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Festival de Gérardmer 2018 : Un détour hors-compétition

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Après la compétition, il est temps de s’intéresser plus en détail à ce que le festival de Gérardmer nous a servi hors-compétition. Au programme 4 films dont 3 inédits et 1 classique du body horror. Encore une fois , la France s’illustre avec deux films : Cold Skin et La Nuit a dévoré le monde. Au même moment, une nouvelle production de l’invité d’honneur Alex de La Iglesia nous arrive tout droit du Pays Basque sous le nom de Errementari. Du côté du old school, c’est une œuvre culte du cinéma d’horreur des années 80 qui a été présentée dans une nuit spéciale, Hellraiser de Clive Barker.

  • Cold Skin

Xavier Gens, c’est un peu un enfant de Gérardmer. Le réalisateur français a été membre du jury, y a présenté The Divide en 2012 et Frontière(s) en 2008, il était donc tout naturel que le Dunkerquois revienne dans les Vosges pour nous montrer son projet de longue date, Cold Skin. Adapté d’un roman, le film raconte l’histoire d’un climatologue qui se retrouve sur une île perdue où il fait la connaissance d’un singulier gardien de phare. Ce ne sera par ailleurs pas la seule rencontre excentrique que fera ce pauvre homme, car l’île se trouve être peuplée de créatures amphibiennes à la silhouette anthropomorphe. Très vite les deux hommes vont se retrouver repliés dans le phare, en essayant de survivre aux assauts meurtriers des bestioles. Cold Skin avait de quoi allécher, malheureusement dès l’apparition de cette fameuse citation de Nietzsche ayant un rapport avec l’abîme qu’on a déjà vu 1000 fois, on sait très vite ce que va être le discours du film. Résultat, pendant plus d’1h30, le film va nous rabâcher cette rengaine de l’homme qui se mue en monstre et qu’au contraire une certaine humanité se cache au sein des bestiaux. Au moins, Gens a le mérite de s’attaquer à ça de façon frontale (même avec une scène de sexe, le mec ne se refuse rien) au travers d’un film de siège sanguinaire. Là aussi, on a un peu de mal car les assauts nocturnes sont sympas et divertissants les premières fois, mais deviennent très vite redondants. Si le film offre des visuels très réussis, avec beaucoup de trucages mais en dégageant de l’île de Lanzarote une ambiance très froide, le design des bêtes est un peu moins convaincant, tant il s’avère très simpliste. De belles idées, mais assez oubliable au final. On attendra Del Toro pour être ému par un amphibien.

  • La Nuit a dévoré le monde

Cette année, les films de zombies venaient de contrées incongrues. Après les Québécois de Les Affamés, c’est au tour des Français de La Nuit a dévoré le monde d’être présentés à Gérardmer. Pour son premier long-métrage, Dominique Rocher ne fait pas les choses comme tout le monde. Avec La Nuit a dévoré le monde, ce n’est pas tellement les zombies qui l’intéressent, mais plutôt ceux qui restent et notamment son personnage de Sam, incarné par Anders Danielsen Lie, que l’on avait déjà vu errer dans la capitale norvégienne dans Oslo, 31 Août de Joachim Trier. Ici c’est à l’intérieur d’un immeuble parisien que va se dérouler l’entièreté du long-métrage alors que le jeune homme semble être le seul rescapé de ce mal d’une origine inconnue. C’est donc la mélancolie engendrée par cette solitude que va filmer essentiellement Rocher, en nous montrant son personnage déambuler à travers les pièces de cet immeuble, en se tapant la discute avec un zombie coincé dans un ascenseur ( joué par Denis Lavant, qui montre encore une fois que le type peut tout jouer), ou en s’amusant à faire de la musique avec des ustensiles de cuisine. À partir de là, La nuit a dévoré le monde devient l’archétype même du film qui aurait fait un beau court-métrage, mais qui se transforme en supplice interminable. À l’image du personnage principal, on se retrouve très vite accablé par un ennui lancinant avant qu’il ne devienne complètement agaçant. La nuit a dévoré le monde a le mérite d’offrir un angle d’attaque original, jouant sur un aspect contemplatif au lieu de nous servir une nouvelle fois un survival calibré. Dommage que ça ne soit trop long et répétitif, ce qui atténue définitivement l’impact du message. Avec 1 heure de moins, le film aurait pu être des plus enthousiasmants.

  • Errementari : le forgeron et le diable

Alex de la Iglesia n’est pas venu les mains vides en tant qu’invité d’honneur du festival. Le cinéaste ibérique a été accompagné du réalisateur espagnol Paul Urkijo qui présente ici son premier long-métrage. Plus qu’un film espagnol, Errementari est avant tout un film basque, chose assez rare que de voir des films tournés dans cette langue. Nous propulsant donc dans le Pays Basque du XIXème siècle, Errementari s’avère être un conte gothique racontant l’histoire de deux personnages particuliers, un forgeron vivant à l’écart du village et qui effraie la plupart des habitants, et un diable gardé prisonnier sur Terre. Errementari frappe avant tout par cette atmosphère qu’il dégage, cette imagerie folklorique et gothique superbement cultivée au travers d’un esthétique foisonnante. Avec ces jeux de couleurs et d’éclairage, notamment au niveau des couleurs chaudes (rouge et orange), Paul Urkijo plante un décorum qui suffit à lui seul pour la création d’une ambiance. Comme on pouvait s’en douter en voyant le nom d’Alex de la Iglesia au générique, le film n’hésite pas à offrir de nombreuses ruptures de tons et de mettre les pieds dans un humour parfois noir et parfois très potache. L’écriture et la caractérisation des personnages sont à ce niveau très savoureux, notamment en ce qui concerne Usue, une gamine au sacré tempérament et Sartael, ce diable un peu loser et malchanceux sur les bords. Errementari est un nouveau témoin de l’efficacité des espagnols en ce qui concerne le film de genre. Un beau petit morceau de cinéma comico-fantastique ne se refusant pas à offrir des visuels très marquants (cette vision des enfers restera certainement gravée un moment dans les esprits).

  • Hellraiser

Pour finir ces petites reviews du festival de Gérardmer, autant conclure avec du culte. Quoi de plus culte que la saga Hellraiser vous allez me dire ? Le fleuron du body horror a eu l’honneur de se voir accorder une nuit blanche à cette 25ème édition avec la projection des 3 premiers volets. On ne parlera cependant ici que du premier, de l’original, celui sorti tout droit de l’esprit dérangé de son créateur Clive Barker. Hellraiser est une histoire en apparence compliquée à base de cube mystérieux,  de créatures à la recherche du plaisir au travers des douleurs intenses, d’un adultère entre une  femme et un oncle revenu des enfers, le tout dans une vieille maison. Mais Hellraiser c’est avant tout l’expression du body horror dans sa vision la plus marquante et frontale à l’image d’un Cronenberg des 80s.  Si Hellraiser fait encore aujourd’hui faire des cauchemars, c’est au travers des visions d’horreur que le film nous envoie en pleine face avec ces effets spéciaux dévastateurs. Entre le retour de l’enfer des Cénobites de l’oncle Frank dont le corps se reconstitue en prélevant des organes à de malheureuses victimes, et le design de ces Cénobites, créatures penchées sur le SM à un niveau beaucoup plus perché que Christian Grey, les FX n’ont pas pris une ride et gardent tout leur impact. Si parfois le scénario part dans des directions un peu trop alambiquées, l’ambiance poisseuse de cette maison et de son grenier, la présence d’une certaine influence Lovecraftienne, d’un côté cyberpunk dans le design des Cénobites, et puis surtout la tronche de Pinhead, figure emblématique de l’horreur, suffisent amplement à Hellraiser  pour obtenir sa place au panthéon du genre.

 

The Cloverfield Paradox, trou noir cinématographique

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The Cloverfield Paradox, troisième film de la saga, se révèle vite être d’un vide sidéral.

Synopsis : dans un avenir proche mais indéterminé, les réserves naturelles seront quasiment épuisées sur Terre, ce qui emmènera l’humanité au bord d’un conflit planétaire. La dernière chance de l’éviter consiste à expérimenter un accélérateur de particules spatial, le Sheppard, placé en orbite autour de la Terre dans une station internationale. Mais, au bout de deux ans, les essais restent toujours infructueux.

