Valérian et la Cité des mille planètes, un film de Luc Besson : Critique

Descendu par la critique américaine et divisant la française, Valérian et la cité des milles planètes est loin de convaincre tout le monde. Pourtant malgré de gros défauts, l’œuvre de Luc Besson est un spectacle visuel éblouissant et l’un des films français les plus ambitieux de tous les temps.

Valérian, Valérian, Valérian. Le prénom est cité dans toute la presse spécialisée depuis quelques jours. L’œuvre de Luc Besson serait un navet et l’un des plus grands ratages de la décennie. Il faut dire que le film était attendu au tournant. En un premier temps, il suffit de jeter un coup d’œil au cinéma français de science-fiction pour comprendre la rareté et l’ambition du projet. Avec ce film, Luc Besson a voulu adapter la bande-dessinée de ses rêves pour un budget de 180 millions d’euros, sans faire appel à aucun studio américain. En ce sens, cela se ressent tout au long du film, malgré un casting principal étranger, Valérian : la cité des mille planètes est bien un film français.  Pour le meilleur et pour le pire. On se plait même à repérer quelques têtes françaises dans des personnages secondaires comme Alain Chabat alias Bob le pirate. Cela peut expliquer l’agressivité  de l’opinion américaine sur le film qui pourrait craindre de perdre son monopole sur les grosses productions. En résulte une œuvre hybride, qui capture avec beauté l’imaginaire français de Pierre Christin et Jean-Claude Mézières sans réussir à offrir une structure globale au film, comme le savent faire les blockbusters hollywoodiens.

valerian-et-la-citee-des-milles-plantes-film-creature-alienValérian : la cité des mille planètes mérite d’être vu rien que pour l’expérience visuelle qu’il propose.  L’oeuvre est sublime et offre des tableaux colorés et saisissants tout le long du film. Le film de Luc Besson est plus imaginatif que les blockbusters de ces dernières années. Tout au long du métrage, on redécouvre le fantastique bestiaire de la bande-dessinée qui rendrait jaloux le dernier Star Wars. Car si beaucoup s’amusent à crier au plagiat  de la saga de Georges Lucas, il est bon de rappeler que c’est bien la bande-dessinée française qui a inspiré en partie la franchise stellaire. Le vaisseau Alex rappelle de très près le design du Faucon Millenium. Sur ce niveau-là, tout est parfait. Valérian et la cité des mille planètes est une folie de création, ne s’épuisant jamais sur la longueur. La séquence de Big Market, une poursuite dans le plus grand marché de l’univers, fonctionnant sur trois niveaux de réalité, est une merveille. Au contraire des producteurs derrière les grosses franchises hollywoodiennes, on ressent que Luc Besson est un grand fan de l’univers au point d’en faire trop et de vouloir trop mettre de peur de pas assez. Dans ce sens, le réalisateur redoute tellement que le public ne le suive pas qu’il prend plusieurs scènes pour re-expliquer sans cesse les mêmes choses. Ce sentiment de prendre le spectateur par la main atteint son apogée lors de la confrontation finale avec le personnage du commandant Arün Filitt, où à force de flashback, le film nous explique ce qu’on a déjà compris depuis les vingts premières minutes.

valeriancitedesmilleplanetes-danedehaan-caradelevingne-critiqueCar si Valérian brille par son imagination, il souffre de sa narration. L’histoire pourtant très simple est servie par un scénario alambiqué et très brouillon. Beaucoup de passages du film sont des prétextes à de très belles séquences mais alourdissent le récit tant l’histoire et ses enjeux ont du mal à s’installer.  Le tout n’est pas servi par un casting parfait, Dane DeHaan n’est pas très convaincant dans le rôle de Valérian, faussant un air cool qu’il n’a visiblement pas. On pourrait blâmer Luc Besson pour le casting d’un acteur qui ne correspond visiblement pas au personnage qu’il a écrit maladroitement. Cependant Lauréline est le véritable personnage fort du film, drôle et intrépide, Cara Delevingne surprend et se démarque de tout le reste des acteurs. Le pourtant aguerri Clive Owen cabotine comme jamais et n’a pas l’air concerné une seule seconde par le film. La séquence de danse avec Rihanna est ridicule et bien que ne développant aucun personnage, Luc Besson décide de lui offrir tout un arc narratif en dix minutes. La deuxième partie du film est la plus pénible car elle le dirige dans un désastre narratif qui galère malgré les fulgurances créatives. Les dialogues, surtout entre le tandem du film, sont téléphonés et pas à la hauteur du spectacle offert. Luc Besson, à l’image de Georges Lucas, n’est finalement qu’un visionnaire en terme de création, mais dont les capacités d’auteur ne suivent pas.

Valérian et la cité des mille planètes reste un film à soutenir, le cinéma français ne s’aventurant jamais dans ces eaux-là. Bien qu’un régal pour les yeux, l’oeuvre ambitieuse de Besson souffre d’un scénario qui ne sait pas gérer son univers si fort et vaste. Mais c’est un vent d’air frais entre des grosses productions qui ne sont que des suites, des remakes ou des adaptations de comics de super-héros.

Valérian et la cité des mille planètes : Bande-annonce

Valérian : Fiche Technique

Réalisation : Luc Besson
Scénario : Luc Besson, d’après la série de bande dessinée Valerian et Laureline de Pierre Christin et Jean-Claude Mézières
Casting : Dane DeHaan (Valerian), Cara Delevingne (Laureline), Clive Owen (Arun Filitt), Rihanna (Bubble), etc
Photographie : Thierry Arbogast
Musique : Alexandre Desplat
Montage : Julien Rey
Production : Luc Besson, Virginie Besson-Silla, Camille Coureau
Sociétés de production : EuropaCorp, Fundamental Films, Gulf  Film, River Road Entertainment. Co-produit par Grive Productions, Novo Pictures, Orange Studio, TF1 Films Production et Universum Film
Société de distribution France : Europacorp
Durée : 137 minutes
Date de sortie : 26 juillet 2017

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