestige d’une gloire passée-, et Schiele se meurt, consumé par une fièvre qui ne le lâche pas, mais également par le chagrin, celui de la perte de sa bien-aimée Wally, à qui il dédiera un tableau, « La Jeune Fille et la Mort ». Adapté d’un livre qui retrace la vie du peintre, ce film, qui romance avec beauté et finesse les dernières années du peintre et ses amours tourmentées dans un Vienne tour à tour ensoleillé et sépulcral, use d’une image léchée et d’une lumière délicatement travaillée pour nous plonger dans une époque qui a vu culminer bien des arts. Dieter Berner dépeint son Schiele un peu à la manière de Peter Watkins avec son Munch, en filmant de façon subjective et intime les affres d’un homme prêt à mourir pour ses toiles, dans un bel écrin historique.
Egon Schiele : Bande-annonce
https://vimeo.com/219360203
Egon Schiele : Fiche Technique
Réalisateur : Dieter Berner
Scénario : Hilde Berger, Dieter Berner d’après le roman Mort et Jeune Fille (Tod und Mädchen) : Egon Schiele et les femmes de Hilde Berger
Casting : Noah Saavedra, Maresi Riegner, Valerie Pachner, Thomas Schubert, Larissa Aimee Breidbach, Marie Jung, Elisabeth Umlauft, Daniel Sträßer…
Photographie : Carsten Thiele
Montage : Robert Hentschel
Décors : Götz Weidner
Costumes : Uli Simon
Son : François Dumont, Michel Schillings
Musique : André Dziezuk
Producteur(s) : Franz Novotny, Alexander Glehr, Bady Minck, Alexander Dumreicher-Ivanceanu
Production : Novotny & Novotny Filmproduktion, Amour Fou Luxembourg, Ulrich Seidl Filmproduktion
Distributeur : Bodega Films
Genres Drame, Biopic, Historique
Durée : 1h 49min
Date de sortie : 16 août 2017
Pour son premier film en tant que tête d’affiche internationale, Scott Eastwood réalise un très mauvais choix de carrière en prenant cet Overdrive. Et pour cause, cette production de Pierre Morel se présente au public comme le fils bâtard de 60 Secondes Chrono et Fast & Furious, façon production Besson.
Synopsis : Les frères Foster sont des pilotes hors pairs mais également des voleurs d’exception, qui s’attaquent principalement aux voitures les plus chères du monde. Comme leur dernier coup, une sublime Bugatti 1937 dérobée au parrain de la Mafia locale, Jacomo Morier. Ce dernier, marqué par leur ingéniosité, décide d’utiliser leurs talents afin de s’en prendre à son ennemi juré, Max Klemp. Forcés d’effectuer cette opération, les deux frères vont devoir former une petite équipe pour la Ferrari ciblée par Morier et ainsi remplir leur part du contrat…
Une rafraîchissante romance spatiale qui part à la dérive
Jusque-là habitué aux seconds rôles hollywoodiens (Fury, Suicide Squad, Fast & Furious 8, Snowden…) après avoir été lancé par son paternel, le grand Clint (Mémoires de nos pères, Gran Torino et Invictus), voici que Scott Eastwood se retrouve propulsé en tête d’affiche d’un long-métrage. Qui plus est un film d’action estival, ce qui peut avoir un impact plus que conséquent sur sa carrière. Malheureusement pour lui, le résultat ne penchera clairement pas en sa faveur. Si les raisons sont nombreuses, il faut en retenir principalement deux. La première étant le fait qu’Overdrive est sorti le même jour qu’un autre actioner, Atomic Blonde, sur le papier beaucoup plus prestigieux. Et la seconde, un constat qui coule de source dès le visionnage de la bande-annonce : le long-métrage n’est, ni plus ni moins, que le fils bâtard de 60 Secondes Chrono et Fast & Furious, mariné à la sauce production Besson.
