The Escape Artist, une mini-série de David Wolstencroft : Critique

Retour sur une mini-série britannique judiciaire passionnante, The Escape Artist (Perfect Crime), créée par David Wolstencroft (Versailles, Spooks) avec les fantastiques David Tennant (bientôt de retour dans Broadchurch sur France 2) et Toby Kebbell.

Synopsis : Tout réussit à Will Burton : marié à la fabuleuse Kate et père d’un enfant, il est aussi un brillant avocat adoré par tous n’ayant pas l’habitude de perdre une affaire même face aux cas les plus désespérés. Il s’occupe alors du cas du jeune Liam Foyle, suspect d’un meurtre d’une violence inouïe. Sans surprise, Burton réussit à le libérer. Mais en sortant du procès, l’avocat refuse de serrer la main de son client. Ce simple geste va avoir des conséquences dramatiques sur la vie de Will…

the-escape-artist-perfect-crime-mini-serie-david-tennant-tobby-kebbel-critique-tv-showThe Escape Artist (il a été traduit sous le titre Perfect Crime en VF) est une mini-série diffusée en trois épisodes sur la BBC1. Elle ne vous dit rien ? Pourtant, un remake français pour TF1 est sorti en 2016, La Main du Mal, avec Grégory Fitoussi, Joey Starr, Mélanie Doutey et Elodie Frégé, qui reprennent respectivement les rôles tenus par David Tennant, Toby Kebbell, Sophie Okonedo et Ashley Jensen. On avait finalement très peu entendu parler de sa série d’origine ce qui est regrettable vu sa qualité.

Sur le papier, la série ne semble pas si originale dans le sens où on a déjà vu des films et des séries de thriller judiciaire avec des rebondissements qui clouent les spectateurs sur leur siège et surtout qui posent ces mêmes éternelles questions : est-ce que tout le monde mérite d’être défendu ? Peut-on faire justice soi-même ? Cela dit, on oublie très rapidement les autres connexions avec d’autres œuvres cinématographiques et télévisuelles : The Escape Artist  sait nous tenir en haleine jusqu’au bout grâce à un scénario très bien ficelé construit sur trois actes et une mise en scène efficace et soignée. Alors que les Américains n’auraient pas hésité à tirer douze saisons de vingt-cinq épisodes, les Britanniques ont tendance à être plus raisonnables : ce choix de livrer peu d’épisodes est finalement productif. En effet, les trois épisodes sont très rythmés et addictifs et les thèmes autour des limites de la loi et livrer sa justice quitte à enfreindre les règles, bien développés et pertinents. Si l’on n’est pas plus surpris par la critique d’une justice qui ne fait pas toujours bien son travail, en revanche, nous trouvons tout de même un regard pertinent et culturel sur la justice en Grande-Bretagne notamment en exploitant les différences entre les justices anglaise et écossaise.

Will Burton est un personnage de plus en plus attachant au fil des trois épisodes face au drame qui lui tombe dessus. Il s’éloigne de plus en plus de l’homme parfait et lisse en n’hésitant pas à se servir de ses connaissances sur le système judiciaire et de ses failles pour arriver à ses fins personnelles. Le duel David Tennant contre Toby Kebbell fonctionne du tonnerre, même si le personnage de Burton est davantage mis en avant : si cela aurait pu être un reproche, on comprend aisément les intentions des scénaristes. Cela est certainement un moyen pour montrer comment un homme a priori droit dans ses bottes peut basculer dans un autre camp. Surtout si rien ne nous explique la naissance et les raisons de la cruauté de Liam Foyle, on sait en revanche que cet homme est irrécupérable pour la société.

the-escape-artist-perfect-crime-mini-serie-judiciaire-britannique-david-tennantL’ancien Doctor Who est magistral en avocat parfait sur tous les points qui va descendre en Enfer et devoir remettre toute sa vie et son métier en question. Toby Kebbell (vu dans Quelques minutes après minuit et Black Mirror) est également impeccable dans le rôle du méchant qui cache pourtant bien son jeu en société. On regrettera peut-être le personnage tenu par Sophie Okonedo (pourtant très à l’aise dans son rôle d’avocate tenace) qui manque un peu d’épaisseur et aurait pu être un peu plus exploitée.

Après avoir tout vu, avec un peu de recul, on peut légitimement se demander si certains rebondissements tiennent vraiment debout mais peu importe : on y croit et on est surpris par ce que les scénaristes nous racontent du début jusqu’à la fin.

