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Atomic Blonde : un thriller poussif mais efficace

Atomic Blonde tente de trouver un juste milieu entre le thriller d’espionnage et le film d’action sévèrement burné mais se fourvoie dans un scénario qui manque de relief.

Synopsis : L’agent Lorraine Broughton est une des meilleures espionne du Service de renseignement de Sa Majesté. A la fois sensuelle et sauvage, et prête à déployer toutes ses compétences pour rester en vie durant sa mission impossible. Envoyée seule à Berlin dans le but de livrer un dossier de la plus haute importance dans cette ville au climat instable, elle s’associe avec David Percival, le chef de station locale, et commence alors un jeu d’espions des plus meurtriers.

Jane Wick

Cascadeur et chorégraphe de scènes d’actions, David Leitch a commencé à faire parler de lui avec son comparse Chad Stahelski après que les deux hommes aient décidé de passer à la réalisation en 2014 avec leur premier film, John Wick. Petite surprise du cinéma d’action qui marquait à la fois le grand retour de Keanu Reeves, mais qui aussi s’érigeait en véritable lettre d’amour au travail de chorégraphie dans le cinéma d’action. Les deux réalisateurs mettaient en avant ce qu’ils aimaient dans un long métrage régressif mais foncièrement jouissif. Cette année alors que Stahelski a fait une excellente suite à John Wick, David Leitch, lui, tente de partir sur quelque chose d’un peu différent en s’associant au projet Atomic Blonde, une adaptation du roman graphique The Coldest City. Leitch semble celui qui possède les faveurs d’Hollywood, étant aussi rattaché à la réalisation de Deadpool 2, mais avec ce Atomic Blonde, il a plus de difficultés à convaincre là où Stahelski avait su se transcender.

La démarche du film apparaît très vite poussive, que ce soit dans sa forme comme dans son fond. Le scénario emploie sans la moindre finesse tous les clichés du film d’espionnage. Des trahisons à la poursuite effrénée pour mettre la main sur un MacGuffin (objet que convoite les personnages et qui sert de développement du scénario), on passe en revue le cahier des charges du parfait thriller d’espionnage sans pour autant avoir la profondeur des ténors du genre. Les rebondissements sont trop prévisibles pour créer le trouble chez le spectateur mais aussi les personnages manquent de relief pour sortir du manichéisme ambiant. Même si le récit tente de nous perdre, les personnages ne sont jamais plus que ce qu’ils paraissent être, quand bien même l’intrigue tente de nous faire croire le contraire. En accord avec son traitement de l’image, Atomic Blonde est un film très noir et blanc, la photographie travaillant énormément ces deux contrastes comme le scénario qui en vient à manquer de nuances malgré le personnage de McAvoy qui sort légèrement du lot. Le traitement reste succinct au final et c’est d’autant plus regrettable pour un film qui asseoit ses symboliques autour de la chute du mur de Berlin et donc de la perte de repères face à l’ennemi. Jamais l’ensemble ne parvient à brouiller les pistes entre bien et mal comme pourtant il le voudrait.

C’est en partie de la faute d’un casting qui ne sait pas aussi nuancer son jeu. Charlize Theron ne parvient pas à être crédible en espionne car son expression de tueuse au sang froid vient éventer le fait qu’elle est censée être sous couverture. Le jeu de l’actrice manque de crédibilité car elle ne dévie que rarement de sa performance monolithique qui la rapproche plus d’une arme implacable que de l’agent qui doit s’infiltrer pour démasquer une taupe. Par contre, il faut reconnaître que l’actrice assure lorsqu’il s’agit des scènes d’actions et donne vraiment de sa personne au sein de chorégraphies brutales et inspirées. Notamment lors d’un long plan séquence où la performance physique de l’actrice crève l’écran. Mais l’absence de subtilité dans le jeu de l’actrice incombe aussi à l’écriture très faible de son personnage qui ne lui donne aucune épaisseur ou enjeux émotionnels malgré des tentatives bien trop maladroites. Le reste du casting joue sans fausse note mais ne sort jamais de leur zone de confort, seul le génial James McAvoy arrive à apporter de l’énergie et une nuance à son personnage qui n’était pas forcément sur le papier.

Mais, ici, David Leitch est plus intéressé par l’action que son histoire en elle-même. Il est plus inspiré dans les scènes musclées qu’il filme avec savoir-faire pour rendre hommage aux chorégraphies des combats et faire honneur aux acteurs qui se donnent vraiment. Les plans sont longs, sans trop de coupures pour que l’on constate le plus souvent possible que peu de doublures ont été utilisées. Cela offre des scènes d’actions percutantes et lisibles mais le seul morceau de bravoure qui marquera vraiment est un hallucinant plan séquence qui sert presque de climax au film. Pour ce qui est du reste, Leitch semble moins inspiré que ne l’a été Stahelski avec son John Wick: Chapter 2, où il avait filmé chaque explosion de violence comme un ballet où les chorégraphies devenaient fascinantes de beauté. Ici, Atomic Blonde à un rapport plus traditionnel face à l’action. Mais c’est surtout dans l’ambiance de son film que Leitch peine à convaincre, car malgré une maîtrise évidente du langage cinématographique, il en fait beaucoup trop dans la sur-esthétisation. L’aspect néon est beaucoup trop appuyé par une photographie qui joue trop les contrastes et sature l’image, tandis que la soundtrack est trop évidente dans sa recherche du cool et se montre bien trop présente. Sans compter qu’elle est maladroitement mise en scène car elle est souvent intradiégétique. Et il est incohérent de voir un personnage mettre en route une radio pour massacrer quelqu’un ou de voir un personnage se balader avec des écouteurs alors qu’il est censé être sur ses gardes car traqué par des espions, tout ça pour justifier la succession incessante de musique pop des années 80.

Atomic Blonde est un divertissement globalement sympathique mais poussif dans son exécution. On ne s’ennuie pas et on arrive même a apprécier les scènes d’actions savamment orchestrées mais sans jamais vraiment s’impliquer dans le récit ou ses personnages. La démarche est bien trop légère sur le fond mais trop appuyée sur la forme. Le scénario s’avère classique et sans grand intérêt mais le réalisateur s’intéresse avant tout à introniser Charlize Theron comme une figure majeure de l’actionner. Sur ce point, l’actrice offre une performance physique impressionnante même si cela sacrifie la subtilité de son jeu. Pas très fin mais efficace, Atomic Blonde remplit sa mission de divertissement estival même si il reste un peu décevant venant d’un des réalisateurs de John Wick, car ici jamais il n’arrive à iconiser son univers et ses personnages comme il avait pu le faire dans le passé.

Atomic Blonde : Bande-annonce

Atomic Blonde : Fiche Technique

Réalisation : David Leitch
Scénario : Kurt Johnstad, d’après le roman The Coldest City d’Antony Johnston et Sam Hart
Casting : Charlize Theron, James McAvoy, John Goodman, Til Schweiger, Eddie Marsan, Sofia Boutella, Toby Jones, Bill Skarsgård
Décors : David Scheunemann
Costumes : Cindy Evans
Photographie : Jonathan Sela
Montage : Elísabet Ronaldsdóttir
Musique : Tyler Bates
Producteurs : A.J. Dix, Eric Gitter, Beth Kono, Kelly McCormick, Peter Schwerin et Charlize Theron
Coproducteurs : Ildiko Kemeny et David Minkowski
Producteurs délégués : David Guillod, Kurt Johnstad, Nick Meyer, Joe Nozemack, Steven V. Scavelli, Marc Schaberg, Ethan Smith, Fredrik Zander
Distribution : Universal Pictures International France
Budget : 30 millions de dollars
Durée : 115 minutes
Genre : thriller, espionnage, action
Dates de sortie : 16 août 2017

États-Unis – 2017

Atomic Blonde, Egon Schiele… : les films à voir ou pas ce week-end

Une femme douce, SummertimeChaque semaine, une dizaine de nouveaux titres se partagent l’affiche. Que faut-il voir cette semaine au cinéma ? La rédaction fait le tri pour vous. Ce week-end on vous conseille Atomic Blonde, Egon Schiele et Lumières d’été.

