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The End of the F**king World : un road movie déjanté et pop

Cheveux au vent, gun à la main, c’est l’histoire de deux gamins (James et Alyssa) qui roulent à toute berzingue vers un horizon sans fin. The End of the F**king World est un road movie adolescent, proche du pastiche, mais qui dévoile une toile de fond sombre et mélancolique à couper le souffle.

Alors que l’année 2017 nous avait fortement affublé de personnages adolescents hauts en couleur, Netflix sort l’artillerie lourde en ce début d’année 2018 avec cette adaptation du roman graphique homonyme de Charles Forsman. Même si le visuel se fait différent, que le travail sur le cadre semble plus affiné ou plus scolaire, que l’humour déteint vers une ironie noire machiavélique, la série semble être un diminutif réjouissant de The Doom Generation de Gregg Araki, de Paranoid Park de Gus Van Sant, voire même Moonrise Kingdom de Wes Anderson. La série n’a pas la même force thématique mais l’idée y est : suivre le chemin de jeunes baroudeurs qui quittent le foyer familial car rien ne les attend à la maison mis à part un père inintéressant, terrassé par la perte de sa femme, ou une mère apeurée par son mari plein aux as.

Courte dans son format, 8 épisodes de 20 minutes, The End of the F**king World brille avant tout par le charisme de ces deux compères de route, la symbiose complémentaire physique et « psychopathique » de deux lycéens égoïstes, autodestructeurs qui s’enfuient de chez eux et se lancent dans road trip salvateur vers la liberté. Lui pense être un psychopathe, ne ressentant jamais rien pour la sphère des êtres humains. Elle, antisociale, est une emmerdeuse de première. Au fond de lui, il veut la tuer. Au fond d’elle, elle veut l’aimer. Intrigant, le postulat de départ amène la série dans un univers aussi convenu qu’anxiogène.

Même si certains clichés inhérents au genre s’ajoutent à la caractérisation des personnages (tuer des animaux etc…), The End of the F**king World aurait pu être une énième série sur le mal être adolescent, cette démonstration spleenesque sur le passage à l’âge adulte, un rite initiatique vagabond sur le soi-même, mais le résultat se veut plus racé, plus transversal que cela, tout en étant beaucoup plus triste dans son propos.

Jamais le récit ne tombera dans les joules du pathos et c’est ce qui fait tout son charme : ce visage détaché, goguenard de ces deux malfrats qui ne semblent pas encore voir l’épée de Damoclès qui plane au-dessus de leur tête. La puissance drolatique de ses saynètes, cette mosaïque d’instants tenaces où la violence visuelle est latente, cet humour de situation (les deux policières), cette répartie forcenée dans les échanges verbaux, cette tristesse inconsciente font la force d’un récit parfois bancal, semblant tourner un peu à vide. Mais c’est cohérent avec l’entreprise menée par la série : il n’y a nulle part où aller, aucun échappatoire, l’autoroute vers la liberté prendra fin quoi qu’il arrive.

Cette série, c’est comme si Sufjan Stevens et Converge avaient inventé une série : un côté pop acidulé et mélancolique ajouté aux sonorités punk et chaotiques d’un vent de liberté assoiffé. Dans un environnement où le monde adulte est lui aussi en plein désarroi, qui jongle entre vie de ménagère ou de piliers de bar, leur trip les amènera à rencontrer violeur, pédophile ou parents à jeter aux ordures. Les « road movies » qui prennent des allures de romance vers la fuite, font partie de l’histoire du cinéma : True Romance ou Sailor and Lula. Mais cette fois-ci, l’œuvre dévoile la représentation du reflet de l’adolescence, de cette jeunesse qui veut vivre et respirer par le biais de l’isolement et non pas par le prisme de la surconnexion à un monde numérique.

Cette jeunesse incomprise, mais qui a fait de l’abandon, une part entière de sa vie. On pourrait penser qu’il est incohérent de voir se juxtaposer une violence sanguinaire dans les paumes juvéniles de lycéens. Mais non. Au fil de la série, l’attachement pour nos deux acolytes se fait sincère, compréhensif, car l’un et l’autre étaient à la recherche d’un totem, de quelque chose qui bouche le trou béant qu’est leur vie sentimentale. Sur les lagunes d’une plage ensablée, vers une course funambule vers le néant, la série raconte la fin d’un monde. Mais c’est à de se demander si le monde a déjà existé.

Synopsis : Un ado psychopathe en herbe et une rebelle en quête d’aventure embarquent pour un road trip d’enfer dans cette série à l’humour noir inspirée d’un roman graphique.

Bande annonce – The End of the F**king World

https://www.youtube.com/watch?v=adL06hFZm68

Fiche technique – The End of the F**king World

Créateurs : Jonathan Entwistle
Réalisation : Jonathan Entwistle, Lucy Tcherniak
Scénario : Charlie Covell
Interprètes : Alex Lawther, Jessica Barden
Photographie : Ben Fordesman
Montage : Celia Haining
Musique : Graham Coxon
Société de production : Clerkenwell Films, Dominic Buchanan Productions
Société de distribution : Channel 4, Netflix
Genre : road movie, teen movie
Durée : 8 épisodes de 20 minutes environ
Date de diffusion : 5 janvier 2018

Concours The Dressmaker : Remportez 5 liens du film en VOD

Concours : Gagnez 5 liens du film The Dressmaker réalisé par Jocelyn Moorhouse avec Kate Winslet (Titanic, Eternal Sunshine), Liam Hemsworth (Saga Hunger Games), Judy Davis (Barton Fink, Marie-Antoinette) mais encore Hugo Weaving (Matrix, Le seigneur des anneaux) qui nous offre ici une prestation délicieuse qui rappelleront à coup sûr Priscilla, folle du désert à certains !

SYNOPSIS, INFOS, BANDE-ANNONCE

Dans les années 1950, Tilly Dunnage retourne, après 20 ans d’absence, dans son Australie d’origine pour s’occuper de sa mère Molly, seule et malade. Avec sa machine à coudre et son apparence « Haute-couture », cette styliste transforme les femmes de son village et aspire à se venger de tous ceux qui lui ont fait du mal dans le passé.

The Dressmaker : dans ce film jubilatoire à la mise en scène shakespearienne porté une Kate Winslet magnifique, la couture est au service de la vengeance.

Réalisatrice : Jocelyn Moorhouse
Scénario : P.J. Hogan, Jocelyn Moorhouse D’après l’oeuvre de Rosalie Ham
Avec Kate Winslet, Liam Hemsworth, Sarah Snook, Hugo Weaving, Judy Davis, Caroline Goodall…
Compositeur: David Hirschfelder
Date de sortie : le 23 janvier en Vidéo à la demande
Durée : 1h 58min
Distributeur : Netflix France
Genres : Comédie, Drame
Nationalité australien

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Les 15 films les plus attendus de 2018 selon la rédaction

Après le petit écran, place au grand ! Voici une sélection de films qui ne manquera pas de vous faire vibrer : la rédaction s’est penchée sur ses plus grandes attentes cinématographiques de l’année 2018. Parmi eux, les nouveaux longs métrages de Xavier Dolan, Wes Anderson, Paul Thomas Anderson, Steven Spielberg… Autant dire qu’il y a du choix!

Le résultat de cet article a été rendu possible sur la base d’un sondage sans aucune limite de votes. En effet, les rédacteurs ont laissé libre cours à leurs envies, et ont voté pour chacun des films attisant leur curiosité et titillant leur fibre de passionnés. En résulte donc un top 15, représentant les plus grandes attentes de l’année pour la rédaction. Et il va sans dire que le programme sera chargé, alternant les genres pour le plaisir du plus grand nombre. Que ce soit la science fiction, entre des balades dans l’espace à bord du Faucon Millenium et une plongée dans un univers virtuel par papy Spielberg, des longs métrages plus personnels comme le nouveau film d’animation de Wes Anderson et le dernier Xavier Dolan, des blockbusters très attendus issus de la pop culture (Avengers, Les Animaux Fantastiques, les Indestructibles 2) ou encore tout simplement des films événements ayant déjà fait beaucoup parler d’eux outre Atlantique (The Disaster Artist et le dernier Del Toro), 2018 s’annonce être une année toute en émotions fortes. Il ne reste plus qu’à découvrir le top ci-dessous, et à se précipiter dans les salles!

15/ Solo : A Star Wars Story 

Réalisé par Ron Howard.

Avec Alden Ehrenreich, Emilia Clarke, Paul Bettany, Thandie Newton, Woody Harrelson, Donald Glover …

Synopsis : Bien avant les événements de Star Wars : Un nouvel espoir, le film présente le passé du plus célèbre vaurien et contrebandier : Han Solo, ainsi que celui d’autres personnages emblématiques de Star Wars tels que Chewbacca le Wookie et le très charmeur Lando Calrissian.

Pourquoi on l’attend ? : « Le deuxième spin-off de Star Wars a eu le droit, comme beaucoup de grosses productions, à sa valse de réalisateurs et à de nombreux reshoots. Solo : A Star Wars Story, centré sur le contrebandier de l’espace, pourrait être l’occasion de partir sur quelque chose de très différent artistiquement si Disney s’aventurait à prendre quelques risques. Si on reste cependant sceptique face à cette éventualité, on peut néanmoins s’attendre à un divertissement satisfaisant, avec John Williams à la musique et un casting alléchant (Woody Harrelson, Donald Glover et bien sûr Alden Ehrenreich dans le rôle de Han Solo, qui avait été très convaincant dans le dernier Coen “Ave César”). »  Par Perrine Mallard

Han-Solo-film-attendu-top-201814/ Avengers – Infinity War

Réalisé par Anthony et Joe Russo.

Avec Robert Downey Jr., Chris Evans, Mark Ruffalo, Chris Hemsworth, Scarlett Johansson, Jeremy Renner…

Synopsis : Les Avengers et leurs alliés devront être prêts à tout sacrifier pour neutraliser le redoutable Thanos avant que son attaque éclair ne conduise à la destruction complète de l’univers.