Les deux premiers film de la saga Cloverfield proposaient une relecture du film de monstres tout en gardant une identité propre. Le premier exploitait de façon intelligente le procédé du found footage tout en mettant en avant des réminiscences du 11-Septembre, alors que le deuxième jouait à fond, et de façon réussie (du moins si l’on excepte le quart d’heure final), la carte de la claustrophobie. Tous les deux permettaient d’entretenir une part de mystère sur ce qui se déroulait réellement à l’écran, s’amusant avec ce que l’on voit et surtout ce que l’on ne voit pas, ce que l’on devine et ce que l’on peut supposer.

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Le troisième film, The Cloverfield Paradox, disponible sur la plate-forme Netflix depuis le lundi 5 février, mise sur la carte de l’espace tout en essayant de donner plus de densité au monde Cloverfield. Ainsi, une partie de l’histoire se déroule sur Terre et multiplie les clins d’œil aux deux premiers opus. Le personnage de Michael, médecin et mari d’un des membres de la station spatiale, découvre la ville attaquée par ce que l’on suppose être une grosse bestiole, puis s’enferme avec une gamine survivante dans un bunker.

Voilà qui est assez symptomatique de The Cloverfield Paradox. Au lieu de proposer quelque chose de vraiment nouveau, le film va se contenter de brasser du déjà-vu, en enfilant comme des perles des scènes caractérisées par leur manque absolu d’originalité et d’inventivité. Pour les amateurs de film de science-fiction et/ou d’horreur, tout, dans ce film, a déjà été vu, revu et rerevu des centaines de fois ces quarante dernières années. Pire : la plupart du temps, c’était bien mieux que ce que nous propose Julius Onah ici. Car le manque d’idée ne se limite pas au scénario, il se propage également à la mise en scène.

Ne sachant pas vraiment comment se positionner, le scénario nous propose un amalgame bancal de scènes de pseudo-horreur spatiale et de mystère quantique. Et le réalisateur se contente de filmer son joli décor en se prenant pour Ridley Scott, tant certaines séquences rappellent furieusement le premier Alien. Sauf qu’ici, chaque scène semble indépendante du reste du film : on accumule les morts sans qu’il y ait la moindre relation causale. Les séquences sont placées les unes à la suite des autres sans être reliées entre elles. Le but est de montrer des gens mourir sans la moindre logique scénaristique.

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Si ces scènes se contentaient d’être mauvaises, ce serait presque bien. Mais non, elles vont beaucoup plus loin que cela et le film s’enfonce joyeusement dans le ridicule lorsqu’un homme d’équipage plaisante au sujet de son bras sectionné, lequel bras continue à vivre sa vie tout seul de son côté.

L’aspect « mystère » parvient parfois à sauver deux ou trois scènes. Toutefois, ne réussissant pas à faire aboutir cela sur quelque chose d’intéressant ou d’utile sur le plan de l’histoire, les scénaristes se sont contentés de noyer le tout sous un flot de mots qui font intelligents (« particules », « quantique », etc.) mais ne parviennent pas à cacher l’ineptie de l’ensemble.

La réalisation, quant à elle, se contente d’être plate. Là aussi, elle brille par son absence complète de la moindre idée de mise en scène. Julius Onah se révèle strictement incapable d’instaurer un minimum d’ambiance anxiogène. Du coup, les personnages ont beau hurler à l’écran, le spectateur regarde tout cela d’un œil totalement désintéressé.

Enfin, pour dire un mot du casting… Les acteurs font ce qu’ils peuvent dans une telle situation, mais ça ne va pas bien loin. Il faut juste noter la présence de Zhang Ziyi, seule tête d’affiche du film, qui doit sûrement sa présence dans le film à une volonté d’attirer le public chinois sans lequel un long métrage ne peut plus être un succès international de nos jours.

Bref, The Cloverfield Paradox est raté d’un bout à l’autre, et il n’y a franchement pas grand chose pour sauver l’ensemble. Ce qui est d’autant plus dommage que la saga Cloverfield offre de nombreuses possibilités aux différents cinéastes. Mais, pour cela, il faudrait avoir un brin d’imagination, ce qui est totalement absent ici.

The Cloverfield Paradox : bande annonce

The Cloverfield Paradox : Fiche Technique

Réalisateur : Julius Onah
Scénario : Oren Uziel, Doug Jung
Interprètes : Gugu Mbatha-Raw (Hamilton), Daniel Brühl (Schimdt), John Ortiz (Monk), Chris O’Dowd (Mundy), Aksel hennie (Volkov), Zhang Ziyi (Tam).
Musique : Bear McCreary
Photographie : Daniel Mindel
Montage : Alan Baumgarten, Matt Evans, Rebecca Valente
Production : J. J. Abrams, Lindsey Weber
Société de production : Bad Robot, Paramount Pictures
Société de distribution : Paramount Pictures
Genre : science-fiction
Durée : 102 minutes
Date de sortie : 05 février 2018 (Netflix)

États-Unis – 2018

La Nuit a dévoré le monde : Le renouveau de l’horreur à la française !

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Les fans de cinéma de genre vont très bientôt pouvoir découvrir une perle française dans les salles obscures. La Nuit a dévoré le monde, le long-métrage de Dominique Rocher, s’apprête à sortir au mois de mars. Le jeune réalisateur s’est lancé dans un pari osé, un film de zombies !

Après les dernières tentatives dans le cinéma français de Benjamin Rocher et Thierry Poiraud avec Goal of the Dead et La Horde, un nouveau projet s’apprête à sortir dans les salles obscures dans quelques semaines. La Nuit a dévoré le monde, présenté dans la catégorie hors-compétion à Gérardmer, s’attaque au genre très risqué des films de zombies. Le long-métrage va en réalité interroger les spectateurs sur la sensation de solitude et sur l’individualisme plutôt qu’une énième tentative de faire peur avec le thème des morts-vivants.

Sam, un jeune parisien, vient de passer une nuit de fête somptueuse dans un luxueux appartement. A son réveil, le lieu est désert. Il va malheureusement découvrir rapidement que la capitale a été envahie par des hordes de zombies. Il va devoir rapidement s’organiser afin de tenter de survivre. Sam est-il le seul survivant de cette nuit d’apocalypse ?

Dominique Rocher a écrit le scénario avec Guillaume Lemans (Pour Elle, Mea Culpa) et Jérémie Guez (Yves Saint Laurent). La Nuit a dévoré le monde est en réalité une adaptation du roman de Pit Agarmen, le pseudonyme de l’écrivain Martin Page. Le jeune cinéaste s’est confié à la rédaction d’Allocine sur ce premier long-métrage.

J’ai tout de suite été séduit par ce texte, son ton atypique et la façon dont il pose la question de l’isolement et du rapport aux autres. Et surtout par la personnalité de Sam, un personnage qui aime la solitude, à la limite de l’agoraphobie. C’est cette misanthropie qui s’incarne à travers le genre. Lorsqu’il émerge dans un monde transformé pendant la nuit, au milieu d’un océan de zombies, cette transformation ne le surprend pas. Je dirais même qu’il est armé pour survivre, psychologiquement. En une nuit, il se retrouve seul, dans cet immeuble haussmannien telle une île déserte, sans espoir d’être retrouvé. Sam s’apparente à un Robinson Crusoé et doit tout organiser pour sa survie. J’aimais l’idée de quelqu’un qui trouve une sorte d’équilibre dans cette solitude et dans cet univers.

Le cinéaste a souhaité mettre en perspective l’image d’une grande ville et le sentiment de solitude.

La logique propre au cinéma de genre et aux films de zombies impose comme principe de transformer d’autres êtres humains en monstres… Et pour moi, l’idée de l’isolement sur laquelle je voulais travailler s’incarnait parfaitement dans cette convention. Ce qui m’intéressait alors, c’était de centrer le film sur Sam plutôt que sur ces monstres.

Deux versions du film ont été tournées. L’une en anglais, l’autre en français. Chaque plan a été tourné deux fois. Le casting regroupe les comédiens Anders Danielsen Lie, Golshifteh Farahani, Denis Lavant, Sigrid Bouaziz et David Kammenos. La Nuit a dévoré le monde sortira au cinéma en France le 07 mars 2018.

Selon des informations d’Allocine, Dominique Rocher a également l’intention de développer une mini-série pour Arte, intitulée La Corde (3 épisodes de 52 minutes). La Nuit a dévoré le monde est son tout premier long-métrage.

