Sortie en DVD de Money, polar sombre et âpre de Gela Babluani

Écrit et réalisé par le cinéaste franco-géorgien Gela Babluani, qui s’était fait connaître avec 13 Tzameti, Money est un polar sombre, dense et efficace passé inaperçu l’année dernière. Autant dire que cette sortie en DVD permet de rattraper ce retard.

Synopsis : Samuel Mercier, un politicien normand très en vue et en bonne posture pour devenir ministre de l’Intérieur, fait l’objet d’un chantage de la part d’une famille mafieuse. Il permet à un conteneur rempli de drogue de passer la douane sans encombre et, en échange, il reçoit un million d’euros mais surtout un dossier compromettant le concernant est enterré. Trois jeunes gens, Danis, Eric et Alex (qui a été témoin de la transaction), décident de lui voler l’argent.

Money se révèle vite être un film qui respecte parfaitement le contrat du genre. On y retrouve tous les personnages emblématiques du polar : le politicien corrompu et son tueur à gages, les mafieux, les petits délinquants entraînés dans quelque chose qui les dépasse. Et, au milieu de tout cela, une valise bourrée d’argent. Cet argent qui serait tellement utile à tout le monde.

money-gela-babluani-actu-sortie-dvd

En effet, aussi bien le politicien que les délinquants voient dans cette somme une occasion de repartir à zéro, de se faire une nouvelle vie. D’un côté, nous avons donc les trois petits malfrats. Danis (George Babluani) a perdu sa femme dans un accident de voiture six mois plus tôt et tente de survivre chez sa mère (Anouk Grinberg) avec son bébé en faisant du trafic pour un mafieux local d’origine serbe, Goran. Pour lui, comme pour Alex (qui est amoureuse de lui) et son frère Eric, l’argent est avant tout une opportunité formidable de changer de vie, de sortir du quartier sinistré qu’il habite et d’offrir un avenir convenable à son fils.

Le problème, c’est que le politicien cherche aussi à offrir un nouveau départ à sa carrière, et qu’il pense y parvenir avec cet argent. La valise lui permettra d’acheter le dossier compromettant détenu par une petite frappe et dégagera ainsi son horizon.

Tout ce beau monde va donc se croiser et s’affronter dans un polar bref (87 minutes) et tendu. L’action est resserrée pour se dérouler en une nuit, ce qui impose un rythme rapide, et Gela Babluani parvient à donner à son film une atmosphère âpre. Tout se déroule dans un monde de violence que Scorsese n’aurait pas renié : tout le monde a une arme, et la violence est partout. Violence des médias, corruption de la politique et des institutions officielles, gangstérisme, individualisme et surtout description d’un monde gangrené par l’argent.

money-gela-babluani-sortie-dvd-actu

Petit à petit, la morale des personnages diminue, comme si le mal se transmettait de façon épidémique. La violence rend de plus en plus violent et émousse le sens moral.

Money est un film bien construit : chaque action contient en elle-même les germes de la suivante, et à chaque fois les personnages s’enfoncent davantage dans les ennuis. La situation dégénère vite et les conséquences de chaque action sont imprévisibles. Les événements s’enchaînent toujours vers le pire. Enfin, la musique souligne très bien l’ambiance sombre en angoissante.

Pour finir, le décor urbain est très bien exploité, depuis la casse du début (qui donne déjà une image symbolique des personnages pressurés, écrasés par des événements) jusqu’au très joli plan final sur le petit jour grisâtre.

Au niveau de l’interprétation on retrouve avec plaisir George Babluani, que l’on avait déjà vu dans 13 Tzameti. Les seconds rôles (dont l’immense Fedor Atkine) sont excellents, à l’exception de Benoit Magimel, qui apparaît engoncé dans son costume et peu crédible en tueur à gages.

Autre défaut, la scène du train est assez ridicule et casse un peu l’ambiance.

