Après des études de cinéma dans une branche singapourienne d’une école new-yorkaise, la japonaise Atsuko Hirayanagi met en application dans Oh! Lucy la rencontre des cultures dans un film drôle et grave à la fois. L’actrice Shinobu Terajima y est émouvante.
Synopsis : Setsuko mène une vie solitaire et sans saveur à Tokyo entre son travail et son appartement, jusqu’à ce que sa nièce Mika la persuade de prendre sa place à des cours d’anglais très singuliers. Cette expérience agit comme un électrochoc sur Setsuko. Affublée d’une perruque blonde, elle s’appelle désormais Lucy et s’éprend de John son professeur ! Alors, quand Mika et John disparaissent, Setsuko envoie tout balader et embarque sa sœur, dans une quête qui les mène de Tokyo au sud californien. La folle virée des deux sœurs, qui tourne aux règlements de compte, permettra-t-elle à Setsuko de trouver l’amour ?
L’aventure intérieure
Tiré du court-métrage Oh ! Lucy qu’elle a réalisé en 2014, le premier long-métrage éponyme de la jeune japonaise Atsuko Hirayanagi est un film plein de fraîcheur et de sensibilité qui n’est pas sans rappeler le très récent Jeune Femme de la jeune française Léonor Serraille. On y découvre la même thématique d’une femme jetée et perdue dans le grand bouillon de la vie citadine et qui se débat souvent toute seule pour surnager.
Et pourtant ! Autant la protagoniste incarnée par une Laetitia Dosch –bluffante- est jeune et impétueuse dans le film français, autant Setsuko (Shinobu Terajima) est une femme éteinte qui arrive cahin-caha au milieu de sa vie : elle mène une vie de quadra plus que terne, composée d’un travail aussi insignifiant que ses collègues eux-mêmes et d’une vie privée inexistante et très désordonnée que seuls agrémentent quelques contacts avec Mika (Shioli Kutsuna), la fille plus ou moins intéressée de sa sœur. Lorsque cette dernière lui arrache quelques billets en échange d’un cours d’anglais déjà payé mais qu’elle ne peut plus suivre, Setsuko fait la rencontre de John (Josh Hartnett), le prof d’anglais excentrique, et de Tom/Komori (Kôji Yakusho). Et à partir de cet instant, tout un monde de possibles nouveaux s’ouvre à elle.
Entamé sur un ton badin, très drôle même, Oh ! Lucy est en réalité une comédie plus amère que douce. Petit à petit, la cinéaste effeuille son personnage telle une rose et on découvre au fur et à mesure les couches successives de Setsuko, devenue Lucy le temps d’un cours d’anglais avec un prof qui a l’air tout aussi paumé, tout aussi inadapté que son élève. Avec ce prénom américain, Setsuko se découvre autre, plus libérée, plus libérale. En apprenant ses blessures profondes et ses traumatismes, le spectateur voit le monde avec ses yeux, et très vite, une empathie totale le gagne.
Pour se sauver d’une vie dans laquelle tout doucement elle se meurt, Lucy passe par tous les états. Les Etats d’Amérique d’abord, si l’on ose ce pauvre jeu de mots, car son histoire l’emmènera Outre-Atlantique, dans un enchaînement assez loufoque et poétique à la fois (ici, on pense de manière fugace au burlesque aérien de Fiona Gordon & Dominique Abel). Mais ce sont ses états d’âme variés qui sont la partie la plus intéressante. Cette colère qui gronde en elle, cette révolte qui se réveille soudain face à une injustice ancienne, mais centrale, ce besoin d’amour dont enfin elle prend acte avec parfois de la maladresse, parfois de la méchanceté , cet amour débordant qu’elle adresse au monde un peu au petit bonheur la chance, tous ces sentiments nouveaux qu’elle expérimente nous rendent Lucy infiniment aimable, et nous rendent la cinéaste admirable dans sa capacité à tout montrer sans démontrer.
Oh ! Lucy bénéficie d’un casting très équilibré, avec tout d’abord la performance de Shinobu Terajima qui passe du rire aux larmes, de l’espoir au laisser-aller le plus profond sans aucune difficulté, imprimant sur un visage pourtant assez illisible, comme l’est celui de beaucoup de japonais, des émotions nettement palpables. Josh Hartnett est une bonne surprise, un bad boy charmant qui joue de son physique de Brad Pitt pour affoler la ménagère de 45 ans. Quant à Kaho Minami, l’actrice qui interprète Ayako, la sœur de Lucy, elle excelle à figurer un personnage détestable enfoncé dans des traditions et des certitudes héritées d’un Japon médiéval, voire moins médiéval et peu ouvert aux autres. Enfin, Shioli Kutsuna apporte la légèreté dans un film, mais surtout le grand Kôji Yakusho (de presque tous les films de Kiyoshi Kurasawa) éclaire l’ensemble de son aura de star et de sa stature de valeur sûre.
Ne perdant jamais le fil de son idée, Atsuko Hirayanagi délivre un film deux-en-un, avec l’aventure intérieure de Setsuko/Lucy qui apprend à devenir une Setsuko nouvelle, plus aimable à ses propres yeux, et une critique sociale d’un Japon, et surtout d’un Tokyo toxique, où le suicide fait partie littéralement de la vie quotidienne, tout en se jouant du choc des cultures. Le film n’est pas dénué de défauts, un peu trop dolent par moments, mais l’émotion est là, et on se met à croire dans l’éclosion d’une nouvelle cinéaste japonaise digne d’intérêt.