Bande-annonce La Nuit a dévoré le monde :

Festival de Gérardmer 2018 : Une compétition de haute volée

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Après 3 jours de festival des plus intenses, où les heures de sommeil ont été inférieures à la quantité de neige tombée, il est temps pour la rédaction de vous livrer ses impressions sur les films vus lors de cette 25ème édition du Festival Fantastique de Gérardmer. On commence avec la compétition, qui comme l’année dernière a été de très haut niveau avec des propositions de cinéma très différentes allant du rape and revenge très esthétisé, au film de zombies québécois, en passant par de l’animation française complètement déjantée. Il est donc venu le moment de faire un point sur Chasseuse de géants, Revenge, Les Affamés, Le Secret des Marrowbone, Ghostland et Mutafukaz.

  • Chasseuse de géants

On commence le festival en douceur avec Chasseuse de géants, le premier film d’Anders Walter, réalisateur danois ayant reçu l’Oscar du court-métrage pour Hélium en 2013. Pour son premier long, le Danois s’est donc exilé aux États-Unis mais n’en a pas pour autant oublié ses racines et notamment toute la mythologie qui émane de ses contrées. Comme le titre l’indique, il est bien question de géants dans le film, mais avant tout d’imagination. En ça, Chasseuse de géants renvoie très vite au sous-estimé Quelques minutes après minuit de Bayona sorti en catimini début 2017. Les deux personnages échappent à la dureté de leur vie au travers d’une imagination débordante. Barbara est une jeune fille solitaire et asociale, se faisant harceler par des élèves plus âgées mais possédant un caractère bien trempé.  Afin d’échapper à cet univers, elle se crée donc une quête, un combat, celui de protéger sa ville contre l’attaque de géants à l’aide de différents appâts ou pièges de sa confection. Le film d’Anders Walter devient alors un véritable petit conte rempli de poésie. L’aspect créatif et excentrique de Barbara, incarnée par l’excellente Madison Wolfe, en fait un personnage à la fois attachant et imprévisible pour qui il se crée une véritable empathie. Esthétiquement, malgré son aspect très cinéma indé américain, le film offre parfois de très beaux moments de bravoure visuelle comme ce petit affrontement final qui confine à l’épique nordique. On pourra regretter un déferlement trop important de pathos dans la dernière partie, chose que le film avait pourtant réussi à éviter tout du long, avant de succomber aux sirènes dans un final très mélo. Un peu dommage que Bayona soit passé avant il y a peu de temps.

  • Revenge

Ayant déjà fait le tour de quelques festivals dont le PIFFF et Sundance, Revenge s’était déjà crée une petite réputation. Le premier film de la française Coralie Fargeat s’alignait directement dans le sillon de Grave, dans cette optique de faire revivre le cinéma de genre en France. Comme le film de Ducourneau, Revenge est une première œuvre viscérale et passionnée. Reprenant un genre très calibré comme le rape and revenge, la Française met en scène une véritable chasse à l’homme entre 3 hommes ayant violé et laissé pour morte une jeune femme. Si Revenge marque les esprits, et ne se perd pas dans la masse de rape and revenge déjà existant, c’est surtout grâce à l’intelligence et la malice de sa créatrice. Fargeat a conscience de tous les codes qui régissent ce genre et va s’en amuser. En hypersexualisant son personnage dans le premier acte, la cinéaste se moque de toutes ces figures féminines que l’on retrouve dans l’horreur ou le film d’action et surtout des hommes qui se cachent derrières ces personnages. Loin d’être une potiche, son héroïne va déployer l’étendue de son talent dans ce survival caniculaire. S’amusant avec les ruptures de ton, Coralie Fargeat arrive à mettre en place un humour particulièrement mordant où la gent masculine en prend pour son grade. Outre son fond, Revenge brille également par sa forme. Pour un premier film, Coralie Fargeat déploie une esthétique particulièrement clinquante fourmillant de trouvailles visuelles. On peut bien évidemment penser à ce trip sous peyotl avec un sens du montage super percutant ou encore cet affrontement final prenant une tournure psyché à l’intérieur des couloirs ensanglantés de cette luxueuse maison. Que ce soit à  l’aide de plans séquences ou  des jeux de couleurs, Fargeat s’amuse à explorer au maximum ses capacités afin d’offrir un spectacle qui prend très vite des tournures sensorielles. Et puis bon, c’est quand même super jouissif comme film.

  • Les Affamés

Comment ça ? Un film de zombies québécois ? Comment est-ce possible ? La réponse est simple : Robin Aubert. Le réalisateur québécois est venu donc présenter un film de zombies tourné en québécois. Et forcément, la salle a rigolé. S’il est vrai qu’il est de plus en plus difficile de proposer quelque chose d’original dans un genre aussi vu et revu que le cinéma de zombies, et bien Robin Aubert a trouvé l’angle d’attaque parfait pour se distinguer. Même si aux premiers abords, Les Affamés reste un film assez convenu. Suivant à la manière d’un récit choral une poignée de survivants humains face à la création d’une société de zombies érigeant des totems fait de chaises, le film dispose d’un rythme décousu, oscillant parfois entre moments nerveux avec des éruptions de violences et des scènes plus contemplatives. Dans son déroulé, Les Affamés fait donc preuve de quelques faiblesses. Par contre là où Aubert fait plaisir, c’est bien évidemment dans ce ton et ses ruptures de tons complètement décomplexés propres à nos cousins du Grand Nord. Parce qu’au final, Les Affamés, c’est un peu The Walking Dead qui rencontre les Jokes de Papa. Entre les blagues intégrées comme telles dans le récit (comme ces hilarantes blagues de docteur), ou des runnings gags complètement loufoques (et notamment celui du militaire aimant faire des frousses, dont le destin funeste a fait applaudir la salle entière), le tout débité par cet accent si savoureux, tout cela fait clairement de Les Affamés un film à part. On sent la sympathie de son auteur qui surgit à chaque moment.

  • Le Secret des Marrowbone

Pour l’ouverture du festival, les organisateurs ont décidé de jouer la carte de la sûreté en programmant le premier film de Sergio G. Sanchez. Bien évidemment cet Espagnol n’est pas un inconnu puisque c’est l’homme derrière le scénario de l’Orphelinat le Grand Prix 2008. Si en plus on ajoute un casting composé de plusieurs valeurs montantes comme Anya Taylor-Joy ayant déjà ouvert les hositilités avec Split l’an dernier ou Charlie Heaton, l’ado de Stranger Things, on avait de quoi faire plaisir au public. Le truc c’est que Marrowbone ressemble un peu trop à l’Orphelinat. Les ingrédients fonctionnent cependant toujours très bien. La maison hantée, l’esthétique léchée (plus réussie que le film de Bayona d’ailleurs) et le côté mélo sont donc de nouveau au rendez-vous. On se laisse très vite emporter par l’atmosphère du film et cela grâce au casting particulièrement attachant incarnant la famille Marrowbone et notamment George MacKay. Tour à tour touchant dans le traitement de la fratrie et intriguant de par ses secrets, le film n’hésite pas non plus à faire frissonner à quelques moments (même si ce n’est pas forcément son point fort). Bien évidemment si on est familier du genre, les surprises et autres twists ont moins d’impact, mais Sergio G. Sanchez mène bien sa barque et délivre de façon très convaincante les réponses de son énigme. En espérant cependant qu’il se renouvelle un peu pour son prochain film.

https://www.youtube.com/watch?v=RNBtlom3fiw

  • Ghostland

Certainement le film le plus attendu du festival, d’autant qu’il s’agissait de sa première mondiale, Ghostland est le nouveau film de Pascal Laugier, ayant déjà marqué l’horreur française avec le saisissant Martyrs, il y a de ça 10 ans. Même si le film a semble-t’il fait l’unanimité du jury et du public, obtenant ainsi le Grand Prix et le Prix du public, Ghostland rentre directement dans la case de ces films qui vont diviser. Il est d’ailleurs assez difficile de se faire un avis net et concis de la chose. Ghostland à la manière de Mother! l’an dernier agit avant tout comme un rouleau compresseur. Le genre de film fait pour exténuer son spectateur, lui faire vivre un cauchemar de tous les instants. La démarche jusqu’auboutiste de Laugier est à ce niveau des plus enthousiasmantes. Y a plein de belles idées dans Ghostland comme ces chamboulements scénaristiques dynamitant une histoire en apparence simple, cette direction artistique glauque à souhait, on a de quoi s’exalter, même Mylène Farmer offre une prestation des plus convaincantes. Là où le hic arrive, c’est dans la façon dont Laugier met tout ça en scène. Le cinéaste français abuse clairement des jumps scares. En y réfléchissant en détail, on se demande si ce n’est pas malheureusement la seule façon disponible pour faire ressentir ce que Laugier veut faire ressentir à son spectateur. les jumps scares agissent donc pleinement dans ce sentiment d’agression constante. Ghostland agace, Ghostland fascine, Ghostland clive.