Et pour cause, Overdrive reprend le même genre de trame qu’avec Nicolas Cage, à savoir une histoire de vol de voitures. Le tout se voulant aussi fun, débile et spectaculaire (le film propose quand même une caisse roulant sur un pont qui s’écroule) que la saga de Vin Diesel, sans en oublier le cadre exotique (les Calanques de Marseille), l’ambiance musicale façon playlist et les jolies pépés. Pour le moment, rien de bien méchant si ce n’est que le film ne fait que reprendre une formule ayant déjà fait ses preuves auprès du public. Pas de nouveautés sous le soleil du Sud de la France ! Mais rien qu’avec ça, le long-métrage aurait pu se montrer suffisamment sympathique pour passer un agréable moment entre amis, le temps d’une séance. Il suffit de voir comment démarre l’ensemble. Par le biais d’une séquence d’introduction, un casse routier, qui se révèle être assez énergique, efficace et spectaculaire. De quoi nous mettre dans le bain illico ! Sauf qu’une fois le générique de début passé, les racines du producteur vont très vite rattraper Overdrive…
Il s’agit du français Pierre Morel. Pour ceux qui ne le connaîtraient pas, c’est un cinéaste ayant fait ses armes auprès de Luc Besson en tant que cadreur et directeur de la photographie, avant de s’attaquer à la réalisation de productions signées EuropaCorp. : Banlieue 13, Taken et From Paris with Love. Étant donc un poulain du papa de Nikita et Léon, il fallait donc s’attendre à ce qu’Overdrive subisse la méthode, à savoir un projet qui ne s’intéresse qu’à faire venir des acteurs américains chez nous au point d’en négliger grandement le reste. À commencer par le scénario qui, souffrant déjà d’un classicisme désespérant, se vautre dans un vide abyssal sans nom. Enchaînant sans aucune pudeur les retournements de situations tirés par les cheveux. Les personnages aussi fades qu’inutiles, interchangeables au possible. Un humour lourdingue qui faisait déjà défaut à la séquence d’introduction (le personnage joué par Freddie Thorp est une véritable tête à claques). Des scènes qui n’ont aucune logique entre elles. Et des répliques d’une incroyable médiocrité (le coup de « Je suis bonne », même Carambar n’aurait pas osé !). Pour paraître divertissant, Overdrive aurait pu s’amuser de toute cette débilité d’écriture, comme le font les Fast & Furious. Mais non, le film préfère accumuler ses tares sans jamais les reconnaître, s’enlisant par moment dans un sérieux gênant et retardant l’action à outrance. Pour finalement se terminer sur une course-poursuite qui n’atteint au combien jamais le panache de l’ouverture, un comble !
Le pire, c’est que le long-métrage ne peut même pas compter sur le reste pour sauver les meubles. Le casting ? Une réunion d’acteurs sans aucun charisme ni talent (Scott n’a hérité de son père que le nom), en totale roue libre. À croire qu’ils ont été pris selon les critères suivants : des beaux gosses et des jolies filles pour les héros, avoir une sale tête pour être les méchants. C’est une chose de prendre sur le physique, mais faut tout de même autre chose que l’apparence pour impressionner l’assistance ! La mise en scène ? Inexistante, impersonnelle. Pire, il semblerait même que le réalisateur Antonio Negret ait perdu ses repères en faisant ce film. En effet, n’ayant pour l’instant dirigé que des épisodes de séries TV (The 100, Arrow et Legends of Tomorrow), le bonhomme se retrouve projeté à la tête d’un long-métrage sans vraiment savoir comment en faire un. Les codes ne sont pas les mêmes et il faut s’y habituer, cela va de soi. Mais le résultat doit rester le même : livrer quelque chose de cohérent. Or, Overdrive part dans tous les sens question ton, rythme et mise en scène. Donnant l’impression de passer du coq à l’âne bien trop souvent. Un exemple ? Une scène où les personnages principaux sont menacés par l’antagoniste principal, pointant vers eux un fusil, prêt à tirer. Un moment sur le papier tendu, qui enchaîne aussitôt sur une explication du héros, façon manga. Une transition très bancale qui se réitère sur plus de 90 minutes de visionnage, enchaînant les flashbacks et séquences « imaginées par les personnages » histoire d’illustrer des propos, ce qui procure au film son aspect de mauvais brouillon inachevé. Et provoque chez le spectateur ennui et désintéressement…
En ce mercredi 16 août 2017, le choix est donc fait ! Malgré ses imperfections qui font de lui un sous-John Wick au féminin, vaut mieux se tourner vers Atomic Blonde, un divertissement d’action à la qualité assurée. Fuyez autant que possible Overdrive, une série B qui a tout d’une production Besson sans en être véritablement une au générique. En plus de votre temps et de votre argent, vous y perdrez également des neurones. À moins, bien sûr, que vous ne soyez pas difficile et que vous aimiez les cartes postales de Marseille et les beaux bolides, au quel cas ce film peut, éventuellement, vous combler. À condition de ne pas être difficile…
Overdrive : Bande-annonce
Overdrive : Fiche technique
Titre original : Overdrive
Réalisation : Antonio Negret
Scénario : Michael Brandt et Derek Haas
Interprétation : Scott Eastwood (Andrew Foster), Freddie Thorp (Garrett Foster), Ana de Armas (Stéphanie), Simon Abkarian (Jacomo Morier), Clemens Schick (Max Klemp), Gaia Weiss (Devin), Moussa Maaskri (Panahi), Kaaris (Franck)…
Photographie : Laurent Barès
Décors : Arnaud Le Roch
Costumes : Agnès Beziers
Montage : Samuel Danési et Sophie Fourdrinoy
Musique : Pascal Lengagne
Producteurs : Pierre Morel, Grégoire Melin et Christopher Tuffin
Productions : Kinology, Sentient Pictures et Umedia
Distribution : Océan Films
Budget : 26 M$
Durée : 96 minutes
Genre : Action
Date de sortie : 16 août 2017
A l’occasion de sa sortie DVD le 5 septembre prochain, retour sur le long-métrage argentin Citoyen d’honneur avec Oscar Martinez, Coupe Volpi du meilleur acteur.
