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Les films de l’été : Les Petits Mouchoirs de Guillaume Canet

Tout le mois d’août, les rédacteurs de CineSeriesMag vous font découvrir les meilleurs films de l’été. Aujourd’hui, on part en vacances au Cap Ferret aux côtés de Guillaume Canet et sa bande d’amis avec Les Petits Mouchoirs.

La qualité de la comédie de Guillaume Canet ne repose pas sur des images renversantes ou une technique incroyable mais sur sa manière de témoigner des liens amicaux. Il tisse un scénario au bon équilibre entre humour et moments plus touchants. Avec des scènes que l’on pourrait juger de « philosophie de comptoir », Les Petits Mouchoirs se révèle assez émouvant grâce à des personnages attachants et des problématiques universelles. Cette « bande de potes » a sa dose de secrets et de drames mais l’amitié triomphe toujours et c’est bien cela la véritable leçon à tirer du film. Malgré les rancœurs et les jugements, la beauté des souvenirs qui les lient et la dureté de la vie, malheureusement, leur rappellent toujours à quel point ils s’aiment. L’histoire oscille entre des ruptures, des déceptions amoureuses, puis des vannes que les uns font sur les autres ; ils ne s’épargnent pas mais pourtant ils ne se lâchent pas. Entre une Marion Cotillard qui enchaîne les coups d’un soir pour oublier son véritable amour dans le coma, un Laurent Lafitte d’une lourdeur incomparable et un François Cluzet qui marquera les esprits par des scènes où sa rigidité devient drôle ; la bande d’amis touche le public.

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La vie de chacun explose l’une après l’autre et c’est ce qui devient le fil conducteur du film. Guillaume Canet met le doigt sur tous les défauts qui rendent la vie en communauté impossible : l’égoïsme, l’angoisse, les non dits jusqu’à ce que tout éclate. Et comme le veut la vraie amitié, l’honnêteté fragilise les liens pour mieux les renforcer. Ils se perdent pour mieux s’unir dans une scène finale qui peut tirer quelques larmes. Tout cela grâce aux bons choix musicaux du réalisateur.

Qui dit été dit détente, vacances entre amis pour certains, repas sur la terrasse, soirées autour d’un verre de rosé, plage, sable chaud… Autant de caractéristiques que Les petits mouchoirs possède pour dresser une comédie chorale idéale à cette période de l’année. Le genre du « film d’amis » est souvent recherché et particulièrement pendant la période estivale où l’on a envie de se laisser porter et de se divertir. Difficile de contredire alors que ce film appartient bien à ceux qui peuvent rythmer nos étés quand toute l’histoire se déroule au Cap Ferret et que la scène mythique se déroule sur un bateau. Bien que l’on n’ait pas forcément envie de sortir les mouchoirs l’été et encore moins devant un film, l’humour de ce long métrage sait alléger le ton pour redonner envie aux spectateurs de passer des bons moments entre amis. L’apparition de Maxim Nucci (Yodelice), guitare à la main et amant d’un soir de Marie (Marion Cotillard) illustre à la perfection l’ambivalence de ton présent dans le film. La musique va alors rassembler les amis et ramener un peu de nostalgie à chacun qui pense tous à leur amis commun, dans le coma. Si c’est à table dans le film, on imagine volontiers le même groupe d’amis autour d’un feu de camp sur la plage en plein été. La réussite du film repose sans doute sur quelques clichés que chacun n’évaluera pas toujours comme l’été idéal mais une chose est sûre, les petits bonheurs entre amis en saison estivale, ce n’est jamais désagréable.

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Les Petits Mouchoirs : Bande Annonce

Synopsis : A la suite d’un événement bouleversant, une bande de copains décide, malgré tout, de partir en vacances au bord de la mer comme chaque année. Leur amitié, leurs certitudes, leur culpabilité, leurs amours en seront ébranlées. Ils vont enfin devoir lever les « petits mouchoirs » qu’ils ont posés sur leurs secrets et leurs mensonges.

Les Petits Mouchoirs : Fiche Technique

Réalisation : Guillaume Canet
Scénario : Guillaume Canet
Interprètes : Marion Cotillard, François Cluzet, Laurent Lafitte, Benoit Magimel, Gilles Lellouche, Jean Dujardin, Valérie Bonneton, Pascale Arbillo
Producteur : Allain Attal
Sociétés de production : Les productions du trésor, EuropaCorp Distribution, Caneo Films, M6 Films
Distribution : EuropaCorp Distribution
Durée : 154 minutes
Genre : comédie dramatique
Date de sortie : 2010

FRANCE – 2010

Hana-bi, un film de Takeshi Kitano : critique

Lion d’Or à Venise en 1997, Hana-bi, le 7ème film de Takeshi Kitano ressort en France cet été. Une occasion unique de (re-)voir une œuvre singulière et maîtrisée.

Synopsis : les inspecteurs Nishi et Horibe sont co-équipiers et amis depuis l’enfance. Mais la femme de Nishi est mourante, alors l’inspecteur prend sur ses heures de travail pour aller la voir à l’hôpital. Lors d’une de ces absences, Horibe est grièvement blessé et se retrouve paralysé.

Hana-bi, littéralement Feux d’artifices, est le film de la consécration internationale de celui qui, pourtant, en 1997, avait déjà une longue carrière derrière lui, que ce soit comme réalisateur (depuis Violent Cop, en 89, jusqu’à Kids Return, en passant par Sonatine), comme acteur (ses premiers rôles datent de la fin des années 60) ou encore comme comique (sur scène ou à la télévision). Film tour à tour comique, dramatique ou violent, Hana-bi montre toute la complexité du cinéma de Kitano.

Un monde de la violence

Le personnage principal, Nishi (interprété par Kitano lui-même qui, lorsqu’il est acteur, se fait appeler Beat Takeshi), pourrait très bien être un lointain cousin du Violent Cop (le premier film qu’il avait réalisé). Flic silencieux, aussi flegmatique que brutal, capable d’accès maîtrisés de violence, il semble parfaitement adapté à un monde aseptisé et déshumanisé où règne la violence. Toutes les relations sociales se placent sous le signe de la brutalité, tout le monde tape sur tout le monde, et le plus fort l’emporte.

Car le monde que décrit Kitano dans ce film est froid et silencieux. Les décors urbains qui enferment les personnages, les silences infinis, l’absence de toute forme de communication… Il faut attendre une demi-heure pour entendre la voix de Nishi. Et lorsqu’il va voir sa femme à l’hôpital, c’est simplement pour la regarder sans rien dire. Ce monde gris, froid et inhumain, n’est pas sans rappeler celui des polars de Melville.

Très vite se pose la question de la relation entre le travail et la famille. Nishi abandonne son poste régulièrement pour aller voir sa femme malade. Horibe, une fois paralysé, se retrouve abandonné par son épouse. Un jeune flic, abattu par un gangster, laisse une jeune veuve que Nishi prend sous son aile.

La mort omniprésente

Le point commun entre la vie de famille et le métier de flic ? La mort. La mort est partout dans ce film. Qu’elle surgisse par la maladie ou par les yakuzas, elle imprègne chaque personnage.

Et pourtant, cette mort omniprésente ne plonge pas le film dans le désespoir. Aucun pathos, bien au contraire. Avec une subtilité rare, Kitano parvient à un équilibre miraculeux entre drame et humour, un humour très pince-sans-rire qui, sous certains aspects, rappelle Jacques Tati. Le montage, les cadrages, le rythme des scènes, les imprévus, le réalisateur de Hana-bi parvient à employer les moyens cinématographiques pour arriver à ses fins.

Sublimer la mort et la violence

« Ça ne sert à rien d’arroser des fleurs mortes », dira un étranger à la femme de Nishi. Pourtant, c’est bien là le projet de l’ex-flic lors du voyage qui occupe toute la fin du film : redonner vie à son épouse, que tout le monde s’acharne à traiter comme si elle était déjà morte. Même si c’est là une vie toute éphémère, ces scènes sont les seules où la femme a vraiment l’air vivante : elle sourit, elle semble même débarrassée de la maladie. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si ces scènes joyeuses se déroulent en dehors du cadre urbain, à la montagne ou au bord de la mer, dans des lieux plus propices à la vie.

C’est là qu’éclate de la façon la plus manifeste le talent de Kitano, dans ces scènes à la fois drôles et émouvantes, cet équilibre incroyable qu’il parvient à atteindre avec maestria. Et, au-delà, cette captation des bonheurs éphémères est tout un art poétique pour le réalisateur, qui s’inscrit ainsi parfaitement dans la tradition du cinéma et de l’art japonais.

Revoir Hana-bi de nos jours, c’est savourer un film qui n’est pas seulement une grande réussite cinématographique, mais qui est un véritable art poétique du réalisateur Takeshi Kitano, un mélange de ses diverses influences, qu’elles soient nippones ou étrangères, en un équilibre subtil et remarquable.