https://www.youtube.com/watch?v=TALwkQYvBp4

  • Mutafukaz

L’animation en compétition à Gérardmer est une chose rare, encore plus le fait qu’elle soit primée. Mutafukaz a cependant conquis le cœur du jury jeunes, et de bons nombres de festivaliers. Adapté de la bande-dessinée éponyme créée par Guillaume « Run » Renard, Mutafukaz est une œuvre complètement déchaînée comme on en voit trop rarement, pour ne pas dire jamais dans l’animation française (le seul équivalent pourrait être l’excellente série Lastman). Empilant les références, de GTA à Akira en passant par Men in Black ou Star Wars, le film  déborde d’une générosité de chaque instant, d’un amour pour la pop culture qui suinte de chaque plan. Avec son animation dynamique, Mutafukaz est un véritable feu follet qui ne laisse que peu de répit à son spectateur s’embarquant dans les aventures rocambolesques de Angelino et Vince. Ponctué de scènes d’actions à couper le souffle, avec son vocabulaire ordurier et son ultra-violence, Mutafukaz n’est clairement pas destiné aux enfants et devient une œuvre des plus jouissives et électrisantes, un genre de rollercoaster décoiffant. On pourrait faire les rabats-joies en regrettant quelques arcs un peu expédiés comme tout ce qui concerne la lucha libre, mais bon on aurait juste à écouter la partition concoctée par The Toxic Avenger et Guillaume Houze pour avoir envie de retourner tout casser à Dark Meat City.

Première bande-annonce du redouté Solo : A Star Wars Story

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A quatre mois de sa sortie mondiale, le très redouté Solo : A Star Wars Story se dévoile enfin via le biais d’une bande-annonce qui entend réaliser l’impossible : donner de l’intérêt sur un film qui compte dépeindre le célèbre personnage par un autre homme qu’Harrison Ford. Ambiance. 

On le savait pourtant : dans sa volonté d’expansion de la franchise Star Wars, l’empire Disney a aussi misé sur des histoires dérivées ou spin-off. Si le premier, Rogue One, s’intéressait à la période située entre La Revanche des Siths et Un Nouvel Espoir et le vol des plans de l’Étoile Noire par les rebelles, le deuxième sobrement intitulé Solo : A Star Wars Story se focalisera quant à lui sur l’un des personnages les plus emblématiques de la saga : Han Solo. Un personnage à tel point mythique pour les fans – l’aura de Harrison Ford étant encore très présente – que la naissance même du projet aura causé moult remous, quitte à perturber la dynamique pourtant bien rodée de Disney qui aura attendu le dernier moment (4 mois avant la sortie) pour dégainer les premières images.

Une idée quelque peu hasardeuse, à l’heure où les super-productions vantent leur existence à coup de making-off et autres teasers à peu près toutes les semaines, qui aura derechef pas mal inquiété les fans, la faute à un changement de réalisateurs en cours de route et, selon les rumeurs, un film entièrement retourné. Cependant, il ne sera pas question ici de causer des nombreux couacs rencontrés par la production mais bien de juger le film à l’aune de ces quelques images où l’on apprend quelque chose et où on a droit à plusieurs constats. Le premier, c’est qu’Alden Ehrenreich a, pour parler poliment, la gueule de l’emploi et qu’il s’évertue tant bien que mal dans ce montage frénétique à montrer la jeunesse de Han Solo, laquelle l’a vu officier pour le compte de l’Empire au sein duquel il se développera des aptitudes au pilotage ainsi qu’un gout avéré pour l’insubordination. On pourra évoquer également la classe qui se dégage de ces images tout en déplorant l’audace de celles-ci, loin de la furie pétaradante qu’on était en droit d’attendre de la paire Phil Lord/Chris Miller initialement aux manettes.

Dans tous les cas, la saga Star Wars a toujours clivé, et continuera de le faire avec cet opus manifestement déjà très décrié. Une seule chose à faire désormais : attendre la sortie calée au 23 Mai et espérer que ce bref avant-gout saura se montrer aussi efficace que ne le sont les productions estampillées Ron Howard, assis pour l’occasion derrière la caméra. 

Bande-annonce Solo : A Star Wars Story

Concours Beauty & The Beast : Gagnez 1 coffret 4 DVD de la 4ème et ultime saison

Concours : À l’occasion de la sortie en coffret 4 DVD de la série Beauty & The Beast, le 06 Février 2017, remportez votre coffret de la 4ème et ultime saison

SYNOPSIS, INFOS ET BANDE ANNONCE

L’histoire que nous connaissons tous prend une tournure résolument plus sombre dans cette version moderne de la Belle et la Bête ! Lorsqu’une détective au passé trouble, spécialisée en homicides, tombe amoureuse d’un médecin dissimulant un secret mortel, nous sommes en effet bien loin d’une romance de conte de fée. Ne ratez pas la quatrième et ultime saison de la plus excitante histoire d’amour de la télévision. Beauty & the Beast saison 4 contient 13 épisodes inoubliables ainsi que des bonus exclusifs !

Caractéristiques techniques du coffret DVD :

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TM & © 2018 CBS Studios Inc. Tous Droits Réservés. CBS et les logos s’y rapportant sont des marques de commerce de CBS Broadcasting Inc. Tous Droits Réservés.

* Image : 16/9 1.78:1 – * Audio : Anglais Dolby Surround 5.1, Français, Allemand Dolby Surround 2.0 – * Sous-titres : Anglais, Français, Allemand, Néerlandais

Bonus : * Scènes coupées de l’épisode 13 – * La Saison dans le rétroviseur : Adieu, La Bête – * Fin de chapitre : Adieux chaleureux

* Bêtisier 4 DVD – 13 épisodes de 42 mins

paramount-pictures-logoEditeur : Paramount Pictures

Création : Jennifer Levin – Sherri Cooper
Acteurs principaux : Kristin Kreuk, Jay Ryan, Nicole Anderson, Nina Lisandrello, Austin Basis
Genre : Drame, Fantastique – Chaîne d’origine The CW
Nb. de saisons 4 – Nb. d’épisodes 70 – Durée : 42 minutes – Diff. originale :11 octobre 2012 – 15 septembre 2016 – États-Unis

Modalités du concours

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Stronger ou le mythe du héros américain par David Gordon Green

Avec Stronger, David Gordon Green revient sur un attentat et ses conséquences dans la vie d’un seul être, censé représenter la nation toute entière, comme  ses confrères la même année : In the fade notamment, à Cannes, ou encore le 15h17 pour Paris, que Clint Eastwood semble avoir transformé en un grande pub à la gloire de l’armée et surtout à la capacité « de gens ordinaires de faire des choses extraordinaires ». Mais comment interroge-t-on la figure du héros américain en 2018 ? Réponse en demi-teinte dans Stronger.

Héros malgré lui

Nous voici donc plongés dès le début  de Stronger dans la vie plutôt enfantine et maladroite de Jeff Bauman (qui existe réellement puisque c’est une « histoire vraie »), qui vit encore chez sa mère, fait rôtir des poulets et va regarder les matchs de foot avec ses copains en buvant sa « bière porte-bonheur ». Rien ne semble vraiment entacher cette toute petite vie tranquille sauf la « tristesse » d’avoir été largué par sa petite-amie, Erin. Cette dernière se laisse volontiers charmer par Jeff, mais refuse son côté « je ne veux pas vraiment m’engager ». Pour la séduire de nouveau, il lui promet donc de venir la soutenir lors du marathon de Boston. Comme on est en 2013, le spectateur se doute que Jeff se trouvera certainement à proximité de l’attentat perpétré cette année-là. Pour Erin, ce sera donc la fin de l’indifférence gentillette envers Jeff. Elle va s’engager pleinement auprès de lui, sans se poser trop de questions, allant jusqu’à quitter son boulot et s’installer chez la mère de Jeff. On sent bien que le réalisateur tente de nous dire qu’elle reste par culpabilité, mais ça n’est jamais assez et complètement interrogé. Comme s’il n’y avait qu’une seule figure possible : celle de la petite copine courage. Dès lors, Erin va  alors se construire une image idéale du petit copain (et futur mari/père de ses enfants) que Jeff voudra bien devenir ou alors qu’il n’aura pas vraiment le choix de devenir, poussé jusqu’à l’extrême dans ses retranchements (dans une scène franchement douteuse).