Comparé à un John Wick féminin, Atomic Blonde est le film d’action à voir cette semaine. Depuis Mad Max : Fury Road, l’ex top-model Charlize Theron trouve une appétence dans les séquences dynamiques et musclées. Goût pour la baston et les effets spéciaux qu’elle a confirmé en incarnant la méchante du dernier Fast and Furious. Avec Atomic Blonde, elle se positionne comme l’un des personnages d’action les plus badass de ces dernières années. Le tout dans une production qui se démarque par une chorégraphie impeccable, des séquences de combat et une photographie léchée. Un must see pour les amateurs de cinéma brut et les spectateurs qui ont en marre de voir toujours les mêmes têtes jouer les agents spéciaux.

On vous invite également à vous plonger dans la vie du peintre autrichien Egon Schiele dans le biopic éponyme réalisé par Dieter Berner. Une belle occasion de découvrir le cinéma autrichien et luxembourgeois, qu’on ne regarde que très peu en France. Dieter Berner réalise le portrait d’un artiste, figure de l’expressionnisme allemand, provocateur et maudit à l’instar du poète Arthur Rimbaud. Une œuvre rythmée par les relations amoureuses de Schiele et sublimée par la musique de Andre Dziezuk.

Vous pouvez également découvrir le dernier film Tony Gatlif. À travers un road movie musical, Djam dessine le portrait d’une jeune femme forte. Une Vie Violente du cinéaste Thierry de Peretti, un long métrage rugueux et atypique présenté à la Semaine de la Critique du dernier Festival de CannesUne évocation douloureuse d’une période de l’histoire Corse et de cette jeunesse sacrifiée à la fin des années 1990 avec ses combats et ses guerres de clans. Le film d’horreur Annabelle 2 fait aussi sensation, une suite bien plus convaincante et terrifiante que le premier opus.

Les films de l’été : Summer Wars de Mamoru Hosoda

Tout le mois d’août, les rédacteurs du Magduciné vous font découvrir les meilleurs films de l’été. Aujourd’hui, Mamoru Hosoda nous emmène au cœur d’une réunion de famille japonaise dans Summer Wars

« L’été c’est pastèques, feux d’artifices et filles. » nous promet dès ses premières minutes Summer wars, un film du Studio Madhouse réalisé par Mamoru Hosoda et sorti en 2009.

Kenji Koiso est un petit génie des maths qui travaille pendant ses vacances à la maintenance d’OZ, une version alternative d’internet à mi-chemin entre le réseau social et le MMO (jeux massivement multi-joueurs) reliant la majeure partie des systèmes d’information de la planète. Alors que l’été commence tout juste, il se fait embaucher par Natsuki, une camarade de classe, pour aller se faire passer pour son petit ami lors de l’anniversaire des 90 ans de sa grand-mère. Celle-ci est la doyenne des Jinnouchi, une grande famille pleine d’histoire qui se retrouve pour cet événement particulier. Mais alors qu’il découvre tout ce monde de traditions, OZ est victime d’un piratage à l’échelle mondiale. Une course contre la montre commence dans cette famille pour essayer de sauver OZ.

Avec un tel résumé, inutile de disserter durant des heures pour deviner lesummer-wars-entrainement principal propos de Summer Wars : nous parler de ce Japon « entre tradition et modernité » que nous présentent 95% des agences de voyage pas très originales. Les traditions sont-elles vouées à être effacées par l’innovation constante et l’ouverture au monde, ou n’ont-elles pas au contraire quelque chose à apporter à cette nouvelle ère. Ici la dualité est partout, dans le scenario et les personnages bien sûr, mais aussi dans la mise en scène, le montage (très dynamique dans OZ, plus posé dans la réalité) et même les décors. On pourra citer la scène ou la famille, plongée littéralement dans l’ombre suite à un deuil, voit l’un de ses membres retourner dans la lumière lorsque résonnent les pleurs d’un nouveau-né. Ou encore la stratégie consistant à transformer l’univers futuriste d’OZ en une forteresse du Japon médiéval pour en reprendre le contrôle. Les exemples sont légions. Le neuf apporte du progrès au vieux, le vieux apporte du sens au neuf.

Pourtant si l’on vous parle aujourd’hui de Summer Wars ce n’est pas pour cette dialectique, qui si elle en reste extrêmement intéressante à étudier n’en est pas moins très classique dans l’animation japonaise, chez Hosoda comme ailleurs. Non si on parle de Summer Wars, c’est pour sa plongée dans un été japonais qui ne donne qu’une envie : prendre ses billets d’avions là maintenant et foncer droit vers l’est. Entre la nourriture omniprésente tout au long du film, les repas de famille conviviaux, les traditions et histoires centenaires du clan Jinnouchi, tout est là pour que l’on se sente invité. On découvre cet univers avec Kenji, on est invité comme lui et nous suivons donc la même progression que lui, mais à mesure que l’on découvre la famille, la réalisation s’éloigne petit à petit. Kenji est toujours au centre de la narration, mais notre point de vue n’est plus collé à lui. A mesure que l’on se familiarise avec les (très) nombreux membres de la famille Jinnouchi, on commence à les suivre dans des scènes où Kenji n’est plus présent, faisant passer notre point de vue de celui de l’invité à celui du membre à part entière de la famille. Un véritable sentiment d’authenticité se dégage de ces moments de vie, à l’écart souvent des tumultes de la trame principale, une simple famille qui fait sa vie alors que l’été s’installe.

Un film léger donc, mais peut être trop justement. Cette simplicité qui est la force du film en vient également à être sa faiblesse, les coïncidences narratives s’accumulent comme autant de chances pour le spectateur de sortir de l’expérience du film. Si bien sûr ces coïncidences servent le propos, elles ont tendance à être traitées de façon trop naïve pour nous empêcher de hausser un sourcil. On prendra l’exemple de l’influence totalement exagérée de l’aïeule de la famille qui appelle tranquillement des ministres pour savoir comment ils prennent en charge la situation dans une scène qui prête à sourire.

De manière générale, une fois ce défaut mis de côté, le film reste très plaisant. Le fond reste néanmoins suffisamment nuancé pour contrer la simplicité de la forme. La musique est excellente, l’animation est aux petits oignons, le monde d’OZ rend extrêmement bien, des décors jusqu’aux designs des personnages (mention spéciale à LOVE MACHINE qui est visuellement un des antagonistes les plus réussis de l’animation japonaise récente). Un film léger donc, peut-être trop pour certains, mais qui devrait sans problème trouver une place dans votre liste de films estivaux. Un vrai petit morceau d’été nippon avec Pastèques, feux d’artifices et filles.

Summer Wars : Bande-annonce

Synopsis : Bienvenue dans le monde de OZ : la plateforme communautaire d’internet. En se connectant depuis un ordinateur, une télévision ou un téléphone, des millions d’avatars alimentent le plus grand réseau social en ligne pour une nouvelle vie, hors des limites de la réalité. Kenji, un lycéen timide et surdoué en mathématiques, effectue un job d’été au service de la maintenance d’OZ. A sa grande surprise, la jolie Natsuki, la fille de ses rêves, lui propose de l’accompagner à Nagano, sa ville natale. Il se retrouve alors embarqué pour la fête traditionnelle du clan Jinnouchi. Il comprend bientôt que Natsuki ne l’a invité que pour jouer le rôle du  » futur fiancé  » et faire bonne figure vis-à-vis de sa vénérable grand mère. Au même moment, un virus attaque OZ, déclenchant catastrophes sur catastrophes au niveau planétaire. Avec l’aide de Kenji, tout le clan Jinnouchi se lance alors dans une véritable croisade familiale pour sauver le monde virtuel et ses habitants…

Summer Wars : Fiche Technique

Titre original : Sama Wozu

Réalisation : Mamoru Hosoda
Scénario : Satoko Okudera
Interprétation : Ryûnosuke Kamiki (Kenji Koiso), Sumiko Fuji (Sakae Jinnouchi), Takahiro Yokokawa (Takashi Sakuma), Nanami Sakuraba
(Natsuki Shinohara)…
Montage : Shigeru Nishiyama
Musique : Akihiko Matsumoto
Producteur(s) : Takuya Itô, Yûichirô Saito, Nozomu Takahashi, Takafumi Watanabe
Distributeur : Eurozoom
Genre Animation
Durée : 1h54
Date de sortie : 9 juin 2010
Date de sortie DVD/Blu-ray : 27/10/2010

Japon – 2009

Auteur : Yvan Ribollet

Inspecteur Lavardin et le sourire goguenard de Chabrol

Avec Inspecteur Lavardin, Chabrol poursuit sa description acerbe de la bourgeoisie de province.