Hana-bi : bande annonce

Hana-bi : fiche technique

Réalisateur et scénariste : Takeshi Kitano
Interprètes : Beat Takeshi (Nishi), Kayoko Kishimoto (la femme de Nishi), Ren Osugi (Horibe)
Musique : Joe Hisaishi
Montage : Yashinori Ohta, Takeshi Kitano
Photographie : Hideo Yamamoto
Producteurs : Masayuki Mori, Yasushi Tsuge, Takio Yoshida
Sociétés de production : Bandai Visual Company, TV Tokyo, Tokyo FM, Office Kitano
Sociétés de distribution : AFMD, La Rabbia
Genre : drame
Durée : 103 minutes
Date de première sortie en France : 5 novembre 1997
Date de ressortie : 5 août 2017

Japon-1997

Annabelle 2 : la création du mal, un film de David F. Sandberg : Critique

Après un premier film catastrophique, la célèbre poupée démoniaque Annabelle revient au cinéma pour une préquelle racontant les origines de la poupée. Si le long métrage n’évite pas les ficelles du genre, il n’en reste pas moins un tour de force technique, prouvant le talent de son réalisateur David F. Sandberg et une forme d’espoir pour le cinéma de genre hollywoodien.

Synopsis : Encore traumatisés par la mort tragique de leur petite fille, un fabricant de poupées et sa femme recueillent une bonne sœur et les toutes jeunes pensionnaires d’un orphelinat dévasté. Mais ce petit monde est bientôt la cible d’Annabelle, créature du fabricant possédée par un démon…

Issue de l’imagination horrifique du génial réalisateur James Wan (Saw, The Conjuring), Annabelle s’est rapidement fait un nom dans le cinéma d’horreur contemporain grâce à son apparition dans le film The Conjuring. Ce dernier, sous l’impulsion de la Warner, a entrainé un spin-off qui a été un carton commercial indéniable, tout en étant un échec critique absolument complet. Autant vous dire que la surprise fut agréable lorsque le réalisateur David F. Sandberg a été officialisé à la direction de cette préquelle. Notamment parce qu’il est un grand ami de James Wan, ayant produit l’adaptation de son court métrage Lights Out en long (le surprenant Dans le noir) mais aussi parce que le bonhomme a un sacré savoir-faire derrière la caméra. Un talent qu’il a confirmé dans le film précédemment nommé, en jouant habilement avec des jeux de lumière et de rythme habilement menés.

En toute logique d’une préquelle, Annabelle 2 se situe dans le passé, dans une époque rappelant les années 60, où un groupe d’orphelines sont recueillies par une bonne sœur et accueillies par un ancien fabriquant de poupées traumatisé par la mort de sa fille. Alors que les jeunes filles commencent à reconstruire leurs vies, des événements étranges commencent survenir au sein de la maison et vont cibler les résidents. De prime à bord, rien ne semblait justifier la sortie de cet Annabelle : la création du mal. Aussi bien par rapport à la succession à son ainé, l’un des films d’horreurs les plus épouvantables de ces dernières années, que part le postulat de base du long métrage, c’est-à-dire, raconter la création de la poupée elle-même. Tout cela paraissait être l’exemple typique de la démystification totale d’une créature de cinéma pourtant intéressante dans la construction de sa mythologie, basée avant tout sur la suggestion d’un redoutable pouvoir maléfique. Pourtant, Annabelle 2, malgré toutes les réticences subsistantes dans l’esprit de tout spectateur sain d’esprit, est, à la surprise générale, un bon film de genre.

Un modèle d’efficacité

Si on peut toujours émettre des doutes par rapport à la mollesse profonde du film précédent , David F. Sandberg reste sérieux et convoque des références solides du cinéma de genre, afin d’apporter une tension prenante au long métrage. La maison du diable de Robert Wise ou encore The Ring d’Hideo Nakata sont clairement cités au sein d’un long métrage clairement référencé mais qui n’en oublie pas d’avoir sa propre singularité. Si Sandberg use des mêmes ficelles récurrentes du style « wanesque », il préfère appuyer l’horreur visuelle, à coup d’effets visuels spectaculaires (attention à vos doigts). Jumpscares appuyés mais sachant être efficaces ou encore photographie très soignée se côtoient alors dans le même film, afin de préserver une tension palpable à chaque instant. Si on regrette tout de même une certaine lenteur au démarrage, Annabelle 2 sait préserver ses atouts pour mieux nous faire frissonner, apportant un niveau horrifique supérieur au long métrage.

Et quand bien même le film peut décevoir dans la construction de son récit, pas original pour un sou, la production Warner s’offre le luxe de surprendre par la qualité de ses interprétations. Peu ou pas de tête connue, à l’exception de Miranda Otto, célèbre Éowyn du Seigneur des Anneaux de Jackson, mais une succession de jeunes pousses talentueuses. On retiendra avant tout les prestations tout en finesse de Stéphanie Sigman (aperçue dans l’intro de Spectre) en bonne sœur protectrice et de Talitha Bateman, jeune californienne louée en interview par James Wan lui-même pour son talent naissant. Mais la plus grande surprise d’Annabelle : la création du mal provient avant tout de son dernier tiers, modèle de tension horrifique et d’efficacité, qui démontre le savoir-faire évident de son réalisateur. Sandberg ne se perd pas en divagations inutiles et sclérosées, ce qui avait notamment tué dans l’œuf le premier film, et décide d’aller droit au but, quitte à être un peu brut de décoffrage. En résulte un film certes classique mais rondement mené grâce à une mécanique très bien huilée. Ce qui est déjà, par rapport à la catastrophe totale de son aîné, une vraie réussite.

S’il n’est pas la révolution d’un genre noble, celui du cinéma d’horreur, Annabelle 2, par ses qualités inattendues, à l’instar de Ouija 2 : les origines, fait office de lueur d’espoir. Celle de voir les majors hollywoodiennes s’affranchir enfin des facilités cinématographiques en s’appuyant sur les créations horrifiques de ses réalisateurs talentueux. Celle aussi de prendre de jeunes formalistes du cinéma de genre, plutôt que des yes men sans aucune pertinence créative, afin de rehausser des projets à fort potentiel. Comme l’adage le sous-entend, à l’ouest rien de nouveau mais une seule certitude : pour espérer faire un bon film, rien ne vaut un bon réalisateur. Dans cette optique-là, Annabelle 2 est un succès car plutôt que de viser une révolution inespérée, il préfère prendre son temps et construire une mythologie saine pour mieux avancer. Dans la philosophie récente d’Hollywood, il s’agit d’une situation plutôt encourageante. On espère que le même chemin sera tracé pour les spin-off The Nun et The Crooked Man, également issus des films Conjuring, pour retrouver de vrais bons frissons au cinéma.

Efficace à défaut d’être révolutionnaire, Annabelle 2 est une réussite amplement due à la malice de son auteur, réussissant le tour de force inattendu de redorer le blason d’un univers étendu Malgré ses clichés et ses fils inhérents au genre et au ton qu’il adopte, le long métrage de David F. Sandberg (déjà à la tâche chez DC pour réaliser Shazam) permet à sa poupée de se remettre correctement en selle, avant un inévitable 3e opus, sans pour autant tutoyer les modèles du genre. Un film courageux et réussi qui donnerait presque envie d’être optimiste sur l’avenir du cinéma d’épouvante hollywoodien.

Annabelle 2 : la création du mal : Bande-annonce

Annabelle 2 : Fiche Technique

Titre original : Annabelle : creation
Réalisation : David F. Sandberg
Scénario : Gary Dauberman, d’après The Conjuring de James Wan
Interprétation: Stéphanie Sigman (sœur Charlotte), Talitha Bateman (Janice), Anthony LaPaglia (Samuel Mullins), Miranda Otto (Esther Mullins), Philippa Coulthard (Nancy)
Décors : Lisa Son
Costumes : Leah Butler
Montage : Michel Aller
Musique : Benjamin Wallfisch
Production : Peter Safran et James Wan
Sociétés de production : New Line Cinema, Atomic Monster Productions, The Safran Company et RatPac-Dune Entertainment
Sociétés de distribution : Warner Bros. Pictures (États-Unis) ; Warner Bros. France (France)
Langue : Anglais
Durée : 109 minutes
Genre : Horreur
Dates de sortie : 9 août 2017

États-Unis – 2017

Osiris La 9ème Planète gravite en DVD & Blu-ray chez Wild Side

Sortie ce mercredi 9 août chez Wild Side d’Osiris La 9ème Planète, film de science-fiction australien à petit budget qui a pour force d’avoir dans son équipe artistique Richard Hobbs, directeur artistique de Mad Max Fury Road. Mais l’habit ne fait pas le moine, et derrière le doux nom d’Osiris semblent résonner ceux d’« hommage à la science-fiction » et « nanar ».  