Pourquoi on l’attend ? : « Pour de bonnes ou de mauvaises raisons, impossible de ne pas mettre dans nos attentes de 2018 Avengers – Infinity War de Anthony et Joe Russo. Pierre angulaire censée conclure 10 ans de Marvel Cinematic Universe, le 19ème (!) film des studios Marvel devrait boucler la boucle entamée avec Iron Man en 2008 et fatalement en ouvrir une autre. Nanti d’un budget de près de 500 millions de dollars (ce qui en fait le film le plus cher jamais fait), de 67 personnages différents et d’à peu près autant de storylines, Infinity War promet d’être un buffet super-héroïque total. On s’y goinfrera allègrement ou l’on en sortira écœuré, mais nul doute qu’on ronge autant notre frein que Thanos depuis une décennie. Sortie le 25 avril en France ! »  Par Adrien Beltoise

https://www.youtube.com/watch?v=siwwHDLwarg

 13/ Kings

Réalisé par Deniz Gamze Ergüven.

Avec Halle Berry, Daniel Craig, Kaalan Walker, Lamar Johnson, Rachel Hilson, Issac Brown …

Synopsis : Début des années 90 dans un quartier populaire de Los Angeles. Mille s’occupe de sa famille et d’enfants qu’elle accueille en attendant leur adoption. Avec amour, elle s’efforce de leur apporter des valeurs et un minimum de confort dans un quotidien parfois compliqué entre son travail, une jeunesse énergique et un voisin turbulent. A la télévision, le procès Rodney King bat son plein. Lorsque les émeutes explosent, Millie va tout faire pour protéger les siens et le fragile équilibre de sa famille.

Pourquoi on l’attend ? : « Après son très ovationné Mustang qui lui avait valu une nomination pour les Golden Globes, la réalisatrice Deniz Gamze Ergüven revient avec Kings et son casting remarqué. À la suite du succès international qu’a connu son premier film très engagé sur les conditions des femmes en Turquie, la réalisatrice a su s’entourer de quelques stars américaines pour son nouveau film, en anglais cette fois. Halle Berry et Daniel Craig seront au cœur des émeutes de South Central dans Kings dont la sortie est prévue en avril 2018. On espère que politique et intensité seront au rendez vous pour filmer au plus près ces évènements et embarquer le public comme elle avait déjà su le faire, dans les émotions de ses personnages. Sans les défauts d’un premier film, Deniz Gamze Ergüven se doit alors de réaliser une œuvre forte sur un contexte critique et un combat jamais terminé. »  Par Gwennaëlle Masle

kings-top-2018 12/ Mission : Impossible 6 

Réalisé par Christopher McQuarrie.

Avec Tom Cruise, Rebecca Ferguson, Michelle Monaghan, Henry Cavill, Simon Pegg, Ving Rhames, Alec Baldwin …

Synopsis : Les nouvelles aventures d’Ethan Hunt et de son équipe aux proies d’une menace qui risque d’ébranler l’ordre international actuel.

Pourquoi on l’attend ? : « Les deux épisodes précédents furent absolument remarquables de par leur tension dramatique et la qualité de leurs scènes d’action, dont certaines sont restées dans les mémoires. Alors, l’arrivée d’un nouveau film Mission Impossible, écrit et réalisé par celui qui s’était occupé de Rogue Nation, Christopher McQuarrie (qui fut aussi le scénariste de Usual Suspects, entre autres), laisse présager le meilleur. D’autant plus que ce sixième épisode est présenté comme la suite directe du précédent, avec le retour de Ilsa Faust et des personnages interprétés par Simon Pegg ou Ving Rhames. Un film qui sera sûrement l’un des événements de l’été. »  Par Hervé Aubert

mission-impossible-6-top-2018 11/ Detective Dee : La Légende des Rois Célestes 

Réalisé par Tsui Hark.

Avec Mark Chao, Carina Lau, Gengxin Lin, Feng Shaofeng,

Synopsis : Une vague de crime perpétrée par de mystérieux guerriers masqués terrifie l’Empire de la dynastie des Tang. Alors que le Detective Dee se retrouve en charge de l’enquête, ses découvertes prennent vite une tournure surnaturelle. Les sculptures du palais impérial prennent vie et les quatre rois célestes sont plus menaçant que jamais… Il se pourrait bien que le Detective Dee soit confronté à son plus grand défi, alors même qu’il doit faire face aux accusations de sa pire ennemie, l’impératrice Wu.

Pourquoi on l’attend ? : « C’est vrai que la distribution de ses films est très souvent hasardeuse, comme le démontre celle du très sympathique Journey to the West l’an dernier, mais la sortie d’un nouveau film de Tsui Hark restera toujours un événement. Voilà donc le virtuose du cinéma hong-kongais de retour avec le 3ème volet de sa saga d’aventure consacrée à la figure mythique de Di Renjie aka Detective Dee. Comme il l’a démontré avec les deux précédents volets, le cinéaste s’est très bien accommodé à son temps, en témoigne son usage de la 3D et des effets spéciaux dans ces films d’aventures-fantasy particulièrement épiques, et ce n’est pas avec ce 3ème volet qu’il va s’arrêter. En effet il a été annoncé que Detective Dee : La Légende des Rois Célestes sera la première production chinoise tournée en 48 fps. De quoi permettre à Tsui Hark d’exploiter la 3D à fond et d’en mettre encore une fois plein les yeux. »  Par Maxime Thiss

Detective-Dee-la-legende-des-rois-celestes-film-top-201810/ Les Animaux Fantastiques – Les Crimes de Grindelwald

Réalisé par David Yates.

Avec Eddie Redmayne, Katherine Waterstone, Dan Fogler, Johnny Depp, Jude Law, Ezra Miller, Alison Sudol…

Synopsis : 1927. Quelques mois après sa capture, le célèbre sorcier Gellert Grindelwald s’évade comme il l’avait promis et de façon spectaculaire. Réunissant de plus en plus de partisans, il est à l’origine d’attaque d’humains normaux par des sorciers et seul celui qu’il considérait autrefois comme un ami, Albus Dumbledore, semble capable de l’arrêter. Mais Dumbledore va devoir faire appel au seul sorcier ayant déjoué les plans de Grindelwald auparavant : son ancien élève Norbert Dragonneau. L’aventure qui les attend réunit Norbert avec Tina, Queenie et Jacob, mais cette mission va également tester la loyauté de chacun face aux nouveaux dangers qui se dressent sur leur chemin, dans un monde magique plus dangereux et divisé que jamais.

Pourquoi on l’attend ? : « Les Animaux Fantastiques prouvait que J.K Rowling avait encore deux ou trois choses à raconter. Avec Les Crimes de Grimdewald, l’auteure annonce que les choses sérieuses commencent. Jude Law reprend la barde de Dumbledore, Johnny Depp se doit de nous prouver qu’il était le bon choix pour incarner le génie du mal, et Rowling a la lourde responsabilité de développer son monde sans donner l’impression de tirer sur la corde. Nous restons juste dubitatif sur l’humour qui a eu tendance à disparaître sur les derniers épisodes (la faute au sérieux pompier de David Yates). Mais malgré ses inégalités d’un film à l’autre, l’univers d’Harry Potter a toujours su garder sa vivacité, et y replonger est toujours un plaisir. »  Par Vincent B.

les-animaux-fantastiques-2-top-20189/ Bohemian Rhapsody

Réalisé par Dexter Fletcher.

Avec Rami Malek, Lucy Boynton, Aaron Mckusker, Joseph Mazello, Aidan Gillen, Ben Hardy …

Synopsis : Le parcours de Queen et de son leader Freddie Mercury, de la formation du groupe à son apparition au concert Live Aid en 1985.

Pourquoi on l’attend ? : «  Le biopic sur Freddie Mercury a connu tellement de rebondissements au cours de ces dernières années, que le projet ne peut que piquer notre curiosité au vif. Alors qu’une première mouture était sur les rails depuis 2010 avec Sacha Baron Cohen dans le rôle titre, le film est tombé à l’eau avant de renaître de ses cendres sous l’impulsion du réalisateur britannique Dexter Fletcher, avec cette fois-ci Ben Whishaw en tête d’affiche. Encore une tentative avortée, puisque Fletcher se retire. Il faut ensuite attendre 2015 pour qu’un troisième essai se concrétise avec Bryan Singer aux manettes, et Rami Malek sous les traits du chanteur. On croyait l’affaire dans le sac, mais c’est sans compter l’ultime revers qu’à connu la production en décembre dernier, avec les divergences entre l’acteur et le cinéaste, et le renvoi de ce dernier, remplacé au pied levé par…Dexter Fletcher ! Un jeu des chaises musicales qui alimente un fort effet d’attente, accentué par la métamorphose de Rami Malek, comme l’ont teasé les premières photos du projet : méconnaissable dans la peau de Mercury, l’acteur semble livrer un performance impressionnante. Autant dire que l’impatience est de mise ! »  Par Marushka Odabackian

bohemian-rhapsody-top-20188/ Ready Player One 

Réalisé par Steven Spielberg.

Avec Tye Sheridan, Olivia Cooke, Ben Mendelshon, Simon Pegg, T.J. Miller, Mark Rylance …

Synopsis : 2045. Le monde est au bord du chaos. Les êtres humains se réfugient dans l’OASIS, univers virtuel mis au point par le brillant et excentrique James Halliday. Avant de disparaître, celui-ci a décidé de léguer son immense fortune à quiconque découvrira l’œuf de Pâques numérique qu’il a pris soin de dissimuler dans l’OASIS. L’appât du gain provoque une compétition planétaire. Mais lorsqu’un jeune garçon, Wade Watts, qui n’a pourtant pas le profil d’un héros, décide de participer à la chasse au trésor, il est plongé dans un monde parallèle à la fois mystérieux et inquiétant…

Pourquoi on l’attend ? : « Le simple fait de voir Steven Spielberg revenir à la SF constituait déjà un ravissement en soi. Alors, quand non seulement, il se frotte à l’adaptation d’un best-seller causant réalité virtuelle, jeu vidéos, années 80 et qu’il s’entoure de Ben Mendelsohn, Mark Rylance, Tye Sheridan, Olivia Cooke, on est en droit de se poser une seule question et rien qu’une : combien de temps va-on encore devoir attendre avant de voir le game changer cinématographique de 2018 ? »  Par Antoine Delassus

7/ L’île aux chiens 

Réalisé par Wes Anderson.