Des larmes en pardon ?

Mais la véritable chronique que dépeint Stronger est celle de la ville de Boston (atmosphère de 2013 admirablement retranscrite) et de sa nécessité de se forger un héros vivant pour se prouver qu’elle a survécu, qu’elle est encore debout. Jeff va donc devenir héros malgré lui (il a vu le poseur de bombe et le décrit à la police), instrumentalisé autant par les médias que par sa famille de doux-dingues, ce qui donne lieu aux meilleurs moments du film, car les points de vue sont démultipliés. Si Jeff ne ressent pas le besoin d’être « Boston Stronger », il se laisse porter, jusqu’à refuser  d’être sous le feu des projecteurs, mais pas pour longtemps. On comprend en filigrane qu’il souffre d’un syndrome post-traumatique, pour cela nous revoyons peu à peu les images de l’attentat et de la réaction de Jeff. Cette construction fait écho à une seconde, celle du récent Un jour dans la vie de Billy Lynn (réalisé par Ang Lee), lui aussi devenu héros suite à une réaction exemplaire lors d’une opération militaire qui tourne mal en Irak. Au cours de sa journée, où lui et sa section doivent faire l’ouverture d’un match lors de Thanksgiving, Billy revit la scène traumatique et interroge sa posture de héros. C’est aussi ce que fait Jeff, lui qui demandera à son sauveur d’aller plutôt aider quelqu’un d’autre. Le récit devient alors celui de la « prise de conscience » de Jeff, mais conscience de quoi, que la vie c’est sérieux ? On ne sait pas vraiment, car tout reste sous-développé et finalement assez convenu. La bascule vers cette construction linéaire et trop « attendue » se fait lorsque Jeff, dont l’évolution/les retours en arrière étaient plutôt bien calibrés au départ, rencontre son sauveur. Ce dernier va lui parler du drame qu’il a vécu et des raisons qui l’ont poussé à le sauver. Le parallèle avec un événement de la vie de Jeff va, semble-t-il, le bouleverser. Or, pour le spectateur ce face à face ressemble étrangement à une scène un peu trop larmoyante pour être vraiment un déclencheur. Au final, la scène où Jeff reçoit les confessions de la douleur d’autres personnes et se drape d’une grande bienveillance, voire d’une complaisance à recueillir la parole endeuillée pour émouvoir, tombe complètement à plat et achève de démolir l’entreprise de construction d’un héros mitigé du film. L’intrigue devient donc classique, larmoyante, peu passionnante. Jeff, qui a perdu ses deux jambes, se relève, l’Amérique aussi et c’est la romance qui prend le pas sur la réflexion. Il n’est pas sûr que l’on rende service aux événements, comme au travail de deuil national ou plus personnel et surtout au cinéma, et à sa capacité à prendre du recul sur la vie, le présent, avec des films comme Stronger.

Stronger : Bande annonce

Stronger : Fiche Technique

Réalisateur : David Gordon Green
Scénario : John Pollono d’après l’œuvre de Jeff Baunam
Interprètes : Jake Gyllenhaal, Tatiana Maslany, Miranda Richardson, Clancy Brown, Carlos Sanz…
Photographie : Sean Bobbitt
Montage : Dylan Tichenor
Producteurs : Todd Lieberman, David Hoberman, Jake Gyllenhaal, Scott Silver, Michel Litvak
Société(s) de production : Lionsgate
Distributeur : Metropolian FilmExport
Durée: 119 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 7 février 2018

États-Unis – 2018

Festival de Gérardmer 2018 : Le palmarès

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La France mise à l’honneur au palmarès de la 25ème édition de Gérardmer. Ghostland remporte l’engouement du jury et du public, tandis que Mutafukaz celui du jury jeunes.

Après 5 jours de compétitions acharnés, le jury présidé par Mathieu Kassovitz a enfin rendu son verdict. Une compétition plus ouverte que l’an dernier où Grave s’était très vite imposé comme le grand favori. Un bon cru donc pour cette édition anniversaire avec des oeuvres radicales, des propositions de cinémas étonnantes et parfois extrêmement jouissives.  À noter que cette année, la sélection a été particulièrement riche en ce qui concerne les productions françaises avec notamment Revenge, Mutafukaz et Ghostland, des oeuvres ayant fait un gros impact sur les festivaliers.

Il n’est donc pas étonnant de voir la France remporter la quasi-totalité des prix (pour ne pas dire tous, si l’on prend en compte la production franco-brésilienne Les Bonnes Manières). C’est donc le très attendu et très éprouvant Ghostland, nouveau film du papa de Martyrs, Pascal Laugier qui succède à Grave. Fort de son succès, Ghostland ajoute au prestigieux Grand Prix, le prix du jury Syfy ainsi que le prix du public. Aux côtés de Ghostland, le jury a choisi d’honorer du prix du jury le film de zombies québécois Les Affamés et le film de Loup-Garou franco-brésiliens Les Bonnes Manières. Ce dernier repart également avec le prix de la critique décerné par un jury composé notamment de Phillipe Rouyer (Positif) et Romain Le Vern (LCI/Chaos Reigns). La petite perle d’animation Mutafukaz ne repart pas les mains vides, vu qu’elle se voit décerner le prix du Jury Jeunes ainsi que le prix de la meilleure musique originale pour une partition particulièrement détonante de The Toxic Avenger. Pour finir, le Grand Prix du court-métrage a été remis à Et le diable rit avec moi de Rémi Barbe.

Palmarès du festival du film fantastique de Gérardmer 2018

Grand Prix du JuryGhostland de Pascal Laugier ( France, Canada)

Prix du jury Les Affamés de Robin Aubert (Canada) et Les Bonnes Manières de Juliana Rojas et Marco Dutra (Brésil, France)

Prix de la critiqueLes Bonnes Manières de Juliana Rojas et Marco Dutra (Brésil, France)

Prix du jury Syfy Ghostland de Pascal Laugier ( France, Canada)

Prix du jury jeuneMutafukaz de Shôjirô Nishimi et Guillaume « Run » Renard (France, Japon)

Prix de la meilleure musique originale – The Toxic Avenger et Guillaume Houzé pour Mutafukaz de Shôjirô Nishimi et Guillaume « Run » Renard (France, Japon)

Grand Prix du court-métrageEt le diable rit avec moi de Rémi Barbe (France)

Ghostland – Bande Annonce :

 

Critique de Baron Noir : Fascinant miroir de la République

Brillante et avec toujours un coup d’avance, Baron Noir s’impose comme l’une des meilleures séries françaises de la décennie. Dissection et critique d’une œuvre aux personnages romanesques et complexes qui tendent un miroir à notre vie politique.

Qui aurait pu penser que la France, si fébrile à l’idée de toucher au genre politique, aurait pu produire une des meilleures séries des ces dernières années ? Baron Noir, lancé en 2016, explore la vie politique française en décryptant les manigances politiciennes et les esprits complexes des hommes et des femmes qui les animent. La saison 1 trace la destinée de Philippe Rickwaert, député PS et maire de Dunkerque, suite à l’élection présidentielle de son ami Laugier (magnétique Niels Arestrup) qui va devoir se frayer un chemin entre les coups foireux, animé par sa ténacité à éviter la prison et son désir de gravir les échelons. Ce qui frappe avant tout, c’est la capacité de la série a avoir su anticiper les rebondissements et moments clés de l’élection présidentielle de 2017 qui ont mené à l’éclatement des partis. Ainsi, toute ressemblance avec quelqu’un ayant déjà existé est fortuite…Philippe Rickwaert est l’alter-ego de Julien Dray qu’Eric Benzekri, scénariste de la série, a longtemps côtoyé au sein du Parti Socialiste.  » Le Baron Noir c’est moi  » confiait Julian Dray à Marianne. Comme lui, Rickwaert a tiré les ficelles d’une révolte lycéenne. Comme lui, Rickwaert a subi des perquisitions encombrantes suites à des gestions financières douteuses. Comme lui, Rickwaert s’est formé à l’école de la rue du Parti Socialiste.