Synopsis :Résidant en Europe depuis une trentaine d’années, l’écrivain argentin Daniel Mantovani, récompensé par le Prix Nobel de littérature, refuse la plupart du temps toutes les invitations possibles. Pourtant, lorsque sa petite ville natale argentine Salas le sollicite pour le faire citoyen d’honneur, Mantovani accepte. Mais comment sont les habitants de Salas, ceux qui sont devenus à leur insu les personnages de ses romans ?
Gastón Duprat et Mariano Cohn se sont beaucoup amusés à créer Daniel Mantovani, un écrivain fictif plus vrai que nature. Il s’agit au départ d’une sorte de « vengeance » face à certaines justices : en réalité, aucun auteur argentin n’a jamais remporté le Nobel de littérature (même pas Borges, pourtant cité dans le long-métrage), contrairement à Mantovani dans le film. Le « délire » est même allé plus loin dans la création du personnage principal : un roman de ce soi-disant Mantovani a été publié par Random House Mondadori et d’autres textes devraient voir le jour dans les librairies. Cela n’a évidemment rien d’exceptionnel (des romans du personnage fictif télé Castle – incarné par Nathan Fillion – sont sortis pour ne citer que cet exemple). Pourtant, ce prix-là, aussi prestigieux soit-il, tout le monde s’en fiche à Salas, le village natal de Mantovani qu’il a longtemps fui. Paradoxalement, Salas a aussi été sa principale source d’inspiration. Et il n’y retourne que pour pouvoir pondre sa prochaine création littéraire. Là-bas on peut brûler ses romans et même s’y torcher, aussi bien au sens figuré que littéral. Si les réalisateurs ont réussi à venger l’Argentine toujours absente dans le palmarès des Nobel de littérature, en revanche, certains individus veulent se venger d’être devenus des personnages de fiction peu glorieux. La bête littéraire se retourne alors contre son créateur.
Citoyen d’honneur joue sans cesse sur les mises en abyme avec cet écrivain fictif, incarné par Oscar Martinez, surprenant de subtilité et qui mérite amplement son prix d’interprétation à Venise. Le film est alors construit sur différents chapitres qui nourriront la propre œuvre de Mantovani. La subtilité est certainement l’un des termes les plus importants pour aborder ce long-métrage : Mantovani écrit ses romans à partir de ses observations minutieuses. La mise en abyme est de nouveau pertinente et élargie puisque le scénario doit conduire les spectateurs à regarder les personnages et les situations attentivement pour comprendre le fonctionnement de l’écrivain. Le procédé est d’autant plus intéressant puisqu’aucune scène ne montre l’écrivain en train d’écrire justement. Être auteur, être artiste, et même plus globalement être un intellectuel, ce n’est pas simplement se contenter de prendre sa plume : il doit passer par des épreuves sociologiques et même scientifiques, ce qui peut sembler a priori paradoxal pour un artiste littéraire. Peut-être est-ce aussi à cause de ses facultés à analyser les gens que Mantovani n’est pas parvenu et ne parvient pas à s’attacher à Salas même s’il a aussi probablement de l’affection.
Il est juste regrettable que Citoyen d’honneur manque de rythme ce qui rend le film parfois difficile à digérer. De plus, le cynisme du personnage principal et même de toutes les situations aurait pu être davantage souligné avec un rythme plus soutenu. Le film a peut-être été mal vendu : l’humour est certes bien présent mais il n’est pas non plus ravageur aux Nouveaux Sauvages, récente comédie argentine avec déjà Oscar Martinez dans la distribution. Il s’agit d’une comédie fine jouant beaucoup sur le décalage qui devient un parallèle pertinent entre le monde huppé que le personnage principal fréquente depuis trente ans et Salas. Mantovani a fui un endroit pour aller dans un autre similaire qui est tout simplement plus grand et mieux réputé. Les quatre jours à Salas ne sont finalement pas si différents du quotidien de l’écrivain en Europe. Les villageois sont certes légèrement caricaturés mais le portrait dressé reste humain. Les réalisateurs ne sont jamais arrogants envers les provinciaux parfois rustres et même colériques contrairement à Mantovani, un homme aigri et misanthrope qui doit assumer ses responsabilités en se confrontant à ceux qui lui ont inspiré ses romans et qui l’ont donc aussi aidé dans un sens à devenir célèbre et reconnu.
Citoyen d’honneur : bande-annonce
Citoyen d’honneur : Fiche Technique
Titre original : El ciudadano ilustre
Réalisation : Mariano Cohn et Gastón Duprat
Scénario : Andrés Duprat
Interprètes : Oscar Martinez, Dady Brieva, Andrea Frigerio…
Producteurs : Fernando Sokolowicz, Victoria Aizenstat, Eduardo Escudero, Manuel Monzón, Fernando Riera…
Société de production : Aleph Pruducciones
Distributeur : Memento Films Distribution
Durée : 117 minutes
Genre : comédie
Date de sortie : 8 mars 2017