La saison 1 de Dark : sur les méandres du temps

En diffusant la première saison de la série allemande Dark, Netflix nous propose un mélange fascinant entre paradoxes temporels, enquête policière et préoccupations écologiques.

Synopsis : 4 novembre 2019, dans la petite ville de Winden, en Allemagne. Le jeune Jonas retourne au lycée après plusieurs mois d’absence suite au suicide de son père. Un de ses camarades, Erik Obendorf, est porté disparu. Avec un groupe de copains, Jonas va vers les grottes de Winden, en pleine forêt, à la recherche de la planque où Erik cachait sa drogue. C’est là que Mikkel, un autre garçon, va disparaître à son tour.

Une citation d’Albert Einstein, placée en exergue du premier épisode de Dark, nous avertit : « la distinction entre le passé, le présent et le futur n’est qu’une illusion tenace ». Quelques secondes plus tard, une voix off en remet une couche : « hier, aujourd’hui et demain ne se succèdent pas, ils sont connectés.

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Boucles temporelles

Nous sommes donc prévenus : le temps sera un des personnages principaux des dix épisodes de la première saison de cette série allemande diffusée sur Netflix. Dans l’ambiance de mystère qui plane sur les premiers épisodes, le thème du voyage dans le temps se démarque très vite. D’abord, les événements qui arrivent en 2019 semblent reproduire un schéma similaire à d’autres qui s’étaient déroulés 33 ans plus tôt, en 1986. Helge Doppler, un vieil homme dont le rôle ira croissant au fil de la saison, ne cesse de le répéter : tout recommence exactement comme dans le passé.

Et ce passé, nous allons inévitablement y aller, dès le troisième épisode, qui nous entraîne en 1986. Et plus la saison va avancer, plus l’alternance entre passé et présent va s’accélérer et le schéma chronologique de la série se compliquer. Les temporalités vont se superposer, s’entremêler et influer les unes sur les autres. Le passé va influencer le futur (ce qui est parfaitement normal), mais le futur va aussi influencer le passé (ce qui nous paraît beaucoup moins logique).

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C’est dans ce labyrinthe de boucles temporelles qu’apparaissent donc des paradoxes chronologiques : un enfant se retrouve plus âgé que son propre père, un homme ne vieillit pas en 33 ans, jusqu’à cette phrase que l’on n’entend pas tous les jours : « je peux changer le cours du passé ».

Les enfants perdus

Ce qui est intéressant dans la série Dark, c’est que ce jeu de paradoxes temporels vient nourrir une enquête policière. Le scénario plutôt malin superpose les disparitions d’enfants et les bouleversements chronologiques, chaque aspect apportant son lot de questions qui alimentent le mystère ambiant. A chaque fois qu’un aspect de l’énigme est traité, cela entraîne un nouveau lot de questions, ce qui fait que le spectateur a l’impression de progresser dans l’histoire sans en deviner le fin mot.

De plus, les allers-retours entre 1986 et 2019 permettent de donner de la profondeur aux personnages. On comprend mieux les liens qui les unissent, les conflits, les jalousies, etc. Au fil des épisodes, c’est toute une communauté qui se dessine, avec des rapports complexes entre ses habitants. Winden apparaît de plus en plus comme une petite ville coupée du reste du monde ; elle est ancrée au fond de sa forêt comme elle est enfermée dans son système de boucles temporelles. Et au fil des épisodes, la tension monte inexorablement alors que les spectateurs ressentent que la ville couve quelque chose de pourri.

Peur du nucléaire

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Winden est donc une petite ville qui semble abandonnée des dieux, perdue au milieu de sa forêt. Mais aussi une ville qui vit à l’ombre d’une centrale atomique. Là aussi, on comprend très vite l’importance que revêt ce bâtiment dont les hautes cheminées crachent une fumée menaçante. Quel que soit le mal qui ronge Winden, il a une incidence sur la nature : au détour de quelques plans généraux, on découvre que des pans entiers de la forêt sont morts, comme intoxiqués. Les oiseaux morts pleuvent, et un éleveur découvre un champ entier de cadavres de moutons.

De plus, et ce n’est pas négligeable, lorsque les personnages voyagent dans le temps, ils se retrouvent en 1986, à peine quelques semaines après l’accident de Tchernobyl. Et lorsque l’on remonte encore plus tôt dans la chronologie, c’est pour recentrer encore plus l’action autour de la centrale. « La centrale a transformé Winden. Ça ne ressemblait pas à ça, avant, ici. » La série parvient à faire une comparaison entre l’empoisonnement nucléaire et la dégradation morale de la ville.

Cette première saison de Dark adopte volontiers un rythme lent, mais c’est par cela que la réalisation parvient à implanter une ambiance malsaine et glauque tout autant que mystérieuse. Le travail sur la bande son joue aussi beaucoup sur l’atmosphère, que ce soit par le choix des chansons ou par les compositions anxiogènes de Ben Frost. On pourrait éventuellement reprocher au scénario de s’éparpiller à force de vouloir courir trop de lièvres à la fois : Shakespeare se mêle à Nietzsche et Einstein, les trous de vers rejoignent l’Antéchrist, le nucléaire, l’Éternel Retour et un brin d’ésotérisme. Mais finalement l’ensemble se tient bien et forme un tout cohérent et passionnant. Espérons maintenant que la saison deux soit aussi bonne.

Dark saison 1 : bande annonce

Dark saison 1 : fiche technique

Créateurs : Baran bo Odar, Jantje Friese
Réalisation : Baran bo Odar
Scénario : Baran bo Odar, Jantje Friese
Interprètes : Oliver Masucci (Ulrich Nielsen), Louis Hofman (Jonas), Jördis triebel (Katharina Nielsen), Karoline Eichhorn (Charlotte Doppler).
Photographie : Nikolaus Summerer
Montage : Robert Rzesacz, Denis Bachter
Musique : Ben Frost
Production : Baran bo Odar, Jantje Friese
Société de production : Wiedemann & Berg Television
Société de distribution : Netflix
Genre : drame policier fantastique
Durée : 10 épisodes de 50 minutes environ
Date de diffusion : 1 décembre 2017

Allemagne-2017

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Herve Aubert
Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

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