Pilote de The Alienist, une plongée historique glauque

Faisant partie des 15 séries les plus attendues de cette nouvelle année 2018, The Alienist a commencé, à la croisée entre Penny Dreadful et The Knick, depuis le 22 janvier sur la chaîne américaine spécialisée TNT. Un pilote détonant qui pâtit d’un manque criard de subtilité, mais qui n’entache pas notre curiosité. Si la série persévère cependant dans le convenu, elle ne durera pas longtemps. Le deuxième épisode nous rassure sur ce point…

Synopsis :  Le caricaturiste criminel John Schuyler Moore (à ne pas confondre avec journaliste !) et le spécialiste des maladies mentales Laszlo Kreizler « alienist » se connaissent depuis l’Université. Lorsque de nouveaux adolescents travestis sont dépecés, le médecin semble particulièrement concerné. Ce sera non sans compter l’aide précieuse de la jeune secrétaire du préfet de police, Sara Howard, que Moore connait aussi…

1898, New York City. La neige tombe sur la ville fraîchement industrialisée. Une main est découverte et l’alarme est donnée par des coups de matraque de policiers sur des lampadaires. La caméra a déjà pris de l’ampleur en s’élevant comme pour nous donner une impression de vertige. Le décor reconstitué apparaît comme dans une petite boîte, une maquette, et la mise en scène prend des allures étranges de jeu. Le cadavre démembré du jeune Giorgio Santorelli, qui se faisait appelé Gloria, est retrouvé en haut du New Bridge (l’actuel Williamsburg Bridge). Un enfant, retrouvé dans le quartier de Bowery, trouve refuge chez le Dr Kreizler et sa bande. Ce dernier vit  en effet avec Mary, sa gouvernante, Cyrus, le caléchier et Stevie, le jeune coursier. Cette découverte soudaine devient une affaire d’état et occupe tout l’espace diégétique, malgré quelques ruptures au sein de l’institut pour enfants dans lequel travaille Kreizler. La réalisation de ce pilote, bien qu’un peu fade, nous embarque dans cette nouvelle enquête historique où les légistes sont encore deux jeunes étudiants juifs, Isaacson et le trio de tête, qui se compose trop rapidement pour être crédible. Sara Howard – la première femme embauchée dans la police – refuse catégoriquement de porter du tord à Roosevelt, son supérieur, mais pourtant, apporte, dans la scène suivante, le dossier que Moore lui réclamait.

Si à défaut d’écriture, ce pilote ne s’articule pas de manière vraisemblable, par excès de vitesse peut-être, la réalisation convainc plus largement. Citons les transports en calèche, qui de par les gros plans de face avec un flou artistique sur l’extérieur, sont dépaysants ; la nuit, également, qui atténue les clairs obscurs au profit d’une teinte brumeuse plus dense (cf. Penny Dreadful), comme éclairée par une lune omniprésente, et fait de cette ville industrielle celle qui ne dort jamais… Les intérieurs ne sont pas autant de bon ton, éclairés soit trop haut ou trop bas, ce qui renforce l’aspect artificiel du studio dans lequel est tourné The Alienist. Les extérieurs sont nettement plus soignés, bien que blafards, poussiéreux et grisâtres, excepté le seul qui réunit à nouveau Sara et John, éclairé par une fin d’après-midi. L’Histoire médicale, au centre de cette nouveauté fait écho à l’excellente série partie trop tôt, au terme de deux saisons, The Knick de Steven Soderbergh, qui rayonnait tant par ses acteurs que par les mouvements de caméra suivis et immersifs.

Comment expliquer cependant que le spectateur se laisse prendre au jeu ? Car le jeu est en effet la principale thématique. Tout comme celui du chat et de la souris qui séparait Sherlock de Moriarty ou Jonathan Harker de Dracula dans le roman de Bram Stocker de 1897 (les fans de point-and-click horrifique ou d’aventure qui ont émergé au début des années 2000 trouveront leur compte). Le macabre côtoie la quête de vérité et, la plongée dans ce bordel étrange où les jeunes adolescents sont des catins harpies, entre innocence et avidité de chair fraîche, est sensationnelle. Le duo de frères juifs, étudiants en anatomie, apporte un brin de légèreté tandis que Daniel Brühl est un peu trop convaincu par son personnage, quitte à en étaler trop de couches. Le milieu machiste fait écho à l’affaire Weinstein et on assiste sans surprise aux premières heures féministes. Le personnage de la jeune secrétaire orpheline, joué presque machinalement mais brillamment par la grande sœur Fannings, détient un lourd passé rapidement dévoilé dans le second épisode qui la rend d’autant plus intéressante. On peine néanmoins à en savoir plus sur la relation qui unit l’aliéniste du caricaturiste, mais on espère que les cartes se déploieront plus facilement par la suite. Le plus jeune président des États-Unis est encore chef de police et l’Histoire ne fait que commencer. Entre Jack l’Eventreur et The Knick, la plongée est ludique tel le Kinetoscope d’Edison où les premiers spectateurs s’étonnaient de voir des images en mouvement, signe avant-coureur d’un futur surprenant. Les téléspectateurs regardent en arrière, admiratifs : attention à ne pas les perdre par excès de spectaculaire.

