The Cloverfield Paradox, trou noir cinématographique

The Cloverfield Paradox, troisième film de la saga, se révèle vite être d’un vide sidéral.

Synopsis : dans un avenir proche mais indéterminé, les réserves naturelles seront quasiment épuisées sur Terre, ce qui emmènera l’humanité au bord d’un conflit planétaire. La dernière chance de l’éviter consiste à expérimenter un accélérateur de particules spatial, le Sheppard, placé en orbite autour de la Terre dans une station internationale. Mais, au bout de deux ans, les essais restent toujours infructueux.

Les deux premiers film de la saga Cloverfield proposaient une relecture du film de monstres tout en gardant une identité propre. Le premier exploitait de façon intelligente le procédé du found footage tout en mettant en avant des réminiscences du 11-Septembre, alors que le deuxième jouait à fond, et de façon réussie (du moins si l’on excepte le quart d’heure final), la carte de la claustrophobie. Tous les deux permettaient d’entretenir une part de mystère sur ce qui se déroulait réellement à l’écran, s’amusant avec ce que l’on voit et surtout ce que l’on ne voit pas, ce que l’on devine et ce que l’on peut supposer.

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Le troisième film, The Cloverfield Paradox, disponible sur la plate-forme Netflix depuis le lundi 5 février, mise sur la carte de l’espace tout en essayant de donner plus de densité au monde Cloverfield. Ainsi, une partie de l’histoire se déroule sur Terre et multiplie les clins d’œil aux deux premiers opus. Le personnage de Michael, médecin et mari d’un des membres de la station spatiale, découvre la ville attaquée par ce que l’on suppose être une grosse bestiole, puis s’enferme avec une gamine survivante dans un bunker.

Voilà qui est assez symptomatique de The Cloverfield Paradox. Au lieu de proposer quelque chose de vraiment nouveau, le film va se contenter de brasser du déjà-vu, en enfilant comme des perles des scènes caractérisées par leur manque absolu d’originalité et d’inventivité. Pour les amateurs de film de science-fiction et/ou d’horreur, tout, dans ce film, a déjà été vu, revu et rerevu des centaines de fois ces quarante dernières années. Pire : la plupart du temps, c’était bien mieux que ce que nous propose Julius Onah ici. Car le manque d’idée ne se limite pas au scénario, il se propage également à la mise en scène.

Ne sachant pas vraiment comment se positionner, le scénario nous propose un amalgame bancal de scènes de pseudo-horreur spatiale et de mystère quantique. Et le réalisateur se contente de filmer son joli décor en se prenant pour Ridley Scott, tant certaines séquences rappellent furieusement le premier Alien. Sauf qu’ici, chaque scène semble indépendante du reste du film : on accumule les morts sans qu’il y ait la moindre relation causale. Les séquences sont placées les unes à la suite des autres sans être reliées entre elles. Le but est de montrer des gens mourir sans la moindre logique scénaristique.

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Si ces scènes se contentaient d’être mauvaises, ce serait presque bien. Mais non, elles vont beaucoup plus loin que cela et le film s’enfonce joyeusement dans le ridicule lorsqu’un homme d’équipage plaisante au sujet de son bras sectionné, lequel bras continue à vivre sa vie tout seul de son côté.

L’aspect « mystère » parvient parfois à sauver deux ou trois scènes. Toutefois, ne réussissant pas à faire aboutir cela sur quelque chose d’intéressant ou d’utile sur le plan de l’histoire, les scénaristes se sont contentés de noyer le tout sous un flot de mots qui font intelligents (« particules », « quantique », etc.) mais ne parviennent pas à cacher l’ineptie de l’ensemble.

La réalisation, quant à elle, se contente d’être plate. Là aussi, elle brille par son absence complète de la moindre idée de mise en scène. Julius Onah se révèle strictement incapable d’instaurer un minimum d’ambiance anxiogène. Du coup, les personnages ont beau hurler à l’écran, le spectateur regarde tout cela d’un œil totalement désintéressé.

Enfin, pour dire un mot du casting… Les acteurs font ce qu’ils peuvent dans une telle situation, mais ça ne va pas bien loin. Il faut juste noter la présence de Zhang Ziyi, seule tête d’affiche du film, qui doit sûrement sa présence dans le film à une volonté d’attirer le public chinois sans lequel un long métrage ne peut plus être un succès international de nos jours.

Bref, The Cloverfield Paradox est raté d’un bout à l’autre, et il n’y a franchement pas grand chose pour sauver l’ensemble. Ce qui est d’autant plus dommage que la saga Cloverfield offre de nombreuses possibilités aux différents cinéastes. Mais, pour cela, il faudrait avoir un brin d’imagination, ce qui est totalement absent ici.

The Cloverfield Paradox : bande annonce

The Cloverfield Paradox : Fiche Technique

Réalisateur : Julius Onah
Scénario : Oren Uziel, Doug Jung
Interprètes : Gugu Mbatha-Raw (Hamilton), Daniel Brühl (Schimdt), John Ortiz (Monk), Chris O’Dowd (Mundy), Aksel hennie (Volkov), Zhang Ziyi (Tam).
Musique : Bear McCreary
Photographie : Daniel Mindel
Montage : Alan Baumgarten, Matt Evans, Rebecca Valente
Production : J. J. Abrams, Lindsey Weber
Société de production : Bad Robot, Paramount Pictures
Société de distribution : Paramount Pictures
Genre : science-fiction
Durée : 102 minutes
Date de sortie : 05 février 2018 (Netflix)

États-Unis – 2018

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Herve Aubert
Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

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