Matthieu Kassovitz enfile les gants de boxe dans Sparring

Découvert en avant première à l’Arras Film Festival, Sparring conte l’histoire d’un perdant qui va enfin avoir son épopée et alors afficher sa valeur et son courage dans un récit exposant un élément de la boxe méconnu du grand public : le sparring.

Synopsis : À plus de 40 ans, Steve Landry est un boxeur qui a perdu plus de combats qu’il n’en a gagnés. Avant de raccrocher les gants, il accepte une offre que beaucoup de boxeurs préfèrent refuser : devenir sparring partner d’un grand champion.

Le courage des sparring

Matthieu Kassovitz / Steve, un boxeur qui encaisse les coups.

Steve (Matthieu Kassovitz) n’est pas un grand boxeur. Mais c’est un sportif professionnel. Sa fille représente tout ou presque pour lui. Elle joue du piano, plutôt bien. Steve croît en elle, au point de se convaincre qu’elle a « le truc », soit le don. Afin qu’elle progresse, le père désire lui acheter un piano. L’instrument a un prix, lui rappelle la mère qui est aussi inquiète par rapport au paiement des mutuelles. Le boxeur est prêt à rapidement vivre son cinquantième combat. Le dernier, a-t-il promis à tous. Finalement, Steve n’arrive pas à se placer dans quelque match que ce soit. Mais l’un de ses plus grands défis arrive. Il demande à un entraineur de le prendre pour être un des sparring partners d’un grand champion sur le retour, Tarek M’Bareck (interprété par le champion du monde de boxe des super-légers Souleymane M’Baye). L’entraineur l’avertit de suite : « Je ne veux pas de sparring qui se plaigne ». Le job est très bien payé, mais il est physiquement destructif. Lorsque la femme de Steve l’apprend, elle lui renvoie à la figure d’anciens propos : « le sparring, tu m’avais pas dit que c’était envoyer des boxeurs à la boucherie afin qu’un autre se fasse la main avant un combat », lui dit-elle énervée.

Au prix d’une humiliation publique, de souffrances physiques et psychologiques, Steve gagne de quoi payer le piano de sa fille et la mutuelle. Il perdra au cours du récit la passion de sa fille pour son statut de boxeur. Elle lui déclarera même qu’elle ne peut pas supporter d’entendre les gens non pas l’insulter, mais lui souhaiter du mal. Mais le boxeur ne perdra pas de sa bravoure. Il ira plus loin, en donnant des conseils à l’ancien champion, et en acceptant même l’humiliation publique. Mais rien ne sera vain, puisque Tarek M’Bareck lui fera un cadeau. Le courageux, comme il l’appelle, aura droit au combat d’avant-programme de celui de Tarek. Soit un beau dernier combat avec un challenge et une grande victoire à la clef. Finalement, il réussira à réveiller la formidable joie de sa fille. Quant au champion, il gagnera grâce aux conseils de son brave sparring.

Ainsi Sparring est un film où la souffrance est intimement liée au courage. Loin des combats chorégraphiés de bon nombre de films du genre, le long métrage de Samuel Jouy a préféré capter les coups tels qu’ils sont. Et ils sont donnés, les acteurs suent, subissent, fatiguent, souffrent. De plus, les chocs des gants de boxe sur l’adversaire ne produisent pas de sons punchys tels qu’on en entend dans les Rocky. Les sons sont secs, exposant la violence soudaine des combats. Les conséquences touchent toutefois sur du long terme : les plaies de Steve s’ouvrent à nouveau facilement ; le sportif affiche des pertes de mémoire. En outre, les traces laissées par la violence de son sport sont visibles dans les espaces propres à l’environnement sportif comme dans ceux du quotidien : Steve, sous la douche, révèle un corps fatigué, profondément blessé ; on pense aussi au réveil difficile du boxeur dont la joue abimée reste collée à l’oreiller. Toutefois, les conséquences sur le psychologique ne prennent agréablement pas la forme du stéréotype de l’athlète sombrant dans ses ténèbres. Jouy travaille la justesse et les nuances du quotidien plutôt que le portrait sportif mythologique. Ainsi, Kassovitz incarne justement un père et un mari souriant, amuseur, vivant. Comme beaucoup, il subit parfois le quotidien : il triche lors de la pesée de ses fruits en supermarchés ; et il ne peut pas payer toutes les leçons de piano déjà accomplies par sa fille, dont certaines qu’il aurait régler il y a déjà un temps. Le courage du boxeur est aussi celui d’un homme comme les autres, qui fait au mieux pour les siens. Enfin, son humilité lui permettra d’accéder à son épopée.

La gloire des perdants

Le générique du film fait d’ailleurs le portrait de quelques boxeurs professionnels ayant connu peu de victoires et un grand nombre de défaites. On est d’ailleurs abasourdi face à celui qui eu trois succès pour environ deux cents cinquante échecs. Le postulat du film est ainsi clairement révélé : Jouy dédie son film aux perdants. Comme il le confirme dans l’interview qui nous a été donnée, le cinéaste voulait exposer les boxeurs de l’ombre, ceux qui souffrent et tombent, souvent pour servir la gloire de ceux restés debout. Steve dit d’ailleurs à Tarek : « Pour que des mecs comme toi puissent exister, il faut aussi des mecs comme moi ». Il expliquera aussi au champion que se remettre d’un chaos est difficile mais nécessaire pour pouvoir revenir dignement sur le ring.

