La Colle, un film d’Alexandre Castagnetti : Critique

Bien loin du navet que nous étions en droit d’attendre, La Colle se révèle être un divertissement récréatif, étonnamment ambitieux. Un constat qui restera malheureusement sur le papier, tant l’intégralité du long-métrage ne parvient jamais à suivre l’envie du réalisateur de sortir du lot.

Synopsis : Benjamin est un lycéen replié sur lui-même, en panne d’inspiration pour la bande-dessinée qu’il essaye de faire et secrètement amoureux de la belle Leïla. Mais un jour, par un concours de circonstances, il se retrouve bloqué malgré lui en colle, avec les pires élèves de l’établissement et sa bien-aimé. C’est alors qu’il se rend compte que son vœu, souhaité sur un site Internet – que Leïla et lui soient ensemble – l’oblige à revivre sa colle jusqu’à ce qu’il parvienne à sortir avec elle…

Alexandre Castagnetti : collé pour n’avoir fait que le strict minimum !

« Le cinéma français, c’est nul ». C’est la phrase que l’on entend à tout bout de champ dans la bouche des spectateurs ces dernières années, bien que certains semblent pourtant s’en sortir au box-office (Les Tuche, Camping…). En même temps, ces derniers ne sont pas à blâmer tant la réputation de nos films nationaux laissent à désirer, et ce depuis déjà bon nombre d’années. La faute revenant principalement à la qualité (très) douteuse de la comédie, genre populaire dans nos contrées qui fourmillent de titres infâmes (Les Nouvelles Aventures d’Aladin en est le parfait exemple) et influencent pour le coup l’avis général du public. Et avec des longs-métrages un brin paresseux (Mon Poussin) ou bien totalement insipides (Bad Buzz), il n’est pas étonnant de voir autant de haine envers notre cinéma national, qui regorge pourtant d’excellents représentants passant un peu trop souvent inaperçus. Et ce n’est malheureusement pas La Colle qui va arranger quoi que ce soit, malgré sa sympathie et son aspect récréatif.

Dès sa bande-annonce, le nouveau film d’Alexandre Castagnetti faisait peur. En suivant les mésaventures d’un lycéen de la banlieue parisienne (même si ce n’est pas précisé dans le scénario, cela coule de source), le réalisateur avait toutes ses chances de tomber dans les clichés inhérents de ce type de décor : voir à chaque fois des personnes d’origine maghrébine au langage très limité, se résumant à du rap, de l’agressivité et une grammaire au ras des pâquerettes. De constater que l’histoire se déroule toujours dans une école qui paraît désaffectée à cause d’un sérieux manque d’entretien et de murs tagués à foison. Bref, le genre de tableau qu’on nous sert sans arrêt et qui nous bourre le crâne avec des faux-semblants assez injustes. Et avec les personnages exagérément archétypaux que nous proposait La Colle, le film risquait, comme la plupart de ses aînés, de s’enliser dans les poncifs. Mais Castagnetti a réussi à contourner cela, par le biais de son concept et de ce qui semble être un amour pour la bande-dessinée (le cinéaste avait adapté Tamara en 2016, ce qui est sans doute un signe).

Sans jamais se vanter d’avoir eu une idée originale – le cinéma hollywoodien l’ayant déjà fait depuis belle lurette via des titres comme Un jour sans fin et le récent Edge of Tomorrow en termes de boucle temporelle, sans parler de Breakfast Club pour ce qui est « d’être collé » –, Alexandre Castagnetti fait dans la simplicité afin de divertir son public. Il prend son personnage principal, un lycéen paumé, geek et secrètement amoureux de la belle du moment, et lui fait affronter une faille spatio-temporelle qui va lui permettre au passage de s’affirmer. Une histoire simple, universelle et donc très accessible, servant avant tout de prétexte au réalisateur de mettre sur un piédestal son affection toute particulière à l’univers de la BD. Une passion qu’il transmet à son héros (dessinateur à ses heures perdues) et qu’il confère à son film via un découpage en chapitres, des situations rocambolesques (le coup du chihuahua qui ferait presque penser au lapin de Monthy Python – Sacré Graal !) et des personnages hauts en couleur (dont un concierge hippie). Justifiant ainsi leurs archétypes excessifs pour nous balancer en pleine face qu’il ne faut pas se fier aux apparences. D’ailleurs, le scénario fait la part belle à cette thématique en insistant bien sur le fait qu’une histoire n’est rien sans ses protagonistes secondaires. Leur offrant une certaine importance dans le récit et une histoire à chacun, qui casse l’image que l’on se fait d’eux au premier abord (le beau gosse de service faisant de la danse classique, la racaille étant agressive pour exister…). Rien qu’avec cela, on sent l’envie d’Alexandre Castagnetti de donner une petite leçon au spectateur par la voie du divertissement. Et quelque part, cela fait du bien de voir une comédie française porteuse d’un message, qu’il soit complexe ou, dans ce cas précis, simple mais efficace.