Synopsis : Dans un futur lointain, l’humanité part à la conquête de nouvelles planètes habitables. L’entreprise Exor est chargée d’organiser la vie dans ces nouveaux mondes. Mais un jour, Kane, un de ses principaux lieutenants, découvre que la planète OSIRIS, qui héberge sa fille, est menacée par un virus mortel. Il se lance alors dans une course contre la montre pour la sauver.

Aux ultimes frontières de l’hommage

Osiris a pour titre complet Science Fiction Volume One : The Osiris Child. Et ce n’est pas un hasard. En effet, le long métrage dirigé par Shane Abbess constitue une œuvre hommage à de grandes œuvres de science-fiction. De la séparation de R2D2 et C3PO dans Star Wars à « l’organisme parfait » d’Alien, en passant par le post-apocalyptique Mad Max-ien, Osiris enchaîne les citations. Construit en chapitres titrés, le film suit tant bien que mal son intrigue tant il est occupé à remplir son programme citationnel.

Il y a alors davantage l’effet « Hommage Volume One » qui est présent qu’un récit de science-fiction autonome, cohérent et construit. Hélas, si l’intrigue du métrage est simple, le récit lui est brouillon. La construction elliptique du scénario n’aide pas à son unité, sa cohérence.

« Dommage », se dit-on, lorsque l’on pense aux formidables effets spéciaux d’Osiris. Le film australien possède aussi de superbes images, mais il est affaibli par son casting. Les acteurs peinent à convaincre. Leurs performances, mêlées à des dialogues aux poncifs transpirant étrangement la série Z, semblent tendre les bras grands ouverts à la catégorisation « Nanar », voire « Navet ». La bande-son relève heureusement le niveau du long métrage et participe même à lui créer une certaine unité.

Ci-dessous, un extrait d’Osiris.

Raie bleue cosmique 

L’édition signée Wild Side possède un son et une image exemplaires. Vous ne trouverez en bonus qu’une featurette making-of d’une durée de 24 minutes et 10 secondes. Et bien sûr, vous aurez aussi accès aux éternelles bandes-annonces des prochaines sorties Wild Side, et ainsi qu’à celle du film.

Bande-Annonce : Osiris La 9ème Planète

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES DVD

Format image : 2.40, 16/9ème compatible 4/3

Format son : Français DTS 5.1 & Dolby Digital 2.0, Anglais Dolby Digital 5.1 – Sous-titres : Français – Durée : 1h35

Prix public indicatif : 19,99 € le DVD

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES Blu-ray

Format image : 2.40 – Résolution film : 1080p

Format son : Français & Anglais DTS Master Audio 5.1

Sous-titres : Français – Durée : 1h38

Prix public indicatif : 24,99 € le Blu-ray

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Ghost in The Shell en DVD/Blu-Ray depuis le 31 Juillet !

Ghost in The Shell étant à l’animé ce qu’est Mona Lisa pour le Louvre : la perspective de voir un gros studio d’en faire un remake à la sauce US n’avait rien d’engageant. C’était sans compter sur Rupert Sanders, qui en jouant la carte du fan éperdu, parvient à livrer un film fidèle aux canons esquissés par Masamune Shirow. 

Dans un futur proche, le Major est unique en son genre : humaine sauvée d’un terrible accident, son corps aux capacités cybernétiques lui permet de lutter contre les plus dangereux criminels. Face à une menace d’un nouveau genre qui permet de pirater et de contrôler les esprits, le Major est la seule à pouvoir la combattre. Alors qu’elle s’apprête à affronter ce nouvel ennemi, elle découvre qu’on lui a menti : sa vie n’a pas été sauvée, on la lui a volée. Rien ne l’arrêtera pour comprendre son passé, trouver les responsables et les empêcher de recommencer avec d’autres.

Mrs Robot…

Il est toujours difficile d’aborder le cas du remake de nos jours. Qui plus est, quand il consiste à s’emparer d’un chef d’œuvre de l’animation japonaise pour l’américaniser. C’est pourtant le pari entrepris par Rupert Sanders (Blanche Neige et le Chasseur), grand fan de l’animé, qui a voulu donner sa version de cette histoire mêlant conscience, âme et transhumanisme. Sur le papier, cela semblait en plus prometteur : Scarlett Johansson en Major, le rare Clint Mansell à la musique, et plus important encore la présence du grand Takeshi Kitano au casting. Et à l’écran ? Force est d’admettre que le film clivera : d’un coté, en charmant les néophytes qui seront récompensés par un film esthétiquement solide et nanti d’une Scar-Jo dans son élément ; de l’autre, en risquant d’irriter les fans purs et durs qui eux, seront sans doute décontenancés à la vue d’un film qui reprend le nom de son illustre aîné sans en reprendre toute la moelle qui l’a érigé en chef d’oeuvre. Et autant dire qu’à la rédaction, on penche davantage du coté des conquis. Et pour pas mal de raisons en fait. Le visuel est stupéfiant et ne se repose pas que sur des CGI, le casting est investi et surtout très hétéroclite (des américains, des danois, des japonais, des français) et on a droit à un scénario plutôt malin. Comprenez par là que le film, bien que taxé de white-washing (du nom de cette polémique fumeuse à Hollywood qui consiste à engager des acteurs caucasiens pour tout type de rôle) parvient à incorporer cette polémique dans son script et donc à rendre valable la présence de Scar-Jo dans le body du major, pourtant clairement asiatique.

Bonus in the Shell

Un tel projet nécessitant une débauche de moyens comme seul Hollywood pourrait le permettre, on se doutait que le projet saurait nous rappeler pourquoi cet univers aussi foisonnant a su se faire une place dans le coeur des geeks. Et ça n’a pas trompé. Bien qu’on regrettera encore une fois de voir la galette Blu-Ray plus étoffée que son homologue DVD, on ne boudera pas son plaisir devant les quelques modules contenus dans les bonus. D’abord, celui nommé « Humanité sous-jacente : la réalisation de Ghost in The Shell » qui tend à expliquer tout le processus créatif et la vision du cinéaste Rupert Saunders, puis « Homme et Machine : la philosophie des ghosts » qui essaie à son tour d’expliquer le principal enjeu du film, à savoir l’âme ; et enfin « Section 9 : cyber-protecteurs » qui se focalise sur la division du Major, chargé de limiter les dérives du transhumanisme contenues dans le film.

Caractéristique DVD

Image : 16/9 Full Frame 1.78 :1 / Durée : 1h42
Audio : Anglais, Anglais audio descriptif et Français Dolby Digital AC3 5.1 Surround Sous-titres: Anglais (sourds et malentendants), Danois, Néerlandais, Finnois, Français, Norvégien, Suédois
Bonus du DVD :
Section 9 : cyber-protecteurs / Homme et Machine : la philosophie des ghosts

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Caractéristiques Blu-ray

Image : 16/9 Full Frame 1.78 :1 / Durée : 1h46
Audio : Anglais Dolby Atmos, Anglais audio descriptif, Français, Hongrois, Italien, Japonais et Espagnol DolbyDigital AC3 5.1 Surround
Sous-titres: Anglais (sourds et malentendants), Danois, Néerlandais, Finnois, Français, Hongrois, Italien, Japonais, Norvégien, Suédois, Espagnol
Bonus du Blu-ray :
Humanité sous-jacente : la réalisation de Ghost in the Shell Section 9 : cyber-protecteurs
Homme et Machine : la philosophie des ghosts

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Caractéristiques Blu-ray 3D 
Audio : Anglais Dolby Atmos, Anglais piste audio descriptive, Espagnol, Français, Italien et Japonais Dolby Digital 5.1
Sous-titres : Malais, Cantonais, Tchèque, Danois, Allemand, Grec, Anglais, Espagnol, Français, Hébreu, Islandais, Italien, Japonais, Coréen, Hongrois, Mandarin, Néerlandais, Norvégien, Portugais, Roumain, Slovaque, Finnois, Suédois, Thaïlandais, Turc, Ukrainien, Anglais (sourds et malentendants)

Caractéristiques Blu-ray 4K 
Audio : Anglais Dolby Atmos, Anglais piste audio descriptive, Espagnol, Français, Italien et Japonais Dolby Digital 5.1
Sous-titres : Malais, Cantonais, Tchèque, Danois, Allemand, Grec, Anglais, Espagnol, Français, Hébreu, Islandais, Italien, Japonais, Coréen, Hongrois, Mandarin, Néerlandais, Norvégien, Portugais, Roumain, Slovaque, Finnois, Suédois, Thaïlandais, Turc, Ukrainien, Anglais (sourds et malentendants)

Bande-annonce : Ghost in The Shell

Les films de l’été : L’été de Kikujiro de Takeshi Kitano

Tout le mois d’août, les rédacteurs de CineSeriesMag vous font découvrir les meilleurs films de l’été. Aujourd’hui, ballade au Japon en compagnie de Kitano avec L’été de Kikujiro.

