Fin mars dernier, le détective ultimement glamour de la télévision a fait son retour en Blu-ray. Édité par Elephant Films, Magnum nous revient avec sa première saison dans une formidable version remastérisée.
Synopsis : À la suite d’un pari, le détective privé Thomas Magnum peut occuper librement la propriété hawaïenne de l’écrivain Robin Masters, mais qu’il doit partager avec Higgins, majordome britannique, dont les chiens sont la plus grande hantise de notre sympathique héros. Aidé de ses amis Terry et Rick, vétérans du Vietnam et anciens Marines comme lui, il enquête dans un décor paradisiaque sur toutes sortes de crimes, avec humour et charisme…
Préparez votre chemise hawaïenne, votre Ferrari de poche, et votre plus beau sourire moustachu : Magnum est de retour en Blu-ray
En fin mars dernier, Elephant Films a édité en Blu-ray une dose de pure jouissance télévisuelle. Un événement qui s’annonce doublement jouissif : le retour de Magnum en HD dans une version restaurée for-mi-da-ble ! L’éditeur compte aujourd’hui dans son catalogue la première saison du célèbre détective privé Thomas Magnum. La saison compte dix-huit épisodes, soit environ quatorze heures et demi d’enquête, d’aventure, de poursuite, d’humour et de glamour.
Créée et produite par Donald P. Bellisario (NCIS ; JAG ; Code Quantum ; Supercopter) et Glen A. Larson (Battlestar Galactica, la série originale ; Buck Rogers au XXVe siècle ; K 2000) en 1980, Magnum P.I. (sobrement titré en France Magnum) connut un succès retentissant. Rediffusée à de nombreuses reprises, le show constitué par huit saisons est aujourd’hui considéré comme une « série culte », l’une de ces « vieilles séries qui ont bercé l’enfance/l’adolescence » d’un grand nombre de spectateurs. La ressortie Blu-ray de Magnum permet de bousculer l’écran de nostalgie qui avait figé le show comme un tableau vieillissant mais agréablement « doudou » (terme de Nicolas Bonci).
En effet, grâce à une remasterisation impeccable, la série semble être plus belle que jamais, et a regagné de sa vitalité esthétique. Il faut le souligner : Magnum est une série emplie d’énergie, dans ses scènes d’actions, dans son rapport très libre à la sexualité (certes marqué par le point de vue masculin très coquin du héros), ou encore dans sa narration. Du souvenir d’une blessure au toucher d’une bague d’un ancien collègue de l’armée, Thomas Magnum ne cesse de replonger dans son expérience traumatique du Vietnam. La nostalgie/le culte a figé la série en ces quelques éléments bien connus : le drôle, sexy et coloré Magnum interprété par nul autre que Tom Selleck ; une galerie de seconds rôles très drôles ; un décor de rêve (l’archipel d’Hawaï) ; des bombes féminines ; et un glamour renforcé par le sex-appeal mécanique de la fameuse Ferrari rouge… Tout cela dans des « aventures trépidantes » dont très peu s’en souviennent en réalité. Car la série parle ouvertement en 1980 du Vietnam, du trauma, du trafic de drogue. Si Bellisario admire les valeurs militaires, il n’hésite pas, à travers son show, à remettre en question les hommes censés la servir. Ainsi Magnum est davantage qu’un objet de culte, elle est une série de genre, et comme toute œuvre de genre, elle traite sans peur des problématiques de son époque. Cela, avec des outils visuels pop’ portés par l’héritage esthétique de grands modèles de l’imagerie d’action/aventure « moderne » (James Bond, Bullit, et cætera) mêlé aux codes bien assimilés du récit noir. Ainsi l’ensemble n’est pas assombri par la gravité des sujets grâce à la légèreté assurée par l’aventure intriguante, pop’ et glamour dirigée par le plus sexy des moustachus, Tom Selleck aka Thomas Magnum.
Le comédien Édouard Baer endossera le rôle de maitre des cérémonies d’ouverture et de clôture de l’édition 2018, a annoncé l’organisation du Festival de Cannes ce jeudi.
Édouard Baer retrouve le bâton du chef d’orchestre, qu’il avait déjà eu en 2008 et 2009. Il succède à l’actrice italienne Monica Bellucci qui avait officié dans ce rôle lors du festival de cannes 2017, mais aussi à Laurent Lafitte, maître de cérémonie en 2016 et Lambert Wilson en 2015. La cérémonie d’ouverture se déroulera le mardi 8 mai prochain et le thriller en langue espagnole Everybody Knows du réalisateur Asghar Farhadi (Le Client,Le Passé), porté par le trio Penélope Cruz, Javier Bardem et Ricardo Darin, également en compétition pour la prestigieuse Palme d’Or, aura l’honneur d’ouvrir le bal de la grande messe du cinéma. Rappelons-le, le jury de la compétition officielle sera présidé par l’Australienne Cate Blanchett, celui de la la sélection Un certain regard par Benicio del Toro, tandis que la réalisatrice de Home et de L’Enfant, Ursula Meier, récompensera de la Caméra d’or la meilleure première œuvre présentée en Sélection officielle, à la Semaine de la Critique ou à la Quinzaine des Réalisateurs.