The Escape Artist : Trailer

The Escape Artist : Fiche Technique

Créée par David Wolstencroft
Casting : David Tennant, Toby Kebbell, Sophie Okonedo, Ashley Jensen
Genre : Drame judiciaire
Format : 57 minutes
Premier épisode : 29 octobre 2013
Chaîne d’origine : BBC1

[irp]

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

Backrooms : Plongée mitigée dans l’étrangeté du liminal

Le YouTubeur Kane Parsons adapte ses célèbres espaces liminaux au cinéma avec une direction artistique soignée et une atmosphère vraiment envoûtante. Dommage qu'un scénario trop bavard et un rythme poussif viennent freiner ce projet d'horreur psychologique pourtant bien plus prometteur qu'effrayant.

Le Vertige : Méditation dupieusienne ou aberration cinématographique

Avec "Le Vertige", Quentin Dupieux pousse son cinéma de l'absurde jusqu'à la limite de l'arnaque. Entre méditation cartésienne et pur foutage de gueule, le film embarque Alain Chabat et Jonathan Cohen dans un doute existentiel : et si rien de ce que l'on voit n'était réel ? Mêlant animation et personnages dérivés de cette expérimentation esthétique rétro, cette expérience aussi terne que radicale ne fait pas rire, mais fascine par son obstination. Décryptage d'un vertige métaphysique signé Dupieux.

The Furious : aussi bon que con (et on adore)

Prenez "Taken", ajoutez-y une pincée de "John Wick", beaucoup de "The Raid" et de "City of Darkness", et vous obtenez "The Furious". Entre série B décomplexée et scènes d'action d'anthologie, on tient l'un des meilleurs films d'action de ces dernières années.

Le Dernier Vrai Samouraï : jidai-geki mon amour

Sur le mode de la comédie fantastique, Le Dernier Vrai Samouraï est une mise en abyme savoureuse : un vrai samouraï qui en côtoie des faux, interprétant une version romancée de son propre monde, devenu désuet et un sujet de spectacle. Derrière l’hommage à un genre cinématographique, Jun’ichi Yasuda veut surtout saluer les artisans oubliés du cinéma nippon. Il y a donc de multiples grilles de lecture dans ce film qui, par ailleurs, demeure distrayant, humoristique et parfois spectaculaire.

Disclosure Day : la face sombre de l’émerveillement

Presque 50 ans après "Rencontres du troisième type", Steven Spielberg revient à ses grandes énigmes du cosmos avec "Disclosure Day". Un thriller conspirationniste, porté par Emily Blunt et Josh O'Connor, qui déconstruit la science-fiction pour mieux interroger notre époque sur la désinformation, la dissimulation gouvernementale et la foi en l'humanité. Une réussite !
Tina B
Tina Bhttps://www.lemagducine.fr/
Ancienne étudiante en lettres modernes, j'ai toujours aimé écrire sur les sujets qui m'animent. Et le cinéma en fait clairement partie ! J'ai des goûts assez variés : certes, comme tout le monde, j'ai mes réalisateurs chouchous (Kubrick, Scorsese, Moretti, Loach, Almodovar, Bong Joon-ho), mais je suis avant tout curieuse : aucun genre et réalisateur de n'importe quelle culture ni époque ne me font peur, bien au contraire. Sinon j'ai une grande préférence pour les séries britanniques (Black Books, The IT Crowd, Father Ted...).

Spider-Noir : dans les toiles de la Grande Dépression

Après des années de flops et de faux espoirs, Sony surprend tout le monde avec "Spider-Noir", disponible sur Prime Video. Nicolas Cage incarne un Spider-Man vieillissant et désabusé dans le New York de la Grande Dépression. Un polar élégant, une esthétique soignée, et une belle réussite qu'on n'attendait plus vraiment.

Harry Hole : Le Prince d’Oslo

Oslo, caniculaire et putride, sert d’écrin à la nouvelle série événement de Netflix : Harry Hole (L'Etoile du Diable). Cette plongée vertigineuse dans l’univers du maître du nordic noir Jo Nesbø tient toutes ses promesses. Scénarisée par l’auteur lui-même, la série emprunte à son œuvre son tempo punk rock, son écriture torturée, sa mise en scène à l'esthétique graphique et ses personnages hantés.

L’Affaire Laura Stern : le cri du silence

Plus qu'une fiction sur la vengeance, "L'Affaire Laura Stern" est une immersion sensorielle dans le "cri du silence" des victimes de violences et d'emprise. Une œuvre nécessaire qui déconstruit les mécanismes de la violence faite aux femmes pour en faire un combat collectif et politique. La série est diffusée sur France 2 en mars 2026 et disponible en streaming sur France Télévision.