Transfiguration, un film de Michael O’Shea : Critique

Présenté dans la section Un Certain Regard au Festival de Cannes 2016 et en compétition à Deauville la même année, Transfiguration est finalement passé inaperçu face à l’enthousiasme généré par la projection de Grave. Mais que vaut vraiment l’autre sensation horrifique de la Croisette ?

Synopsis : Queens, New York. Milo a 14 ans. Orphelin, son seul refuge est l’appartement qu’il partage avec son grand frère. Solitaire, il passe son temps à regarder des films de vampires. L’arrivée d’une nouvelle voisine fera naître en lui des sentiments nouveaux…

transfiguration-michael-o-shea-2017-affichePrétendant à la Caméra d’Or, la sélection du premier long métrage de Michael O’Shea à Un Certain Regard témoigne évidemment d’une proposition de cinéma nouvelle sur le mythe du vampire, pourtant en soi déjà un genre bien épuisé. Premier point, Transfiguration se déroule dans le ghetto new-yorkais où un jeune orphelin vit malgré lui avec sa nature de vampire. Dans cet environnement aux allures de The Wire, Michael O’Shea fait évoluer son personnage à travers les rues incertaines, les cages d’escalier et sa chambre où il passe le plus clair de son temps à étudier la condition des suceurs des sang. Plus loin, il va rencontrer une jeune fille, un peu superficielle et paumée dans ce monde où elle subit les violences de son grand-père et les abus de ses copains. C’est à cet instant précis que le film nous envoie son pathos au visage pour bien faire comprendre que c’est ce contexte qui favorise l’escalade de la violence. Dès lors, ce petit anti-héros victime du climat social dans lequel il vit comprend vite que seul l’amour pourra lui faire prendre conscience de l’absurdité de la violence. Difficile de faire plus moralisateur et caricatural.

Transfiguration ne va pas plus loin que le film hommage, incapable de flirter avec les les classiques du genre.

Transfiguration-michael-oshea-2017-cannesIl y a bien évidemment quelques bonnes idées dans la relecture du mythe du vampire, à commencer par le comportement froid et désincarné de cet adolescent, le fait qu’il puisse profiter du soleil ou de l’ail et soit insensible à la religion. Quoiqu’un peu suffisant, il est intéressant de voir Michael O’Shea à travers son protagoniste se moquer des nouveaux codes du vampire, loin de la créature agile et brillante que certains films ont pu oser représenter. Ce qui aurait pu faire de Transfiguration un bon film, c’est notamment son approche du vampire à travers le genre du drame social, tout en préservant son caractère indépendant avec une caméra au poing qui lui assure une immersion malsaine au sein de cet environnement dangereux. Mais en s’entêtant à développer une bluette de teen movie, Michael O’Shea se fait maladroit et n’arrive ni à exceller dans le film de vampire, ni le drame social, ni la comédie adolescente. Reste alors un cinéaste amoureux des vampires au point d’en faire des références à outrance. De Twilight à Nosferatu en passant par Morse ou des nanars sans noms, tout y passe. Il est à parier que Michael O’Shea pense avoir révolutionné le genre mais il n’atteint avec cette fable moderne qu’une représentation désincarnée et ennuyeuse de cette créature gothique qui ne cesse de fasciner depuis le roman de Bram Stoker.  Prétentieux, lourd et impersonnel, Transfiguration ne fera pas date. Dans le genre film de vampire indépendant, on lui préférera davantage A Girl Walks Home Alone at Night de Ana Lily Amirpour.

Transfiguration : Bande annonce VOST

Transfiguration : Fiche Technique

Titre original : The Transfiguration
Réalisation : Michael O’Shea
Scénario : Michael O’Shea
Interprétation : Eric Ruffin (Milo), Chloe Levine (Sophie), Larry Fessenden (Homme saoûl), Danny Flaherty (Mike)
Photographie : Sung Rae Cho
Montage : Kathryn J. Schubert
Musique : Margaret Chardiet
Costume : Samantha Hawkins
Décors : Danica Pantic
Producteurs : Susan Leber, Billy Mulligan, Daniel Hammond, Lauren McCarthy
Sociétés de Production : Transfiguration Productions LLC, Susie Q Productions
Distributeur : ARP Selection
Budget : /
Festival et Récompenses : Un Certain Regard au Festival de Cannes 2016, Compétition Internationale Festival Américain du Film de Deauville 2016, Compétition Internationale du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg 2016, Compétition Internationale du Festival International du Film Fantastique de Neuchâtel 2016
Genre : Drame, horreur
Durée : 97 minutes
Date de sortie : 26 juillet 2017

États-Unis – 2016

 

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Kévin List
Kévin Listhttps://www.lemagducine.fr/
Cinéphile assidu accro au café. Traîne dans les cinémas d'art et d'essai de Paris. Mange dans les food trucks entre deux films. Prend plaisir à débattre dans les bars des alentours de Notre-Dame. Outre son activité sur le site, Kévin est régisseur sur les plateaux de cinéma.

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