Par le biais d’un communiqué qui ne manque pas l’humour, en parlant de lui à la troisième personne du singulier, Édouard Baer donne le ton de la cérémonie :
« Après deux magnifiques prestations en 2008 et 2009 qui en ont laissé plus d’un ébahis de bonheur, Edouard Baer revient aux commandes des soirées d’ouverture et de clôture du Festival de Cannes comme maître de cérémonie, riche de dix années de recherche spirituelle loin des sunlights, de la fureur et du bruit. Cette année encore, il a accepté de faire don de sa magnifique personne pour la plus grande gloire du cinéma mondial, n’ayant rien à gagner dans cette opération sinon quelques rôles conséquents dans des films extrêmement qualitatifs. Il se propose d’apporter à cette soirée d’apparence guindée et embijoutée un regain de goût pour le cinéma, une certaine gaieté décontractée, un plaisir d’être là, bref la vie. Et la modestie d’un homme qui est ravi de vous retrouver. Merci de votre attention. »
Édouard Baer est aussi à l’affiche du prochain film de Bertrand Blier Convoi exceptionnel aux côtés de Gérard Depardieu et Christian Clavier. Les trois comédiens avaient joué dans Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre d’Alain Chabat sorti en 2002.
La cérémonie d’ouverture sera diffusée le 8 mai prochain sur Canal+, celle de clôture le 19 mai.
Edouard Baer sera le maître de cérémonie de cette 71ème édition du @festival_cannes !
Le 12 avril, Thierry Frémaux, délégué général du festival, annoncera la liste des films en sélection (compétition, hors compétition, Un certain regard…)
En forçant le grotesque des luttes de pouvoir du Politburo après La Mort de Staline, Armando Iannucci bouscule les codes du film historique. Aidé par une troupe d’acteurs impeccables et un sens du dialogue ciselé, l’auteur déploie une fresque cynique et violente qui prend le risque de nous mettre mal à l’aise, pour mieux nous faire réagir.
C’est une soirée comme les autres. Le tyrannique Joseph Staline réclame l’enregistrement d’un concert en direct (après la fin de celui-ci), dîne avec ses proches conseillers, signe des listes d’opposants politiques qui serons exécutés ou déportés dans la nuit. Mais passées les réjouissances, le Petit Père des peuples fait une attaque cérébrale dans son bureau et se vautre dans sa propre urine. Personne n’ose entrer dans le bureau, de peur d’être exécuté pour avoir déplu au dictateur. Il ne sera découvert que le lendemain, et s’en suivra une agonie de deux jours, durant lequel le cercle rapproché tentera de gérer la situation. Une fin pathétique pour celui qui aura dominé la moitié du monde d’une main de fer, et terrorisé l’autre. Plus pathétique encore les réactions des conseillers qui, passé les lamentations de rigueurs, feront tout pour éviter les débordements populaires, se maintenir en place et, éventuellement, éliminer des collègues gênants. Entre rivalités intestines et fidélité à l’idéal communiste, chacun joue un jeu de massacre dangereux où tous les coups sont permis. Tels des charognards, les têtes du Parti se partagent les restes du stalinisme autour du cadavre du leader « bien aimé », tout en essayant de mener une transition progressive vers un régime moins répressif.
Les corps politiques se succèdent lors de l’agonie et les bons mots, les répliques cinglantes et les insultes fusent. Chacun pratique un numéro d’équilibriste où une phrase mal placée peut vous faire tomber. Même si l’idéal communiste a basculé dans un régime de terreur intenable, critiquer la politique, c’est critiquer Staline et potentiellement se faire descendre. Difficile de savoir qui est resté fidèle au régime ou qui cherche à en prendre la tête, entre le benêt secrétaire adjoint Molenkov (Jeffrey Tambor), le gâteux Molotov (Michael Palin), qui devait être exécuté, le (faux) bouffon Kroutchev (Steve Buscemi) ou l’ogre Beria (Simon Russel Beal). Entre le huis-clos à l’anglaise, la violence verbale tarantinesque, l’humour burlesque des Monty Python, la farce politique à la In the loop (film déjà signé par Armando Iannucci), et le gore, difficile de placer la Mort de Staline. L’œuvre est un peu au carrefour de toutes ces possibilités comiques et fait ce choix particulièrement risqué de rire de l’horreur sans pour autant y mettre le voile pudique du second degré. A l’écran, aucune exécution sommaire ne nous est épargnée et, tandis que les dirigeants comptent leurs points, les cadavres s’accumulent. Il faut effacer les traces, éliminer les témoins, contenir les élans populaires etc. Aucun régime de terreur ne s’est achevé dans la douceur, Iannucci le sait, et préfère appliquer l’adage populaire : mieux vaut en rire qu’en pleurer.