Entre documentaire et fiction

baron-noir-rickweart-kadmerad-saison2-serie-tvLe passionné de la politique s’amusera à reconnaître dans cette galerie de personnages nuancés et complexes les véritables personnalités publiques qui se cachent derrière. Anna Mouglalis, technocrate énarque et quadragénaire incarne une version fascinante et féminine d’Emmanuel Macron. A la différence qu’une fois élue présidente, elle ne dispose pas d’une majorité à l’assemblée mais qu’elle décide comme un autre d’ouvrir à la société civile. Le bleu de travail que rapporte Rickwaert à l’assemblée rappelle celui de Patrice Carvalho, député communiste, porté lors de sa première séance en 1997. L’acte fort anticipe également le maillot de foot porté par François Ruffin, député de la France Insoumise, à l’Assemblée Nationale. Alors que la saison 1 met en avant les clés qui vont mener à l’explosion de la sphère politique en 2017 et la question européenne, la saison 2 embrasse l’actualité plaçant au cœur de ses thématiques les attentats, la montée du Front National et la restructuration des identités politiques. Plus fascinant encore, la série quitte rapidement son postulat semi-fictionnel et épouse le documentaire malgré elle. Le spectateur devient rapidement électeur, prêt à voter pour pour la présidente Dorendeu ou le député Balsan. On suit alors les péripéties comme on suit la véritable actualité politique.

Les idées avant l’ego ?

ameliedorendeu-annamouglalis-baronnoir-saison1-serie-baron-noirL’implication émotionnelle qu’on éprouve finit littéralement par se rapprocher d’un engagement presque militant pour tel ou tel personnage. L’écriture brillante de ce défilé d’hommes corrompus et avides de pouvoir, transforme l’hostilité qu’on devrait ressentir en compassion pour ces figures politiciennes. Qui aurait pu penser plaindre et défendre François Fillon après son scandale sinon animé par une passion militante ? Cette saga politique et sériel fait écho aux tragédies grecques où les hommes se retrouvent face à des dilemmes cornéliens.  Les idées avant soi-même ? C’est le sacrifice qu’épouse Rickwaert, à la fin de la saison 1, acceptant la prison si son acte permet à Dorendeu d’être élue présidente. Balsan est-il prêt à abandonner ses idéaux socialistes pour une place au ministère ? Dorendeu est-elle apte à transgresser les frontières entre les partis pour rester au pouvoir ? Ici l’être politique est partagé entre son idéologie noble et ses intérêts personnels et financiers. L’ambition de la série n’est finalement pas d’adapter la réalité politique mais bien de s’en inspirer pour créer ses propres trajectoires tout en évoquant la nature humaine. Parler de politique, c’est parler de courage, d’ambition, de rêves mais aussi de vilenie et de trahison. Et toute la mise en scène accompagne le propos de l’intrigue. La caméra de Ziad Deoueiri, réalisateur de L’Insulteévite les contre-champs classiques et déambule autour des personnages illustrant les rapports de force à mesure que leur discussion continue. On peut d’ailleurs voir un rythme qui s’accélère entre la saison 1 et la saison 2 : moins d’expositions des personnages et des intrigues encore plus virulentes et dynamiques.

Tout le casting est impeccable. Kad Merad, excelle à contre-emploi pour endosser le rôle charismatique de Rickwaert, dont l’avenir de président se dessine littéralement à la fin de la saison 2. En effet, sur sa fin, Baron Noir devient le pur reflet de la République : gouvernement multicolore, Parti Socialiste en agonie, Front National éclipsé, toute une gauche à reconstruire. Lors d’une sublime joute verbale dans le dernier acte de la série, Michel Vidal (incroyable François Morel), alter-ego de Jean-Luc Melenchon et leader de Debout le peuple, clame : « On est pas seulement dans un nouveau monde, mais dans une ère nouvelle « . Comme dans un miroir à la fois tragique et optimiste de la réalité, tout reste à reconstruire. Toutes les cartes sont remises en jeu.

Si la série continue à être si ingénieuse, on retrouvera sûrement en la saison 3 quelques clés pour mieux appréhender les prochains événements de notre vie politique. Ou peut-être que la suite de Baron Noir se fait déjà hors-caméra..

Baron Noir : Bande-annonce

Baron Noir : Fiche technique

Une série réalisée par Ziad Doueiri et écrite par Eric Benzekri et Jean-Baptiste Delafon.
Acteurs principaux : Kad Merad, Niels Arestrup, Anna Mouglalis, Hugo Becker, Astrid Whettnall…
Production : Thomas Bourguignon (Kwaï), Stéphanie Carrère (Kwaï)
Premier épisode : 8 février 2016
Nb. de saisons : 1 (2e en cours de diffusion)
Nb. d’épisodes : 12
Nombre de saisons : 2
Producteur délégué : Thomas Bourguignon
Genre : Politique, Thriller
Chaîne d’origine : Canal+

France – 2016

Pour plus d’informations sur la série Baron Noir

Pilote de The Alienist, une plongée historique glauque

Faisant partie des 15 séries les plus attendues de cette nouvelle année 2018, The Alienist a commencé, à la croisée entre Penny Dreadful et The Knick, depuis le 22 janvier sur la chaîne américaine spécialisée TNT. Un pilote détonant qui pâtit d’un manque criard de subtilité, mais qui n’entache pas notre curiosité. Si la série persévère cependant dans le convenu, elle ne durera pas longtemps. Le deuxième épisode nous rassure sur ce point…

Synopsis :  Le caricaturiste criminel John Schuyler Moore (à ne pas confondre avec journaliste !) et le spécialiste des maladies mentales Laszlo Kreizler « alienist » se connaissent depuis l’Université. Lorsque de nouveaux adolescents travestis sont dépecés, le médecin semble particulièrement concerné. Ce sera non sans compter l’aide précieuse de la jeune secrétaire du préfet de police, Sara Howard, que Moore connait aussi…

1898, New York City. La neige tombe sur la ville fraîchement industrialisée. Une main est découverte et l’alarme est donnée par des coups de matraque de policiers sur des lampadaires. La caméra a déjà pris de l’ampleur en s’élevant comme pour nous donner une impression de vertige. Le décor reconstitué apparaît comme dans une petite boîte, une maquette, et la mise en scène prend des allures étranges de jeu. Le cadavre démembré du jeune Giorgio Santorelli, qui se faisait appelé Gloria, est retrouvé en haut du New Bridge (l’actuel Williamsburg Bridge). Un enfant, retrouvé dans le quartier de Bowery, trouve refuge chez le Dr Kreizler et sa bande. Ce dernier vit  en effet avec Mary, sa gouvernante, Cyrus, le caléchier et Stevie, le jeune coursier. Cette découverte soudaine devient une affaire d’état et occupe tout l’espace diégétique, malgré quelques ruptures au sein de l’institut pour enfants dans lequel travaille Kreizler. La réalisation de ce pilote, bien qu’un peu fade, nous embarque dans cette nouvelle enquête historique où les légistes sont encore deux jeunes étudiants juifs, Isaacson et le trio de tête, qui se compose trop rapidement pour être crédible. Sara Howard – la première femme embauchée dans la police – refuse catégoriquement de porter du tord à Roosevelt, son supérieur, mais pourtant, apporte, dans la scène suivante, le dossier que Moore lui réclamait.

Si à défaut d’écriture, ce pilote ne s’articule pas de manière vraisemblable, par excès de vitesse peut-être, la réalisation convainc plus largement. Citons les transports en calèche, qui de par les gros plans de face avec un flou artistique sur l’extérieur, sont dépaysants ; la nuit, également, qui atténue les clairs obscurs au profit d’une teinte brumeuse plus dense (cf. Penny Dreadful), comme éclairée par une lune omniprésente, et fait de cette ville industrielle celle qui ne dort jamais… Les intérieurs ne sont pas autant de bon ton, éclairés soit trop haut ou trop bas, ce qui renforce l’aspect artificiel du studio dans lequel est tourné The Alienist. Les extérieurs sont nettement plus soignés, bien que blafards, poussiéreux et grisâtres, excepté le seul qui réunit à nouveau Sara et John, éclairé par une fin d’après-midi. L’Histoire médicale, au centre de cette nouveauté fait écho à l’excellente série partie trop tôt, au terme de deux saisons, The Knick de Steven Soderbergh, qui rayonnait tant par ses acteurs que par les mouvements de caméra suivis et immersifs.