Avec Koyu Rankin, Edward Norton, Bryan Cranston, Bill Murray, Jeff Goldblum, F. Murray Abraham, Bob Balaban, Tilda Swinton …

Synopsis : En raison d’une épidémie de grippe canine, le maire de Megasaki ordonne la mise en quarantaine de tous les chiens de la ville, envoyés sur une île qui devient alors l’Ile aux Chiens. Le jeune Atari, 12 ans, vole un avion et se rend sur l’île pour rechercher son fidèle compagnon, Spots. Aidé par une bande de cinq chiens intrépides et attachants, il découvre une conspiration qui menace la ville.

Pourquoi on l’attend ? : « Un nouveau film de Wes Anderson est toujours un événement. Sa dernière œuvre sur grand écran, The Grand Budapest Hotel, était plus que réussie, tant elle sortait des sentiers battus et transportait le spectateur dans un univers merveilleux. En 2018, le réalisateur revient à l’animation, après s’y être essayé une première fois avec Fantastic Mr. Fox, déjà une réussite. Isle of Dogs a tous les attributs pour devenir un grand film, que ce soit son animation léchée en stop-motion ou son casting 5 étoiles ayant de quoi en faire rêver plus d’un. Bill Murray, Tilda Swinton, Harvey Keitel, Yoko Ono ou Edward Norton, pour ne citer qu’eux, nous font trépigner d’impatience. Vivement le 11 avril !»  Par Zoran Paquot

6/ Les Indestructibles 2 

Réalisé par Brad Bird.

Avec Craig T. Nelson, Holly Hunter, Samuel L. Jackson, Sarah Vowell, Catherine Keener …

Synopsis : Notre famille de super-héros préférée est de retour! Cette fois c’est Hélène qui se retrouve sur le devant de la scène laissant à Bob le soin de mener à bien les mille et une missions de la vie quotidienne et de s’occuper de Violette, Flèche et de bébé Jack-Jack. C’est un changement de rythme difficile pour la famille d’autant plus que personne ne mesure réellement l’étendue des incroyables pouvoirs du petit dernier… Lorsqu’un nouvel ennemi fait surface, la famille et Frozone vont devoir s’allier comme jamais pour déjouer son plan machiavélique.

Pourquoi on l’attend ? : « Dès la fin du premier opus sorti en 2004, les fans s’attendaient à une suite avec les super pouvoir dévoilés du petit Jack-Jack. L’oscar du meilleur film d’animation remporté l’année suivante réconforte les producteurs et les spectateurs. Le géant Disney ayant racheté en 2006 Pixar annonce il y a 3 ans la mise en production d’une suite. Une décennie après, donc avec un trailer centré sur le petit Jack Jack toujours, la date est annoncée pour le début de l’été. Considéré comme l’un des meilleurs films Pixar avec Le Monde de Nemo, Ratatouille et Vice Versa, Les Indestructibles 2 s’attachera encore à souligner l’anonymat de la famille Parr dans une affaire mettant en péril la mère Hélène… »  Par Antoine Mournes

https://www.youtube.com/watch?v=TlfGAUTD368

5/ Phantom Thread

Réalisé par Paul Thomas Anderson.

Avec Daniel Day Lewis, Vicky Krieps, Lesley Manville, Camilla Rutherford, Brian Glesson …

Synopsis : Dans le Londres glamour des années 50, le célèbre couturier Reynolds Woodcock et sa sœur Cyril sont au cœur de la mode britannique, habillant la famille royale, les stars de cinéma, les héritières, les mondains et les dames dans le style reconnaissable de la Maison Woodcock. Les femmes défilent dans la vie de Woodcock, apportant à ce célibataire endurci inspiration et compagnie, jusqu’au jour où il rencontre Alma, une jeune femme au caractère fort qui deviendra rapidement sa muse et son amante. Lui qui contrôlait et planifiait sa vie au millimètre près, le voici bouleversé par l’amour.

Pourquoi on l’attend ? : « Phantom Thread signe le retour du grand Paul Thomas Anderson dans un univers sûr et dans lequel il saura probablement marquer son empreinte, la mode. Surtout, le film sera le dernier du très grand acteur Daniel Day-Lewis. En cela, Phantom Thread est un événement. Nous serons témoins des derniers instants, que l’on espère grandioses, de Day-Lewis collaborant à nouveau avec Paul Thomas Anderson un peu plus de dix ans après le formidable There Will Be Blood. Si l’attente est davantage tournée vers cette ultime réunion au sommet, si elle est surtout portée par ce désir d’apogée entre un cinéaste et un acteur (déjà arrivée entre Anderson et Seymour Hoffman dans The Master), elle n’omet pas d’être caractérisée par la volonté de découvrir un autre univers – avec son récit somme toute déjà vu – réapproprié par Paul Thomas Anderson qui n’arrête pas de nous surprendre depuis qu’il a cessé ses pastiches d’Altman il y a déjà bien des années. »  Par Benjamin Deneufeglise

4/ L’homme qui tua Don Quichotte

Réalisé par Terry Gilliam.

Avec Jonathan Pryce, Adam Driver, Olga Kurylenko, Stellan Skarsgard, Joana Ribeiro, Rossy de Palma, Sergi Lopez …

Synopsis : Une adaptation moderne de l’œuvre de Miguel de Cervantès, qui entraîne un publicitaire à la rencontre de Don Quichotte.

Pourquoi on l’attend ? : « Il était une fois l’histoire d’une des plus grandes arlésiennes du cinéma, un film maudit, un périple artistique qui n’en finissait plus : L’homme qui tua Don Quichotte de Terry Gilliam. Après 17 ans de galères suite aux problèmes de santé de Jean Rochefort notamment, ou aux décors détruits par la météo, voire aux soucis de financement du film, le cinéaste psychédélique a enfin réussi à finir le tournage de son récit moderne sur Don Quichotte de Miguel De Cervantes. Enfin. Après moults changements au niveau du casting, c’est donc Jonathan Pryce et le nouveau joyau d’Hollywood, Adam Driver, qui vont incarner Don Quichotte et Toby Grosini. Mais les mésaventures ne semblent pas finies : une bataille juridique commence à voir le jour, et le travail en post production, voire la distribution du film sont dans le flou le plus total. »  Par Sebastien Guilhermet 

l-homme-qui-tua-don-quichotte-top-20183/ Ma Vie avec John F. Donovan 

Réalisé par Xavier Dolan.

Avec Kit Harington, Jessica Chastain, Kathy Bates, Susan Sarandon, Nathalie Portman, Michael Gambon …

Synopsis : Une star hollywoodienne entretient une relation secrète avec un jeune britannique, alors que la rédactrice en chef d’un tabloïd tente de détruire sa vie.

Pourquoi on l’attend ? : « Malgré la déception de son dernier film Juste la fin du monde, un nouveau film de Xavier Dolan est toujours une promesse d’intensité et de sincérité. De plus, l’excitation d’un casting entièrement américain et d’un petit tournant dans la carrière du réalisateur Québécois ne fait qu’ajouter à l’envie de savoir si Ma vie avec John F. Donovan sera de nouveau une rencontre bouleversante après celle de Mommy ou encore de Laurence Anyways. Reste à savoir si les petits nouveaux dans son cinéma (mais mondialement connus), Kit Haringthon, Jessica Chastain, sauront devenir des personnages dolaniens, c’est-à-dire capables d’être complètement paumés et dingues mais de nous émouvoir par leurs regards, leurs échanges et leur amour… Réponse en salle en 2018, en espérant que le succès n’ait pas complètement achevé de réduire le cinéma du prodige à néant. »  Par Chloé Margueritte

ma-vie-avec-john-f-donovan-top-20182/ The Disaster Artist

Réalisé par James Franco.

Avec James Franco, Dave Franco, Seth Rogen, Alison Brie, Jacki Weaver, Zac Efron, Josh Hutcherson …

Synopsis : En 2003, Tommy Wiseau, artiste passionné mais totalement étranger au milieu du cinéma, entreprend de réaliser un film. Sans savoir vraiment comment s’y prendre, il se lance … et signe THE ROOM, le plus grand nanar de tous les temps. Comme quoi, il n’y a pas qu’une seule méthode pour devenir une légende !

Pourquoi on l’attend ? : « Quand l’enfant chéri du cinéma américain alias James Franco annonce qu’il adaptera The Disaster Artist, roman adulé traitant de l’un des films les plus cultes et les plus uniques qui soit, ça donne envie. Alors quand on le voit personnifier Tommy Wiseau avec brio dans la bande-annonce du film, forcément, la seule chose que l’on désire est de voir ce film le plus rapidement possible. Si James Franco n’est pas le premier à s’être attaqué au cas The Room, il est en revanche le premier à proposer une adaptation du roman tiré du film. Choix judicieux s’il en est, puisque ce choix lui permet un détour du côté de la comédie, genre où il s’est le plus distingué. Consolons nous de la sortie tardive du film chez nous, qui a au moins l’avantage de voir se confirmer nos attentes lorsque les premiers échos du film nous parviennent des États-Unis. Et sans surprises, ceux-ci sont positifs. »  Par Jean-Pierre Horckmans 

1/ The Shape of Water

Réalisé par Guillermo Del Toro.

Avec Sally Hawkins, Michael Shannon, Richard Jenkins, Michael Stuhlbarg, Octabia Spencer, David Hewlett …

Synopsis : Modeste employée d’un laboratoire gouvernemental ultra secret, Elisa mène une existence morne et solitaire, d’autant plus isolée qu’elle est muette. Sa vie bascule à jamais lorsqu’elle et sa collègue Zelda découvrent une expérience encore plus secrète que les autres…

Pourquoi on l’attend ? : « Comment ne pas se languir de la sortie de The Shape of Water ? Le long-métrage de Guillermo Del Toro a déjà remporté le Lion d’Or et le Golden Globe du meilleur réalisateur est venu couronner le cinéaste mexicain. Le film s’annonce comme une romance curieuse entre Elisa, une concierge muette et un monstre amphibien, dans un univers inspiré de l’univers de Bioshock. Tout le monde en parle déjà comme du film de l’année et la performance de Sally Hawkins est unanimement saluée. Alors après le plus anecdotique Crimson Peak, on attend impatiemment The Shape Of Water qui semble convoquer tous les amours et thématiques du passionné Del Toro. »  Par Roberto Garçon

https://www.youtube.com/watch?v=vP4uPqDj0ZI

 

La saison 1 de Dark : sur les méandres du temps

En diffusant la première saison de la série allemande Dark, Netflix nous propose un mélange fascinant entre paradoxes temporels, enquête policière et préoccupations écologiques.