Certaines situations sont comiques, d’autres ouvertement grotesques, comme les intrusions du fils taré de Staline (Ruppert Friend) ou les conseillers qui veulent enlacer le cadavre du leader tout en évitant de mettre les pieds dans la flaque d’urine. D’autres en revanche prennent aux tripes, comme ces arrestations mécaniques et ces balles dans la têtes devenues le lot quotidien d’une population terrorisée. L’effort que nous demande la Mort de Staline, c’est celui de rire d’une réalité tragique. Mais là où, par exemple, Michael Bay utilisait les mêmes ressorts pour nous raconter l’histoire de trois crétins, Iannucci nous parle de politiciens intelligents, manipulateurs hors pairs, qui ne sont jamais dépassés par les événements. La violence ici n’est plus un extrême, elle est quotidienne, admise, et semble presque naturelle. Molotov ne semble même pas s’étonner que le « camarade » Staline ait voulu l’éliminer, bien qu’il assure n’avoir jamais trahi le parti, et Molenkov dit carrément qu’il n’arrive plus à se souvenir de qui est mort et qui est toujours vivant. Aussi, on comprendra que l’effort mental demandé au spectateur puisse paraître difficile. Certains trouveront sûrement la farce déplacée ou de mauvais goût. Et ils n’auront pas totalement tort.
Mais passé cette impression, la Mort de Staline se révèle comme un cas d’école. La gouaille mise en avant, la violence froide et le vice érigés en système tordent le coup aux tropes des films historiques et Iannucci propose une autre voie. Il n’y a pas de héros, juste des vainqueurs qui écrivent l’Histoire, et des perdants qui en seront effacés. Les délicieuses joutes verbales, les situations burlesques et le pathétisme des personnages amènent la forme du récit historique romancé vers des terrains nouveaux. Une bonne partie des échanges tient sûrement de la fiction pure, mais le film semble totalement assumer ce fait, afin de surligner plus encore le grotesque des régimes totalitaires, plus obsédés par l’image que le bien du peuple. La quête de Malenkov pour retrouver la même petite fille que sur la photo de Staline est ainsi l’un des fils rouges comiques de cette toile vaudevillesque. Ce n’est pas l’Histoire qui compte, c’est la manière dont on l’écrit. Et l’intrusion du grotesque amène, dans une certaine mesure, un éclairage nouveau et revigorant au traitement de l’Histoire par le cinéma.
Le suspens n’est pourtant pas de rigueur, puisque n’importe quel lycéen sait que Nikita Kroutchev en est sorti vainqueur. Même le jeu de massacre annoncé par la bande annonce passe finalement au second plan (Boulginov et Kaganovitch sont rapidement mis en retrait). Plus que la mort annoncée par le titre, c’est l’affrontement entre le politicien génial Kroutchev et le terrifiant chef des services secrets Laventri Beria, artisan de la politique de terreur du régime, qui alimente le récit. Rescapé de Penny Dreadful, où il campait un sympathique universitaire efféminé, Simon Russel Beale opère un saisissant grand écart en incarnant cette figure terrifiante, pratiquant l’organisation des rafles, les exécutions et le viol comme une seconde nature. Seul personnage dénué de toute aspérité comique, sa présence ogresque détonne dans le Politburo. Corps suintant la rage et le vice, il apparaît comme ce dernier vestige d’un stalinisme ultra-violent dont même le Petit Père des peuples voulait se débarrasser. Il pourrait être le méchant du film, mais les choses ne sont jamais si simples, et dans une tirade fabuleuse, il révèle que les autres, malgré leurs sourires et leurs beaux costumes, ne valent pas mieux que lui. La partie est sans pitié entre ces deux joueurs, et les autres ne deviennent que des atouts plus ou moins jetables, à l’exception du général Joukov (Jason Isaac), joker imprévisible dont la vulgarité toute virile n’a d’égale que sa puissance de feu. Iannucci tient son sens de l’ironie jusqu’au dernier plan, qui révèle la prise de pouvoir de Kroutchev… et sa chute future, laissant apparaître le regard en coin d’un homme derrière… un certain Brejnev.
Interprétation au cordeau, dialogues ciselés et jeu constant entre Histoire et fiction sont donc les maîtres mots de cette mascarade du pouvoir. Faite de renversements et de violences, la politique apparaît alors comme un éternel carnaval sanguinaire. Nous pourrions même imaginer le même film pendant la Révolution française (avec Robespierre, Desmoulin et Danton qui s’insultent) ou pour chaque transition politique violente. Si Armando Iannucci a encore des progrès à faire en termes de mise en scène (quelques effets de styles outranciers, même si le rythme reste soutenu), on attend de pied ferme son prochain rendez-vous avec l’Histoire.
La Mort de Staline : Bande-annonce
La Mort de Staline – Fiche Technique
Réalisation : Armando Iannucci
Interprètes : Steve Buscemi, Simon Russel Beal, Jason Isaac, Michael Palin, Ruppert Friend, Olga Kurylenko…
Scénario : Armando Iannucci, Ian Martin, David Schneider et Peter Fellows, d’après la bande dessinée éponyme de Thierry Robin et Fabien Nury (2010)
Direction artistique : Jane Brodie et David Hindle
Décors : Cristina Casali
Costumes : Suzie Harman
Photographie : Zac Nicholson
Montage : Peter Lambert
Musique : Chris Willis
Distributeur : Gaumont Distribution
Pays d’origine : Royaume-Uni, France
Langue originale : anglais
Format : couleur – 35 mm
Genre : comédie satirique
Durée : 106 minutes
Dates de sortie : 4 avril 2018
Depuis sa création en 2009, le festival Séries Mania n’a cessé de gagner en popularité jusqu’à devenir une véritable référence de la culture télévisuelle. Cette année encore, du 27 avril au 5 mai, le festival nous propose une programmation riche et éclectique, permettant au grand public de (re)découvrir des œuvres venues du monde entier.