Quand on parle de l’été au cinéma, il y a forcément des titres qui viennent directement à l’esprit. Mais il y a surtout une évidence, une évidence aussi simple que le titre de ce film, L’été de Kikujiro de Takeshi Kitano. Considéré comme l’un des classiques de son auteur, le film sort en 1999 alors que Kitano est au sommet de sa popularité internationale, venant de remporter deux ans auparavant le Lion d’or à la Mostra de Venise pour son autre grande œuvre Hana-Bi. L’été de Kikujiro, c’est un véritable concentré de Kitano. Un yakuza interprété par le cinéaste, une mélancolie omniprésente, une réalisation composée de plans fixes, une lenteur calculée, des personnages hauts en couleurs, une bande-originale de Joe Hisaishi, tout cela se retrouve dans le 8ème film du réalisateur nippon.

L’été de Kikujiro est une sorte de road-trip, un voyage à travers le Japon dans lequel on va suivre un duo des plus inattendus. Le jeune Masao s’ennuie pendant ses vacances d’été, sa mère dont il n’a plus de nouvelles depuis bien longtemps lui manque. À ses côtés, Kikujiro, un yakuza vieillissant ayant un penchant pour les jeux d’argent (personnage directement inspiré du père de Kitano), va lui venir en aide afin de retrouver sa mère. Les voilà partis sur les routes du pays du soleil levant. Si le voyage démarre mal, Kikujiro profitant de Masao pour essayer de gagner aux courses, le duo va très vite vivre de nombreuses autres péripéties se caractérisant par la rencontre de personnages divers et variés, vivant en marge de la société.

Le film est beau, tout simplement. C’est la magie Kitano. Cet homme arrive à faire des films magnifiques avec une histoire à première vue extrêmement simple, et tout fonctionne. L’été de Kikujiro est peut-être son plus beau film. Kitano capte des moments qui confinent au sublime avec sa caméra. La séquence des jeux sur la plage entre Masao, Kikujiro et les motards en est l’exemple parfait. Sous leurs aspects de jeux idiots à base de déguisements ridicules, c’est le bonheur que Kitano imprime sur ses images. Un bonheur si bien retranscrit que l’on est obligé de sourire bêtement devant notre écran, car le cinéma de Kitano possède cette impressionnante faculté communicative. Cela marche pour la joie, mais aussi la mélancolie. Grand cinéaste de la mélancolie, Kitano n’a pas son pareil pour cultiver ce sentiment. L’été de Kikujiro en est bien évidemment teinté. Cette histoire de garçonnet cherchant à renouer avec sa mère, aidé par un yakuza ayant vécu la même chose, donne ce caractère maussade aux personnages qu’on partage avec eux. Jovialité et morosité se télescopent dans L’été de Kikujiro. D’un côté cet amusement avec ces personnages eux aussi abandonnés par la société, et de l’autre cette quête qui restera inachevée, le film nous fait passer du rire aux larmes en peu de temps.

La mélancolie et la joie ne sont-ils pas non plus les sentiments parfaits pour décrire des vacances ? La joie du moment, la mélancolie de ceux passés, le film de Kitano c’est un peu tout ça à la fois. Quand Kikujiro voit qu’il ne peut rien faire pour aider Masao, il décide de lui donner le sourire. Le yakuza va comme le prendre sous son aile et lui faire oublier cet abandon de la part de sa mère. Ils vont faire les quatre cents coups ensemble, Kikujiro devenant un véritable clown cherchant à amuser n’importe comment le jeune Masao. Il deviendra même une figure parentale pour l’enfant, prenant soin de lui et le sortant d’une mauvaise passe, lui redonnant espoir concernant sa maman. Une véritable complicité se forme entre les deux. Et forcément, nous, spectateurs vivons tout cela avec eux. Quand tout est fini, on est comme Kikujiro, et nous n’avons qu’une seule envie, le refaire un de ces quatre. Les rires se manifestent une dernière fois, avant de que chacun ne parte de son côté, repensant aux moments inoubliables qu’ils ont passés ensemble, de véritables souvenirs de vacances.

Tout cela se finit alors que résonne une dernière fois cette mélodie entêtante de Joe Hisaishi, ces petites notes de piano résumant à la perfection ce tourbillon de sentiments que nous a fait vivre ce film. Summer, jamais un nom de morceau n’aura été aussi bien choisi et jamais un morceau n’aura aussi bien collé à un film et à ce qu’il renvoyait. Et si L’été de Kikujiro est aussi marquant, ce n’est pas seulement dû à Kitano, mais également à son fidèle acolyte Joe Hisaishi. Ce thème va revenir tout au long de ce voyage, ponctuant les aventures rocambolesques de Masao et Kikujiro. D’une simplicité n’ayant d’égal que sa beauté, Summer peut à lui seul faire tirer une larme ou esquisser un sourire sur un visage. Kitano et Hisaishi se sont compris, et leur œuvre aura résolument marqué les esprits. Ces petites choses de la vie, ces émotions, cette bonne humeur, cette nostalgie, L’été de Kikujiro est le film parfait pour l’été.

L’été de Kikujiro – Bande Annonce

L’été de Kikujiro – Fiche Technique

Réalisation et scénario : Takeshi Kitano
Interprétation : Takeshi Kitano ( Kikujiro), Yusuke Sekiguchi (Masao), Kayoko Kishimito (La femme de Kikujiro), Kazuko Yushiyuki (La grand-mère de Masao)..
Image : Katsumi Yanagishima
Montage : Takeshi Kitano
Musique : Joe Hisaishi
Producteur : Shinji Komiya, Masayuki Mori, Takio Yoshida
Société de production : Bandai Visuel, Tokyo FM
Durée : 121 minutes
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 20 octobre 1999

Japon – 1999

Vous pourrez (re)voir le film en version restaurée ce mercredi 9 août 2017, dans le cadre du cycle « Chemins de Traverse »

Interview de Benoit Marchisio, auteur de Génération Propaganda

En début de ce mois de Mai 2017, Playlist Society a édité un nouvel essai nommé Génération Propaganda, l’histoire oubliée de ceux qui ont conquis Hollywood. Après la mise en lumière de Mad Men en Avril, place à Propaganda Films dont l’histoire peu connue du public nous est ici déterrée et présentée par Benoit Marchisio. Rencontre avec l’auteur-archéologue du livre…

Le mot de l’éditeur : A travers des anecdotes, des témoignages et des analyses thématiques, l’ouvrage retrace l’histoire de la société de production Propaganda Films et examine son impact sur l’économie du monde du divertissement entre 1980 et 1990. Clips, publicités, films et séries télévisées, elle a favorisé l’essor des Guns N’Roses, de Madonna et a participé au lancement de Twin Peaks et de Beverly Hills 90210.

 1 / Benoit Marchisio, qui êtes-vous ?

« Eh bien j’ai 31 ans, je collabore régulièrement avec le magazine SoFIlm, souvent sur des articles qui partagent la même ambition que Génération Propaganda : raconter l’envers du décor d’un film, d’une série ou d’un phénomène, dans quelque format que ce soit. J’apprécie notamment le format histoire orale – que j’ai longuement considéré pour le livre, avant de renoncer – même si une écriture plus conventionnelle m’intéresse également. A part ça, je travaille chez France Télévisions à l’acquisition de longs-métrages. »

2 / En lisant votre livre, l’impression de lire un film se ressent fortement. On commence par une fête légendaire, où tout brillerait avec une impression de ralenti. Vous exposez dès le début l’apogée de Propaganda pour ensuite revenir sur ses débuts. Vous racontez ensuite leur histoire qui tend à suivre le modèle du « rise and fall ». Enfin, vous présentez dans l’épilogue le « destin » / le présent de chacun des grands agents de l’entreprise, ce qu’on peut voir dans bien des biopics. Ce qu’on a encore récemment pu voir dans la série ‘American Crime Story : The People v. O.J. Simpson’.
Alors, avez-vous écrit – consciemment ou inconsciemment – cette Histoire du cinéma, comme une histoire de cinéma ?

«  Totalement. Lorsque j’ai parlé avec mes éditeurs, Laura Freducci et Benjamin Fogel, de mon idée d’écrire un livre sur une société de production disparue depuis plus de quinze ans, la première remarque qu’ils m’ont faite, et à raison, c’est : « mais ça intéresse qui ? »Propaganda Films a beau avoir eu dans ses rangs des metteurs en scène très connus, comme David Fincher, Michael Bay ou Spike Jonze, elle demeure très largement inconnue. Et puis nous n’allions pas parler des films emblématiques de ces metteurs en scène mais de leurs débuts, évoquant des clips d’artistes célèbres, mais aussi des choses moins glamour, comme les publicités. Et comme l’ambition des éditions Playlist Society est d’éviter tout exercice universitaire pompeux s’adressant à une niche de lecteurs, il fallait trouver un format de lecture susceptible d’introduire un tel sujet de la manière la plus accueillante possible. On avait donc deux axes : les noms des participants à cette aventure, relativement célèbres, et l’idée de faire un récit « romancé ».