Si le premier épisode de The Alienist peine à convaincre, le deuxième rattrape les erreurs. Reste à savoir si le troisième provoquera l’addiction en misant sur la désacclimatation et le fait historique. Le mélange des genres est loin d’être trouble : médical, historique, policier, thriller, bientôt politique avec l’arrivée au pouvoir de Roosevelt ?

The Alienist : Trailer

The Alienist : Fiche Technique

Créateurs : Hossein Amini et Cary Joji Fukunaga
Interprétation : Daniel Brühl (Dr. Laszlo Kreizler), Dakota Fanning (Sara Howard), Luke Evans (John Moore), Brian Geraghty (Theodore Roosevelt), Robert Ray Wisdom (Cyrus Montrose), Douglas Smith (Marcus Isaacson), Matthew Shear (Lucius Isaacson), Q’orianka Kilcher (Mary Palmer), Matt Lintz (Stevie Taggert)
Directeur de la photographie : PJ Dillon et Gavin Struthers
Musique : Rupert Gregson-Williams
Production : Paramount Television, Studio T, Anonymous Content, Vanessa Productions, Ltd
Ditribution : Warner Bros. Television, Netflix (à l’international)
Genre : Historique, Médical, Thriller, Policier
Format : 47 min par épisodes, le nombre d’épisode n’a pas encore été communiqué
Chaîne d’origine : TNT
Diffusion aux USA : Depuis le 22 janvier 2018

Episode 1×01 – « The Boy on the Bridge »

Réalisation : Jakob Verbruggen
Scénario : Hossein Amini
Synopsis : La découverte d’un corps mutilé d’un jeune prostitué amène à Dr. Kreizler à rattacher cette nouvelle enquête avec un crime d’enfant commis sur un de ces anciens patients. Il demande de l’aide à son vieil ami de fac, le caricaturiste Moore, pour rassembler les preuves contre l’opinion hâtive de la police.

Episode 1×02 – « A Fruitful Partnership »

Réalisation : Jakob Verbruggen
Scénario : Hossein Amini et E. Max Frye
Synopsis : Kreizler cherche d’autres victimes du tueur en série accompagné des frères juifs étudiants en anatomie. Sara Howard, la première secrétaire de police apporte un indice important. L’enquête peut enfin commencer…

Etats-Unis – 2018

Festival

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Antoine Mournes
Antoine Mourneshttps://www.lemagducine.fr/
Mes premières ambitions, à l'âge d'une dizaine d'années, était d'écrire des histoires à la manière des J'aime Lire que je dévorais jusqu'en CM2. J'en dessinais la couverture et les reliais pour faire comme les vrais. Puis la passion du théâtre pour m'oublier, être un autre. Durant ses 7 années de pratique dans diverses troupes amateurs, je commence des études d'Arts du Spectacle qui débouche sur une passion pour le cinéma, et un master, en poche. Puis, la nécessité d'écrire se décline sur les séries que je dévore. Depuis Dawson et L’Hôpital et ses fantômes de Lars Von Trier sur Arte avec qui j'ai découvert un de mes genres ciné préférés, l'horreur, le bilan est lourd, très lourd au point d'avoir du mal à établir un TOP 3 fixe. Aujourd'hui, c'est Brooklyn Nine Nine, Master of Sex et Vikings, demain ? Mais une chose est sûre, je vénère Hitchcock et fuis GoT, True Detective et Star Wars. L'effet de masse m'est assez répulsif en général. Les histoires se sont multipliées, diversifiées, imaginées ou sur papier. Des courts métrages, un projet de série télévisée, des nouvelles, un roman, d'autres longs métrages et toujours plus de critiques..?

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