Cette année, le festival Séries Mania présentera 83 séries, dont une vingtaine en avant première mondiale.
Bien entendu le paysage français est à l’honneur avec pas moins de 12 séries sélectionnées. De la science-fiction, avec Ad Vitam de Thomas Cailley et Nu d’Olivier Fox, au drame (Thanksgiving,Aux animaux la Guerre), en passant par la comédie (Vingt-Cinq) et l’intrigue policière (Maman a Tort), le festival nous fait voir toute l’étendue et la diversité de la production française. Nous pourrons également y découvrir les pilotes d’Amazone,One Woman et Super, réalisés par les étudiants de la FEMIS, une prestigieuse école de cinéma parisienne qui, depuis 2013, dispose d’un cursus dédié à la création de séries.
Le festival sera également l’occasion de découvrir en exclusivité les nouvelles saisons de séries déjà consacrées, telles queThe Handmaid’s Tale, Westworld, et la série suédoise Bron, toutes trois largement récompensées pour leurs saisons précédentes.
Si la production américaine reste cette année encore la plus prolifique, avec 13 séries programmées, le festival s’attache aux œuvres du monde entier et propose une sélection internationale extrêmement riche. Il sera ainsi l’occasion de découvrir les séries danoises The Rain et Warrior, la websérie documentaire On the Spectrum, traitant du quotidien de la communauté transgenre en Israël, ou encore de la prometteuse série russe An Ordinary Woman. Le festival présentera également dans leur intégralité Yoko (Invasion), une production japonaise, ainsi que Come Home, du scénariste britannique Danny Brocklehurst.
Parmi les nombreux événements organisés autour du festival, Série Mania propose diverses rencontres avec les acteurs, les créateurs et les chercheurs qui façonnent le paysage télévisuel actuel. Les festivaliers pourront notamment rencontrer le réalisateur Jeremy Podeswa, qui a, entre autre, participé à Game of Throne, Dexter, True Blood et The Handmaid’s Tale, ainsi que le showrunner de la cultissime série Lost : les disparus, Carlton Cuse. Des tables rondes sont également organisées tout au long de la semaine pour discuter des séries d’hier et d’aujourd’hui au travers de différents thèmes.
Mercredi 11 avril ressort sur nos écrans Série Noire, formidable film d’Alain Corneau devenu un classique du cinéma français, avec l’immense Patrick Dewaere.
Série Noire.
Le titre fait inévitablement penser à la fameuse collection de romans noirs initiée par Marcel Duhamel en 1945, collection où fut justement édité le roman de Jim Thompson, Des Cliques et des Cloaques, dont le film de Corneau est l’adaptation. Jim Thompson était plutôt à la mode dans ces années 70 et même au début des années 80, puisqu’on trouve plusieurs de ses titres adaptés au cinéma : Guet-apens, par Sam Peckinpah, ou Coup de Torchon par Bertrand Tavernier. Quant à Corneau, on sait la fascination qu’il avait pour le cinéma policier américain, qu’il a su magnifiquement bien transposer en France dès ses tout premiers films (voir, par exemple, l’excellent Police Python 357, seconde réalisation du cinéaste).
Écrit par le romancier Georges Perec et réalisé par Alain Corneau, Série Noire se présente donc avant tout comme un film de passionnés. Toute l’ambiance des films noirs se retrouve ici : absence de héros, femme fatale, description d’une société immorale et violente.
Dès les premières images, ce qui frappe, c’est le cadre dans lequel se déroule le film. La France dépeinte par Corneau ici est particulièrement sinistre. Les décors de terrains vagues boueux sur fond de cités de banlieues sont rendus encore plus tristes par une photographie grisâtre. Corneau met un soin particulier à ce que rien ne soit beau. Il serait facile de prendre ça pour une faute de goût si cette grisaille ne correspondait pas à merveille à la situation des personnages. Le monde montré ici est déshumanisé. Une chose frappe : à part les personnages du film, il n’y a personne, aucun passant, aucun figurant. Série Noire se déroule dans une sorte de désert. Les personnages sont enfermés dans leur solitude et leur médiocrité. Leur vie est aussi grise que le décor.
Et sur ce terrain vague boueux, sortant d’une voiture grise, nous avons donc Franck Poupart, incarné par un Patrick Dewaere dont on ne chantera jamais assez les louanges et qui interprète ici son personnage avec un naturel et une intensité remarquables. Poupart apparaît tout de suite comme étant immature : il faut le voir, seul, mimer des scènes d’action prises, on le devine, dans des films policier ou des westerns. Le spectateur voit évoluer devant lui un grand gosse déstabilisant et imprévisible, et cette image restera constante durant tout le film, faisant de Poupart un personnage inoubliable face auquel on n’arrive pas à se situer. Corneau parvient ainsi à éviter l’écueil manichéen en nous présentant un caractère puéril, donc facilement manipulable, avec lequel on voudrait sympathiser ; mais il lui suffit de quelques secondes pour nous le montrer également brutal, tabassant sa femme, menteur, voleur… Autre preuve d’immaturité : Poupart n’assume jamais les conséquences de ses actes. Il provoque les gens, et dès qu’ils sont énervés il cherche à s’enfuir. Poupart est un fuyard : il fuit Mona la première fois qu’il la rencontre, il fuit le boxeur, il s’enferme dans une cabine téléphonique pour se protéger de Tikidès… Il est moralement faible (le film va d’ailleurs beaucoup jouer sur l’opposition entre les prétentions héroïques qui animent Poupart et sa lâche et sordide réalité), et c’est cette faiblesse qui en fait finalement un personnage typique de film noir.