J’aimais bien l’idée d’en faire un livre avec un (relatif) suspense : commencer avec une scène forte pour capter l’attention, introduire les personnages, puis suivre un schéma de film de mafia avec la première moitié où tout se passe bien et la seconde où tout s’écroule, le tout entrecoupé de quelques flash-back. Cela demande du boulot, forcément, parce qu’on a plusieurs balles en l’air en même temps, mais c’est très amusant à faire. Et il y avait quelques moments forts à amener : Twin Peaks, Alien 3, les clips de Madonna, Dans la peau de John Malkovich. L’idée étant toujours de ponctuer la lecture avec ces éléments un peu plus familiers tout en ne s’interdisant jamais d’aller dans le détail d’événements plus méconnus mais pourtant essentiels. C’est un contrat qu’on passe avec le lecteur : je vais te parler d’un truc que tu ne connais pas forcément mais suis-moi, on va bien rigoler. »

3 / Concernant Michael Bay, les déclarations sont-elles vraiment d’hier ? Par exemple, ce que dit Howard Woffinden (pages 108 & 109) de Bay colle complètement à son cinéma tel qu’on le connait aujourd’hui. Alors je me suis posé la question de l’historicité. Ne seraient-ce pas des déclarations à posteriori sur le bonhomme ?

« Pour que ce soit clair : toutes les interviews retranscrites dans le livre ont été effectuées entre avril 2015 et décembre 2016. Je n’ai quasiment rien utilisé qui soit antérieur à ces dates. Donc tout est a posteriori, d’un certain point de vue.»

Michael Bay, en plein tournage de ‘Transformers The Last Knight’

« Je suis d’accord qu’à partir du moment où on convoque le souvenir de quelqu’un qui est devenu un personnage bigger than life aujourd’hui, les déclarations peuvent être faussées. Mais tous ceux que j’ai interviewés au sujet de Michael Bay avaient tous un discours similaire : un homme qui arrive en Porsche à 22-23 ans au boulot et qui veut qu’on le remarque, ça marque – surtout quand on est plus âgé. A ce moment-là, on peut s’autoriser quelques citations croustillantes. Mais j’ai toujours essayé d’éviter de citer ceux qui me disaient : « on voyait déjà que Fincher était un génie », par exemple. C’est toujours délicat, et ça n’apporte pas grand-chose. »

4 / Et, pour continuer sur l’historicité, avez-vous trouvé des déclarations de la part des agents de Propaganda qui aient été faites / enregistrées véritablement à l’époque ? On pourrait se poser la question de la construction de la légende Propaganda. Votre livre tend à exposer la légende Propaganda Films – notamment construite à travers des déclarations grandiloquentes et nostalgiques (je pense notamment à cette fête du début) et sa réalité.
Un exemple : les réalisateurs voulaient avoir accès au cinéma, cet outil narratif qui touche un grand public, en soit ils voulaient donc avoir accès plus profondément à la culture populaire (Fincher va même bosser sur l’une de ses licences phares, ‘Alien’). Mais vous relativisez ce rapport en parlant de « conquête de culture de masse » (page 103).
Alors, en tant qu’auteur, avez-vous justement cherché à travailler le rapport entre la fiction (le légendaire) et le factuel ?

« Sur la fête du début, je veux bien croire ce qui y ont assisté quand ils me disent qu’elle était absolument hallucinante. Et puis, le fait d’entamer le prologue par « si tu t’en souviens, c’est que tu n’étais pas là », cela annonce aussi que tout ce qu’on vous raconte au sujet de cette soirée est à prendre avec un grain de sel. Ça construit une légende, si on veut, mais c’est surtout pour dire qu’Hollywood à l’époque, c’est du fric qui pleut sur les producteurs, une liberté relative mais réelle pour les réalisateurs et une exacerbation du « glamour » de la grande époque permis justement par ces millions de dollars.

Les équipes de Propaganda Films avaient un certain culte du secret : pas de photo, pas d’interview, très peu de reportage. Il existe des articles de l’époque à leur sujet, notamment dans les revues professionnelles, mais même là, le discours est toujours très positif : les financiers ou les managers parlent de conquête de marché, de revenus… Je ne voulais pas faire une simple compilation d’interviews glanés ici et là. Il fallait aussi aller leur parler, pour certains les rencontrer, justement pour creuser des aspects trop dithyrambiques, sans tomber dans le règlement de comptes. Je veux bien admettre que je suis entièrement tributaire de ce que l’on a bien voulu me raconter. Mais je pose des questions ancrés dans les faits : soit j’arrive avec des chiffres, soit j’arrive avec un clip, un film, une pub, un épisode de série avec des noms au générique et des questions précises sur un plan, une participation, une méthode de travail… Donc vous avez une matière immense (j’ai dû compiler près de 100 heures d’interview) dans laquelle vous piochez pour raconter l’histoire qui vous semble la plus juste au vu de l’immense corpus de ce qui existe – et de ce que vous ignorez. »

L’un des deux clips préférés de l’auteur, ici, celui pour Steve Winwood réalisé parDavid Fincher

5 / Concernant cet objet d’étude qu’est Propaganda Films, pourquoi ce choix d’écrire sur eux ? Est-ce que vous considériez qu’on en parlait sans véritablement connaître le sujet (notamment en France) ? Ou, pour poursuivre la question précédente, vouliez-vous proposer une véritable réflexion sur cette boîte devenue légendaire, icône ?

 « Je suis tombé sur Propaganda Films en m’intéressant au cinéma de David Fincher, il y a plus de dix ans. On évoquait son existence dans des articles ou des monographies, sans jamais aller plus loin. Lors de la rédaction d’un article sur ses jeunes années au moment de la sortie de Gone Girl, je me rends compte que Propaganda a accueilli pas mal de metteurs en scène toujours en activité en ses murs et a participé à des séries très connues, notamment Twin Peaks et Beverly Hills 90210. Je me dis qu’il est intéressant de se pencher sur ce cas, parce qu’il est emblématique : une petite société qui grandit, grossit, révèle des talents qui ensuite s’envolent vers d’autres horizons avant que la structure ne disparaisse. En soit, c’est la vie de centaines de sociétés dans le monde du cinéma. Mais celle-ci avait cela de particulier qu’elle a su s’emparer d’une esthétique et la sublimer.

Ce qui m’intéresse aussi quand je propose de parler de Propaganda, c’est de voir comment des réalisateurs qui aujourd’hui dominent le box-office (ou ont dominé), ou qui en tout cas ont marqué ma génération de cinéphiles (Seven, Dans la peau de John Malkovich, Armageddon, qu’on aime ou pas, on a vu ses films et ils font partie de notre imaginaire) sont nés. Comment un processus industriel arrive à engendrer des réalisateurs de talent qui eux-mêmes s’épanouissent dans un environnement extrêmement balisé. Cela englobe la complexité d’une industrie et la particularité d’une trajectoire personnelle. En terme de dramaturgie (pour revenir à vos premières questions), c’est pas mal. »

6 / Votre livre est aussi intéressant quant à son travail de l’Histoire. À sa lecture, une impression se dégageait, celle d’avoir affaire à une gigantesque toile emplie de nœuds (par exemple : les clips anglais / la création de MTV aux États-Unis). Comment avez-vous travaillé votre recherche historique ? Et n’avez-vous pas eu peur de vous perdre ou de perdre le lecteur dans toute cette toile ?

« Si Propaganda Films est le berceau d’une génération de metteurs en scène, elle est elle-même l’enfant d’un contexte industriel, économique et esthétique particulier. Celui-ci, c’est la domination de MTV sur la culture musicale de masse dans les années 1980. Une fois que vous avez compris cela, vous creusez la documentation existante. Il y a notamment un livre absolument formidable sur l’histoire de MTV, I want my MTV, de Craig Marks et Rob Tannenbaum. C’est passionnant de bout en bout parce qu’ils ne jugent pas le phénomène, ils cherchent à le comprendre et à l’expliquer. Un autre livre a été très important aussi, notamment sur l’aspect industriel de la musique : How music got free, de Stephen Witt, sur l’arrivée du MP3, racontée de trois point de vue différents, celui d’un patron de label, d’un pirate et d’un ingénieur. A partir de là, vous trouvez de nouvelles pistes, vous appelez des gens, qui vous donnent d’autres noms, etc. D’ailleurs, la première chose à bien cerner, c’était le contexte. Comme vous dites, c’est une toile immense, beaucoup de choses se cristallisent dans les années 1980 : la musique ne fait plus que s’écouter, elle se regarde aussi. Donc il faut des gens pour réaliser ces clips, et il faut bien aller les chercher quelque part. C’est cela qu’il faut avant tout mettre en scène quand vous voulez parler de la jeunesse de réalisateurs de films qui ont commencé dans le clip.