Comment expliquer cependant que le spectateur se laisse prendre au jeu ? Car le jeu est en effet la principale thématique. Tout comme celui du chat et de la souris qui séparait Sherlock de Moriarty ou Jonathan Harker de Dracula dans le roman de Bram Stocker de 1897 (les fans de point-and-click horrifique ou d’aventure qui ont émergé au début des années 2000 trouveront leur compte). Le macabre côtoie la quête de vérité et, la plongée dans ce bordel étrange où les jeunes adolescents sont des catins harpies, entre innocence et avidité de chair fraîche, est sensationnelle. Le duo de frères juifs, étudiants en anatomie, apporte un brin de légèreté tandis que Daniel Brühl est un peu trop convaincu par son personnage, quitte à en étaler trop de couches. Le milieu machiste fait écho à l’affaire Weinstein et on assiste sans surprise aux premières heures féministes. Le personnage de la jeune secrétaire orpheline, joué presque machinalement mais brillamment par la grande sœur Fannings, détient un lourd passé rapidement dévoilé dans le second épisode qui la rend d’autant plus intéressante. On peine néanmoins à en savoir plus sur la relation qui unit l’aliéniste du caricaturiste, mais on espère que les cartes se déploieront plus facilement par la suite. Le plus jeune président des États-Unis est encore chef de police et l’Histoire ne fait que commencer. Entre Jack l’Eventreur et The Knick, la plongée est ludique tel le Kinetoscope d’Edison où les premiers spectateurs s’étonnaient de voir des images en mouvement, signe avant-coureur d’un futur surprenant. Les téléspectateurs regardent en arrière, admiratifs : attention à ne pas les perdre par excès de spectaculaire.

Si le premier épisode de The Alienist peine à convaincre, le deuxième rattrape les erreurs. Reste à savoir si le troisième provoquera l’addiction en misant sur la désacclimatation et le fait historique. Le mélange des genres est loin d’être trouble : médical, historique, policier, thriller, bientôt politique avec l’arrivée au pouvoir de Roosevelt ?

The Alienist : Trailer

The Alienist : Fiche Technique

Créateurs : Hossein Amini et Cary Joji Fukunaga
Interprétation : Daniel Brühl (Dr. Laszlo Kreizler), Dakota Fanning (Sara Howard), Luke Evans (John Moore), Brian Geraghty (Theodore Roosevelt), Robert Ray Wisdom (Cyrus Montrose), Douglas Smith (Marcus Isaacson), Matthew Shear (Lucius Isaacson), Q’orianka Kilcher (Mary Palmer), Matt Lintz (Stevie Taggert)
Directeur de la photographie : PJ Dillon et Gavin Struthers
Musique : Rupert Gregson-Williams
Production : Paramount Television, Studio T, Anonymous Content, Vanessa Productions, Ltd
Ditribution : Warner Bros. Television, Netflix (à l’international)
Genre : Historique, Médical, Thriller, Policier
Format : 47 min par épisodes, le nombre d’épisode n’a pas encore été communiqué
Chaîne d’origine : TNT
Diffusion aux USA : Depuis le 22 janvier 2018

Episode 1×01 – « The Boy on the Bridge »

Réalisation : Jakob Verbruggen
Scénario : Hossein Amini
Synopsis : La découverte d’un corps mutilé d’un jeune prostitué amène à Dr. Kreizler à rattacher cette nouvelle enquête avec un crime d’enfant commis sur un de ces anciens patients. Il demande de l’aide à son vieil ami de fac, le caricaturiste Moore, pour rassembler les preuves contre l’opinion hâtive de la police.

Episode 1×02 – « A Fruitful Partnership »

Réalisation : Jakob Verbruggen
Scénario : Hossein Amini et E. Max Frye
Synopsis : Kreizler cherche d’autres victimes du tueur en série accompagné des frères juifs étudiants en anatomie. Sara Howard, la première secrétaire de police apporte un indice important. L’enquête peut enfin commencer…

Etats-Unis – 2018

Sortie en DVD de Money, polar sombre et âpre de Gela Babluani

Écrit et réalisé par le cinéaste franco-géorgien Gela Babluani, qui s’était fait connaître avec 13 Tzameti, Money est un polar sombre, dense et efficace passé inaperçu l’année dernière. Autant dire que cette sortie en DVD permet de rattraper ce retard.

Synopsis : Samuel Mercier, un politicien normand très en vue et en bonne posture pour devenir ministre de l’Intérieur, fait l’objet d’un chantage de la part d’une famille mafieuse. Il permet à un conteneur rempli de drogue de passer la douane sans encombre et, en échange, il reçoit un million d’euros mais surtout un dossier compromettant le concernant est enterré. Trois jeunes gens, Danis, Eric et Alex (qui a été témoin de la transaction), décident de lui voler l’argent.

Money se révèle vite être un film qui respecte parfaitement le contrat du genre. On y retrouve tous les personnages emblématiques du polar : le politicien corrompu et son tueur à gages, les mafieux, les petits délinquants entraînés dans quelque chose qui les dépasse. Et, au milieu de tout cela, une valise bourrée d’argent. Cet argent qui serait tellement utile à tout le monde.

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En effet, aussi bien le politicien que les délinquants voient dans cette somme une occasion de repartir à zéro, de se faire une nouvelle vie. D’un côté, nous avons donc les trois petits malfrats. Danis (George Babluani) a perdu sa femme dans un accident de voiture six mois plus tôt et tente de survivre chez sa mère (Anouk Grinberg) avec son bébé en faisant du trafic pour un mafieux local d’origine serbe, Goran. Pour lui, comme pour Alex (qui est amoureuse de lui) et son frère Eric, l’argent est avant tout une opportunité formidable de changer de vie, de sortir du quartier sinistré qu’il habite et d’offrir un avenir convenable à son fils.

Le problème, c’est que le politicien cherche aussi à offrir un nouveau départ à sa carrière, et qu’il pense y parvenir avec cet argent. La valise lui permettra d’acheter le dossier compromettant détenu par une petite frappe et dégagera ainsi son horizon.

Tout ce beau monde va donc se croiser et s’affronter dans un polar bref (87 minutes) et tendu. L’action est resserrée pour se dérouler en une nuit, ce qui impose un rythme rapide, et Gela Babluani parvient à donner à son film une atmosphère âpre. Tout se déroule dans un monde de violence que Scorsese n’aurait pas renié : tout le monde a une arme, et la violence est partout. Violence des médias, corruption de la politique et des institutions officielles, gangstérisme, individualisme et surtout description d’un monde gangrené par l’argent.

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Petit à petit, la morale des personnages diminue, comme si le mal se transmettait de façon épidémique. La violence rend de plus en plus violent et émousse le sens moral.

Money est un film bien construit : chaque action contient en elle-même les germes de la suivante, et à chaque fois les personnages s’enfoncent davantage dans les ennuis. La situation dégénère vite et les conséquences de chaque action sont imprévisibles. Les événements s’enchaînent toujours vers le pire. Enfin, la musique souligne très bien l’ambiance sombre en angoissante.

Pour finir, le décor urbain est très bien exploité, depuis la casse du début (qui donne déjà une image symbolique des personnages pressurés, écrasés par des événements) jusqu’au très joli plan final sur le petit jour grisâtre.

Au niveau de l’interprétation on retrouve avec plaisir George Babluani, que l’on avait déjà vu dans 13 Tzameti. Les seconds rôles (dont l’immense Fedor Atkine) sont excellents, à l’exception de Benoit Magimel, qui apparaît engoncé dans son costume et peu crédible en tueur à gages.

Autre défaut, la scène du train est assez ridicule et casse un peu l’ambiance.

Mais Money reste un film franchement réussi, un vrai bon polar âpre, tendu, rythmé et inattendu. On aurait pu espérer au moins un complément de programme, mais finalement qu’importe ! Le film constitue un bon divertissement, et c’est l’essentiel.

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Money – Caractéristiques du DVD :

Langue : Français / audiodescription
Son : Dolby Digital 5.1 & 2.0
Sous-titres : sourds et malentendants
Image : 16/9 -2:39
Durée : 87 min.
Date de sortie DVD & Blu-Ray : 07 Février 2018

Money : Bande-annonce

Black Lightning, le nouveau super héros de The CW : Critique des deux premiers épisodes

Avec déjà quatre séries super héroïques diffusées sur son antenne, la chaîne américaine The CW lançait, en ce début d’année 2018, un cinquième super héros : Black Lightning. Après deux épisodes diffusés, il faut reconnaître que Black Lightning propose une alternative intéressante à ses prédécesseurs.

Sur le papier, Black Lightning semblait lancer dans l’inconnu un obscur duo de créateurs : Mara Brock Akil et Salim Akil. Tous deux n’en sont cependant pas à leur première collaboration puisqu’ils ont été tour à tour scénariste, producteur exécutif ou réalisateur sur plusieurs séries (Being Mary Jane, The Game, Girlfriends).

Et c’est peut-être pour cela que, d’emblée, Black Lightning séduit.