Parce que, comme dans tout bon film noir, dans Série Noire, il est avant tout question de morale. Et sur ce plan-là, aucun personnage n’est capable de donner des leçons aux autres. Il y a la tante de Mona, qui monnaye sa nièce contre des services rendus. Et il y a Mona elle-même.
Alain Corneau dirigeant Patrick Dewaere et Jeanne Herviale
Voilà un autre personnage bien déstabilisant. Elle apparaît d’emblée comme contradictoire : d’un côté elle se met physiquement à nu avec une facilité déconcertante ; et, d’un autre côté, son quasi-mutisme en fait un personnage mystérieux, qui justement ne dévoile rien. C’est ce jeu remarquable sur le dévoilement qui va prendre une bonne partie du film, faisant de Mona une sorte de version moderne de Salomé ôtant ses voiles un à un avec une science consumée dans le seul but d’appâter Poupart. Mais en faire simplement une image de la séductrice méchante serait faire fausse route : comme tout bon personnage de femme fatale, Mona est également une victime, elle est l’innocence vendue, donnée même à tous ceux qui entrent dans l’affreuse maison de la tante. Si Poupart se prend pour un héros de films d’actions, on peut facilement deviner que Mona s’imagine être la princesse victime de l’affreuse marâtre dans les contes de Perrault ou des frères Grimm.
Comme dans tout film noir, il y a un aspect tragique dans ce qui se déroule à l’écran, comme si les personnages étaient victimes d’une fatalité. Finalement, il suffit des trois premières scènes pour que tout soit joué. La première séquence nous présente Poupart en grand immature se prenant volontiers pour un héros de cinéma, sur un décor de désolation sociale. La deuxième scène met en relation Poupart et Mona, avec la tante comme maquerelle. La troisième scène est à nouveau centrée sur Poupart et nous le montre comme un paumé n’hésitant pas à mentir et à piquer dans la caisse du patron, bref quelqu’un pour qui les limites morales ne sont pas fixes. Trois séquences, et tout est déjà joué. Poupart va avancer petit à petit, par étapes ; ses maigres barrières morales vont céder une à une, et Corneau n’a plus qu’à dérouler un récit particulièrement bien écrit et réalisé. Les dialogues, signés Georges Perec, ont un aspect « France des faubourgs » que n’auraient renié ni Audiard ni Blondin et sont servis par un casting extraordinaire. La rencontre entre Patrick Dewaere et Bernard Blier constitue, à elle seule, une raison suffisante pour voir le film. Marie Trintignant, dont ce sera le premier grand rôle, est magnifique, mystérieuse et vénéneuse à souhait. Et Corneau parvient à merveille à adapter aux réalités sociales françaises le genre du film noir, créant une œuvre qui n’aura qu’un succès d’estime à sa sortie mais deviendra, au fil du temps, un classique du cinéma français.
Synopsis : Franck Poupart est un vendeur itinérant, paumé solitaire et mythomane. Un jour, dans la banlieue parisienne, il entre dans une maison où une femme veut lui acheter une robe de chambre. Elle lui fait comprendre que son salaire sera de coucher avec sa nièce Mona.
Série Noire : bande-annonce
https://www.youtube.com/watch?v=iIG6wMYOZlc
Série Noire : fiche technique
Réalisation : Alain Corneau
Scénario : Alain Corneau et Georges Perec, d’après le roman Des Cliques et des Cloaques, de Jim Thompson
Interprétation : Patrick Dewaere (Franck Poupart), Marie Trintignant (Mona), Myriam Boyer (Jeanne), Bernard Blier (Staplin), Jeanne Herviale (la tante), Andreas Katsulas (Andreas Tikidès).
Photographie : Pierre-William Glenn
Montage : Thierry Derocles
Production : Maurice Bernart
Sociétés de production : Prospectacle, Gaumont
Société de distribution : Gaumont
Date de sortie : 25 avril 1979
Date de reprise : 11 avril 2018
Genre : drame
Durée : 111 minutes
The Deuce, série co-signée par David Simon et George Pelecanos, a enfin débarqué en DVD et Blu-ray. À l’occasion de la sortie vidéo du show, retour sur son récit choral au service du réel et sa plongée spectatorielle au cœur d’une représentation New-yorkaise non fantasmée.
Synopsis : L’essor de l’industrie pornographique du début des années 70 au milieu des années 80. Dans les magasins spécialisés, un autre cinéma se vend sous le manteau. Des films pornographiques un peu cheap, tournés à la chaîne, avec de minuscules moyens. Mais bientôt, tout cela va changer… Aux premières loges de cette révolution culturelle, deux frères jumeaux propriétaires de bars servant de couverture aux mafieux du coin, Vincent et Frankie Martino et Candy, prostituée en quête de liberté, visionnaire courageuse à l’écoute des évolutions de son époque.