Synopsis : Raoul Mons est un notable important du côté de Saint-Malo. Écrivain reconnu, il va entrer bientôt à l’Académie Française. Autorité morale, il parvient à faire interdire une représentation théâtrale jugée « immorale ». Il vit dans sa villa auprès de sa femme, Hélène, de sa belle-fille Véronique et de Claude, frère d’Hélène. Un jour, le cadavre de Raoul Mons est retrouvé, nu, sur une plage.

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En ce milieu des années 80, Claude Chabrol n’a plus rien à prouver. Il enchaîne les succès salués par la critique et le public (Violette Nozière, Les Fantômes du chapelier), mais aussi des films plus intimistes et personnels (Cheval d’orgueil). Après Poulet au Vinaigre, le cinéaste reprend le personnage de Jean Lavardin, interprété par Jean Poiret, pour une deuxième enquête, mais avec toujours la même cible : la bourgeoisie de province.

On sent tout au long du film que Chabrol se fait plaisir. Le cinéaste se confond avec son personnage principal, un alter ego qui lui permet de porter un regard scrutateur et acerbe sur les vices plus ou moins bien cachés de cette bourgeoisie. Il traque les failles où le vernis de la bienséance se craquelle, avec un sens de l’observation et une ironie mordante qui font mouche.

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Dès le début, l’hypocrisie de la famille Mons éclate au grand jour grâce à des dialogues ciselés à merveille. « Nous sommes des gens simples », dit Raoul Mons à sa domestique qui vient lui servir un plat raffiné au sein de sa grande propriété, propos contredits par l’ambiance guindée dans laquelle nous sommes plongés dans cette scène d’ouverture.

L’arrivée de Lavardin, « jadis voyou, aujourd’hui flic », va forcément chambouler les apparences bien implantées. De son passé douteux, Lavardin a conservé les méthodes peu orthodoxes : fouiller sans mandat, foncer directement sur ceux qui ne lui plaisent pas, donner des claques aux témoins récalcitrants, etc.

Au fil de l’enquête, Chabrol va déployer la panoplie de ses talents : une mise en scène discrète, qui n’a l’air de rien mais qui fait attention aux moindres détails (comme Lavardin lui-même, d’ailleurs), un rythme suffisamment travaillé pour attraper le spectateur pendant une heure et demi sans l’ennuyer un seul instant, des personnages incarnés par des acteurs remarquables (Jean Poiret est formidable de charisme et d’ironie, et Jean-Luc Bideau, acteur trop sous-estimé, parvient à donner ici la mesure de son talent).

La prime revient à des dialogues ciselés qui mettent à nu les hypocrisies de cette bourgeoisie qui se veut garante de la bonne morale (« Mon Dieu, mon Dieu, protégez-moi et écrasez les autres ! »). Du coup, l’enquête, les énigmes, les rapports de force entre les personnages, les dialogues savoureux, tout cela est plus intéressant que de connaître l’identité de l’assassin. On est presque déçus lorsque ce ballet ironique et mordant se termine. On imagine un Chabrol goguenard s’amusant avec ses personnages, ses spectateurs et les codes mêmes du film policier (comme le montre la bande annonce ci-dessous).

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Finalement, si ce film n’a rien d’innovant, il est très agréable à voir et revoir et se savoure comme ce petit cognac que Raoul cachait dans sa Bible. Un vrai régal qui sera un des grands succès de Chabrol, ce qui entraînera une série télé, Les Dossiers secrets de l’inspecteur Lavardin (quatre épisodes, deux réalisés par Chabrol lui-même, et les deux autres par Christian de Chalonge, grand cinéaste injustement oublié de nos jours).

Inspecteur Lavardin : bande annonce

https://www.youtube.com/watch?v=zPgy0NChwe0

Inspecteur Lavardin : fiche technique

Réalisateur : Claude Chabrol
Scénario : Claude Chabrol, Dominique Roulet
Interprètes : Jean Poiret (Jean Lavardin), Bernadette Lafont (Hélène Mons), Jean-Claude Brialy (Claude Alvarez), Hermine Clair (Véronique Manguin), Jean-Luc Bideau (Max Charnet).
Photographie : Jean Rabier
Montage : Dominique Fardoulis
Musique : Matthieu Chabrol
Producteur : Marin Karmitz
Sociétés de production : MK2 Productions, les Film A2, TSR, CAB Productions
Société de distribution : MK2
Genre : policier
Durée : 96 minutes
Date de sortie : 12 mars 1986

France-1986

Une vie violente : la loi du plus fort est toujours la meilleure ?

Une vie violente pourrait être celle de n’importe qui, une parmi d’autres. Stéphane n’est pas sans rappeler nombre de ses semblables, des jeunes comme lui qui veulent changer le monde avec les armes de l’ennemi.

Synopsis : Malgré la menace de mort qui pèse sur sa tête, Stéphane décide de retourner en Corse pour assister à l’enterrement de Christophe, son ami d’enfance et compagnon de lutte, assassiné la veille. C’est l’occasion pour lui de se rappeler les évènements qui l’ont vu passer, petit bourgeois cultivé de Bastia, de la délinquance au radicalisme politique et du radicalisme politique à la clandestinité.

« Si nous voulons que tout reste tel que c’est, il faut que tout change ». – Le Guépard de Giuseppe Tomasi di Lampedusa

Stéphane est le protagoniste d’Une vie violente. C’est un jeune homme faisant des études de sciences politiques et issu d’une famille aisée. Il a envie de vivre une vie qui vaille le coup, faire quelque chose de son existence. Il est porteur de ces idéaux de justice et d’équité qui animent la jeunesse, d’où qu’elle vienne. C’est lors d’un séjour en prison que Stéphane va rencontrer des militants de la lutte armée. Il admire ces hommes qui agissent vraiment pour le peuple corse, disent-ils, et ne se limitent pas à de beaux discours. une-vie-violente-jean-etienne-brat-execution-bergerIl voit en eux l’occasion de mettre un terme à son impotence, de donner enfin un sens à sa vie et de rejoindre une communauté de frères d’armes qui sauront lui apprendre ce qu’il doit savoir et faire bloc autour de lui en cas de danger. Il associe à la cause ses amis qui vivotent, plus ou moins désœuvrés, plus ou moins animés d’une volonté de changement. Commencent alors les exactions : on s’attaque au bâti, celui payé avec de l’argent sale sur des terrains non constructibles pour offrir sa villa au parrain d’un clan puissant, puis l’on arrive rapidement à la violence envers autrui, le point de bascule du film. C’est là que la mise en scène de Thierry de Perretti devient particulièrement intéressante.

une-vie-violente-jean-michelangeli-cedric-appietto-jean-etienne-brat-henri-noel-tabary-intimidationA l’image de ces territoires français ultramarins, reliques d’un empire colonial dont l’État préfère taire l’histoire, la Corse est un parent pauvre de la République. L’île de beauté est reléguée au statut d’aire de villégiature ; peu importe la corruption des élus locaux et leurs accointances mafieuses, pourvu qu’on ait une villa au soleil huit semaines par an. Pour un insulaire de souche, le constat est amer, désespérant, révoltant. En prendre conscience, c’est s’exposer à le vivre de manière obsessionnelle, avec une nécessité impérieuse d’agir. La question est de savoir de quelle manière on agira, selon quelles méthodes et au nom de quoi. Au-delà du portrait choral d’une jeunesse séduite par les idées nationalistes, Thierry de Perretti pose avec ses choix de mise en scène dans Une vie violente de réelles questions d’éthique.

Le film nous place d’entrée de jeu face à une narration en flashback. Le réalisateur décide de nous donner l’issue de l’histoire dès l’introduction : nous sommes dans une tragédie. C’est une forme narrative plutôt commune lorsqu’il s’agit d’évoquer la gloire et la déchéance d’un personnage, souvent une figure de gangster, un homme parti de rien qui parvient au sommet avant de chuter immanquablement. Si certains éléments contextuels peuvent y faire référence (amitié exclusivement masculine, virilisme guerrier dans l’attitude des personnages etc…), de Perretti va plus loin que l’habituelle pièce en trois actes ascension – succès – disgrâce.

L’assassinat proprement dit, le réalisateur ne le dévoile que très peu. Pas de sang qui gicle, pas de sursaut à chaque instant suite à un coup de feu intempestif, ce qui intéresse le cinéaste, ce n’est pas de filmer le corps éventré des morts, mais l’âme tourmentée des vivants. La majeure partie du film constitue en des scènes de dialogue très révélatrices de l’état psychologique dans lequel se trouvent les personnages. A ce titre, Une vie violente passerait presque pour un essai philosophique d’éthique et de morale. Si l’on emprunte à ceux que l’on prétend combattre leurs méthodes (à savoir le meurtre), remporte t-on réellement une victoire ?