Il est cependant dommage que le long-métrage, dans son intégralité, ne suive pas l’ambition du réalisateur. La Colle se veut délirant avec ses situations loufoques ? Sur ce point là, le film n’est pas des plus généreux, ne provoquant pas le rire que nous étions en droit d’attendre. Le film propose même certaines idées qui auraient mérité d’être exploitées (le meilleur ami Noir, véritable décalage entre le milieu aisé d’où il vient et l’endroit où il étudie), en vain. Le surjeu des comédiens est pour le coup explicite ? Il n’empêche que, malgré leur plaisir visible de jouer dans un tel divertissement, cela reste un art dans lequel ils n’excellent pas vraiment, en en faisant des caisses pour pas grand-chose. Des personnages secondaires sur le devant de la scène ? Ils n’ont pas assez d’envergure pour passionner l’assistance. La mise en scène s’inspire ouvertement d’une bande-dessinée ? Vous n’aurez que quelques dessins s’incrustant dans le récit et deux petites scènes visuellement farfelues à vous mettre sous la dent. Pas de style ni de montage spécifiques (comme le procédé du split screen) qui auraient pu offrir bien plus de panache et de prestance à l’ensemble. En gros, le film ne va pratiquement jamais au bout de ses idées, et se contente du strict minimum pour amuser la galerie. Par manque de moyens ? De talents ? De réelles ambitions ? Difficile de choisir tant ces trois suggestions semblent plausibles.

C’est ainsi que se présente La Colle : une énième comédie française que l’on aurait pu voir comme un navet, mais qui cache son ambition de vouloir casser les clichés et de sortir du lot, sans vraiment y parvenir par pure fainéantise. On se contentera donc d’un divertissement sympathique et récréatif qui amusera le temps de son visionnage sans pour autant impressionner ni rester dans les mémoires. Cela reste bien meilleur que Bad Buzz et À bras ouverts, mais ce n’est pas encore suffisant pour prétendre au titre de meilleure comédie française de l’année 2017.

La Colle : Bande-annonce

La Colle : Fiche technique

Titre original : La Colle
Réalisation : Alexandre Castagnetti
Scénario : Alexandre Castagnetti et Christophe Turpin
Interprétation : Arthur Mazet (Benjamin), Karidja Touré (Leila), Thomas VDB (M. Dugon), Issa Doumbia (Jean-Edouard), Sonia Rolland (l’infirmière), Alexandre Achdjian (Max), Noémie Chicheporiche (Myriam), Najaa Bensaid (Fraîcheur)…
Photographie : Vincent Gallot
Décors: François Emmanuelli
Costumes : Isabelle Ntakabanyura
Montage : Olivier Michaut-Alchourroun
Producteurs : Eric Juhérian, Stéphane Quester, Mathias Rubin et Jérémie Vitard
Productions : Récifilms, Neuf Janvier Production, Nexus Factory, NJJ Entertainment, Umedia, CN7 Productions, OCS, Palatine Etoile 14, Indéfilms 5, Cinémage 11 et uFund
Distribution : Universal Pictures International
Durée : 91 minutes
Genre : Comédie
Date de sortie : 19 juillet 2017

France – 2017

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Sebastien Decocq
Sebastien Decocqhttps://www.lemagducine.fr/
Se droguant avec Jurassic Park, Les Dents de la Mer, Independence Day, E.T. et Indiana Jones à l'âge de 6 ans (même moins pour certains), autant dire que le cinéma était une passion d'emblée. Qui continue à s'élargir au fil des années, à tel point que j'espère un jour en faire mon métier (scénariste, réalisateur, critique... tout est bon !). A mon actif, quelques montages vidéos et un semblant de court-métrage en réserve, je préfère toutefois encore plus m'enfouir dans une salle de cinéma et me laisser transporter par ce que propose le grand écran. Que ce soit un plaisir coupable comme les comédies musicales ou les gros blockbusters d'un certain Michael Bay (je sens la foudre s'abattre sur moi !). Ou bien de véritables chefs-d'oeuvre. Quoiqu'il en soit, du moment que c'est signé par Nolan, Cameron, Spielberg et Burton, je fonce littéralement payer mon ticket.

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