Une fois toutes ces infos récoltées, on les organise au mieux pour ne pas noyer le lecteur. Si j’ai fait une partie du boulot, c’est aussi là que les éditeurs entrent en jeu. Vous êtes à fond dans votre histoire et l’éditeur se met toujours à la place du lecteur. C’est un exercice intéressant, parce qu’il pointe les parties superflues, celles qui demandent plus d’explications. A trois, on collabore pour que ce soit le moins indigeste possible. »

MTV, scène télévisuelle sur laquelle s’exposera la bande de Propaganda Films.

7 / Page 89, vous écrivez que Propaganda Films « a su imposer une esthétique inédite et expérimentale ». Page 131, vous notez que les metteurs en scène devaient avoir une marge de manœuvre pour pouvoir imposer « leur style, qu’il soit léché pour Fincher, ou plus pompier chez Michael Bay ». Alors, l’esthétique de Propaganda, comme vous avez pu l’expliquer, est formidable notamment parce qu’elle est hétérogène. Nous avons plusieurs réalisateurs, aux styles différents. Mais alors peut-on vraiment dire qu’ils ont su imposer une esthétique ? Peut-on même dire que Propaganda Films avait une identité esthétique propre – même s’il y avait certaines méthodes, un certain savoir faire qui se retrouvait chez chacun d’entre eux ?
Aussi, au regard de la grande Histoire du cinéma, et lorsqu’on sait à quel point Propaganda a été inspiré par des films comme ‘Blade Runner’, peut-on dire que leur esthétique fut unique et expérimentale ? Ne devrait-on pas plutôt dire que leur esthétique fut unique et expérimentale à la / pour la télévision ?

« David Bordwell, dans The way Hollywood tells it, estime que l’esthétique hollywoodienne, qui fait avancer une histoire par des moyens sensibles, n’a pas véritablement changé depuis les années 1930, qu’elle est juste la continuation des mêmes objectifs (une narration claire conduite par un personnage au centre du récit) par d’autres moyens. Par exemple, on coupe beaucoup plus que dans les films des années 30 ou 50, mais in fine, on raconte la même chose. Prenez L’affaire Thomas Crown et Thomas Crown : c’est la même histoire, avec une esthétique totalement différente, mais dont l’objectif est similaire, raconter les affres d’un voleur de génie. L’un est plus rythmé, plus virtuose que l’autre (je parle du McTiernan), mais il reste un film hollywoodien avant tout.

Quand je dis que l’esthétique de Propaganda est « inédite et expérimentale », je le fais parce que j’ai introduit plusieurs aspects qui me permettent d’appuyer cette hypothèse : une maîtrise absolue de la technologie, une connaissance aiguë du marché visé et la « commercialisation » comme seul objectif – c’est ce que j’appelle la domination du « pitch », ces courts résumés censés résumer une intrigue pour appâter le spectateur. Dans le clip, vous avez 4 minutes, une pub, parfois guère plus de 30 secondes. Il faut accrocher très vite et vendre tout de suite. L’histoire, l’évolution du personnage, elle, n’est guère importante – sauf plus tard, notamment chez Fincher, qui fait de « Bad Girl » de Madonna, un petit court-métrage, ou chez Dominic Sena, avec « Rythm Nation ». Blade Runner marque par son look. Mais son esthétique, celle qui permet de faire avancer le récit par des moyens sensibles, s’inscrit dans une narration. Pas dans un objectif mercantile, uniquement.

Propaganda Films était en majeure partie une société de production de clips et de pubs. Et les clips et les pubs sont là pour vendre un CD deux-titres ou une brosse à dents. L’esthétique hollywoodienne, jusqu’au début des années 80, était au service de l’histoire. C’est après qu’avec un certain nombre de vecteurs, notamment le placement de produit ou la franchisation, elle s’est à son tour mise au service d’objectifs mercantiles. Mais sans jamais oublier de raconter une histoire. Le clip ou la pub c’est de la sensation. A mes yeux, ce n’est pas tout à fait pareil… »

8 / Le Graal de Propaganda Films était le cinéma. Et pourtant, il semble qu’il ait été l’objet de la destruction de la société. Et on peut penser que les plus aguerris s’en sont sortis, abandonnant alors le bateau face à l’iceberg en vue. Est-ce que vous pourriez revenir dessus ?

« Vous avez beau avoir un deal avec Polygram, distributeur et producteur de films anglais, filiale de Philips, et la possibilité de développer des projets, vous n’êtes pas tout seuls quand vous voulez faire du cinéma à Hollywood. Les producteurs installés et les studios ont bien vu que ces mecs-là savaient parler aux jeunes et pouvaient tenir des budgets grossissants. On leur a proposé des films que Propaganda Films ne pouvaient pas leur proposer : Bad Boys, Alien 3
Et puis le deal avec Philips était le ver dans le fruit. Quand ces derniers ont vu le MP3 grignoter les parts de marché du disque, ils ont anticipé la crise et vendu toutes les branches qu’ils possédaient et qui produisaient du contenu potentiellement dématérialisables. Forcément, ça précipite les choses. »

David Fincher sur le tournage d’Alien 3′

9 / On ne se rend pas compte à quel point l’ère du clip (et de Propaganda Films) a pu influencer l’industrie cinématographique avec des concepts comme le pitch, le packaging d’un film. Aussi des personnalités comme Michael Bay ont participé à la mise en place et la vente du Blockbuster tel qu’on le connait aujourd’hui. Dernièrement dans un article de GQ, James Gunn et d’autres cinéastes expliquaient aujourd’hui que le film était programmé (notamment la date de sortie) avant même qu’il y ait un script. Est-ce que vous pensez que cela peut être un résultat, un héritage ou la continuité des traces laissées par Propaganda Films et ses agents sur le cinéma ?

« Ce que vous décrivez était déjà bien entamé avant même que Propaganda ne s’introduise dans le cinéma, ou que Marvel en commence à mettre en branle son énorme machine : dès 1989, Batman de Tim Burton est packagé comme un film, un album (avec le single de Prince, Batdance), un produit dérivé (des jouets dans le Happy Meal), le tout adapté de comics qu’on ressortait pour l’occasion. La mercantilisation du cinéma était déjà en marche.

Que l’esthétique de Propaganda en particulier et celle des clips en général, relayée par MTV, ait influencé les producteurs et les réalisateurs, c’est un fait – regardez la production de Jerry Bruckheimer pour vous en convaincre. Leur échec a été de ne pas avoir su faire grandir les talents maison pour les amener dans les salles. Mais ils ont marqué l’industrie, c’est sûr.

Ce qui est décrit dans l’article de GQ est la conséquence d’une industrie qui ne prend plus de risques et qui est arrivé à un stade ultime de mercantilisation, qu’on peut voir comme ayant eu ses racines dans cette alliance entre MTV et Hollywood : on sort un film comme une nouvelle gamme de produits quelconque, avec des études de marché, des publics cibles, à la tête desquels on met des réalisateurs sans grand univers, justement (il y a toujours des exceptions, bien entendu…). On essaie de gommer au maximum le risque inhérent à une industrie qui ne produit que des prototypes. Le Marvel Cinematic Universe, par exemple, ce n’est que ça : la promesse d’une vingtaine de films tous convoquant des personnages connus. »

10 / Enfin, vous avez du revoir une quantité astronomique de clips (notamment tous ceux de Propaganda ; d’ailleurs sont-ils tous visibles sur le net ?). En avez-vous deux que vous souhaitez absolument exposer à nos lecteurs ?

« Il existe un site fabuleux : Internet Music Video Database, le Imdb du clip. Il n’y a pas tout, mais c’est un outil très utile. Vous trouverez la plupart des clips cités dans le livre.

Si j’en ai deux :

Steve Winwood : Roll with it, de David Fincher

Meat Loaf : I would do anything for love, but I won’ do that, de Michael Bay »

Ci-dessous, le deuxième clip préféré de l’auteur, ici réalisé par Michael Bay.

Génération Propaganda, l’histoire oubliée de ceux qui ont conquis Hollywood

Édité par Playlist Society

Disponible depuis le 03 Mai 2017

Prix : 14 euros

 

La planète des singes : Suprématie, Les filles d’avril : les films à voir ce week-end du 5 août 2017

Chaque semaine, une dizaine de nouveaux titres se partagent l’affiche. Dur de s’y retrouver. Heureusement, CineSeriesMag fait le tri pour vous. Ce week-end on vous conseille La planète des singes : Suprématie et Les filles d’Avril.