Avant-propos : le présent article, écrit par le road warrior Benjamin Deneuféglise, est constitué d’une deuxième partie signée par le super-héroïque Guillaume Méral.
Comme à son habitude, David Simon – et ici, l’un de ses vieux partenaires, George Pelecanos – a construit The Deuce tel un récit choral. De The Wire à Treme en n’oubliant pas les brillantes mini-séries Generation Kill et Show Me a Hero, l’œuvre de Simon est tissée de toiles d’araignées. En effet, le récit choral permet aux créateurs puis aux spectateurs d’explorer un spectre large de l’objet du show : la criminalité (notamment celui organisé, des gangs et autres groupuscules obscurs) à Baltimore dans l’Amérique des années 2000 dans The Wire ; les débuts de l’invasion en Irak en 2003 dans Generation Kill ; le projet d’installation d’habitations à loyer modéré dans des quartiers dominés pas la classe moyenne blanche à Yonkers entre 1987 et 1994 dans Show Me a Hero ; et cetera. Ici, place à un nouveau contexte : début des années 70′, bienvenue dans le bloc englobé par la 42ème rue de Manhattan et son croisement avec la 7ème et 8ème avenue, surnommé The Deuce.
Dans The Deuce, Pelecanos et Simon s’intéressent au milieu de la prostitution dans le quartier et à l’institutionnalisation du cinéma pornographique. La vision qu’offre le duo de créateur est, comme dit plus haut, ouverte sans pour autant s’écarter de leur principal objet. Ainsi on suit des policiers ; un jeune barman, Vincent Martino, décidant de prendre sa vie en main tout en évitant de trop se mouiller dans les affaires de la mafia locale ; son beau-frère, Bobby Dwyer, chef de chantier qui va connaître un changement de vie radical ; le frère jumeau du jeune barman, Frankie, joueur invétéré ; une journaliste en plein reportage sur le milieu de la prostitution. Et justement, il y a les filles du trottoir, ces êtres noctambules qui arpentent le trottoir du début de soirée jusqu’à la fin de la matinée sous le regard de leurs « macs », business men sans scrupules, pourrait-on préjuger. Il y en a aussi une indépendante, Eileen « Candy » Merrell, qui va suivre avec attention et passion la démocratisation du film pornographique, et qui sait changer de voie. Il y a bien sûr les ramifications des parcours des différents sujets : des ouvriers concernés dans une arnaque du jeune barman, de son beau-frère et des mafieux ; les clients parfois violents, rarement bienveillants ; le collègue de Vincent, Paul Hendrickson, jeune gay cherchant sa place dans ce bloc new-yorkais loin d’être ouvert à l’homosexualité… La toile de Pelecanos et Simon tient d’un équilibre scénaristique qui, de façon organique (la fin radicale d’une petite révolte ; le départ d’une fille loin de New York ; la mort d’un « mac » ; l’assassinat criminel inattendu d’une prostituée), créé un cosmos bien vivant alternant ainsi de façon non systématique entre mouvements centrifuges et centripètes. Cette construction narrative complexe et rigoureuse permet de rendre compte à l’écran de la densité de la réalité, construite par la diversité des expériences, la pluralité des regards, qui ont aussi participé à construire l’Histoire – parfois en la subissant – souvent de façon anonyme.
Destins croisés au carrefour des bouleversements des mœurs. Quand le poids du réel se fait ressentir.
Comme les précédentes séries (co-)dirigées par Simon, The Deuce met donc son récit au service du réel. Ainsi, les spectateurs désirant s’attacher à un héros seront probablement déçus. Il n’y a pas de héros dans les séries de Simon, ni de protagonistes hyper-psychologisés torturés par je-ne-sais-quel-«passionnant»-démon. Il y a des êtres qui agissent ou non, réagissent de telle ou telle manière à la tournure d’un ou de plusieurs événements, des affects parfois dévoilés, souvent cachés derrière une forme de pudeur ou de persona protectrice. Cependant, l’attachement à des personnages de par des situations ou des gestes du quotidien est bien là. Certains ont des traditions qui nous paraissent absurdes aujourd’hui, d’autres sont juste très drôles ; on pense que quelques-uns font preuve de courage, mais leurs actes peuvent être expliqués par des motivations qui n’appartiennent qu’à eux. Personne n’est parfait. The Deuce partage cette absence de manichéisme qui caractérise l’œuvre documentée et détaillée de Simon. Attention, les créateurs ne rejettent pas l’existence du bien et du mal. Ils acceptent juste de représenter le réel tel qu’il est ou a été, dans la pluralité de ses regards et expériences, et alors dans son infinité de nuances.
Ci-dessous, l’intro de la série The Deuce, premier portail à franchir vers la réalité complexe de la New-York des seventies.
Décidément, il semblerait que quoi qu’il fasse, il y aura toujours une distance entre David Simon et les autres créateurs de séries télés, que ces derniers ne pourront jamais franchir, quel que soit la qualité de leur travail. Dans The Deuce, cet écart pourrait s’illustrer dans cette scène du premier épisode ou Frankie Martino, incarné par James Franco (qui joue aussi Vincent, son frère jumeau) arpente le bitume de la 42ème Rue, surnommé le Deuce par la faune qui y réside. Le personnage ne fait que marcher alors que les lumières de la ville brillent de tous leurs feux, soleil des animaux de nuit qui parcourent le même trottoir. Pas question de travestir ce moment d’indolence assumé en l’investissant d’une justification narrative. La déambulation se doit d’être un motif valant pour lui-même afin d’ouvrir les chakras de la ville à un spectateur de plus en plus connecté au pouls de l’endroit à chaque pas de Frankie Martino.
