Apothéose d’une trilogie commencée il y a maintenant six ans, La Planète des Singes : Suprématie est la digne conclusion que l’on était en droit d’attendre. Audacieux, émouvant et épique, bardé de références et d’une allégorie sociétale des plus fortes, le blockbuster de l’été est bel et bien là !
Synopsis : César, à la tête des Singes, doit défendre les siens contre une armée humaine prônant leur destruction, menée par un colonel sans scrupules. L’issue du combat déterminera non seulement le destin de chaque espèce, mais aussi l’avenir de la planète.

Saluer la qualité intrinsèque d’un reboot de nos jours est devenu rare dû au nombre et à la standardisation de ces derniers, réduits à l’état de simples divertissements liftés en effets spéciaux appréciés du plus grand nombre. Pourtant, certains arrivent à se démarquer et à toucher à la fois le cœur des critiques et du public. C’est le cas de La Planète des Singes. Trilogie démarrée en fanfare avec Les origines, volet caractérisé par des personnages forts et un attachement émotionnel puissant vis-à-vis de César, L’Affrontement en 2014, réalisé par Matt Reeves, a su approfondir les traits de caractère (et le dilemme moral) du leader simien à travers un scénario intelligent et une mise en scène dantesque. Le retour du réalisateur à la barre de ce troisième volet, sobrement intitulé Suprématie (inutile d’affirmer qu’on préfère le titre original, War of the Planet of the Apes) avait de quoi susciter de grandes attentes. Et ces dernières seront largement comblées. Car La Planète des Singes : Suprématie, en plus d’être un blockbuster d’une rare profondeur, est également la plus belle des conclusions que l’on pouvait imaginer à la franchise.
Ape-pocalypse Now
A s’y attendre, ce volet est tout d’abord marqué par une très bonne écriture. Et s’il y a bien une chose que l’on ne peut reprocher à Mark Bomback et Matt Reeves, qui a également participé à l’écriture du film, c’est bien leur talent de conteur, déroulant une intrigue qui s’éloigne des pièges de la prévisibilité. A l’instar du deuxième volet, où finalement l’élément déclencheur n’était pas entraîné par les humains comme on aurait pu le croire, mais par la haine d’un primate, le scénario de Suprématie entraîne le spectateur là où il n’y s’attend pas. Par exemple, pour des scènes clés définissant les objectifs des personnages principaux, une carence émotionnelle peut être perceptible, due au fait que ces scènes sont rapidement mises sous silence, la continuité du récit étant privilégiée. Au contraire, au lieu de s’attarder sur des scènes attendues à l’aide d’effets pathos où la mièvrerie l’emporterait sur l’originalité, les scénaristes nous apporteront par la suite des scènes très fortes émotionnellement parlant, qui sont pour ainsi dire la marque de fabrique de cette saga prequel. Les exemples sont nombreux, que ce soit la prise de conscience de César de son rôle de chef ainsi que de sa légitimité démontrée par les siens, l’empathie et l’attachement de Nova (formidable Amiah Miller !) aux singes, ou tout simplement la scène finale, toutes alimentées par la partition, subtile de discrétion, de Michael Giacchino.
De même, on pourrait s’interroger sur le rôle a priori ultra manichéen de Woody Harrelson, antagoniste principal de cet opus. Interprétant un colonel obnubilé par la sauvegarde de son espèce à n’importe quel prix, à la tête d’une armée aux soldats à l’attitude basique, voire régressive, ne dégageant plus une once d’humanité, il semble ne constituer qu’un adversaire propre à n’importe quel autre blockbuster. Or, par le biais d’une scène de confrontation verbale entre César et ledit colonel, très certainement une des scènes les plus réussies du film, le personnage nous apparaît plus riche qu’il n’y paraît, nous amenant à le comprendre. Non pas à justifier ses actes, encore moins à s’identifier à lui. Juste à le comprendre. Ce qui, dans un souci de réalisme, est clairement à saluer. Et libre à Reeves d’illustrer cet adage hitchcockien : « Plus réussi est le méchant, plus réussi sera le film ».