Une fois la spirale de la violence enclenchée, rien ne peut la stopper. Quiconque tente de troubler le milieu opaque des affaires en Corse en paiera le prix, avec la complicité de l’État qui trouve un avantage à ce que rien ne change. Comme le disent ces femmes qui déjeunent entre elles à la fin du film (dans l’unique dialogue féminin d’Une vie violente) qui a l’acuité des propos d’un chœur antique, la règle c’est la règle. Telle une loi du talion, elle s’applique implacable.

Héritant de l’âpreté et du regard sans concession des Apaches, le précédent film du réalisateur, Une vie violente continue de faire le portrait d’une Corse où les grands idéaux de la République n’ont pas le droit de cité. La première et la plus ignoble des violences, matrices de toutes les autres, c’est la violence étatique qui abandonne sciemment des territoires aux mains d’un capitalisme amoral pour des raisons stratégiques. La République est si loin qu’elle n’entend pas la colère sourdre dans le cœur de son peuple…

Une vie violente : bande annonce

Une vie violente : fiche technique

Réalisateur : Thierry de Perretti
Scénario : Guillaume Bréaud, Thierry de Perretti
Interprétation : Jean Michelangeli (Stéphane), Henri-Noël Tabary (Christophe), Cédric Appietto (Michel), Marie-Pierre Nouveau (Jeanne), Délia Sepulcre-Nativi (Raphaëlle), Dominique Colombani (François), Paul Garatte (Marc-Antoine), Jean-Etienne Brat (Micka), Anaïs Lechiara (Vanessa)
Supervision musicale : Frédéric Junqua
Photographie : Claire Mathon
Montage : Marion Monnier
Producteurs : Jean-Etienne Brat, Rémi Burah, Frédéric Jouve, Marie Lecoq, Delphine Leoni, Olivier Père
Distribution : Pyramide Distribution
Récompenses : Semaine de la Critique – Cannes 2017
Durée : 105 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 9 août 2017

France – 2017

Djam, un road movie au son de la liberté

Tony Gatlif fait planer les esprits à travers un road movie musical dans lequel il dresse le sublime portrait d’une jeune fille forte et libre : Djam.

Synopsis : Djam, une jeune femme grecque, est envoyée à Istanbul par son oncle Kakourgos, un ancien marin passionné de Rébétiko, pour trouver la pièce rare qui réparera leur bateau. Elle y rencontre Avril, une française de dix-neuf ans, seule et sans argent, venue en Turquie pour être bénévole auprès des réfugiés. Djam, généreuse, insolente, imprévisible et libre la prend alors sous son aile sur le chemin vers Mytilène. Un voyage fait de rencontres, de musique, de partage et d’espoir.

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« Je pisse sur ceux qui interdisent la musique et la liberté »

Djam nous enchante dès la scène d’ouverture avec une actrice principale toute en sensualité dont on ressent immédiatement le besoin de liberté. Sous ses airs de Marine Vacht dont la même douceur ressort des traits, la jeune comédienne s’approprie aussi bien la caméra que les routes qu’elle rencontre sur son chemin vers la Turquie. L’exil n’a jamais été aussi dansant que dans Djam où le Rébétiko (musique traditionnelle grecque et turque) joue l’un des premiers rôles. Tony Gatlif réalise alors un road-movie ensorcelant au rythme de la voix de Daphne Patakia et des paysages helléniques et orientaux qui donnent tout à fait envie de prendre la route. La luminosité qui ressort des plans est la même que la boule d’énergie qui sillonne les villages en chorégraphies et en chansons. Tout est accordé avec subtilité, l’osmose entre le personnage et la route qu’elle prend est totale.

Sa figure de jeune femme libre est portée par son corps. Par exemple, elle ne porte jamais de culotte. Ses gestes sont d’une aisance remarquable, rien ne l’empêchera de vivre comme elle l’entend. Dès sa rencontre avec Avril, on saisit l’ambivalence qui va peser sur leur relation, parfois ambigüe mais pas vraiment exploitée. La liberté de Djam est communicative pour cette jeune française qui semble bien plus renfermée mais qui finira par se sentir plus libérée au contact de la jeune grecque. Leur lien est parfois survolé par le réalisateur qui en fait une arme de plus pour son hymne à la liberté.

Plus le film avance et plus l’on s’aperçoit que ces sourires cachent, comme souvent, des blessures dont la mort de sa mère. La musique apparaît alors comme tout ce qui lui reste, tout ce qui la sauve, elle et celui qu’elle appelle son oncle. La jeune fille solaire contraste avec la pauvreté apparente montrée par le réalisateur à la fin du film. Une seconde histoire commence quasiment au retour de Djam en Grèce et les enjeux du scénario se brouillent un peu. En abordant peu en profondeur le thème des réfugiés, Gatlif fait passer des messages, qui n’en restent pas moins bouleversants, mais s’éloigne de l’intrigue de base. La musicalité du film parvient cependant à cacher ses défauts.

Djam : Bande Annonce

Djam : Fiche technique

Réalisation : Tony Gatlif
Scénario : Tony Gatlif
Interprétation : Daphne Patakia, Simon Abkarian, Maryne Cayon…
Image : Patrick Ghiringhelli
Montage : Monique Dartonne
Productrice : Delphine Mantoulet
Société de production : Princes Films, Pyramide Productions, Güverte Film, Blonde Audiovisual
Distributeur : Les films du losange
Durée : drameGenre : 97 minutes
Date de sortie : 9 août 2017

Français, Grec, Turc – 2017

Les films de l’été : Un été en Louisiane, de Robert Mulligan

Tout le mois d’août, les rédacteurs de CineSeriesMag vous font découvrir les meilleurs films de l’été. Aujourd’hui, plongée douce-amère dans la Louisiane des années 50 au son de la musique d’Elvis Presley avec Un été en Louisiane.

Synopsis : Louisiane, été 1957. Dani Trant, une adolescente effrontée de 14 ans, vit dans une ferme avec ses parents et ses deux soeurs, dont Maureen, son aînée, belle jeune fille de 17 ans avec qui elle partage une grande complicité. Mais un jour, Court Foster, un garçon de 17 ans, vient s’installer dans la maison voisine avec sa famille : Dani découvre ses premiers émois amoureux, mais va aussi connaître ses premiers chagrins. 

Le bonheur simple

L’été est une saison qui symbolise souvent la fin de l’année scolaire et le début des vacances, sorte de parenthèse enchantée qui est la plupart du temps synonyme de paradis pour les enfants.

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Ici, la jeune Dani en est l’exemple vivant : l’école est terminée, et même si ses parents la forcent à aller à l’église et au catéchisme, l’adolescente profite de son temps libre en s’adonnant à des bonheurs simples. Baignades dans le ruisseau, courses dans les champs, barbecues entre amis, discussions nocturnes sous le porche avec sa sœur aînée, le tout rythmé par le son des mélodies « fifties », Elvis en tête : Dani s’adonne à des joies toutes naturelles qui sentent bon l’été et la liberté, mais également l’innocence. C’est une fillette, du moins encore au début. Bientôt, elle laissera sa naïveté derrière elle pour basculer dans le monde des adultes, et alors, cet été si singulier sera teinté d’une nostalgie particulière, celle du dernier été de son enfance. Un souvenir qui restera inscrit dans sa vie comme celui du passage d’un monde à l’autre. Car si Un été en Louisiane est un film estival qui dépeint avec un charme désuet les plaisirs champêtres d’une famille de fermiers, c’est également un récit d’apprentissage fort, une coming of age story douce amère au rythme contemplatif, qui se savoure avec l’émotion de quelque chose que l’on a déjà perdu.