A l’instar de The Wire et Treme avant lui, le dispositif de The Deuce repose sur cette capacité à faire du spectateur un membre à part entière de l’environnement urbain à l’écran, à travers ce genre de motifs faussement innocents mais réellement déterminants quant à notre implication. Très néo-réaliste dans l’idée, cette démarche est essentielle pour comprendre l’idée que David Simon se fait de l’interaction spécifique de son médium avec le public. Dans The Deuce comme dans le reste de son œuvre, la ville en tant qu’organisme vivant et invisible s’incarne à la faveur de scènes charnières comme celles-ci, qui nous confèrent cette impression de sonder les battements du cœur de la bête citadine. Dès lors, la relation qui s’est nouée entre nous et l’œuvre se fonde sur ce sentiment d’appartenance organique à l’univers déployé. Le spectateur n’est jamais seulement spectateur chez Simon, il est partie prenante de cet écosystème dans lequel chaque personnage tient le rôle qu’il doit jouer pour faire fonctionner l’ensemble.
The Deuce : au coeur de la New York des années 70 underground et dangereuse
Peu importe au fond que The Deuce ne soit pas la plus aboutie des séries créées par Simon. On pourra chipoter une utilisation du temps télévisuel un peu trop abrupte en ce qui concerne la trajectoire du personnage de Maggie Gyllenhaal (tout simplement exceptionnelle), ou l’évidence pas toujours immédiate de certains choix scénaristiques. Autant de réserves qui s’effacent devant l’ambition concrétisée de la série de faire REVIVRE (et non pas illustrer sur la base des fantasmes de cartes postales) ce New-York des 70’s underground et dangereux. Un univers peuplé de tapineuses opiniâtres, de macs hauts en couleurs et de flics corrompus et autres mafieux débonnaires qui essaient d’exister dans ce monde sur le point de basculer. Car si The Deuce ranime les braises d’une époque, c’est pour mieux en signifier sa fin à travers l’arrivée et la démocratisation du porno, qui s’apprête à bouleverser tant la conception du sexe que de ses usages. Quitte à sacrifier les protagonistes qui font tâche dans le nouvel organigramme social en gestation (voir le sort déchirant de Ruby « Maxicuisses », personnage « simonien » s’il en est). The Deuce illustre une nouvelle fois le poids dérisoire du libre-arbitre face à l’omnipotence démiurgique du système. La vérité sociologique de David Simon est d’abord anthropologique.
Bande-Annonce – The Deuce – saison 1
COMPLÉMENTS DE L’ÉDITION Blu-ray
/ Le point sur The Deuce / Le New York sauvage des années 1970 / Coulisse des épisodes / Commentaires audio exclusifs avec James Franco, Maggie Gyllenhaal, Michelle MacLaren, Nina Kostroff Noble, George Pelecanos et David Simon /
Everybody Knows (Todos Lo Saben), le thriller psychologique du cinéaste Asghar Farhadi avec Penelope Cruz, Javier Bardem et Ricardo Darin, sera projeté en ouverture du 71ème Festival de Cannes.
En compétition pour la Palme d’or, Everybody Knows succède aux Fantômes d’Ismaël d’Arnaud Desplechin en ouvrant le bal du 71ème festival de Cannes le 8 mai prochain dans le Grand Théâtre Lumière. Le dernier film à lancer le célèbre festival tout en briquant la distinction suprême a été Moonrise Kingdom de Wes Anderson en 2012.
Pour ce film entièrement tourné en langue espagnole à Torrelaguna, une petite ville au nord de Madrid, Asghar Farhadi s’est entouré d’une équipe chevronnée : Jose-Luis Alcaine, un directeur de la photographie qui a travaillé avec Almodovar, Carlos Saura et Bigas Luna; Sonia Grande, la créatrice de costumes sur Midnight in Paris de Woody Allen et The Others d’Alejandro Amenabar; et la monteuse iranienne Hayedeh Safiyari.
Le film réunit le couple star Penelope Cruz et Javier Bardem ainsi que l’Argentin Ricardo Darin, le 8e long métrage d’Asghar Farhadi raconte l’aventure de Laura (Penélope Cruz), qui voyage avec sa famille depuis Buenos Aires dans son petit village natal d’Espagne, à l’occasion d’une réunion de famille. La famille à peine réunie, est dérangée par des événements qui changeront le cours de la vie de chaque personnage. La famille, ses secrets, ses liens, ses traditions et les choix moraux qu’ils imposent sont, comme chacun des scénarios du cinéaste, au cœur de l’intrigue.
« Il faut remonter à 2004 et au long métrage La Mauvaise Éducation de Pedro Almodóvar, pour que le film d’ouverture ne soit ni en langue anglaise ou ni en français », tiennent à souligner les organisateurs du festival dans leur communiqué.