Synopsis : 4 novembre 2019, dans la petite ville de Winden, en Allemagne. Le jeune Jonas retourne au lycée après plusieurs mois d’absence suite au suicide de son père. Un de ses camarades, Erik Obendorf, est porté disparu. Avec un groupe de copains, Jonas va vers les grottes de Winden, en pleine forêt, à la recherche de la planque où Erik cachait sa drogue. C’est là que Mikkel, un autre garçon, va disparaître à son tour.

Une citation d’Albert Einstein, placée en exergue du premier épisode de Dark, nous avertit : « la distinction entre le passé, le présent et le futur n’est qu’une illusion tenace ». Quelques secondes plus tard, une voix off en remet une couche : « hier, aujourd’hui et demain ne se succèdent pas, ils sont connectés.

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Boucles temporelles

Nous sommes donc prévenus : le temps sera un des personnages principaux des dix épisodes de la première saison de cette série allemande diffusée sur Netflix. Dans l’ambiance de mystère qui plane sur les premiers épisodes, le thème du voyage dans le temps se démarque très vite. D’abord, les événements qui arrivent en 2019 semblent reproduire un schéma similaire à d’autres qui s’étaient déroulés 33 ans plus tôt, en 1986. Helge Doppler, un vieil homme dont le rôle ira croissant au fil de la saison, ne cesse de le répéter : tout recommence exactement comme dans le passé.

Et ce passé, nous allons inévitablement y aller, dès le troisième épisode, qui nous entraîne en 1986. Et plus la saison va avancer, plus l’alternance entre passé et présent va s’accélérer et le schéma chronologique de la série se compliquer. Les temporalités vont se superposer, s’entremêler et influer les unes sur les autres. Le passé va influencer le futur (ce qui est parfaitement normal), mais le futur va aussi influencer le passé (ce qui nous paraît beaucoup moins logique).

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C’est dans ce labyrinthe de boucles temporelles qu’apparaissent donc des paradoxes chronologiques : un enfant se retrouve plus âgé que son propre père, un homme ne vieillit pas en 33 ans, jusqu’à cette phrase que l’on n’entend pas tous les jours : « je peux changer le cours du passé ».

Les enfants perdus

Ce qui est intéressant dans la série Dark, c’est que ce jeu de paradoxes temporels vient nourrir une enquête policière. Le scénario plutôt malin superpose les disparitions d’enfants et les bouleversements chronologiques, chaque aspect apportant son lot de questions qui alimentent le mystère ambiant. A chaque fois qu’un aspect de l’énigme est traité, cela entraîne un nouveau lot de questions, ce qui fait que le spectateur a l’impression de progresser dans l’histoire sans en deviner le fin mot.

De plus, les allers-retours entre 1986 et 2019 permettent de donner de la profondeur aux personnages. On comprend mieux les liens qui les unissent, les conflits, les jalousies, etc. Au fil des épisodes, c’est toute une communauté qui se dessine, avec des rapports complexes entre ses habitants. Winden apparaît de plus en plus comme une petite ville coupée du reste du monde ; elle est ancrée au fond de sa forêt comme elle est enfermée dans son système de boucles temporelles. Et au fil des épisodes, la tension monte inexorablement alors que les spectateurs ressentent que la ville couve quelque chose de pourri.

Peur du nucléaire

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Winden est donc une petite ville qui semble abandonnée des dieux, perdue au milieu de sa forêt. Mais aussi une ville qui vit à l’ombre d’une centrale atomique. Là aussi, on comprend très vite l’importance que revêt ce bâtiment dont les hautes cheminées crachent une fumée menaçante. Quel que soit le mal qui ronge Winden, il a une incidence sur la nature : au détour de quelques plans généraux, on découvre que des pans entiers de la forêt sont morts, comme intoxiqués. Les oiseaux morts pleuvent, et un éleveur découvre un champ entier de cadavres de moutons.

De plus, et ce n’est pas négligeable, lorsque les personnages voyagent dans le temps, ils se retrouvent en 1986, à peine quelques semaines après l’accident de Tchernobyl. Et lorsque l’on remonte encore plus tôt dans la chronologie, c’est pour recentrer encore plus l’action autour de la centrale. « La centrale a transformé Winden. Ça ne ressemblait pas à ça, avant, ici. » La série parvient à faire une comparaison entre l’empoisonnement nucléaire et la dégradation morale de la ville.

Cette première saison de Dark adopte volontiers un rythme lent, mais c’est par cela que la réalisation parvient à implanter une ambiance malsaine et glauque tout autant que mystérieuse. Le travail sur la bande son joue aussi beaucoup sur l’atmosphère, que ce soit par le choix des chansons ou par les compositions anxiogènes de Ben Frost. On pourrait éventuellement reprocher au scénario de s’éparpiller à force de vouloir courir trop de lièvres à la fois : Shakespeare se mêle à Nietzsche et Einstein, les trous de vers rejoignent l’Antéchrist, le nucléaire, l’Éternel Retour et un brin d’ésotérisme. Mais finalement l’ensemble se tient bien et forme un tout cohérent et passionnant. Espérons maintenant que la saison deux soit aussi bonne.

Dark saison 1 : bande annonce

Dark saison 1 : fiche technique

Créateurs : Baran bo Odar, Jantje Friese
Réalisation : Baran bo Odar
Scénario : Baran bo Odar, Jantje Friese
Interprètes : Oliver Masucci (Ulrich Nielsen), Louis Hofman (Jonas), Jördis triebel (Katharina Nielsen), Karoline Eichhorn (Charlotte Doppler).
Photographie : Nikolaus Summerer
Montage : Robert Rzesacz, Denis Bachter
Musique : Ben Frost
Production : Baran bo Odar, Jantje Friese
Société de production : Wiedemann & Berg Television
Société de distribution : Netflix
Genre : drame policier fantastique
Durée : 10 épisodes de 50 minutes environ
Date de diffusion : 1 décembre 2017

Allemagne-2017

Vers la lumière de Naomi Kawase : un voyage sensoriel ampoulé

Continuant son introspection sur la perte et la disparition, Naomi Kawase nous délecte toujours de son style si vaporeux avec Vers la lumière mais s’enlise dans un récit didactique et empreint de fausses pistes.

Avec Vers la lumière, Naomi Kawase parle de cinéma, de l’interprétation que nous portons aux images, de l’importance des mots que l’on utilise pour analyser une œuvre. Avec son habituelle sobriété, elle caressera son sujet mais n’éraflera jamais l’abîme même de ses personnages : la rencontre entre une audiodescriptrice de films ayant perdu son père et un photographe devenant bientôt aveugle est le fil rouge de son histoire. Certes, la bienveillance de la cinéaste pour ses protagonistes est une bouffée d’air frais pour son film, et permet à ce dernier d’engranger une respiration opportune et humaniste mais malheureusement, la réalisatrice se perd dans l’agencement de ce récit sur la cécité et le poids des images, là où les personnages ne seront que des vecteurs à thématique.

Le problème est qu’on ne ressent pas cette douleur, cette perte d’un univers, la réalisatrice ne catalyse pas toute la puissance sensorielle de son récit. On ne voit pas ou peu le vertige occasionné par l’éveil d’un nouveau monde, d’une compréhension différente de l’environnement. Naomi Kawase fait dire à certains de ses personnages que les mots peuvent parfois être trop « intrusifs » vis-à-vis de l’émancipation de l’imaginaire même de chacun. Ces sessions de travail entre Misako et des non-voyants sont le point fort du film : un espace de dialogue qui laisse place à une émotion certaine. Le travail d’un ou d’une audiodescriptrice n’est pas de détailler un film mais de faire ressentir un espace, d’amplifier la souplesse de l’imaginaire pour amener l’émotion.

Pourtant, Naomi Kawase fait réfléchir Misako sur cette nuance-là, mais en oublie de se questionner elle-même sur son cinéma. C’est le point faible d’un film qui manque de légèreté malgré son immense douceur, un cinéma qui ne trouve pas son équilibre entre les envolées esthétiques contemplatives et une récitation plus traditionnelle du script. Si l’on associe le film dans le film et qu’on superpose le travail de Kawase à celui de Misako, la cinéaste fait les erreurs qu’il ne faut pas faire et se contredit assez injustement. Car au lieu de laisser au spectateur la possibilité d’imaginer cette histoire d’amour, de s’émouvoir dans les contours contemplatifs de sa mise en scène, Naomi Kawase s’empêtre à vouloir tout expliquer, à déployer son intrigue par l’instance possessive des mots, à cartographier sa dialectique par un symbolisme pompeux.

Parfois, trop schématique, Vers la lumière se voit parfois sublimé par sa magnifique bande sonore qui suit et harmonise les méandres de Misako et Nakamori. Du coup, Vers la lumière devient un petit objet cinématographique didactique, qui ne surprend jamais son auditoire dans les belles ruelles japonaises et qui rend inaudible une connexion amoureuse invisible et froide. C’est d’autant plus dommage que le film ne manque pas de qualités : une réalisation soignée avec une lumière sublimée et un jeu sur le flou pertinent, un casting en parfaite osmose, une délicatesse et un naturalisme de tous les instants. La preuve en est, le personnage le plus émouvant de Vers la lumière est celui qu’on entend le moins, qui touche par sa simple présence fragmentaire : celui de la mère de Misako, venant de perdre son défunt mari. Personnage loin de la ville et proche de la nature.

Cette nature gardienne protectrice, lieu mystique et fantomatique où se cache la renaissance. Vers la lumière n’a malheureusement pas cette magie, ces moments de suspension que peuvent avoir certaines de ses œuvres précédentes comme La Forêt Mogari ou Still the Water. La réalisatrice ne fait pas assez confiance aux pulsations, au cœur cotonneux de son ouvrage pour le laisser divaguer à sa guise. Les vibrations deviennent une démonstration, perdant l’ambiguïté et la peur sensorielle du spectateur.