D’amour et d’eau fraîche

L’été, c’est aussi la saison des premiers émois amoureux, la découverte de son corps, de la séduction et des passions éphémères qui durent le temps des vacances, mais qui, là encore, marquent nos souvenirs. Un été en Louisiane illustre cette idée à travers la romance chaste qui unit Dani, 14 ans, à son nouveau voisin Court, 17 ans, dont elle s’éprend. Secrètement jalouse de sa grande sœur Maureen qui est « belle », et qui séduit tous les garçons sur son passage, Dani est complexée d’être encore considérée comme une gamine et n’aura de cesse de revendiquer sa maturité, allant jusqu’à accepter sa féminité, elle qui au départ se la jouait garçon manqué. Prépubère, elle n’a pas les atouts physiques de sa sœur, mais ses hormones la titillent : elle aussi, aimerait connaître l’amour avec un garçon. Qu’est-ce qu’embrasser ? Comment savoir lorsque l’on tombe amoureux ? Tant de questions que l’héroïne se pose, elle qui en pince pour son jeune voisin. On assiste alors à la naissance d’une affection pudique entre Dani et Court, the-man-in-the-moon-reese-witherspoon-jason-londonqui la considère initialement comme sa petite sœur, avant d’accepter de lui offrir ce qu’elle attend : l’attention d’un garçon, le premier baiser, les regards complices. Mais si Court le fait par gentillesse, Dani s’emballe, et la chute n’en est que plus rude lorsqu’elle réalise que ce dernier est en réalité en couple avec Maureen. Les rivalités et la jalousie ressurgissent, doublées d’une amertume nouvelle pour Dani, qui se sent, pour la première fois de sa vie, trahie. Cet amour naissant entraîne donc un chagrin, mais est aussi la source d’un conflit familial à plusieurs niveaux : son père voit d’un mauvais œil l’émancipation de sa fille, et Dani se sent coupable car ses incartades ont failli, par un triste concours de circonstances, coûter la vie à sa mère, enceinte de son quatrième enfant. C’est la fin du beau temps et le début des ennuis : la douceur de vivre s’estompe, le climat se gâte. L’automne arrive. Le bonheur et l’innocence ne sont pas éternels, l’été non plus.

La fin de l’innocence

Enfin, Un été en Louisiane se démarque par son économie de moyens et son minimalisme : peu de dialogues, peu de lieux, peu de variations dans les scènes de la vie quotidienne qui se suivent et se ressemblent. Mais le film nous livre pourtant un récit riche et dense où s’entremêlent de nombreuses thématiques, et où les drames successifs forgent en fait le caractère en devenir de la jeune Dani, future adulte en pleine croissance. C’est donc une période charnière qui est décrite ici, la transition entre deux âges, le témoignage d’un été fondamental pour l’héroïne, qui a connu en quelques semaines un flot d’émotions qui lui ont appris à mieux appréhender la vie. Au départ insouciante et véritable électron libre, elle réalise que ses actes ont des conséquences et apprend, grâce à son père, à se responsabiliser et à se poser, à réfléchir sur la portée de ses actions et à réviser ses priorités : elle mûrit. Par ailleurs, lorsqu’elle fait passer son chagrin avant celui de sa sœur, là encore, son père lui inculque d’autres leçons de vie : le pardon, la générosité et l’altruisme. On peut reconstruire ce qui a été détruit tant qu’il reste de l’amour. Les douces rêveries de Dani et Maureen, qui se rappellent avec nostalgie l’histoire du « bonhomme sur la Lune » que leur mère leur racontait quand elles étaient enfants (petit être céleste à qui elles pouvaient confier leurs peines), laissent place à la dure réalité, et les deux jeunes femmes se confrontent à des épreuves fondatrices : l’accident d’une mère, la mort d’un (petit)-ami, la rage d’un père… Finalement, ce sont tous ces détails, du plus simple au plus grave, qui, mis bout à bout, rendent cet été aussi fondateur qu’inoubliable. Quant au spectateur, entraîné par le récit pudique et émouvant de cette tranche de vie suspendue dans la Louisiane des années 50, bercée au son des hits rock de l’époque et des bals de fin d’année, il savoure un bel instant de nostalgie, qui s’accompagnerait bien d’un mistral gagnant.

Un été en Louisiane : Bande Annonce VO

https://youtu.be/IdU3nAl0n3c

 Un été en Louisiane : Fiche Technique 

Titre original : The Man in the Moon
Réalisation : Robert Mulligan
Scénario : Jenny Wingfield
Photographie : Freddie Francis
Musique : James Newton Howard
Montage : Trudy Ship
Interprètes : Reese Witherspoon (Danielle « Dani » Trant) ; Sam Waterston (Matthew Trant) ; Tess Harper (Abigail Trant) ; Gail Strickland (Marie Foster) ; Jason London (Court Foster)
Producteur : Mark Rydell
Sociétés de production : Metro-Goldwyn-Mayer
Distribution : Metro-Goldwyn-Mayer (Etats-Unis) ; United International Pictures (France)
Durée : 99 min
Genre : Drame
Date de sortie : 1991

Etats-Unis – 1991

Que Dios nos perdone, un film de Rodrigo Sorogoyen : Critique

Que Dios nos perdone de Rodrigo Sorogoyen est une chasse à l’homme (au serial killer plus exactement), où les chasseurs sachant chasser sont aussi noirs que le chassé. Un beau thriller estival doublé d’une véritable étude des mœurs très humaines et inhumaines à la fois.

Synopsis : Madrid, été 2011. La ville, plongée en pleine crise économique, est confrontée à l’émergence du mouvement des « indignés » et à la visite imminente du Pape Benoît XVI.

C’est dans ce contexte hyper-tendu que l’improbable binôme que forment Alfaro et Velarde se retrouve en charge de l’enquête sur un serial-killer d’un genre bien particulier. Les deux inspecteurs, sous pression, sont de surcroît contraints d’agir dans la plus grande discrétion…

Une course contre la montre s’engage alors, qui progressivement les révèle à eux-mêmes ; sont-ils si différents du criminel qu’ils poursuivent ?

Pulsions

Le temps des films d’horreur cultes des Amenabar et autres Balagueró, à défaut d’avoir totalement disparu, est en passe d’être étoffé par celui des thrillers implacables au pays de Cervantes. Après la Isla Mínima (Alberto Rodriguez), thriller très noir sur fond de franquisme, et la Niña de Fuego (Carlos Vermut), un film glaçant et peut-être un peu glacé tous deux sortis en plein été 2015, voici que l’espagnol Rodrigo Sorogoyen nous gratifie d’un très bon thriller : Que Dios nos perdone.

Avec une (bonne) bande-annonce qui ne laisse présager de rien, si ce n’est d’une atmosphère particulière qui peut en effet faire penser à La Isla Mínima, la surprise est donc totale pour le bonheur des cinéphiles. Même si le synopsis annonce « la traque d’un serial-killer d’un genre particulier », il s’arrêtera là, et le spectateur découvre un monde très déroutant, aussi bien du côté obscur que de celui de la Loi, peut-être plus obscur encore du côté de la loi, avec des policiers très ambigus, et c’est ce qui fait tout l’intérêt de ce thriller qui sort des sentiers battus.

que-dios-nos-perdone-rodrigo-sorogoyen-film-critique-roberto-alamo-maria-ballesteros-movie-reviewPrenant place en 2011, parmi les mauvaises années de l’Espagne, ces années de crise qui mettaient ce pays, le Portugal ou encore la Grèce au ban du FMI et de la Banque Centrale Européenne, toutes choses très désagréables mises en image majestueusement par le talentueux portugais Miguel Gomes dans sa trilogie des Mille et une Nuits. Ici, la crise est mise en scène par les habitations sordides où des familles entières vivent entassées, pour 300 € par mois dans des caves sans aucune ouverture extérieure, ou encore par l’occupation de la place Puerta del Sol par les Indignados. Le film s’ouvre d’ailleurs par une jolie scène plus ou moins aérienne de petit matin où les employés municipaux de Madrid nettoient à grands jets d’eau ce qui semble avoir été le lieu d’une de ces manifestations, peut-être en référence au grand nettoyage de la place après l’évacuation musclée desdits indignés avant l’arrivée de Benoît XVI et de la foule des pèlerins des JMJ… C’est dans cette tumulte de la vie quotidienne espagnole, que Javier Alfaro, un policier ultra-sanguin voire violent, mais néanmoins un bon détective, et son coéquipier Luis Velarde, un homme vaguement autiste dans son incapacité à communiquer correctement avec le monde se retrouvent face à un serial killer d’un genre particulièrement sordide.

que-dios-nos-perdone-film-rodrigo-sorogoyen-monica-lopez-antonio-de-la-torre-critique-cinemaLe film est un thriller ; le cinéaste ne lésine pas à montrer les crimes, avant, pendant ou après, voire avant, pendant et après, dans des séquences très efficaces et assez violentes qui appellent un chat un chat. Mais il est aussi et surtout une étude des mœurs de ce couple de policiers atypiques, terriblement humains avec des scories bien au-dessus de la moyenne, sans que jamais cela ne tourne à la caricature, et qui distingue ce film de la concurrence multiple et finalement assez peu variée. Alfaro est sous le coup d’un Conseil de discipline pour coups et blessures infligés à un collègue qu’« il ne peut pas sentir », Luis Velarde n’est pas loin du hors-jeu quand il essaie d’une manière très gauche et non moins violente de se rapprocher de la femme qu’il est en train de séduire. Parmi toute cette tension, Rodrigo Sorogoyen n’hésite pas à insérer des petites scènes à la limite du burlesque, devant lesquelles on rit jaune plutôt qu’autre chose, tant l’ensemble est horrifique : l’assassin qui a une terrifiante tête d’assassin, les scènes de crime et les crimes eux-mêmes qui sont filmés avec la crudité qui sont la réalité de tels événements, les policiers qui sont terrifiants d’ambiguïté, tout étant à l’avenant.