Et nous ne disons pas cela face aux multiples références que dégage ce personnage. Car parallèlement à la critique ouvertement antimilitariste, l’ombre d’Apocalypse Now plane sur tout le deuxième acte de la Planète des Singes : Suprématie. Par les similitudes tant physiques et psychologiques d’Harrelson avec Brando (bien que nous sommes loin du jusqu’au-boutisme de Coppola), mais aussi par la création d’une société à part, contraignant ceux qu’elle juge comme d’une race inférieure à l’esclavage. Une société renfermée sur elle-même, sur ce qu’elle a de plus déshumanisé, alors qu’elle lutte paradoxalement pour la sauvegarde de l’humanité. Le film ne s’arrêtera cependant pas là: en centralisant son contexte dans les codes de films de genre, le long métrage évoquera à la fois Le Pont de la Rivière Kwaï, La Grande Evasion ou encore les Douze Salopards. Si certains pourront parler d’un canevas narratif très classique, voire d’effets de déjà-vu, il s’agirait plutôt d’une réappropriation des références de certains chefs d’œuvre du 7e art, adaptées au contexte de la science-fiction.
Ensemble, singes forts !
Audacieux, La Planète des Singes : Suprématie l’est également dans le traitement de sa narration. Poursuivant le schéma instauré par L’Affrontement qui refuse ainsi tout aspect grand public, le film peut alterner longues plages de silence et scènes sous-titrées illustrant le quotidien et les conversations simiesques. Loin de tout bruit, fureur et esbroufe visuelle et sonore plutôt propices à ce genre de divertissement, le style volontairement épuré de la mise en scène n’entraîne cependant pas de longueurs ou de coupures rythmiques. Au contraire, elle s’autorise quelques embardées bienvenues qui n’étaient pas présentes dans les précédents volets. En tête du rayon nouveautés, nous retrouverons Méchant Singe (Steve Zahn), sidekick comique éminemment sympathique, discret, s’imposant quand il le faut et très loin d’être une attraction à blagues pour bambins ou adolescents en manque de rires gras. Les scènes d’action ne sont également pas en reste. Les deux plus marquantes sont une confrontation entre singes et soldats en début de long métrage, épopée guerrière brutale et aux plans larges inscrits dans la durée, ainsi que le combat final, caractérisé par un souffle poétique, voire lyrique. Et gage aux magiciens des studios Weta Digital de déployer une véritable maestria technique remplie d’effets spéciaux qui décollent réellement la rétine.

Car il était pour ainsi dire impossible d’évoquer La Planète des Singes Suprématie sans ses prodigieux effets visuels. Déjà époustouflants dans les deux précédents volets, la motion capture semble ici dépasser ses limites et livre un résultat proche de la perfection. Ayant désormais la possibilité de filmer plusieurs centaines de singes numériques sur un même plan grâce à ce procédé, parfois même au gré des éléments naturels (tempêtes de neige, pluie, feu…), c’est davantage lors de plans rapprochés et serrés que le résultat impressionne. Jamais les singes ne nous ont semblés aussi réels, aussi humains. Chaque détail, de leur pelage à l’iris de leurs yeux, en passant par leurs mouvements et expressions faciales, font que l’illusion fonctionne à plein régime. Et participe notamment à une caractérisation plus poussée de César. De quasi tous les plans, la dimension que lui offre Andy Serkis, au-delà de l’évolution conséquente au fil des opus, n’en fait pas qu’un simple héros. Mais une véritable icône.
Épique et émouvant, s’autorisant quelques pauses récréatives et un sous texte diablement habile sur les travers de la société et la condition humaine, La Planète des Singes : Suprématie est ainsi bien plus qu’un blockbuster. Il représente la conclusion en forme de chant de cygne d’une trilogie intelligente et bien pensée, renvoyant à tout un mythe de la science-fiction des années 70.
La Planète des Singes : Suprématie : Bande-annonce
La Planète des Singes : Suprématie: Fiche technique
Réalisation : Matt Reeves
Scénario : Mark Bomback et Matt Reeves
Interprétation : Andy Serkis (César), Woody Harrelson (Le Colonel), Steve Zahn (Méchant Singe), Terry Notary (Rocket), Karin Konoval (Maurice), Amiah Miller (Nova), Judy Greer (Cornelia)…
Photographie : Michael Seresin
Montage : William Hoy, Stan Salfas
Direction artistique : Maya Shimoguchi
Costumes : Melissa Bruning
Décors : James Chinlund
Effets visuels : Dan Lemmon, Joe Letteri
Musique : Michael Giacchino
Producteurs : Peter Chernin, Dylan Clark,Rick Jafa, Amanda Silver
Sociétés de production : Chernin Entertainment
Distribution : Twentieth Century Fox
Distribution (France) : Twentieth Century Fox France
Durée : 140 minutes
Genre : Action, science-fiction
Date de sortie : 02 Aout 2017
États-Unis – 2017