Synopsis: Misako passe son temps à décrire les objets, les sentiments et le monde qui l’entoure. Son métier d’audiodescripteur de films, c’est toute sa vie. Lors d’une projection, elle rencontre Masaya, un photographe au caractère affirmé dont la vue se détériore irrémédiablement. Naissent alors des sentiments forts entre un homme qui perd la lumière et une femme qui la poursuit.

Bande annonce – Vers la lumière

Fiche technique – Vers la lumière

Réalisateur : Naomi Kawase
Scénario : Naomi Kawase
Interprètes : Ayame Misaki, Masatoshi Nagase
Photographie : Dodo Arata
Montage : Tina Baz
Société(s) de Production : Comme des cinémas
Distribution : Haut et Court
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 10 janvier 2018

Un vent de liberté : sortie DVD du film chez Diaphana Distribution

Un vent de liberté, film iranien réalisé par Behnam Behzadi, sort en DVD ce mardi 16 Janvier. L’occasion de revenir sur ce film méconnu sélectionné au festival de Cannes 2016 dans la section Un certain regard.

Synopsis: Niloofar, 35 ans vit seule avec sa mère. Pour protéger celle-ci de la pollution de l’air de Téhéran,  la famille décide unilatéralement que Niloofar devra déménager et vivre avec sa mère à la campagne… Alors qu’elle s’est toujours pliée aux exigences des autres, cette fois elle leur tiendra tête.

Si le nom de Behnam Behzadi reste inconnu en France, il n’en est pourtant pas à son premier essai en tant que réalisateur. En effet, il est déjà l’auteur de deux autres œuvres et un court-métrage, qui ne sont malheureusement pas sortis en France. Ce qui est fort dommage étant donné les qualités indéniables dont Un vent de liberté fait preuve.

Également scénariste, Behzadi a réussi à écrire une histoire intéressante traitant de la difficulté d’émancipation des femmes dans le contexte d’un Iran moderne mais toujours sous le joug des traditions. On suit le parcours de Niloofar, une « independent woman » qui tient un atelier de couture mais qui se retrouve soudainement dépossédée de sa liberté à cause de sa famille. Elle va donc essayer de se battre pour redevenir maîtresse de sa vie. Mais on suit son combat  avec intérêt car elle se démarque de ses pairs, n’ayant pas emprunté une voie traditionnelle. Sans mari ni enfant, elle n’est pas considérée comme ayant une vie aussi digne que celle de ses frères et sœurs.

L’actrice principale, Sohar Dolatshahi, livre d’ailleurs une très bonne performance en incarnant une femme ne voulant pas renoncer à son droit de vivre comme elle le souhaite. Les autres acteurs sont également convaincants. La réalisation reste sobre, peut-être même un peu trop. Bien qu’il ne soit pas exempt de défauts, le film reste tout de même à découvrir, ne serait-ce que pour son scénario.

Caractéristiques techniques DVD:

Un-Vent-de-liberte-DVD

Format image: 16/9ème compatible 4/3, format d’origine 2.35

Son: Version originale perse sous-titrée français 2.0 / 5.1

Durée: 1h21

N’ayant pas bénéficié d’une sortie importante, il n’y a pas de bonus DVD.

Sortie officielle: 16 Janvier 2018

Prix public: 19,99€

Un vent de liberté: Bande Annonce

Leatherface, Pinhead et Jason Voorhees bientôt de retour en Blu-ray aux USA

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Alors que les fêtes de fin d’année viennent de s’achever, des informations en provenance des USA évoquent la sortie imminente de nouvelles éditions de films terrifiants avec les figures emblématiques du genre horrifique.

A peine l’année 2017 écoulée avec les triomphes de Get Out, Jigsaw, Ça et le grand retour de Chucky, 2018 s’ouvre sur une tripotée d’informations sur des sorties imminentes de belles galettes horrifiques ! Des grands classiques de l’horreur des années 1980 et 1990 s’apprêtent en effet à connaître une seconde jeunesse avec de nouvelles éditions au format Blu-ray aux USA. Reste à espérer que les éditeurs aient la bonne idée de proposer ces films dans quelques mois en Europe.

Selon des informations de Mad Movies et de la rédaction de Devildead, la sortie imminente d’un Blu-ray aux USA pourrait ravir les fans de bricolage et les bûcherons. Le troisième volet de la franchise Massacre à la tronçonneuse, signé Jeff Burr, va être réédité dans une toute nouvelle copie. Le casting fascinant de cette pépite méconnue du bis regroupe notamment Viggo Mortensen et Ken Foree (le Zombie de Romero), un peu à la manière du quatrième volet de la franchise se déroulant au Texas (Massacre à la tronçonneuseLa nouvelle génération avec Matthew McConaughey). Le film sera présenté en version « unrated ». La durée annoncée est de 85 minutes. Les bonus déjà présents sur les éditions Dvd seront à nouveau disponibles sur ce Blu-ray (le commentaire du réalisateur, un documentaire The Saw is Family ainsi qu’une fin alternative). La version remastérisée de Leatherface : The Texas Chainsaw Massacre 3 s’apprête à sortir aux USA en ce début d’année 2018.

Les amateurs de littérature fantastique et des œuvres de Clive Barker attendent également avec beaucoup d’impatience la sortie imminente du dernier volet de la saga Hellraiser, assez malmenée ces dernières années par des « direct-to-video » assez faibles. Le cube démoniaque et son armée de cénobites vont donc bientôt refaire surface avec Hellraiser : Judgment, réalisé par Gary J. Tunnicliffe. Le film sera accessible sur le marché américain en VOD, en Dvd et en Blu-ray dès le 13 février prochain. La date de sortie du dixième opus de la franchise se faisait attendre depuis de nombreux mois. Les fans craignaient même le pire avec les remous de la Weinstein Company et des studios Dimension Films. Hellraiser : Judgment sortira finalement sous l’étiquette de Lionsgate. Le comédien Paul T. Taylor est le nouveau visage du terrifiant Pinhead (popularisé auparavant par l’acteur Doug Bradley). L’actrice légendaire de la saga Freddy Krueger, Heather Langenkamp, est également au casting de ce volet inédit de la franchise Hellraiser. Le film s’apparente sur le plan de l’intrigue au tout premier Saw. Des inspecteurs de police vont devoir traquer un tueur en série qui terrorise la ville. Ils découvriront un labyrinthe d’horreur dans le cadre de leurs investigations. Les tourments et les supplices infernaux qui attendent chaque victime pourraient bien s’abattre également sur l’un des membres des forces de l’ordre. En cas de succès commercial, des suites pourraient être envisagées selon des informations de Bloody-disgusting, obtenues auprès du comédien Paul T. Taylor.

Hellraiser : Judgment de Gary J. Tunnicliffe – Bande-annonce (VO) :

Une nouvelle réédition au format Blu-Ray de la saga Vendredi 13, avec le tueur au masque de hockey Jason Voorhees, s’apprête également à sortir aux USA. Les huit premiers opus de la franchise seront accessibles dans un nouveau coffret qui sortira le 13 février 2018.

Concernant le marché hexagonal, le road trip initiatique Leatherface, sur les origines de l’homme derrière le masque terrifiant et la tronçonneuse, est disponible à la vente et à la location depuis le 03 janvier dernier. Le film, signé par les deux réalisateurs français Alexandre Bustillo et Julien Maury, a été présenté lors de la dernière édition du PIFFF. Le Dvd et le Blu-ray proposent des scènes bonus et une fin alternative. Le long-métrage a malheureusement été lui-même tronçonné par les studios hollywoodiens. Le montage original de deux heures a été amputé de trente minutes ! Le Dvd de Leatherface est actuellement vendu avec le numéro de janvier 2018 du magazine Mad Movies.

Un coffret Blu-Ray collector, sorti récemment en France, risque de satisfaire tous les mordus de cinéma fantastique. L’intégrale de la saga Phantasm de Don Coscarelli est en effet disponible dans une réédition intégrale, depuis le 31 octobre dernier.

Paris etc, la série aux cinq femmes de Canal +

Paris etc est la dernière série originale créée par Canal + et diffusée en décembre dernier. Elle peint la vie de cinq parisiennes à travers un quotidien banal qui se transforme au fil des épisodes et plonge totalement dans l’époque.

Synopsis : Cinq femmes. Et Paris. Cinq façons d’être, de pleurer, de hurler de rire, de rater le bus, de serrer les dents, de jouir, de ne pas jouir, de boire trop, de grandir, de résister, de faire un enfant ou pas, de ne pas vouloir rentrer chez soi… Cinq façons d’aimer. Cinq héroïnes du quotidien qui traversent Paris, depuis la rentrée des classes jusqu’aux vacances de Noël.

Cette critique peut contenir des spoilers !

Les femmes…
Le public s’attachera ou non aux personnages et aux femmes jouées par Zabou Breitman (Gil), Naidra Ayadi (Nora), Anaïs Demoustier (Mathilde), Lou Roy Lecollinet (Allison) et Valeria Bruni Tedeschi (Marianne), mais il sera difficile de nier l’intelligence avec laquelle la série aborde des thèmes majeurs et très actuels tels que le féminisme. Disons plutôt que ce dernier est sous jacent à toute la série puisqu’elle n’en parle que rarement finalement, mais la démarche mettant cinq femmes modernes au premier plan s’avère être un bel engagement. Les créatrices rompent totalement avec les représentations constantes et coutumières de la femme pour intégrer des figures qui savent ce qu’elles veulent. Chacune à leur manière, elles prennent leur destin en main. De par leurs choix, leur entourage, leurs émotions, elles s’affirment et assument leur statut de femme. Évidemment que la femme moderne n’est pas que l’indépendante sans cœur que l’on se plaît à montrer parfois au cinéma, mais elle n’est pas non plus la femme totalement névrosée et dépendante de son mari. La série fait justement un savant mélange de tout cela en créant cinq personnages qui chacun à leur tour, se détache du rôle cliché que l’on pourrait leur attribuer avec les caractéristiques qui sautent tout de suite aux yeux. paris-etc-serie-valeria-bruni-tedeschi

Paris etc, c’est donc cinq femmes débordées, qui doivent être partout à la fois et qui doivent en même temps apprendre à gérer leurs émotions. Résultat : tout déborde, explose et la crise apparaît créant des situations absurdes et souvent très comiques mais aussi des scènes émouvantes jouées avec un talent indéniable par cinq actrices à qui chaque rôle va comme un gant. Les créatrices ne contournent jamais la réalité et jouent franc jeu dans tous les domaines que la vie aborde : la sexualité, la carrière, les enfants, le quotidien… Paris etc livre, à travers ces cinq femmes, une ode aux parisiennes et, de manière même plus générale, une ode à la France et ses françaises qui font tant son charme. Notons d’ailleurs que l’une d’entre elles se nomme Marianne, symbole fort de tout ce qui est représenté dans la série.