Que Dios nos perdone est une très bonne surprise de ce milieu d’été. Filmé d’abord caméra à l’épaule dans la première partie, avec des scènes de la vie quotidienne des protagonistes, il trouve ensuite un rythme peut-être plus classique sans effet de manche dans une deuxième partie, comme pour mieux se concentrer sur le mal et la noirceur ; il s’éloigne en cela de La Isla Miníma qui était avant tout basé sur une certaine ambiance visuelle. En revanche, il est à rapprocher du Se7en de David Fincher sur bien des points, non pas qu’il en soit une pâle copie, mais parce que tout comme dans le film de l’américain, une part importante est accordée à la psychologie des deux policiers et à une étude attentive et réussie de leur relation. Avec sa construction originale que l’on se gardera bien de révéler, sa fin parfaite, son rythme soutenu, l’inquiétante musique du français Olivier Arson, et bien sûr l’excellent jeu des acteurs principaux, Que Dios nos perdone est un excellent film à ne rater sous aucun prétexte.

Que Dios nos perdone : Bande annonce

Que Dios nos perdone : Fiche technique

Titre original : Que Dios nos perdone
Réalisateur : Rodrigo Sorogoyen
Scénario : Isabel Peña, Rodrigo Sorogoyen
Interprétation : Antonio de la Torre (Luis Velarde), Roberto Álamo (Javier Alfaro), Javier Pereira (Andrés Bosque), Luis Zahera (Alonso), Raúl Prieto (Bermejo), María de Nati (Elena), María Ballesteros (Rosario), José Luis García Pérez (Sancho), Mónica López (Amparo)
Musique : Olivier Arson
Photographie : Alejandro Pablo
Montage : Alberto del Campo, Fernando Franco
Producteurs : Mercedes Gamero, Gerardo Herrero, Mikel Lejarza
Maisons de production : Atremedias Cine, Tornasol Films S.A
Distribution (France) : Le Pacte
Récompenses : Prix du Meilleur scenario, San Sebastian 2017, Meilleur acteur pour Roberto Alamo aux Goya 2017
Budget : 4 000 000 EUR
Durée : 126 min.
Genre : Thriller
Date de sortie : 09 Août 2017
Espagne – 2016

La Tour Sombre, l’adaptation sans saveur de l’œuvre de Stephen King

Loin de la dimension épique de l’œuvre littéraire qu’il adapte, La Tour Sombre est un blockbuster insignifiant et fade qui n’est sauvé de l’ennui que par son duo d’acteurs principaux. La saga de Stephen King n’a pas trouvé une adaptation à sa mesure.

Synopsis : Notre monde n’est pas le seul… La Tour sombre, l’ambitieux et monumental cycle romanesque de Stephen King, l’un des plus célèbres auteurs au monde, est enfin adapté au cinéma. Le dernier Pistolero, Roland Deschain (Idris Elba), est condamné à livrer une éternelle bataille contre Walter O’Dim, alias l’Homme en noir (Matthew McConaughey), qu’il doit à tout prix empêcher de détruire la Tour sombre, clé de voûte de la cohésion de l’univers. Le destin de tous les mondes est en jeu, le bien et le mal vont s’affronter dans l’ultime combat, car Roland est le seul à pouvoir défendre la Tour contre l’Homme en noir…

Un duel sans envergure

La saga de La Tour Sombre est probablement l’œuvre majeure de son auteur, Stephen King, mais est aussi paradoxalement une de ses moins connue du public. Comme beaucoup d’écrivains, ses œuvres ont avant tout été popularisées par les adaptations cinématographiques ou télévisuelles dont elles ont fait preuve et sur ce point, King est probablement un de ceux qui a le plus eu droit de voir ses écrits être transposés à l’écran. Généralement connu pour ses récits horrifiques, il a aussi engendré une superbe saga de « fantasy » (mêlant plusieurs genres comme le western, l’horreur et le fantastique) qu’Hollywood rêve d’adapter depuis des années. D’abord passéentre les mains de J. J. Abrams avant celles de Ron Howard, elle atteint enfin les salles de cinéma sous la direction du metteur en scène danois Nikolaj Arcel, avant d’être aussi déclinée en série qui se centrera sur la jeunesse du protagoniste, le gunslinger Roland.

the-dark-tower-Tom-Taylor-la-tour-sombreAyant la réputation d’être une saga inadaptable malgré tant d’années de tentatives, il est dommage de constater qu’une fois que l’une d’elles a pu enfin voir le jour, le réalisateur ne s’est pas vraiment donné la peine d’essayer. Nikolaj Arcel n’a visiblement pas eu les épaules ou l’envie de se donner trop de mal car de sa durée dérisoire à son exécution sans relief, tout laisse à croire que ce film a été fait sans la moindre passion ou ambition. Au mieux, certains en retiendront un blockbuster lambda avec ses moments efficaces, au pire, les fans de l’œuvre de King y verront une insulte. Car le scénario ne sait jamais si il veut être une suite aux livres ou si il se veut en résumé très concis de ces derniers. Pas assez explicatif pour vraiment donner un aperçu de l’étendu de son univers et surtout pas assez innovant pour susciter la sympathie des fans, La Tour Sombre a potentiellement la possibilité de ne plaire à personne par faute de ne pas savoir ce qu’il veut être. Le récit est beaucoup trop court et précipité pour avoir le temps de poser ses personnages et des enjeux qui se veulent épiques. En résulte un traitement de surface qui ne crée ni attachement ni intérêt pour ce qui se passe à l’écran.

Le scénario sera au final assez simple à suivre parce qu’il en est tout simplement simpliste. Évitant toute la complexité initiale de la saga qu’il adapte, il tombera dans le récit attendu du bien contre le mal avec un manichéisme absolument ridicule. La palme revenant aux motivations des personnages, entre un méchant qui semble tout droit sorti d’une parodie des Power Rangers ou le parcours émotionnel du pistolero qui ferait presque rivaliser sa personnalité avec celle d’un mollusque. Il est criminel qu’avec des acteurs comme Idris Elba et Matthew McConaughey, le film n’essaie même pas de leur donner quelque chose à jouer. Surtout qu’une telle confrontation était pleine de promesses mais n’aboutie ici que rarement. Les deux acteurs ont quand même leurs moments, et ils sont aussi accompagnés par le jeune Tom Taylor qui s’impose avec une certaine conviction. Idris Elba, même si assez monolithique, irradie de charisme et il n’a pas à forcer pour marquer une scène de sa classe et son imposante présence. De même pour McConaughey qui s’amuse très clairement dans sa partition de méchant très machiavélique. Il en fait clairement des caisses et flirte avec le ridicule mais son cabotinage arrive à divertir dans ses élans nanardesques. Même si on est loin de la confrontation épique promise, ils arrivent à maintenir le spectateur éveillé au milieu de cette histoire inerte et terriblement classique.the-dark-tower-movie-review-idriss-alba-aka- Pistolero-Roland- Deschain

Nikolaj Arcel ne fait pas non plus beaucoup d’effort sur la réalisation. Sans être honteuse, elle reste terriblement fade et « cheap » par son manque d’imagination flagrant. Même quand les scènes d’actions sont plutôt efficaces dans leur exécution, Arcel arrive à insuffler de l’énergie et de la lisibilité dans les affrontements, elles sont desservies par des décors généralement vides et un statisme assez gênant. Le film donne l’impression de faire du surplace, on navigue souvent entre les mêmes lieux et il n’invite jamais au voyage ou à l’émerveillement. Il suffit aussi de voir comment le climax est expédié en une poignée de secondes et la rapidité avec laquelle il passe sur les enjeux émotionnels des personnages. Même le dernier plan est d’une économie de moyen qui s’avère gênante dans sa façon décomplexée de ne pas se donner la peine de se cacher. Arcel affiche son je-m’en-foutisme dans ce qu’il filme et tente de l’excuser par sa réalisation carré qui se montre correct, n’accumulant aucune grosses tares.