Cette semaine marque la sortie du troisième volet de la trilogie simiesque. On vous conseille fortement La Planète des singes : Suprématie. Ce dernier opus est une fresque épique et émouvante, renforcée par l’allégorie sociétale qu’elle constitue. Avec la fin des aventures de César, Matt Reeves signe le blockbuster de l’été. La performance d’Andy Serkis est saisissante dans le rôle du singe leader et Woody Harrelson s’avère très convaincant dans le rôle du vilain. La Planète des Singes : Suprématie marque aussi l’avènement d’une nouvelle ère pour le cinéma avec une véritable révolution au niveau des d’effets spéciaux.

On vous invite à voir la dernière œuvre de Michel Franco qui, avec Les filles d’Avril, signe un long-métrage sombre et directe mais teintée de douceur. Un film qui allie la beauté et la tendresse qui se dégage de ses actrices conciliées avec la folie inhérente au récit. Emma Suarez y est splendide dans le rôle d’Avril, une mère qui s’occupant de l’enfant de sa fille, va franchir la limite..

Plongez une nouvelle fois dans la filmographie du réalisateur mexicain Luis Buñuel qui connaît une rétrospective dans les salles obscures. Une bonne occasion de revoir Belle de jour et La Voie Lactée.

Toujours à l’affiche

On vous conseille le spectacle visuel de Valérian et la cité des mille planètes, l’histoire d’amour de My Cousin Rachel et l’idylle de Walk with me. Vous pouvez encore découvrir le film de guerre Dunkerque de Nolan et la perle musicale Baby Driver.

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Les Filles d’Avril, un film de Michel Franco : Critique

Après quatre longs métrages et un documentaire très remarqués, Michel Franco n’est plus le bleu de l’année. Avec son dernier film Les Filles d’Avril, il continue pourtant de surprendre et de ravir les jurys de festivals (Grand Prix du Jury, section Un Certain Regard à Cannes) avec son cinéma sombre et sans une once de graisse, mais cette fois-ci nimbé d’une certaine forme de douceur

Synopsis : Valeria est enceinte, et amoureuse. A seulement 17 ans, elle a décidé avec son petit ami de garder l’enfant. Très vite dépassée par ses nouvelles responsabilités, elle appelle à l’aide sa mère Avril, installée loin d’elle et de sa sœur. À son arrivée, Avril prend les choses en mains, et remplace progressivement sa fille dans son quotidien… Jusqu’à franchir la limite. …

Møther

Sans nul doute que Michel Franco, tout autant que Michael Haneke, doivent en avoir ras la casquette qu’on compare sans arrêt le premier au dernier. Cette comparaison semble cependant inévitable, tant la filmographie de Franco le place dans le sillage immédiat de l’autrichien. Certaines scènes vraiment dérangeantes de son cinéma pourraient même le rapprocher d’Ulrich Seidl, cet autre König autrichien de la provocation.

Les Filles d’Avril ne déroge pas à la règle du film clinique et froid, minimaliste et enrobé d’une bonne couche de cruauté qui est la marque de fabrique de Haneke, mais donc également de Michel Franco depuis le début (Ana y Daniel, Despuès de Lucia, Chronic). Totalement identifiable, mais avec cette fois-ci un je ne sais quoi de différent qui rend le film moins difficile à regarder que les précédents. La maîtrise de sa discipline peut-être, qui est de plus en plus robuste, ce qui fait que son dernier film est également le meilleur à ce jour.

Habitué aux entames percutantes, Michel Franco commence son film par les bruits explicites d’une relation très sexuelle en cours, provenant d’une chambre fermée. Une bande-son qui accompagne une jeune femme impassible, voire éteinte, au centre de l’écran, en train de préparer le repas dans la pièce adjacente comme si de rien n’était : il s’agit de Clara (Joanna Larequi) , et la « crieuse » est Valeria (Ana Valeria Becerril, une révélation) sa jeune sœur de 17 ans, une madone qui finit par émerger de la chambre, nue comme un ver et le ventre bien arrondi, suivie de près par son tout aussi jeune amant Mateo (Enrique Arrizon, beau et quelconque à la fois) . Le sens du cadre du cinéaste se fait sentir dès ces premières scènes, très belles, d’autant plus que le choix de cette magnifique maison de bord de plage à Puerto Vallarta lui donne de la très belle matière.

Le film s’appelle les Filles d’Avril, mais le vrai sujet c’est Avril elle-même (splendide Emma Suarez), une femme fantasque que les deux sœurs n’ont pas jugé bon de mettre au courant de la grossesse de sa petite Valeria encore mineure, une grossesse pourtant déjà bien avancée. Seules, les finances qui deviennent rares ont obligé Clara de prendre contact avec elle, et sans que l’on ne sache vraiment pourquoi ni comment, la mise en scène étant sèche et expéditive, on comprend d’emblée que cette mère a une relation tourmentée avec ses filles.

Le retour d’Avril parmi les siennes est filmé par petites touches qu’on pourrait qualifier d’insidieuses. Avril, belle, lumineuse, zen presque avec sa nouvelle lubie du yoga, n’est que douceur et amour maternel dans ses actes quand en réalité elle étouffe ses filles tel un boa constrictor. Clara d’abord en fait les frais la première, que les remarques puis les actions énergiques de sa mère par rapport à son léger surpoids prive de toute capacité, ni même d’envie de résistance. Puis, quand le bébé de Valeria naît, la transformation d’Avril est à l’œuvre, et la fait passer presque dans les mêmes plans, dans les mêmes scènes, d’une mère attentionnée à un être inquiétant, un ogre qui va essayer de tout dévorer sur son passage.

En apparence, ce nouveau film de Michel Franco est moins dur, moins violent et moins malsain que les précédents films dont les sujets mêmes étaient déjà très dérangeants (kidnapping, inceste, meurtres). Ici, la douceur de la maternité, celle de Valeria, et celle supposée d’Avril vient tempérer le propos habituellement étouffant de Franco. On pourrait même parler de tendresse dans certaines scènes. Et c’est là que le cinéaste attrape le spectateur dans ses filets : sous la beauté et la sensualité hypnotisantes d’Emma Suarez qui masquent tout, une merveilleuse actrice espagnole dans un rôle bien différent de celui de Julieta qu’elle tenait dans le très beau film d’Almodovar, c’est bien la tempête qui se prépare, la folie délirante qui s’échappe en crescendo et qui tout d’un coup le submerge, lui, le spectateur qui n’a presque rien vu venir.

Comme à son habitude loin de tout jugement, Michel Franco donne en pâture sans donner de direction les travers des uns et des autres, dans un mode de narration austère ; travers mis à nu par l’absence de la musique, disséqués dans ces longs plans fixes qui sont sa signature : manipulation, trahison, veulerie, mensonges, et pire encore. Mais que le film s’appelle Les filles d’Avril serait peut-être pour les optimistes indécrottables, le signe d’une empathie du cinéaste envers ces dernières plutôt qu’envers leur mère, des filles globalement victimes d’une mère désastreuse.

Interprété magnifiquement par Emma Suarez et la jeune Ana Valeria Becerril, mais également par Joanna Larequi qui montre avec un jeu très minimaliste toute l’étendue de la souffrance de Clara, son personnage, Les Filles d’Avril est un très beau film qui réconciliera certainement le cinéaste avec les cinéphiles qui aiment sa mise en scène sans forcément avoir envie d’acheter la violence de ses sujets.

Les filles d’Avril : Bande annonce

Les filles d’Avril : Fiche technique

Titre original : Las Hijas de Abril
Réalisateur : Michel Franco
Scénario : Michel Franco
Interprétation : Emma Suárez (Abril), Ana Valeria Becerril (Valeria), Enrique Arrizon (Mateo), Joanna Larequi (Clara), Hernán Mendoza (Gregorio
Photographie : Yves Cape
Montage : Michel Franco, Jorge Weisz
Producteurs : Moises Zonana, Michel Franco, Lorenzo Vigas Castes, Coproducteurs : Grégoire Lassalle, Juliette Sol
Maisons de production : Lucia Films
Distribution (France) : Version Originale/Condor
Récompenses : Prix du Jury – Un Certain Regard, Cannes 2017
Durée : 103 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 02 Août 2017
Mexique – 2017

Les films de l’été : Rasta Rockett de Jon Turteltaub

Tout le mois d’août, les rédacteurs de CineSeriesMag vous font découvrir les meilleurs films de l’été. Aujourd’hui, c’est au tour de Jon Turteltaub et de son épopée de jamaïcains en terre canadienne.

Rasta Rockett, réalisé par Jon Turteltaub
« Notre père qui êtes à Calgary, Que le bobsleigh soit sanctifié, Que notre médaille arrive et que votre volonté soit faite sur la terre comme dans le virage n°7. Liberté et justice pour la Jamaïque. »

Rasta Rockett est sans nul doute le film le plus hivernal des films estivaux.