…et la société. 
Il va de soi que les femmes sont comprises dans cette société dont la série dresse le portrait mais il convenait également de faire une distinction entre les deux pour accentuer les différents thèmes sur lesquels se sont penchées les créatrices. À travers ces cinq femmes était abordé le rôle de celles-ci au sein de cette société contemporaine et comment elle les façonne. Puis d’un autre point de vue, Paris etc livre un tableau collectif sur cette même société en prenant une base bien plus générale mais pas moins intéressante. Chaque épisode navigue entre les thèmes, à l’instar de chaque personnage. De par des phrases lancées de manière anodines ou des scènes de quelques secondes, les dialogues marquent. La série déconstruit les représentations toutes faites. Que ce soit au sujet de la culture, de la communication, de la vision actuelle du couple ou encore plus généralement des normes et des codes sociaux, Paris etc chamboule toutes les constructions sociales et s’engage dans le courant actuel qui consiste à contrer toutes ces définitions pré-établies et ouvrir les esprits sur des choses nouvelles.

paris-etc-serie-valeria-bruni-tedeschi-anais-demoustiersCe qui compte aujourd’hui, ce n’est pas d’avoir de la culture mais d’être curieux : il faut fuir la société qui voue un culte à l’intellectualisme mais qui oublie trop souvent que l’important est de vouloir apprendre et d’aimer le faire, quel qu’en soit le sujet. La série dépeint également beaucoup de problèmes de couple : par manque de communication ou mauvaise, par des situations familiales compliquées (avoir un enfant handicapé), le public voit son époque défiler à l’écran. Dans Paris etc, on parle de sexualité, les couples font l’amour et parlent de leur fantasme dans une époque où tout est devenu tabou. Chaque épisode s’ouvre d’ailleurs sur une scène de coït. Enfin, tout fait écho à beaucoup de sujets actuels : l’harcèlement de rue, les attentats (un colocataire d’Allison blessé lors des attentats du Bataclan) et la peur omniprésente (sécurité à l’école). Tout y est abordé sans jamais endormir le spectateur et en restant relativement vif et frais. La série a aussi son lot de bons moments comme dans l’épisode 11 ; chacune prend son envol sur un air de piano grâce à une décision qu’elle prend pour changer sa vie. La musique joue d’ailleurs une place majeure dans la série. Composée par Benjamin Biolay, elle donne souvent le ton et rappelle au public l’authenticité des thèmes dont elle parle et de la ville qu’elle dépeint.

Paris etc est éminemment politique en réussissant aussi à être un très bon divertissement. La série propose des réflexions sociales en mettant en scène des personnalités plus ou moins atypiques qui font traverser plusieurs étapes de leur vie au spectateur, tout cela sur un ton léger.

Paris etc. : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=Npp8KcZG4h4

Paris etc. : Fiche Technique

Crée par : Zabou Breitman, Maïwenn, Anne Berest
Distribution : Zabou Breitman, Valeria Bruni Tedeschi, Naidra Ayadi, Anaïs Demoustier,  Lou Roy Lecollinet, Bruno Todeschini, Yannick Choirat, Hippolyte Girardot, Niels Schneider
Réalisation : Zabou Breitman
Scénario : Zabou Breitman, Maïwenn, Anne Berest, Jérémy Elkaïm, Gabor Rassov, Philippe Lefebvre
Musique : Benjamin Biolay
Producteurs : François Kraus, DEnis Pineau-Valencienne
Sociétés de production : Les films du kiosque,
Format : 30 minutes
Nombre d’épisodes : 12
Diffusée sur : Canal +
Genre : comédie dramatique
Premier épisode : 27 novembre 2017

Barry Seal : American Traffic ou l’envol de Tom Cruise en Blu-ray

Ce mardi 16 janvier sort en vidéo Barry Seal : American Traffic. Edité en DVD et Blu-ray par Universal, le film de Doug Liman fait piloter Tom Cruise pour la CIA et la bande d’Escobar. Au programme : le récit d’un american made porté à l’écran par l’une des grandes stars made in america.

Synopsis : L’histoire vraie de Barry Seal, un ancien pilote de la TWA, arnaqueur dans l’âme, recruté de manière inattendue par la CIA afin de mener à bien l’une des plus grosses opérations secrètes de l’histoire des Etats-Unis. Il profitera de l’occasion pour diversifier ses activités en tant que passeur de drogue pour le cartel de Medellín et servira en même temps les intérêts de la DEA…

Barry Seal / Tom Cruise, american made

Le titre original du film, American Made, est intéressant à bien des égards. En effet, Barry Seal est l’un de ses êtres bigger than life qui ont franchi des limites que beaucoup d’entre nous ne connaitront probablement pas. Il est l’un de ces destins fous des States. Le récit incroyable conté dans le film est basé sur la vie du bonhomme. Un homme qui est un pur produit estampillé US. Un pur fils des Etats-Unis, poursuivant l’héritage des grands mythes américains. D’abord pilote, il deviendra un gangster en travaillant avec Escobar. Le fantasme du bandit est ici intimement lié à un autre, celui de l’agent secret. Seal travaille en effet avec la CIA en toute discrétion. Plus tard, il deale avec la DEA en leur donnant des informations sur le Cartel. Entre temps, Barry Seal devient riche. Riche à ne plus savoir quoi faire de son argent. L’unes des séquences comiques du film met en scène Cruise tentant de planquer son magot où il le peut, sa demeure ne comptant plus de cachettes disponibles pour le pactole. En atteignant ses rêves de richesse, Seal espère mettre sa famille loin de tout besoin financier. Car le gus est aussi un père de famille, marié, trois enfants. Notons que ses précédents mariages et premiers enfants ne sont pas mentionnés dans le film. Ainsi Barry Seal est un personnage made in America : père de famille ; métier de rêve ; argent à gogo ; espion ; et gangster…

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Tom Cruise / Barry Seal

Quand bien même Tom Cruise délaisse le super-héroïsme « monstrueux » de La Momie pour interpréter un rôle plus terre à terre, son personnage est l’américain ultime. Ne manque plus que des santiags et revolvers pour faire de Barry un cowboy. Plus sérieusement, cette interprétation de Seal par Cruise poursuit l’idée d’un être créé par l’Amérique. En donnant ses traits au personnage, l’acteur lui prête aussi sa personne actuelle. Cruise, comédien et producteur à succès, cascadeur fou, est la star à avoir le plus gros salaire d’Hollywood. Le cast de Cruise permet ainsi d’expliciter le caractère american made, american ultra et bigger than life de Barry Seal.

Blu-ray aérien

Concernant le Blu-ray édité par Universal, rien à redire, hormis l’absence d’une piste vf haute définition. Le film est accompagné de plusieurs featurettes promotionnelles/making-of qui plairont probablement aux spectateurs intéressés par le récit du film et passionneront sûrement les fans du Tom.

Bande-Annonce : Barry Seal

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES DVD

Image : 16:9 1.85:1 Anamorphic Widescreen / Durée : 1h50
Audio : Anglais, Français, Allemand, Italien Dolby Digital 5.1, Anglais (bonus audio) Dolby Digital 2.0
Sous-titres : Anglais (sourds et malentendants), Arabe, Danois, Néerlandais, Finnois, Français, Allemand, Hindi, Islandais, Italien, Norvégien, Suédois et Turc

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CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES Blu-ray

Image : 16:9 1.85:1 Widescreen / Durée : 1h55
Audio : Anglais DTS Headphone:X, Anglais et Allemand DTS:X, Anglais (bonus audio) Dolby Digital 2.0, Espagnol, Français et Italien DTS Digital Surround 5.1 Sous-titres : Anglais (sourds et malentendants), Arabe, Espagnol, Mandarin, Danois, Néerlandais, Finnois, Français, Allemand, Hindi, Islandais, Italien, Norvégien, Portugais et Suédois

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES Blu-ray 4K

Image : 16:9 1.85:1 Widescreen / Durée : 1h55
Audio : Anglais DTS Headphone:X, Anglais DTS:X, Tchèque, Français et Polonais (voiceover) DTS Digital Surround 5.1
Sous-titres : Anglais (sourds et malentendants), Tchèque, Danois, Néerlandais, Finnois, Français, Grec, Norvégien, Polonais et Suédois

COMPLÉMENTS

– Scènes coupées

– « Une histoire à l’américaine »

– Conversation entre Tom Cruise et Doug Liman

– « Dans les ailes »

– Le tournage de Barry Seal : American Traffic

– « Voler plus haut »

– Le vrai Barry Seal

Si tu voyais son coeur, l’errance d’un regard

Drame noir à la mise en scène flamboyante, Si tu voyais son cœur est un premier film efficace qui souffre cependant d’un scénario fantôme, à la manière de son héros.

Synopsis : Suite à la mort accidentelle de son meilleur ami, Daniel échoue à l’hôtel Métropole, un refuge pour les exclus et les âmes perdues. Rongé par la culpabilité, il sombre peu à peu dans la violence qui l’entoure. Sa rencontre avec Francine va éclairer son existence.