Au final, c’est exactement ce qu’est La Tour Sombre. Un film qui fait tellement le minimum syndical qu’il ne peut vraiment échouer dans ce qu’il entreprend. En résulte un blockbuster insignifiant et oubliable mais qui n’est pas foncièrement détestable. On sera déçu de son manque d’ambitions ou qu’il ne se donne pas la peine de faire semblant de croire en ce qu’il entreprend. Et aussi que dans sa démarche il représente le parfait contraire de ce qu’est la saga de Stephen King. Mais, même si il ne mérite pas son nom, en l’état, le film de Nikolaj Arcel reste un divertissement qui possède ses moments sympathiques. Embourbé dans son classicisme, son scénario en devient interchangeable avec 90% des divertissements américains, et « cheap » dans sa démarche, il est cependant suffisamment énergique et concis pour ne pas ennuyer. Surtout que le duo d’acteurs a un fort capital sympathique et les contours nanardesques du film arrive même à amuser. C’est du divertissement par le bas, mais malgré tout La Tour Sombre n’en est jamais vraiment mauvais. Mais ça en est presque pire, car ne faut-il pas mieux un film qui essaie au risque d’échouer plutôt qu’un film qui n’apporte strictement rien.

La Tour Sombre : Bande-annonce

La Tour Sombre : Fiche technique

Titre original : The Dark Tower
Réalisateur : Nikolaj Arcel
Scénario : Nikolaj Arcel, Akiva Goldsman, Jeff Pinkner, Anders-Thomas Jensen d’après le cycle de romans La Tour sombre de Stephen King
Casting : Idris Elba, Matthew McConaughey, Tom Taylor, Claudia Kim, Fran Kranz, Jackie Earle Haley, Dennis Haysbert, Abbey Lee, Nicholas Hamilton, Katheryn Winnick, José Zuñiga, Victoria Nowak, Ben Gavin, Michael Barbieri, Andre Robinson…
Décors : Christopher Glass
Costumes : Trish Summerville
Photographie : Rasmus Videbaek
Montage : Alan Edward Bell
Musique : Junkie XL
Budget : 60 millions de dollars
Genres : action, aventure, fantasy, horreur, science-fiction, western
Durée : 95 minutes
Distributeur : Sony Pictures
Date de sortie : 9 août 2017 (France)

Nationalité : États-Unis

 

Fawlty Towers, une série de John Cleese et Connie Booth : critique

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A l’occasion de sa programmation « Fish’n’Chips » consacrée à la culture britannique, Arte a rediffusé sur son service en replay la série culte co-créée par John Cleese, Fawlty Towers (L’Hôtel en Folie).

Synopsis : Basil Fawlty est le propriétaire d’un hôtel, le Fawlty Towers, à Torquay. Entouré de sa femme Sybil, toujours collée à son téléphone, Polly, la femme de chambre la plus équilibrée d’entre tous et Manuel, le serveur espagnol qui ne parle pas bien l’anglais, Basil veut attirer une clientèle huppée dans son établissement. Mais Basil est un grossier personnage qui a tendance à faire fuir ses clients !

L’idée de créer un personnage odieux et gérant d’un hôtel n’est pas venue par hasard. En effet, John Cleese s’est inspiré de ses différentes expériences vécues avec ses amis membres des Monty Python. Basil Fawlty est surtout un double de Donald Sinclair, co-propriétaire d’un hôtel à Torquay et réputé être excentrique et surtout odieux envers ses clients. Cette anecdote donne le ton sur les deux merveilleuses et hilarantes saisons de Fawlty Towers.

Basil Fawlty (incarné par John Cleese, toujours parfait dans des rôles d’ingrats) est un des meilleurs anti-héros de la télévision : un personnage grossier qui fait tout pour attirer une clientèle huppée alors que son comportement fait justement fuir les gens ! Les autres personnages sont également irrésistibles. Comment ne pas rire devant les réactions de l’épouse de Basil, Sybil (jouée par l’irrésistible Prunella Scales), qui passe son temps au téléphone avec sa copine et surtout à critiquer les moindres faits et gestes de son époux ? Ou encore comment ne pas se poiler devant les bêtises de Manuel (interprété par l’excellent Andrew Sachs), le factotum espagnol (et souffre-douleur de Basil) ne parlant pas un mot d’anglais ? Pour la petite anecdote, le groupe suédois I’m from Barcelona a pris ce nom en hommage au gag récurrent « he’s from Barcelona » pour excuser tous les problèmes récurrents de ce personnage ! Enfin, Polly, incarné par la co-créatrice de la série, Connie Booth (à l’époque, épouse de John Cleese dans la vie), se retrouve parmi toute cette folie, elle qui est la voix de la raison et de la normalité dans ce chaos.

Cleese et Booth savent jouer avec les nombreux codes de l’humour que ce soit dans la gestuelle ou dans des dialogues succulents. Humour noir, jeux de langage aussi bien oraux (notamment avec Manuel) qu’écrits (le détail des lettres inversées sur le panneau « Fawlty Towers à chaque début d’épisode), quiproquos ou jeux de répétition, sont très bien exploités pour confronter les personnages aux pires situations jusqu’au bout, comme si Basil payait son comportement exécrable, l’hôtel devenant littéralement un enfer pour lui (à noter que les personnages sortent rarement de ce décor). Les créateurs ne font finalement pas de cadeau aux personnages. L’humour joue aussi beaucoup sur l’exagération mais les scènes ne tombent jamais dans la lourdeur. Chaque épisode est donc très bien mené avec une chute qui fonctionne systématiquement.

Tout amateur de sitcoms britanniques doit alors absolument découvrir Fawlty Towers, une série très mal connue en France mais extrêmement populaire au Royaume-Uni. Il s’agit même du « Meilleur programme tv anglais du XXe siècle » selon le British Film Institute ! Cette série culte qui vieillit bien avec le temps ne comporte pourtant que deux saisons (et en tout, douze épisodes de trente minutes) : la première en 1975 et la seconde… en 1979. Oui, il y a bien quatre années d’écart entre les deux saisons. Cela semblerait inimaginable à la télé de nos jours : la qualité est recherchée à chaque épisode. Fawlty Towers est alors la preuve possible d’une alliance parfaite entre l’humour, le divertissement et l’exigence. 

Fawlty Towers – extrait

Fawlty Towers : Fiche Technique

Créée par John Cleese, Connie Booth
Casting : John Cleese, Prunella Scales, Connie Booth, Andrew Sachs
Genre : Comédie
Format : 30 minutes
Premier épisode : 19 septembre 1975
Nombre de saisons : 2
Chaîne d’origine : BBC Two

Kids Return, un film de Takeshi Kitano : Critique

Avant Hana-bi et L’Été de Kikujiro, Takeshi Kitano avait déjà fait parler de lui avec Kids Return. Sixième film de cette figure populaire nippone, c’est véritablement celui-ci qui l’asseoit comme un cinéaste des plus singuliers.

kids-return-ken-kaneko-masanobu-andoAu contraire de la majorité de ses œuvres comme par exemple Violent Cop ou Sonatine, Takeshi Kitano n’apparaît cette fois-ci pas devant la caméra. Avec Kids Return, Kitano met en lumière un duo d’amis dont la destinée va les séparer, tout en les gardant très proches. Masaru et Shinji sont deux amis de longue date. L’école n’est pas vraiment leur tasse de thé, et ils préfèrent passer leur temps à glander sur le toit du lycée ou à faire les 400 coups, quitte à provoquer le désordre dans la salle de classe. Ils possèdent par ailleurs leurs petits repères comme ce café où un des élèves vient chaque jour, espérant avoir un ticket avec la serveuse, ou encore un petit restaurant servant de lieu de réunion au groupe de yakuzas. Masaru et Shinji se déplacent libres comme l’air sur leur vélo, Shinji pédalant et Masaru assis sur le porte bagage. Tournant en rond dans la cour de récréation, ils défendent les opprimés ou se révoltent contre l’autorité.