La première partie, se déroulant en Jamaïque, nous donne relativement chaud. Toute la chaleur du pays se dégage par les interprétations des différents acteurs, tous excellents, ou par la manière dont Jon Turteltaub filme la Jamaïque. Le pays nous apparaît comme haut en couleur, avec ce perpétuel cliché des fumeurs de joints vivant sur l’île. L’ombre de Bob Marley plane sur la Jamaïque. Des stéréotypes, certes, mais toujours amenés sous un angle comique et non moralisateur.
La seconde partie du film, même si elle se déroule au Canada, et plus précisément à Calgary, est tout autant estivale. En effet, la chaleur de la Jamaïque vient se confronter à la fraîcheur, voire la neige, du Canada. Et le chaud l’emporte haut la main sur le froid. Les Jeux Olympiques d’hiver nous semblent bien moins frais que d’habitude.

Les innombrables gags de Rasta Rockett nous réchauffent le coeur. Impossible de rester insensible à cette comédie qui plaira aux plus vieux comme aux plus jeunes. Certaines répliques sont aujourd’hui cultes, comme le fameux «– Sanka, t’es mort ? – Yeah Man. » ou encore « – Qu’est- ce que tu fumes Sanka man ? – Je fume pas, j’expire. » Comment ne pas esquisser, ne serait-ce qu’une seule fois, un sourire devant cette comédie ? Que ce soit les entraînements de bobsleigh ou les courses dont les jamaïcains repartent déchus, il est impossible de rester insensible à cet humour et à cette tendresse folle qui émanent du film.
Rasta Rockett est un film que l’on apprécie entre amis, avec une bonne bière à la main, ou autres apéritifs, chacun choisira celui qu’il préfère (l’abus d’alcool est dangereux pour la santé), lorsque la nuit tombe et que la fraîcheur commence à pointer le bout de son nez.

On soulignera également l’importance de la bande-originale du film, composée par Jimmy Cliff, célèbre chanteur de reggae jamaïcain, qui collabore avec le non moins connu Hans Zimmer, à l’origine de la bande-originale de Dunkerque, le dernier film de Christopher Nolan. Ainsi, I Can See Clearly Now se juxtapose à des mélodies du compositeur américain. Une collaboration surprenante mais réussie, qui s’inscrit parfaitement dans le caractère estival et ensoleillé que propose le film. Les duos improbables ont parfois du bon, on en redemanderait presque !

Rasta Rockett reprend le schéma scénaristique classique d’une comédie, avec une fin toujours heureuse, mais ce n’est pas ce qui importe dans le film. On déplorera également le fait que le film de Jon Turteltaub a vieilli, notamment en ce qui concerne les prises de vue (qui font penser, dans un tout autre contexte, à Boyz N the Hood), mais les dialogues sont toujours aussi croustillants ! Avec Rasta Rockett, on sait, avant même de commencer à regarder le film, que l’on va passer un bon, que dis-je, un excellent moment !

Rasta Rockett : Bande-annonce

Rasta Rockett : Fiche technique

Titre original : Cool Runnings
Réalisateur : Jon Turteltaub
Scénario : Michael L. Goldberg, Lynn Siefert, Tommy Swerdlow
Interprétation : Leon Robinson, Doug E. Douge, John Candy, Rawle D. Lewis, Malik Yoba, Raymond J. Barry, Peter Outerbridge, Paul Coeur…
Musique : Hans Zimmer, Jimmy Cliff
Photographie : Whedon Papamichael
Montage : Bruce Green
Producteur : Dawn Steel
Maisons de production : Walt Disney Pictures
Distribution (France) : Gaumont Buena Vista International (GBVI)
Durée : 108 minutes
Genre : Comédie
Date de sortie : 13 avril 1994

États-Unis, 1994

 

Le documentaire Super Size Me 2 sera présenté au Festival de Toronto

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Tel notre José Bové national, Morgan Spurlock s’en prenait en 2004 avec sa caméra et son estomac à la junk food et à l’industrie du fast-food en ciblant la nocivité d’un « régime » McDonald’s sur le long terme. Son nouveau documentaire Super Size Me 2 Holy Chicken sera présenté en avant-première mondiale au Festival international du film de Toronto en septembre prochain.

Le documentaire Super Size Me, sorti en 2004, a marqué les esprits sur les dangers de la malbouffe. Durant le tournage, Morgan Spurlock s’est nourri exclusivement dans des chaînes de restauration rapide pendant un mois. Pendant ce régime un peu spécial et totalement hors norme, il a consulté des spécialistes de l’alimentation et des médecins afin de constater les effets néfastes de cette nourriture sur son organisme. Super Size Me était une charge virulente contre la junk food dans le pays où le burger est roi. Le réalisateur tenait également à alerter l’opinion publique avec ce film coup de poing afin de souligner les dangers de l’obésité, liée aux USA à la consommation de sucre et de nourriture issue des fast-foods. Spurlock avait été couronné en 2004 avec son long-métrage choc au festival de Sundance avec le prix du meilleur réalisateur dans la catégorie documentaire. Super Size Me obtint même une nomination aux Oscars en 2005.

Le nouveau film de Morgan Spurlock, Super Size Me 2 : Holy Chicken !, sera donc présenté en avant-première au Festival international du film de Toronto du 7 au 17 septembre prochain dans la section documentaires. Dans ce nouveau projet Morgan Spurlock a l’intention de tester la crédulité des consommateurs américains. Il souhaite les pousser à se questionner davantage sur l’origine des produits et leur traçabilité. Pour les besoins de ce documentaire, le réalisateur a ouvert un restaurant éphémère à Columbus dans l’Ohio. Cet établissement, à la manière de la chaîne fictive Los Pollos Hermanos de Gustavo Fring (le comédien Giancarlo Esposito) dans Breaking Bad et Better Call Saul, est spécialisé dans des plats à base de poulet. Ce restaurant Holy Chicken est censé proposer à ses clients des volailles élevées en plein air et n’ayant subi aucun traitement médicamenteux. Malheureusement pour les clients, testeurs à leur insu de cette caméra cachée pour les besoins du documentaire, et pour les malheureuses volailles en question, les poulets servis ont bien été élevés en batterie. Morgan Spurlock souhaite donc, avec cette méthode peu orthodoxe, pousser les consommateurs à s’interroger sur les menus et les plats de certains fast-foods vendus et étiquetés comme sains.

Aucune date de sortie française n’a été dévoilée pour Super Size Me 2. La présentation du film au Festival de Toronto risque donc de faire couler beaucoup d’encre et de convaincre un bon nombre de spectateurs à devenir vegans.

Itv de Morgan Spurlock par The Columbus Dispatch sur son projet de « faux » restaurant – VO :

Steven Soderbergh a tourné Unsane avec un iPhone dans le plus grand secret !

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A la manière de Woody Harrelson avec son film en direct, Steven Soderbergh se serait récemment lancé dans un défi fou avec Unsane. Ce long-métrage aurait été entièrement tourné avec un téléphone portable.

Le réalisateur Steven Soderbergh serait donc bel et bien sorti de sa retraite pour les besoins du septième art à nouveau, après avoir travaillé sur Logan Lucky. Le cinéaste avait signé auparavant des œuvres brillantes pour la télévision (The Knick, Ma vie avec Liberace).

Selon des informations de Mad Movies, Steven Soderbergh aurait donc terminé le tournage d’un nouveau film, intitulé Unsane. Les prises de vue se seraient étalées sur une dizaine de jours. Le réalisateur de Ocean’s Eleven et du Che aurait relevé un sacré défi technique avec ce projet. Unsane aurait été entièrement tourné avec un iPhone ! Le casting réunit notamment les actrices Juno Temple (Horns), Claire Foy (The Crown), Jay Pharoah (Mise à l’épreuve) et Ursula Triplett.

Ce projet pourrait surfer sur les thématiques déjà exposées dans Effets secondaires avec Rooney Mara, Channing Tatum, Jude Law et Catherine Zeta-Jones. Le film est actuellement en post-production. Le tournage s’étant déroulé dans le plus grand secret, aucun élément n’a réellement filtré sur l’intrigue du film. Unsane devrait sortir en 2018. Le scénario a été confié à Jonathan Bernstein et James Greer selon ImdbUnsane pourrait donc faire couler beaucoup d’encre dans quelques semaines lors de la diffusion d’une première bande-annonce.

Cette information avait été récemment dévoilée par Tracking Board dans le courant du mois de juillet. Selon Variety, le film n’aurait pas encore de distributeur. Steven Soderbergh envisagerait de se charger de la distribution par l’intermédiaire de sa société Fingerprint Releasing. Soderbergh imiterait donc Michel Gondry avec Détour et Sean Baker avec Tangerine avec ce défi assez fou d’un tournage exclusivement via l’utilisation d’un téléphone portable pour Unsane.

Logan Lucky, le prochain film de Steven Soderbergh avec Daniel Craig, Channing Tatum, Adam Driver, Riley Keough, Seth MacFarlane et Katie Holmes, est attendu le 25 octobre prochain dans les salles françaises.