Le film s’ouvre avec le regard perçant de Nahuel Perez Biscayart, le regard de 2017, celui qui a marqué le cinéma l’an dernier et que l’on se fait une joie de retrouver à l’écran dès le début de cette nouvelle année. L’ouverture est planante, dansante : les gens s’amusent, font la fête. C’est à peu près tout le contraire de ce qui va se passer ensuite, dans le film et à l’écran. Si tu voyais son coeur est le premier long métrage de la réalisatrice Joan Chemla, et il est évident qu’il souffre des défauts d’un premier film comme beaucoup d’autres, en partie dans le scénario, comme souvent. Cependant, la jeune réalisatrice s’en sort bien pour proposer au public français quelque chose d’assez dramatique dans son envoûtement.

« Qu’est ce que t’as de beaux yeux. – Et si tu voyais son cœur. »

C’est Nahuel Perez Biscayart qui prononce cette phrase avec l’intensité qu’on commence à lui connaître et la justesse dont on ne doute plus. Une phrase presque anodine à ce moment là qui se révèle être le fil conducteur du film, et de son personnage principal bancal. Quelques mots qui finissent par guider le film puisque son cœur, c’est ce qui l’a perdu. Son cœur, c’était son meilleur ami (Cortel), mort devant ses yeux alors qu’ils rigolaient. Et de cet si-tu-voyais-son-coeur-gael-garcia-bernal-marine-vacthaccident, naît un homme perturbé qui oscille entre hallucinations et besoins primitifs de s’en sortir. Il vole pour avoir de l’argent, il traîne dans un monde violent, sale et l’humour de son meilleur ami ne peut plus l’en sortir. Ses névroses sont ses rêves, ses souvenirs le hantent et les flashbacks se confondent avec la réalité. Le film trace d’ailleurs finement la limite entre ces deux là avec la lumière et la mise en scène, le spectateur se retrouve alors autant perdu que le personnage parfois. Angoissant ? Un peu mais d’une grande qualité.

Cependant, le film meurt très vite : en même temps que Costel d’ailleurs. Le duo touchant et rayonnant laisse souvent place à l’errance d’un personnage et d’un scénario dont on ne retrouve pas toujours le but. La lumière de Costel s’oppose à l’ombre totale de Daniel. Mais si parfois, l’intrigue devient fade, le regard mélancolique de Gael García Bernal et les images mènent le film. À l’instar du personnage principal, l’arrivée de Marine Vacth amène un nouvel air au long métrage. L’obscurité de Daniel prend peu à peu de la distance pour donner de l’espace à la douceur de Francine et l’on retrouve alors le côté planant du bonheur que l’on appréciait au début. Elle le soigne en étant près de lui, en posant sa main sur lui, elle l’appelle  « mon ange ». Tout est fait pour opposer les divagations névrosées de la majeure partie du film à une autre forme d’évasion bien plus agréable. Ces émotions, c’est à travers le jeu grandiose des acteurs que l’on peut les percevoir mais aussi grâce à la mise en scène soignée et intelligente d’une réalisatrice qui fait de son premier film, une réussite.

Lire l’interview de la réalisatrice et l’acteur Karim Leklou.

Si tu voyais son cœur : Bande Annonce

Si tu voyais son cœur : Fiche Technique

Réalisation : Joan Chemla
Scénario : Joan Chemla, Santiago Amigorena, d’après l’oeuvre de Guillermo Rosales
Interprétation : Gael García Bernal, Marine Vacth, Nahuel Perez Biscayart, Karim Leklou…
Image : André Chémétoff
Montage : Béatrice Herminie
Musique : Gabriel Yared
Décors : Alain Frentzel
Costumes : Elfie Carlier
Société de production : Nord Ouest Films
Distributeur : Diaphana Distribution
Durée : 86 minutes
Genre : thriller, drame
Date de sortie : 10 janvier 2018

France – 2018

Pourquoi le piratage n’a pas tué le cinéma

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Clap de fin sur 2017. La fréquentation des salles obscures en France atteint des records. Depuis six ans, l’industrie du cinéma réalise ses meilleurs résultats. Parallèlement, plus de 13 millions d’internautes téléchargent illégalement des films chaque année. Alors, le piratage a-t-il vraiment tué le cinéma ? Enquête.

C’est une année historique pour le cinéma. Avec plus de 209 millions de tickets vendus en France, l’année 2017 signe le troisième meilleur score depuis 50 ans en termes de fréquentation dans les salles obscures après 2011 et 2016. Pourtant, le piratage des films reste un phénomène important. Des données qui semblent tordre l’idée reçue selon laquelle le téléchargement illégal nuirait à la fréquentation en salles. « Le cinéma est préservé dans la mesure où on est sur un spectacle où les films sont découverts », explique Fréderic Delacroix, délégué général de l’association de lutte contre la piraterie audiovisuelle (ALPA).

infographie graphique pas de lien entre téléchargement illégal et fréquentation cinéma

Les films les plus vus sont les plus téléchargés

En réalité, le piratage et le nombre d’entrées progressent en parallèle. Parmi les dix plus gros succès internationaux en salles en 2016, on retrouve cinq des films les plus téléchargés de la même année. Deadpool occupe la première place et a engrangé 753 millions de dollars. Captain America : Civil War, lui, a récolté 1 milliard 153 millions de dollars. Un pied-de-nez face aux lobbyistes accusant le téléchargement illégal de causer du tort au cinéma.

films-les-plus-telecharges-en-2016Dans une étude publiée en 2011 par le site TorrentFreaks qui recense les téléchargements illégaux des films, Avatar est le film le plus téléchargé entre 2006 et 2011 avec 21 millions de copies illégales. Sorti en 2009, le long-métrage de James Cameron reste le plus grand succès de toute l’histoire du cinéma avec une recette de 2 milliards 787 millions de dollars. « Les films sont piratés en fonction de leur notoriété », précise Fréderic Delacroix.

Un marché du cinéma dynamique

Si le cinéma séduit toujours, c’est parce qu’il s’adapte aux besoins des spectateurs. Offre grandissante, innovation, abonnements : autant de moyens de dynamiser l’économie du 7ème art. Aujourd’hui, la 3D n’est plus le seul procédé innovant proposé dans les multiplexes. Place à l’IMAX ou à la 4DX pour un supplément allant de 3 à 6 euros supplémentaires. Les constructions de multiplexes s’accélèrent. Elles ont bondi de 7% entre 2009 et 2016 passant de 5479 à 5842, selon le Centre National du Cinéma (CNC). Une augmentation qui a permis une hausse de la fréquentation du cinéma dans les petites agglomérations et les zones rurales. En 2016, on compte 8 millions de séances par an et 13 millions d’internautes pirates.

sondages-cinema-un-marche-en-pleine-expansion-en-france-film-frequentation-sallesAvec le succès d’Avatar en 2009, le réalisateur James Cameron a voulu montrer que l’innovation était un des seuls moyens d’attirer les spectateurs dans les salles. Maxime télécharge des films illégalement une fois par semaine. Pour lui, le cinéma reste un moment privilégié. « Télécharger ne m’empêche pas d’aller au cinéma, au contraire, j’y trouve l’expérience bien plus intense et surtout depuis le développement de l’IMAX, de la 3D et des salles de plus en plus grandes. »

« C‘est grâce à des films téléchargés que j’ai commencé à être cinéphile »

Par crainte d’une baisse de la fréquentation, le Ministère de la Culture a mis en place un tarif de 4 euros pour les enfants de moins de 14 ans, en janvier 2014. Une politique qui porte ses fruits, puisqu’en 2015, 6,1 millions de jeunes de 6 ans à 14 ans sont allés au cinéma. Un record historique.

Si l’affluence en salles progresse, c’est parce qu’aller au cinéma représente une expérience qu’on ne peut vivre grâce au piratage. « J‘ai vu 64 films au cinéma en 2017″, raconte Corentin, qui télécharge deux films par semaine. « D’ailleurs c’est grâce à des films téléchargés que j’ai commencé à être cinéphile. Il m’arrive de télécharger la filmographie d’un réalisateur puis d’aller voir son nouveau film au cinéma. »

Pour Alexandre, c’est tout le contraire. Blogueur cinéma, il n’a « ni le temps, ni l’argent pour aller au cinéma régulièrement » et voit « quasiment tous ces films grâce au téléchargement ». Les objectifs du téléchargement illégal et d’une sortie au cinéma ne sont pas totalement similaires. Pierre télécharge entre 5 et 6 films par mois depuis 2003 à l’époque du logiciel Emule, mais pour lui « le téléchargement illégal n’a pas remplacé le cinéma ».

Pourquoi le cinéma reste une expérience privilegiée ? « C’est la meilleure façon de s’évader à moindre prix » répond un cinéphile cannois.

Le téléchargement illégal reste un moyen d’accéder à la culture même si l’on manque de moyens. « Je suis divorcé avec deux pensions alimentaires, il ne me reste pas beaucoup, quand on a de jeunes enfants il faut trouver la meilleure solution. Je télécharge donc des films dès que j’ai un coup de coeur », confie Gaëtan. En 50 ans, le prix de la place de cinéma a été multiplié par plus de 35. En 2018, le prix moyen d’un ticket de cinéma est de 10 euros. Le nombre d’internautes pirates en France a beau augmenter, il n’a aucune incidence sur la fréquentation en salles obscures.

«J’ai découvert de nombreux films grâce au piratage »

Malgré les tarifs réduits proposés par les cinémas, il est difficile pour les étudiants de dépenser entre 5 et 10 euros par semaine pour voir un film. Cécile, étudiante, explique que son budget « va en priorité aux dépenses utiles. Pour moi, le cinéma est une dépense inutile. » Le manque à gagner pour les salles de cinéma est quasi-inexistant. Téléchargement ou non, les internautes ne dépenseraient pas ces sous pour aller voir les films.

Alison télécharge plusieurs longs-métrages par semaine. Selon elle, le piratage « permet d’avoir accès à beaucoup de films « indépendants » qui ne sortent pas dans les cinémas français. J’ai découvert de nombreux films grâce à ça ». Sicca (pseudo) profite aussi du téléchargement illégal pour découvrir des films « introuvables qui ne sont plus dispos à la vente. Grâce au téléchargement, j’ai découvert des choses insoupçonnées car ce marché ne met en avant que les blockbusters ou les artistes bankables ».