Alors que
La quatrième saison diffusée cette année, fait un bond dans le temps de plusieurs années, avec Hope, la fille de Klaus et Hayley Marshall (Phoebe Tonkin) qui a bien grandi. Finies les querelles au sein de la famille Mikaelson, mais aussi les tensions avec Marcel qui s’amenuisent, car ils vont devoir lutter tous ensemble pour affronter un adversaire plus redoutable, Le Hollow, une sorcière morte qui cherche à revenir et qui est à l’origine de la création de l’espèce
« She », c’est elle, la cousine Rachel (Rachel Weisz). Celle de Philip (Sam Claflin), le narrateur de l’histoire, mais aussi celle d’Ambrose, son tuteur, un autre cousin qui l’a pris en charge après le décès de ses parents. Ressemblant comme deux gouttes d’eau (joués d’ailleurs par le même Sam Claflin ), Philip et Ambrose ont dû être séparés lorsque la santé fragile du dernier l’oblige à aller vivre sous les cieux de l’Italie autrement plus cléments que ceux de sa Cornouaille natale. Ambrose, célibataire endurci et vieillissant, y fait la rencontre de Rachel, l’adule, l’épouse, pour finir par envoyer à Philip des appels au secours contre elle, rebaptisée « mon tourment », et meurt.
Et c’est là que le film gagne tout son intérêt : l’attraction aveugle de Philip pour Rachel, une femme plus âgée que lui, a quelque chose de touchant quand on se rappelle qu’il n’a jamais connu aucune femme, ni mère, ni tante ni même une servante d’aucune sorte car tous sont des hommes au château (« les seules femmes autorisées dans la maison étaient les chiennes » dira le narrateur). La seule femme qu’il connaît, la jeune Louise, est un garçon manqué…On pourrait paraphraser Zweig et affirmer que la confusion des sentiments est à l’œuvre à l’écran, et que Freud veille sur cette relation où Rachel dit de Philip qu’il « ressemble à un chiot à la recherche de sa mère » …
Sam Claflin est aussi insipide que sur l’affiche d’ Avant toi, cette boursouflure croisée partout sur les sites de cinéma et dont la seule vue incite à ne pas aller voir le film. Il colle parfaitement à son rôle, un jeune homme un peu benêt que seule la culpabilité rendra enfin grave à la fin du film. Rachel Weisz est parfaite dans un rôle trouble, ambigu, on pourrait presque dire féministe avant l’heure, même si on la préfère dans des rôles plus punchy comme dans

Car si Valérian brille par son imagination, il souffre de sa narration. L’histoire pourtant très simple est servie par un scénario alambiqué et très brouillon. Beaucoup de passages du film sont des prétextes à de très belles séquences mais alourdissent le récit tant l’histoire et ses enjeux ont du mal à s’installer. Le tout n’est pas servi par un casting parfait, Dane DeHaan n’est pas très convaincant dans le rôle de Valérian, faussant un air cool qu’il n’a visiblement pas. On pourrait blâmer Luc Besson pour le casting d’un acteur qui ne correspond visiblement pas au personnage qu’il a écrit maladroitement. Cependant Lauréline est le véritable personnage fort du film, drôle et intrépide, Cara Delevingne surprend et se démarque de tout le reste des acteurs. Le pourtant aguerri Clive Owen cabotine comme jamais et n’a pas l’air concerné une seule seconde par le film. La séquence de danse avec Rihanna est ridicule et bien que ne développant aucun personnage, Luc Besson décide de lui offrir tout un arc narratif en dix minutes. La deuxième partie du film est la plus pénible car elle le dirige dans un désastre narratif qui galère malgré les fulgurances créatives. Les dialogues, surtout entre le tandem du film, sont téléphonés et pas à la hauteur du spectacle offert. Luc Besson, à l’image de Georges Lucas, n’est finalement qu’un visionnaire en terme de création, mais dont les capacités d’auteur ne suivent pas.



Prétendant à la Caméra d’Or, la sélection du premier long métrage de Michael O’Shea à Un Certain Regard témoigne évidemment d’une proposition de cinéma nouvelle sur le mythe du vampire, pourtant en soi déjà un genre bien épuisé. Premier point, Transfiguration se déroule dans le ghetto new-yorkais où un jeune orphelin vit malgré lui avec sa nature de vampire. Dans cet environnement aux allures de The Wire, Michael O’Shea fait évoluer son personnage à travers les rues incertaines, les cages d’escalier et sa chambre où il passe le plus clair de son temps à étudier la condition des suceurs des sang. Plus loin, il va rencontrer une jeune fille, un peu superficielle et paumée dans ce monde où elle subit les violences de son grand-père et les abus de ses copains. C’est à cet instant précis que le film nous envoie son pathos au visage pour bien faire comprendre que c’est ce contexte qui favorise l’escalade de la violence. Dès lors, ce petit anti-héros victime du climat social dans lequel il vit comprend vite que seul l’amour pourra lui faire prendre conscience de l’absurdité de la violence. Difficile de faire plus moralisateur et caricatural.
Il y a bien évidemment quelques bonnes idées dans la relecture du mythe du vampire, à commencer par le comportement froid et désincarné de cet adolescent, le fait qu’il puisse profiter du soleil ou de l’ail et soit insensible à la religion. Quoiqu’un peu suffisant, il est intéressant de voir Michael O’Shea à travers son protagoniste se moquer des nouveaux codes du vampire, loin de la créature agile et brillante que certains films ont pu oser représenter. Ce qui aurait pu faire de Transfiguration un bon film, c’est notamment son approche du vampire à travers le genre du drame social, tout en préservant son caractère indépendant avec une caméra au poing qui lui assure une immersion malsaine au sein de cet environnement dangereux. Mais en s’entêtant à développer une bluette de teen movie, Michael O’Shea se fait maladroit et n’arrive ni à exceller dans le film de vampire, ni le drame social, ni la comédie adolescente. Reste alors un cinéaste amoureux des vampires au point d’en faire des références à outrance.