Ce n’est pas une histoire d’origine comme les quatre séries actuellement diffusées sur The CW et, contrairement à une série comme Supergirl à laquelle il avait fallu sept épisodes pour trouver son rythme en saison 1, Black Lightning ne tâtonne pas et nous propose d’entrée une narration claire servie par une distribution au diapason.

Rôle certainement le plus important, et par conséquent le plus difficile à caster : Jefferson Pierce.

Pour l’incarner, le choix s’est porté sur Cress Williams, acteur à classer dans les vétérans du petit écran car il a tenu des rôles réguliers dans beaucoup de séries à succès (Code Black, Hart of Dixie, Friday Night Lights, Prison Break, Grey’s Anatomy ou encore Urgences) depuis ses débuts en 1994.

A 47 ans et du haut de son mètre 93, il en impose autant en tant que principal respecté du lycée Garfield de Freetown, que dans le costume de son alter-ego super héroïque.

Son visage familier permet également au public de l’imaginer sans difficulté dans son rôle de pilier de la communauté.

Le reste de la famille est composé de Lynn, son ex-femme (Christine Adams), de la fille aînée Anissa (Nafessa Williams) et de la cadette Jennifer (China Anne McClain). Une excellente alchimie se dégage de la famille Pierce que ce soit entre les parents (séparés), entre les sœurs (même si elles se disputent comme toutes les adolescentes de leur âge) et entre parents et enfants. Il y a d’ailleurs une constante qui ressort de ces premiers épisodes : si les parents ont des vues divergentes sur certains sujets, ils font toujours cause commune quand cela concerne leur progéniture.

Comme tout début de série, ces deux premiers épisodes ont pour but de poser les choses.

Dans le premier, « The Resurrection », on apprend qui est Jefferson Pierce/Black Lightning : qui sont sa famille, ses alliés, ses ennemis, son cadre de vie. Dans le second, « Lawanda : The Book of Hope », c’est le pourquoi qui est mis en lumière : les raisons qui le poussent, et l’ont poussé par le passé, à revêtir le costume. Mais la saison 1 ne comptant que treize épisodes, Black Lightning ne s’attarde pas en bavardages inutiles, dialogues pour adolescents ou scènes d’exposition. Même quand il n’y a pas d’action (physique) dans une scène, le propos de la série évolue. Peu de sujets/détails sont sujets à répétition.

Bien sûr, un super héros ne peut rien sans trois éléments : un comparse au courant de son identité secrète, un vilain à abattre et un proche qui ne se doute de rien.

Dans le premier rôle, on découvre Peter Gambi, tailleur de son état. Incarné par l’acteur américain James Remar, il aidait Pierce dans ses missions super héroïques avant que celui-ci ne raccroche le costume. Son opinion sur les raisons ayant poussé Pierce à être/redevenir Black Lightning est diamétralement opposée à celle de Lynn, et les deux vont avoir une explication certes courte mais franche dans le second épisode.

Dans le second rôle, les scenarii des deux premiers épisodes nous proposent plusieurs profils : Will (Dabier), Lala (William Catlett) et Tobias Whale (Marvin ‘Krondon’ Jones III). S’ils sont tous assez terrifiants (même Lala avec son surnom de Télétubbies), c’est clairement Marvin Jones III qui en impose le plus. Bien que de taille moyenne, sa prestance (appuyée par une voix très grave et son albinisme qui le font davantage sortir du lot) donne du corps à son personnage. 

Et enfin, dans le troisième rôle, le policier ami, l’inspecteur Henderson (Damon Gupton), qui n’a pas percé à jour le secret de son ami. Certains regards ou mouvements de caméra font douter le téléspectateur : Henderson n’aurait-il pas démasqué son ami ? Nous devrions en avoir confirmation d’ici la fin de la saison 1 mais en attendant c’est toujours une bonne chose pour un super-héros de devoir être sur ses gardes quant à son identité secrète avec quelqu’un de proche.

Dans ce cercle de proches ignorant le secret de Jefferson, il faut ajouter ses filles : Anissa et Jennifer. De caractères opposés (la seconde essayant de sortir de l’ombre de son aînée), elles font cependant bien souvent front commun. Et ce sont d’ailleurs les actions de la cadette (un peu tête à claques il faut l’avouer), dans cette soif inconsciente d’émancipation, qui vont entraîner le retour de Black Lightning à Freetown. Un retour qui ne devrait sans doute pas être solitaire très longtemps puisque les dernières secondes de l’épisode pilote ont montré qu’Anissa avait des pouvoirs surhumains. Et c’est par elle que la narration de Black Lightning devrait se rapprocher de celle des autres séries super héroïques de la chaîne, avec une histoire d’origine.

Plus mature de par son personnage principal, Black Lightning l’est par voie de conséquence dans son propos, dans les sujets abordés et la manière dont ils sont traitésLa violence est omni-présente dans la majorité des deux premiers épisodes. Mais elle n’est jamais ni gratuite ni outrageusement graphique (la série est diffusée juste après The Flash). Elle sert le propos de la série et est utilisée pour mettre en lumière les sujets abordés.

Ces derniers sont variés et on salue l’absence de fard pour en aborder certains (comme l’homosexualité, la violence des gangs qui gangrène la société ou encore les violences envers les citoyens afro-américains). Des sujets d’actualité bien souvent trop peu mis en lumière dans des productions s’adressant à un public plus jeune (petite exception dans la série Supergirl et le coming-out parfaitement maîtrisé du personnage d’Alex Danvers).

Au final, Black Lightning est une très bonne surprise qui  détonne de manière positive sur la chaîne The CW. Car si beaucoup auraient parié sur une ressemblance avec Luke Cage (seule autre série à proposer un super héros afro-américain), son ton se rapproche plus de celui de Jessica Jones. La série est plus ancrée dans la réalité que celles qui l’ont précédé et on se surprend à espérer que Black Lightning n’intègre jamais l’Arrowverse et sa narration très tournée vers les adolescents fleur bleue.

Rendez-vous donc fin avril ici même pour la critique de la saison 1 de Black Lightning dans son intégralité. Car si les deux premiers épisodes ont permis à la chaîne de réaliser un très bon score niveau audience, et de recevoir des critiques très positives, il ne faut pas perdre de vue que le sujet est plus mature que les autres productions de The CW. ll faut ainsi que Black Lightning maintienne sa qualité narrative pour ne pas perdre d’audience. Elle a en effet face à elle des poids lourds comme NCIS – Los Angeles (CBS) ou encore This Is Us (NBC). Tout faux pas pourrait condamner une éventuelle seconde saison.

SynopsisJefferson Pierce, un super-héros qui a raccroché son costume il y a neuf ans pour s’occuper de sa petite famille, est forcé de reprendre du service quand sa ville se retrouve rongée par le crime et le règne d’un gang mafieux. Il redevient alors Black Lightning un méta-humain qui a la capacité de manipuler les champs électro-magnétiques.

Black Lightning : Bande-annonce

Black Lightning : Fiche Technique

Créateurs : Mara Brock Akil et Salim Akil (basé sur le super-héros créé par Tony Isabella et Trevor Von Eeden)
Interprétation : Cress Williams (Jefferson Pierce / Black Lightning), China Anne McClain (Jennifer Pierce), Nafessa Williams (Anissa Pierce), Christine Adams (Lynn Pierce), Marvin ‘Krondon’ Jones III (Tobias Whale), Damon Gupton (Inspecteur Henderson), James Remar (Peter Gambi)
Directeur de la photographie : Scott Peck
Musique : Kurt Farquhar
Production : Salim Akil, Greg Berlanti, Mara Brock Akil, Sarah Schechter, Oz Scott
Sociétés de production : Berlanti Productions, DC Entertainment, Warner Bros. Television
Genre : Action, drame, science-fiction
Format : 13 x 42 minutes
Chaîne d’origine : The CW
Diffusion aux USA : 16 janvier 2018 et 23 janvier 2018

Episode 1×01 – « The Resurrection »

Réalisation : Salim Akil
Scénario : Salim Akil
Synopsis : Un ancien super-héros ayant le pouvoir de contrôler et de maîtriser la foudre, Jefferson Pierce, autrement connu par certains sous le nom de Black Lightning, dévoile les secrets de son passé pour protéger sa ville et sa famille.

Episode 1×02 – « Lawanda : The Book of Hope »

Réalisation : Oz Scott
Scénario : Charles Holland
Synopsis : Une lueur d’espoir apparaît dans la communauté quand Black Lightning revient pour combattre la violence.

Etats-Unis, 2018

Auteur : Grae Leigh