Hana-bi, un film de Takeshi Kitano : critique

Lion d’Or à Venise en 1997, Hana-bi, le 7ème film de Takeshi Kitano ressort en France cet été. Une occasion unique de (re-)voir une œuvre singulière et maîtrisée.

Synopsis : les inspecteurs Nishi et Horibe sont co-équipiers et amis depuis l’enfance. Mais la femme de Nishi est mourante, alors l’inspecteur prend sur ses heures de travail pour aller la voir à l’hôpital. Lors d’une de ces absences, Horibe est grièvement blessé et se retrouve paralysé.

Hana-bi, littéralement Feux d’artifices, est le film de la consécration internationale de celui qui, pourtant, en 1997, avait déjà une longue carrière derrière lui, que ce soit comme réalisateur (depuis Violent Cop, en 89, jusqu’à Kids Return, en passant par Sonatine), comme acteur (ses premiers rôles datent de la fin des années 60) ou encore comme comique (sur scène ou à la télévision). Film tour à tour comique, dramatique ou violent, Hana-bi montre toute la complexité du cinéma de Kitano.

Un monde de la violence

Le personnage principal, Nishi (interprété par Kitano lui-même qui, lorsqu’il est acteur, se fait appeler Beat Takeshi), pourrait très bien être un lointain cousin du Violent Cop (le premier film qu’il avait réalisé). Flic silencieux, aussi flegmatique que brutal, capable d’accès maîtrisés de violence, il semble parfaitement adapté à un monde aseptisé et déshumanisé où règne la violence. Toutes les relations sociales se placent sous le signe de la brutalité, tout le monde tape sur tout le monde, et le plus fort l’emporte.

Car le monde que décrit Kitano dans ce film est froid et silencieux. Les décors urbains qui enferment les personnages, les silences infinis, l’absence de toute forme de communication… Il faut attendre une demi-heure pour entendre la voix de Nishi. Et lorsqu’il va voir sa femme à l’hôpital, c’est simplement pour la regarder sans rien dire. Ce monde gris, froid et inhumain, n’est pas sans rappeler celui des polars de Melville.

Très vite se pose la question de la relation entre le travail et la famille. Nishi abandonne son poste régulièrement pour aller voir sa femme malade. Horibe, une fois paralysé, se retrouve abandonné par son épouse. Un jeune flic, abattu par un gangster, laisse une jeune veuve que Nishi prend sous son aile.

La mort omniprésente

Le point commun entre la vie de famille et le métier de flic ? La mort. La mort est partout dans ce film. Qu’elle surgisse par la maladie ou par les yakuzas, elle imprègne chaque personnage.

Et pourtant, cette mort omniprésente ne plonge pas le film dans le désespoir. Aucun pathos, bien au contraire. Avec une subtilité rare, Kitano parvient à un équilibre miraculeux entre drame et humour, un humour très pince-sans-rire qui, sous certains aspects, rappelle Jacques Tati. Le montage, les cadrages, le rythme des scènes, les imprévus, le réalisateur de Hana-bi parvient à employer les moyens cinématographiques pour arriver à ses fins.

Sublimer la mort et la violence

« Ça ne sert à rien d’arroser des fleurs mortes », dira un étranger à la femme de Nishi. Pourtant, c’est bien là le projet de l’ex-flic lors du voyage qui occupe toute la fin du film : redonner vie à son épouse, que tout le monde s’acharne à traiter comme si elle était déjà morte. Même si c’est là une vie toute éphémère, ces scènes sont les seules où la femme a vraiment l’air vivante : elle sourit, elle semble même débarrassée de la maladie. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si ces scènes joyeuses se déroulent en dehors du cadre urbain, à la montagne ou au bord de la mer, dans des lieux plus propices à la vie.

C’est là qu’éclate de la façon la plus manifeste le talent de Kitano, dans ces scènes à la fois drôles et émouvantes, cet équilibre incroyable qu’il parvient à atteindre avec maestria. Et, au-delà, cette captation des bonheurs éphémères est tout un art poétique pour le réalisateur, qui s’inscrit ainsi parfaitement dans la tradition du cinéma et de l’art japonais.

Revoir Hana-bi de nos jours, c’est savourer un film qui n’est pas seulement une grande réussite cinématographique, mais qui est un véritable art poétique du réalisateur Takeshi Kitano, un mélange de ses diverses influences, qu’elles soient nippones ou étrangères, en un équilibre subtil et remarquable.

Hana-bi : bande annonce

Hana-bi : fiche technique

Réalisateur et scénariste : Takeshi Kitano
Interprètes : Beat Takeshi (Nishi), Kayoko Kishimoto (la femme de Nishi), Ren Osugi (Horibe)
Musique : Joe Hisaishi
Montage : Yashinori Ohta, Takeshi Kitano
Photographie : Hideo Yamamoto
Producteurs : Masayuki Mori, Yasushi Tsuge, Takio Yoshida
Sociétés de production : Bandai Visual Company, TV Tokyo, Tokyo FM, Office Kitano
Sociétés de distribution : AFMD, La Rabbia
Genre : drame
Durée : 103 minutes
Date de première sortie en France : 5 novembre 1997
Date de ressortie : 5 août 2017

Japon-1997

Festival

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Herve Aubert
Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

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