Le courage des sparring – et plus largement de ces athlètes aux carrières difficiles – est ainsi lié à leur souffrance, et au fait d’assumer leur statut de perdant. Steve décrit son style de boxe ainsi : il prend des coups. Son premier entraîneur lui dira lors de son dernier combat qu’il lui faut arrêter d’être un bagarreur. Il lui donnera ensuite le meilleur des conseils : sois ce soir le boxeur que tu as toujours rêvé d’être. Le dernier combat de Steve sera alors épique. Un élément de réflexion se présente donc à nous : tous ces boxeurs qui ont connu tant de défaites et si peu de victoires auraient probablement voulu être des champions. Mais, pour telle ou telle raison, ils ont eu ces carrières difficiles qui ont permis d’élever celles des autres. D’ailleurs, l’utilisation de la Valse Triste de Sibelius lors de la préparation du combat final de Steve appuie la mélancolie de la représentation de ces braves méconnus.

Aujourd’hui le réalisateur nous invite à les reconnaître, à rendre hommage à ces tragiques héros du sport dont la gloire est enfin révélée par Sparring, premier beau film de Samuel Jouy.

Bande-Annonce – Sparring

Fiche Technique – Sparring

Réalisation : Samuel Jouy
Scénario : Samuel Jouy en collaboration avec Clément Roussier et Jérémie Guez
Interprétation : Mathieu Kassovitz, Olivia Merilahti, Souleymane M’Baye, Billie Blain, Lyes Salem
Directeur de la photographie : Romain Carcanade
Décors : Frédérique Doublet et Frédéric Grandclère
Costumes : Alice Cambournac
Montage : Tina Baz
Musiques : Olivia Merilahti
Production : EuropaCorp
Distribution : EuropaCorp Distribution

Sortie française : le 31 janvier 2018

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Aaahh Belinda : pépite féministe du cinéma turc

Fort d’un dispositif mêlant confusion des réalités et dédoublement des identités, Aaahh Belinda d’Atıf Yılmaz s’affirme comme un conte féministe moderne, à la croisée de la comédie, du fantastique et de la fable allégorique. Derrière une esthétique parfois modeste, le film révèle une richesse de lecture et une portée politique affirmée : en faisant basculer Serap dans la vie de Naciye, il montre combien le quotidien constitue à la fois le lieu de la domination et le premier espace de résistance.

Mortal Kombat II : Flawless Surrender

Le tournoi était la promesse manquante du reboot de 2021, son péché originel, la colonne vertébrale mythologique de la franchise réduite à une note de bas de page. "Mortal Kombat II" arrive donc chargé d'une dette et d'un espoir sincère : non pas que le film soit grand et révolutionnaire, mais qu'il sache enfin ce qu'il veut être. Warner Bros. avait misé gros sur l'événement, repoussant la sortie de plusieurs mois pour lui donner toute l'envergure d'un blockbuster estival. Mais dans l'histoire de cette franchise au cinéma, savoir ce qu'on veut sans savoir comment le faire, c'est une fatalité qui se répète.

Mon grand frère et moi : portrait d’un homme encombrant

Que reste-t-il d'un homme après sa disparition ? Des objets éparpillés, quelques photos jaunies, et surtout les souvenirs contradictoires de ceux qui l'ont connu. Ryōta Nakano filme ce qui subsiste dans les interstices du deuil : cette étrange cohabitation entre rancœur et tendresse, entre le besoin d'oublier et l'urgence de comprendre. "Mon grand frère et moi" est une enquête intime sur l'absent, menée par ceux qu'il a laissé derrière lui.

Die My Love : Au bord de soi

Dans "Die My Love", Jennifer Lawrence incarne une femme en déséquilibre dans l’Amérique rurale, filmée par Lynne Ramsay comme une expérience sensorielle assez radicale. Entre maternité, isolement et dérive intime, le film refuse tout parti pris pour mieux nous faire ressentir l’effondrement de l’intérieur.

Sorda : des liens au-delà du silence

Après son court-métrage éponyme, Eva Libertad étend l'histoire de "Sorda". Un nouvel opus nécessaire qui interroge la parentalité, dans le bruit du silence.

Mortal Kombat II : Flawless Surrender

Le tournoi était la promesse manquante du reboot de 2021, son péché originel, la colonne vertébrale mythologique de la franchise réduite à une note de bas de page. "Mortal Kombat II" arrive donc chargé d'une dette et d'un espoir sincère : non pas que le film soit grand et révolutionnaire, mais qu'il sache enfin ce qu'il veut être. Warner Bros. avait misé gros sur l'événement, repoussant la sortie de plusieurs mois pour lui donner toute l'envergure d'un blockbuster estival. Mais dans l'histoire de cette franchise au cinéma, savoir ce qu'on veut sans savoir comment le faire, c'est une fatalité qui se répète.

Mon grand frère et moi : portrait d’un homme encombrant

Que reste-t-il d'un homme après sa disparition ? Des objets éparpillés, quelques photos jaunies, et surtout les souvenirs contradictoires de ceux qui l'ont connu. Ryōta Nakano filme ce qui subsiste dans les interstices du deuil : cette étrange cohabitation entre rancœur et tendresse, entre le besoin d'oublier et l'urgence de comprendre. "Mon grand frère et moi" est une enquête intime sur l'absent, menée par ceux qu'il a laissé derrière lui.

Die My Love : Au bord de soi

Dans "Die My Love", Jennifer Lawrence incarne une femme en déséquilibre dans l’Amérique rurale, filmée par Lynne Ramsay comme une expérience sensorielle assez radicale. Entre maternité, isolement et dérive intime, le film refuse tout parti pris pour mieux nous faire ressentir l’effondrement de l’intérieur.