Mais Money reste un film franchement réussi, un vrai bon polar âpre, tendu, rythmé et inattendu. On aurait pu espérer au moins un complément de programme, mais finalement qu’importe ! Le film constitue un bon divertissement, et c’est l’essentiel.

money-gela-babluani-jacquette-dvd

Money – Caractéristiques du DVD :

Langue : Français / audiodescription
Son : Dolby Digital 5.1 & 2.0
Sous-titres : sourds et malentendants
Image : 16/9 -2:39
Durée : 87 min.
Date de sortie DVD & Blu-Ray : 07 Février 2018

Money : Bande-annonce

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

Cotton Queen : au bout du fil

Premier long métrage de la réalisatrice soudano-russe Suzannah Mirghani, "Cotton Queen" suit Nafisa, adolescente élevée dans un village cotonnier du Soudan, tiraillée entre les récits coloniaux de sa grand-mère et l'arrivée d'un homme d'affaires venu imposer ses graines génétiquement modifiées. Un film sobre sur l'émancipation et la mémoire.

Une affaire turque : Famille, je vous tais

Dans "Une affaire turque", Hüseyin Aydin Gürsoy filme moins un thriller qu'une faille : celle d'un homme pris entre deux mondes qui ne lui pardonnent pas d'appartenir à l'autre. Avec une mise en scène sensible, le cinéaste ausculte les stigmates invisibles du transfuge, et fait de Lionel Erdogan un héros fracturé dont le vrai combat n'est pas judiciaire, mais existentiel.

« Spider-Man : Brand New Day » s’entoile encore trop dans le MCU, malgré d’excellentes qualités

"Spider-Man : Brand New Day" marque le meilleur retour du tisseur au cinéma depuis la trilogie de Sam Raimi, porté par des effets pratiques bluffants et un Tom Holland toujours parfait. Mais le film reste plombé par un cahier des charges Marvel étouffant et le retour discutable de Zendaya en MJ.

Le Triangle d’or : sous le palais, la cage

Une jeune femme est embauchée dans un palace saoudien du XVIe arrondissement de Paris. Sa mission : servir la favorite du prince. Les deux femmes, auxquelles s’ajoute le majordome de la demeure, vont s’apprivoiser, réunis par leur condition de captifs volontaires. Un premier long-métrage réussi signé Hélène Rosselet-Ruiz. 

Gavagai, et autres malentendus : du postcolonialisme mou

"Gavagai" entend nous instruire de la grande affaire des rapports post-coloniaux, mais n'aboutit qu'à un petit drame sans aspérité.
Herve Aubert
Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

Fureur apache (1972), de Robert Aldrich : le cimetière des mythes

Des personnages nuancés, un Burt Lancaster extraordinaire et des paysages majestueux sont mis au service d’un récit évoquant la lutte à mort que se livrent deux cultures qui jamais ne pourront se comprendre. Le manichéisme n’a pas sa place ici : les adversaires sont renvoyés dos à dos alors qu’en arrière-plan le rêve américain se fracasse dans le sang et les cendres…

La trilogie du « Docteur Mabuse » de Fritz Lang : quarante ans d’une saga criminelle allemande

Réunis dans un magnifique coffret, les trois films que l’immense Fritz Lang a consacrés au génie du crime permettent de réaliser à quel point ils furent le reflet de leurs époques troublées respectives. Car ces œuvres ne sont pas seulement des films noirs paranoïaques qui inspireront une multitude de cinéastes – jusqu’à aujourd’hui. Ils traduisent l’idée que le chaos génère le mal et que, s’il adopte bien des visages, le mal n’en demeure pas moins intemporel.

La Guerre des prix : le pacte de non-rétribution

"La Guerre des prix", premier film d'Anthony Dechaux porté par Ana Girardot et Olivier Gourmet, plonge dans les coulisses des négociations commerciales entre agriculteurs et grande distribution. L'édition vidéo signée Diaphana prolonge cette réflexion grâce à des bonus qui reviennent sur le tournage et les mécanismes du système alimentaire.