Oh ! Lucy – Bande annonce
Oh ! Lucy – Fiche technique
Titre original : Oh ! Lucy
Réalisateur : Atsuko Hirayanagi
Scénario : Boris Frumin, Atsuko Hirayanagi, d’après le court-métrage éponyme de cette dernière
Interprétation : Shinobu Terajima (Setsuko), Josh Hartnett (John), Kaho Minami (Ayako), Kôji Yakusho (Komori), Shioli Kutsuna (Mika)
Musique : Erik Friedlander
Photographie : Paula Huidobro
Montage : Kate Hickey
Producteurs : Han West, Yukie Kito, Jessica Elbaum, Atsuko Hirayanagi, Coproducteur : Katsuhiro Tsuchiya
Maisons de production : Gloria Sanchez Productions, Meridian Content, MATCHGIRL PICTURES, Coproduction : NHK Japan Broadcasting Corporation
Distribution (France) : Nour Films
Récompenses : Sundance Institute/NHK Award pour Atsuko Hirayanagi
Durée : 95 min.
Genre : Drame, Comédie
Date de sortie : 31 Janvier 2018
Japon, USA – 2017
Réalisatrice du remarquable
Sur un ton léger voire même humoristique (Jack Black à l’affiche annonçant cette promesse), Le Roi de la Polka raconte alors l’ascension puis la chute de cette star locale cheap (n’hésitant pas à faire intervenir sur scène des personnages déguisés en ours ou en poulet), en passant (un peu trop brièvement) par sa renaissance (car, comme le dit Jan Lewan, « tout le monde a le droit à une seconde chance »). Certes, on ne se fend pas la poire (même si certaines scènes, notamment celle où Lewan promet à ses fans de rencontrer le Pape ou encore celles autour du concours de beauté sont drôles) mais ce ton reste agréable dans le sens où Maya Forbes tente parfois de détourner justement à la fois les codes du biopic traditionnel et de la success story à l’américaine comme on a l’habitude d’en voir. Hélas, on emploie justement le verbe « tenter » car malgré ses nobles intentions, on aurait pu s’attendre à une mise en scène bien plus ambitieuse (même si elle reste tout de même correcte) et un ton qui aurait pu être encore plus corsé et renforcer l’engrenage délirant dans lequel s’était fourré le personnage principal. A noter tout de même une chouette reconstitution de l’époque, kitsch mais crédible.









ne se borde pas à un simple film juridique mais soulève également de nombreuses questions sur la cohabitation au Liban, sur les actions d’Ariel Sharon, ou sur la légitimité de la Palestine. L’antisémitisme ainsi que la xénophobie prennent une place à part entière dans L’insulte, mais toujours sous un angle critique. Sans tabou, le réalisateur nous fait voir comment le conflit est abordé au cœur de la population libanaise. Toutefois, il ne prend pas parti, même si des propos peuvent choquer. Les deux partis sont représentés de manière identique. On perçoit l’importance de la cohabitation au Liban pour Ziad Doueiri.
spectateur pantois tant il sont crédibles, à la fois autoritaires et étonnamment humains, avec des relations exiguës qu’il est bon de ne pas dévoiler. La mise en scène de Ziad Doueiri est réfléchie et maitrisée, en adéquation avec le peu de lieux qui composent son film. Et si les acteurs nous apparaissent comme si impressionnants, c’est par les choix techniques et esthétiques du réalisateur. Les gros plans sont extrêmement nombreux et l’intimité des protagoniste nous est dévoilée. Aucun artifice dans la progression de ce procès, presque tout nous est montré. Le spectateur évolue en même temps que les personnages, et aucun détail ne lui est épargné. D’où le principe de témoin du procès évoqué précédemment.
Dans la Douleur d’Emmanuel Finkiel, c’est Mélanie Thierry qui interprète l’écrivaine, alors auteure d’un seul livre, les Impudents, signé sous le nom de plume tout beau tout chaud de Marguerite Duras. Mais Marguerite était encore Madame Antelme aux yeux de tous, la littérature était en germe, et bien en germe, mais la Résistance était au centre de la vie de cette époque. Le texte à la base du film, tiré de cahiers « oubliés » dans sa maison de Neauphle-le-Château et édité pour la première fois en 1985, porte déjà le style durassien (il aurait pu être retouché lors de sa publication). Et l’actrice, sans jamais singer le modèle, incarne le personnage d’une manière très convaincante. Sa Marguerite est une femme frêle qui dégage une incroyable force. Elle délivre les extraits choisis par Emmanuel Finkiel, d’une voix (off) percutante et douce en même temps, une voix qui force l’attention et l’écoute. Mélanie Thierry est remarquable en tous points dans la Douleur, et tient enfin un rôle taillé à la mesure d’un talent qui n’a pas toujours été mis en avant.
La Douleur n’est pas unidimensionnelle. La culpabilité est là, le doute est là, la peur est là. Dans la première minute du film, Mélanie Thierry dit ce que Marguerite a ressenti en retrouvant les cahiers : « Je me suis trouvée devant un désordre phénoménal de la pensée et du sentiment ». Ce désordre et cette confusion alimentent la douleur, et la résistante qu’elle est, est aussi abattue par le malheur de la France, des femmes de France, de la découverte des crimes nazis et du sort des Juifs.
La Douleur d’Emmanuel Finkiel passe haut la main l’examen très subjectif des amis de Marguerite Duras qui retrouveront dans le film l’univers si particulier de l’écrivaine, mais également l’examen des amoureux du cinéma qui ne peuvent qu’apprécier les vraies propositions de cinéma de la part d’un réalisateur rare et doué.