Après que Masaru se soit fait passer à tabac, les deux jeunes gens vont se lancer dans un nouvel objectif : devenir boxeur. C’est à partir de ce moment que le chemin tracé par la vie va les séparer. Si Shinji s’en sort plutôt bien, devenant même boxeur professionel, les résultats ne sont pas les mêmes pour Masaru. Le jeune homme commence alors à fricoter avec les yakuzas du restaurant qu’il fréquente. Les amis vont donc évoluer dans deux milieux très différents, mais vont vivre tous les deux un certain succès. Shinji devenant très vite l’un des meilleurs éléments de son club, ce qui va le pousser à faire des matchs professionnels et Masaru de son côté, va lui aussi devenir une figure prometteuse de la pègre, inspirant une certaine confiance à son patron.

kids-return-masanobu-ando-ken-kanekoCela a déjà été dit, mais le cinéma de Kitano possède une poésie marquante qui se base très souvent par des petites séquences ou des sentiments du quotidien. Kids Return ne déroge pas à la règle, et la représentation de cette amitié par Kitano est peut-être l’une de ses plus abouties. Malgré le fait que Masaru et Shinji gravitent dans des univers diamétralement opposés, on remarque que cette amitié, cette complicité que Kitano a exposé au début de son film, reste toujours présente. Ce qui est fort c’est que Kitano va garder une certaine pudeur, loin de faire de grands éclats lyriques à base de saut dans les bras de l’autre, d’hurlements de joie, ou autre. Les rencontres entre le boxeur et le yakuza se font au détour d’un café ou d’une salle de boxe. Ils restent la plupart du temps très pudique tout en disant très long -que ça soit un regard ou une discussion banale- même si cela ne dure que quelques instants. Une fois n’est pas coutume, Takeshi Kitano cultive ce sentiment de mélancolie, de nostalgie. Les deux compères ayant fait de nombreuses facéties ensemble, se retrouve séparés et dans un autre monde que celui dans lequel ils évoluaient avant. Ce sentiment déteint très vite sur le spectateur qui s’est très vite attaché à Masaru et Shinji et qui ne peut s’empêcher d’avoir un pincement au coeur quand il les voit là où ils sont. Kids Return est une ode à l’amitié, délivrée de façon subtile mais d’une puissance non moins phénoménale.

Kitano mélange encore une fois les genres et les tons, car malgré cette mélancolie omniprésente qui teinte tout le long-métrage, les rires se font eux aussi présents. Les pitreries des deux personnages principaux, ou même des séquences de stand-up interprétés par deux élèves, ajoutent un peu de gaieté à une histoire qui s’avère au final assez dure. Bien que Masaru et Shinji connaissant un certain succès dans ce qu’ils entreprennent, la réalité va les frapper de manière intense comme un retour de bâton ravageur. Une descente aux enfers pour deux gamins complètement dépassés par les événements. C’est bien évidemment dans cette fin dévastatrice que Kitano révèle toute la puissance de son récit. Une lueur d’espoir scintille dans le pessimisme ambiant. En résulte alors une fin parmi les plus réussies de l’histoire du cinéma, une conclusion douce-amère, qui ouvre vers de nouvelles perspectives. Masaru et Shinji, le vélo, la cour de l’école, le thème de Hisaishi se relance. Est-ce la fin ? Non, c’est à peine le commencement.

Kids Return : Bande-annonce

Kids Return : Fiche Technique

Titre original : Kizzu Ritân
Réalisateur : Takeshi Kitano
Scénario : Takeshi Kitano
Casting : Masanobu Ando, Ken Kaneko, Ryo Ishibashi, Atsuki Ueda, Yūko Daike…
Musique : Joe Hisaishi
Genre : Drame
Distributeur : La Rabbia
Durée : 107 minutes
Récompenses : Prix de l’Académie japonaise du meilleur espoir
Date de sortie 16 avril 1997
Date de ressortie 9 août 2017 – Version restaurée

Nationalité : japonais

 

 

Jules et Jim, un film de François Truffaut : critique

Il y a d’abord eu Jules et Jim, puis entre eux il y a eu Catherine, celle par qui l’histoire commence et se termine.

Synopsis : Paris, dans les années 1900 : Jules, allemand et Jim, français, deux amis artistes, sont épris de la même femme, Catherine. C’est Jules qui épouse Catherine. La guerre les sépare. Ils se retrouvent en 1918. Catherine n’aime plus Jules et tombe amoureuse de Jim.

« On s’est connu, on s’est reconnu, on s’est perdu de vue, on s’est reperdu de vue. »

Je n’avais pas revu Jules et Jim depuis plusieurs années avant de le visionner de nouveau pour les besoins de cet article. Je me souviens que le film m’avait fait forte impression la première fois que je l’avais regardé adolescente. Je ne l’ai pas revu par la suite, il a laissé chez moi cette sensation diffuse que l’on garde d’un film vu une seule fois, mélange de révération pour une œuvre marquante et ne gardant en mémoire que ce que je souhaitais conserver du film, sans véritable recul critique. En le revoyant, près de 10 ans plus tard, que reste t-il de ce que j’avais compris de Jules et Jim ?

La première chose que je remarque, c’est le caractère très littéraire du projet de Truffaut, à quel point la place du narrateur omniscient est importante. C’est le moyen utilisé par le réalisateur pour rendre compte du temps qui passe. C’est le texte qui prend en charge ce film, bien plus que l’image. Les lieux sont les décors d’une histoire qui pourrait aussi bien se dérouler ailleurs. Les dialogues sont nombreux, très nombreux, peut-être un peu trop d’ailleurs parfois. A ne compter que sur l’aptitude à déclamer de ses comédiens, Truffaut n’exploite pas la totalité de leurs talents respectifs. C’est dommage, la densité du texte emporte tout et laisse peu de place pour une mise en scène moins dialoguée.

Les personnages truffaldiens sont des philosophes, ils ne se laissent pas prendre par les vicissitudes du quotidien, ils abhorrent le trivial et ne connaissent rien d’autre que les discussions longues et lettrées, au cœur de la nuit, une cigarette à la main. C’est ce qui fait la beauté de ces amants : le fait qu’ils ne soient pas complètement crédibles, qu’ils ne soient pas entachés par la banalité de l’ordinaire. Leur relation échappe à la laideur des compromis qu’entraîne la vie. Cette recherche d’absolu n’est ni le fait de Jules, ni le fait de Jim mais celui de Catherine. C’est elle seule qui impulse le rythme de l’histoire, les changements de lieux et les rencontres qui font avancer l’intrigue, et c’est par son acte définitif que le film se termine. Avec Truffaut, on n’est pas dans le réalisme mais plutôt dans le fantasme, un bel emploi de cette machine à rêves qu’est le cinéma.

Que reste t-il alors de Jules et Jim tel que je m’en rappelais adolescente ? Bien sûr, Jeanne Moreau/ Catherine est toujours impériale, libre et passionnée, mais elle est aussi égoïste et inconséquente. Je trouve Jules et Jim finalement un peu lâches et apathiques quand je les vois aujourd’hui. Ils sont plus humains que le souvenir que j’en avais gardé.

Si je conserve un attachement certain pour Jules et Jim, c’est avant tout parce qu’il a bousculé des mœurs que je pensais difficilement ébranlables, autour du mariage, de l’amour, du couple. Je n’enlève pas ce talent de défricheur à Truffaut. Le cinéma va toujours plus vite que la réalité, avant d’être dépassé par elle pour à nouveau pouvoir y puiser et offrir au spectateur d’autres vies que la sienne.

Jules et Jim : fiche technique

Réalisateur : François Truffaut
Scénario : François Truffaut et Jean Gruault, d’après le roman d’Henri-Pierre Roché
Interprétation : Jeanne Moreau (Catherine), Oskar Werner (Jules), Henri Serre (Jim), Vanna Urbino (Gilberte), Serge Rezvani (Albert), Anny Nelsen (Lucie), Sabine Haudepin (Sabine), Marie Dubois (Thérèse), Michel Subor (Narrateur – voix)
Musique : Georges Delerue
Photographie : Raoul Coutard
Montage: Claudine Bouché
Producteurs : Marcel Berbert, François Truffaut
Distribution : Les Films du Carrosse
Récompenses : BAFTA Awards 1963
Durée : 105 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 24 janvier 1962
France – 1962

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