En France, pirater un film peut être sanctionné jusqu’à 1.500 € d’amende. La sanction ne peut arriver qu’après trois avertissements par Hadopi, (Haute Autorité pour la Diffusion des Oeuvres et la Protection des droits sur Internet). Guillaume, éducateur à l’image, va au cinéma deux fois par mois, possède un abonnement Netflix et achète régulièrement des Blu-ray. Cependant, il « télécharge encore des films. Généralement ce sont des films qui n’ont pas été diffusés suffisamment ou dont la VO était indisponible en salles« .

Quel impact pour les cinémas indépendants ?

« Pourquoi le cinéma survit face au téléchargement ? » : Les exploitantes des cinémas cannois Les Arcades (Arts et essais) et l’Olympia (grand public) répondent. « On a une certaine stabilité, voire une certaine hausse » indique Laeticia Mazeran, gérante du cinéma Les Arcades

« Le téléchargement a-t-il eu un impact sur le nombre de spectateurs en salles ? » Laeticia Mazeran répond : « On a un public de cinéphile qui n’est pas prêt de désemplir les salles.« 

La chronologie des médias à revoir

En fait, la hausse des téléchargements illégaux serait surtout nuisible pour le marché de la VOD, malgré l’essor de la SVOD (vidéo à la demande avec abonnement) et des plateformes comme Netflix ou OCS. « [Le téléchargement illégal] a évidemment un impact sur la vidéo et les moyens d’exploitation qui en découlent par la suite », précise Fréderic Delacroix, délégué général de l’ALPA.  Il ajoute : « Ça nuit forcément à l’offre légale, parce que si elle ne se développe pas comme elle devrait le faire, c’est à cause du piratage qui permet l’accès gratuit ou semi gratuit à des contenus convoités. L’offre illégale est semi gratuite. Même si l’offre légale est peu chère, les gens ne vont pas accéder à cette offre légale. »

iconographie-vod2116-netflixAujourd’hui, la chronologie des médias n’est plus compatible avec l’avènement du téléchargement illégal et l’éruption de services comme Netflix. Un film projeté au cinéma ne peut être disponible en VOD seulement 4 mois après sa diffusion, et seulement 36 mois sur un service avec abonnement comme Netflix. « Dès que le film sort en DVD ou VOD, tu peux considérer qu’il est directement mis en téléchargement », clame Olivia, présente sur un forum dédié au téléchargement illégal.

L’industrie du cinéma poursuit des négociations interprofessionnelles pour adapter cette chronologie aux nouvelles méthodes de consommation et devrait donner des premières pistes de réforme en mars 2018. Françoise Nyssen, ministre de la culture, a déclaré que si le secteur ne tranche pas sur sa législation dans les 4 prochains mois, l’Etat prendra ses responsabilités.

L’article a été réalisé par Annabelle GeorgesRoberto Garçon et Marvin Guglielminetti.

Seule sur la plage la nuit, de Hong SangSoo : le fruit de la passion

Inlassablement, le Sud-Coréen Hong SangSoo remet son métier sur l’ouvrage, pour évoquer à la manière d’Ozu, mais plus encore de Rohmer, un quotidien tourmenté par les affres d’un amour difficile au mieux, impossible sinon. Seule sur la plage la nuit, avec sa muse Kim Minhee, un de ses meilleurs films à ce jour, est la chronique en creux des amours tourmentées du personnage, et l’évocation émouvante de sa profonde solitude et de sa douce mélancolie..

Synopsis : Quelque part en Europe. Younghee a tout laissé derrière elle : son travail, ses amis et son histoire d’amour avec un homme marié. Seule sur la plage, elle pense à lui : elle se demande s’il la rejoindra. Gangneung, Corée du Sud. Quelques amis trinquent : ils s’amusent de Younghee qui, ivre, se montre cruelle à leur égard. Seule sur la plage, son cœur divague : elle se demande combien l’amour peut compter dans une vie…

Melancholia

seule-sur-la-plage-la-nuit-hong-sangsoo-film-critique-kim-minhee-fantomeVéritable stakhanoviste de la caméra, le coréen Hong SangSoo ne semble jamais pouvoir s’arrêter de tourner. Présent à Cannes avec 3 films en 2017, Le Jour d’après et la Caméra de Claire (coucou, Rohmer !), et à Berlin plus tôt dans l’année, avec le présent Seule sur la plage la nuit. Une boulimie qui pourrait paraître risible si on n’y sentait pas l’urgence absolue qu’il a à tourner ces films qu’il nie être autobiographiques, et qui parlent pourtant viscéralement de lui.

Seule sur la plage la nuit est ainsi basé sur le même scenario déjà ressassé à l’envi : les discussions enflammées sur l’amour, autour de bouteilles de soju vidées les unes après les autres à une allure impressionnante, l’amour entre une jeune femme et un réalisateur ou un professeur de cinéma (qui vieillit au fil des films avec HSS). Une sensation de déjà-vu qui cache pourtant des différences subtiles qui font qu’au lieu de redites ennuyeuses, on a l’impression de poursuivre le même récit de film en film, avec un point de vue nouveau ou encore des situations qui apparaissent ou disparaissent en fonction de l’évolution de la vie du cinéaste lui-même. Ici donc, Younghee (Kim Minhee) est une jeune femme très belle qui s’évade à Hambourg auprès d’une amie elle-même exilée ici après un divorce, suite à une rupture compliquée avec un homme marié, où on a l’impression que les deux membres du couple sont pourtant encore amoureux. Une situation qui fait quelque peu écho à la propre situation du cinéaste, parti se réfugier dans cette même ville après la découverte de sa liaison avec Kim Minhee. Cette séquence allemande est courte, 25 minutes à peine, mais concentre déjà la forte solitude de la protagoniste, qui semble n’être jamais à sa place où qu’elle aille. Younghee est incertaine de l’avenir, de ses sentiments, et Hong SangSoo la surprend dans de menus riens qui montrent son insécurité : ses petites prières pour que son amant puisse la rejoindre à Hambourg, ses remarques sur la défensive, ses visions fantomatiques d’un être qui est cruellement absent, jusqu’à une fin surréaliste du récit qui met en exergue son évanescence.

seule-sur-la-plage-la-nuit-hong-sangsoo-film-critique-kim-minhee-sur-la-plageLa seconde partie s’ouvre, après un vrai deuxième générique et un changement de chef opérateur, sur la même actrice, peut-être Younghee, peut-être un autre personnage, les yeux rougis et dans le vague, de nouveau seule, dans une salle de cinéma. Nous sommes en Corée, dans une ville côtière loin de Séoul, et on suit Younghee, puisque c’est bien d’elle qu’il s’agit, dans ses errances à travers cette ville de son enfance. Fuyant la capitale, théâtre de ses amours blessées, elle s’enivre avec ses amis de toujours pour pouvoir ensuite exploser la douleur de sa solitude dans des diatribes véhémentes sur la vie, sur l’amour, égratignant au passage ses amis accusés de compromission et de lâcheté par rapport aux exigences d’une vie amoureuse sincère. La force de Hong SangSoo est de faire de Younghee à la fois son double et son objet de désir, de lui faire dire ses propres sentiments, et en même temps de lui déclarer sa passion, au travers du personnage du « réalisateur », que Younghee rencontre un soir sur la plage. Le cinéaste prête même à Younghee le rôle de l’avocat du diable, quand elle crie à la face du réalisateur : « Les autobiographies, ça n’intéresse personne », ou encore « pourquoi vous ne vous entourez que de jolies femmes », une remarque qui résonne d’ailleurs particulièrement dans ces périodes post-Weinstein

La mélancolie qui se dégage de Seule sur la plage la nuit en fait un des films les plus touchants de Hong SangSoo. La performance de Kim Minhee y est éblouissante, par la capacité de l’actrice à représenter une large palette d’émotions, y compris au travers d’un visage souvent indéchiffrable, rendant son tumulte intérieur encore plus intense. Les zooms, affectionnés par le Coréen, les champs/ contrechamps secs qu’il a l’habitude de faire tentent de surprendre l’actrice dans l’expression de cette souffrance derrière le masque ; tentative sublime et réussie par exemple dans cette scène où Younghee quitte un moment la table du café où elle s’est installée avec un ami, pour aller fumer une cigarette, et où, prise d’une forte rêverie soudaine, elle se met à entonner in extenso une mélopée douce et déchirante à la fois, entrecoupée de bouffées de cigarettes qui continuent de la relier à la réalité. Du bonheur de cinéphile dans une scène presque anodine.

seule-sur-la-plage-la-nuit-hong-sangsoo-film-critique-kim-minhee-diner-avec -realisateurEst-ce la proximité du cinéaste et de l’actrice qui donnent ce relief nouveau au film de Hong SangSoo ? Toujours est-il que le triptyque Le jour d’après/ la caméra de Claire (encore inédit en salles) / et le présent Seule sur la plage la nuit, tous tournés avec sa muse, se caractérise par un souffle et une passion qui ont peut-être eu tendance à déserter son cinéma devenu de plus en plus minimaliste, enroulé sur lui-même dans un étouffement qui a désespéré même ses fans les plus fidèles, dont l’auteur de ces lignes … Avec Seule sur la plage la nuit, voilà une pente scabreuse qui est redressée, et d’une bien belle façon…

 

Seule sur la plage la nuit – Bande annonce

Seule sur la plage la nuit – Fiche technique

Titre original : Bamui haebyun-eoseo honja
Réalisateur : Hong SangSoo
Scénario : Hong SangSoo
Interprétation : Min-hee Kim (Young-hee), Young-hwa Seo (Jee-young), Jae-yeong Jeong (Myung-soo), Seong-kun Mun (Sang-won), Hae-hyo Kwon (Chun-woo), Seon-mi Song (Jun-hee), Jae-hong Ahn (Seung-hee)
Photographie : Park Hongyeol & Hyung-ku Kim
Montage : Sung-Won Hahm
Producteurs : Hong SangSoo
Maisons de production : Jeonwonsa Film
Distribution (France) : Capricci Films
Récompenses : Ours d’argent de la meilleure actrice pour Kim Minhee à la Berlinale, Février 2017
Durée : 101 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 10 Janvier 2018
Corée du Sud, Allemagne – 2017