Les deux acteurs sont des habitués de la Croisette et de la montée des marches. Cruz a partagé le trophée de la meilleure actrice pour Volver de Pedro Almodovar en 2006, qui lui a également valu une nomination aux Oscars. Elle a ensuite remporté l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle pour le film de Woody Allen, Vicky Cristina Barcelona, en 2008, tandis que Bardem était récemment à Cannes avec The Last Face de Sean Penn en 2016. Il a aussi remporté l’Oscar du meilleur acteur dans un second rôle en 2007 pour No Country for Old Men et le Prix d’interprétation masculine pour Biutiful d’Alejandro Gonzalez Iñarritu en 2010. De passage à Paris pour la 43e cérémonie des César, Penélope Cruz a reçu des mains de Marion Cotillard et Pedo Almodovar un César d’honneur pour l’ensemble de sa carrière. Les deux comédiens sont également à l’affiche d’Escobar, de Fernando León de Aranoa, à voir dans les salles obscures le 18 avril en France.
Asghar Farhadi, un réalisateur multi-récompensé
Ce n’est pas la première fois qu’Asghar Farhadi foule le tapis rouge, le réalisateur iranien est lui aussi un grand habitué du festival de Cannes. L’année dernière, Farhadi a qualifié le festival de :
« lieu où les gens dialoguent avec enthousiasme autour du cinéma et partagent des moments mémorables. »
Il obtient le Prix de l’Oscar du Meilleur film étranger pour Une séparation et Le Client. En 2013, pour son film Le Passé, Bérénice Bejo a remporté le Prix d’Interprétation féminine. Trois ans plus tard, en 2016, Le Client a reçu le Prix du Scénario et le Prix d’Interprétation masculine pour Shahab Hosseini. Ce dernier a été également récompensé de l’Oscar du meilleur film étranger.
Projeté en avant-première dans de nombreuses salles de France, Everybody Knows sortira le 9 mai, soit le lendemain de sa première mondiale au Festival de Cannes, qui se déroulera du 8 au 19 mai.
À l’affiche le 27 juin prochain du film Sicario: La Guerre des cartels, l’acteur américano-espagnol Benicio Del Toro présidera le jury de la sélection Un Certain Regard, lors du prochain Festival qui débutera le 8 mai 2018.
Benicio Del Toro, la star aux multiples facettes, est un «comédien fascinant» doublé d’un «grand cinéphile» qui sera à la tête de la section dérivée de la sélection officielle pour cette 71e édition, ont annoncé les organisateurs dans un communiqué de presse. Il succède à Uma Thurman, présidente en 2017. Le Jury de l’édition précédente, composé de Mohamed Diab, Reda Kateb, Joachim Lafosse et Karel Och avait décerné le Prix Un Certain Regard à Mohammad Rasoulof pour le film Un homme intègre, le Prix du Jury à Michel Franco pour « Las Hijas de Abril »/Les Filles d’Avril, le Prix de la mise en scène pourWind River à Taylor Sheridan, le Prix de la poésie du cinéma à Mathieu Amalric pour Barbara et le Prix d’interprétation féminine à Jasmine Trinca pour Fortunata de Sergio Castellitto.
COMMUNIQUE OFFICIEL : Benicio Del Toro présidera le jury Un Certain Regard à #Cannes2018 ! Artiste sans frontière, il désignera le prix #UCR2018 parmi la vingtaine d'œuvres de cette 2ème compétition de la Sélection officielle. 🎬
— Festival de Cannes (@Festival_Cannes) April 4, 2018
Benicio Del Toro, un habitué de la croisette
Amoureux du septième et grand fan de l’univers de Fellini, Bergman et Kurosawa, l’artiste offre mille visages : de gangster maniéré dans Usual Suspects, à avocat sous acide dans Las Vegas Parano en 1998, agent des stups mexicain malmené dans les méandres des cartels dans Traffic en 2001 (interprétation qui lui a valu l’Oscar du meilleur second rôle), en passant par l’amérindien des plaines tourmenté de Jimmy P. en 2013 du français Arnaud Desplechin ou encore au narcotrafiquant aussi charmant que terrifiant dans Paradise Lost en 2014, Del Toro montre qu’il est un acteur polymorphe.
Habitué de la croisette, le natif de Porto Rico avait présenté en 2012 El Yuma sa première réalisation, segment de l’œuvre collective de 7 Jours à la Havane… dans la section Un Certain Regard.
«Je suis déjà venu à de nombreuses reprises et c’est toujours une grande chance. Je me sens inlassablement ému, excité», déclarait-il l’année suivante.
En 2010, Benicio Del Toro était membre du Jury de la Compétition officielle, présidé par Tim Burton, qui avait remis la Palme d’or au film Oncle Boonmee (celui qui se souvient de ses vies antérieures) au thaïlandais Apichatpong Weerasethakul. La star est aussi un habitué de la compétition internationale : en 1995, il y avait présenté Usual Suspects, en séance spéciale, en 2008 il a été récompensé du Prix de l’Interprétation Masculine pour le rôle de Che Guevara, dans Chede Steven Soderbergh. L’acteur de Star Wars, épisode VIII était en Compétition avec The Pledge (2001), Sin City (2005) et plus récemment, en 2015, avec le long métrage Sicario de Denis Villeneuve. L’année 2018 s’annonce comme un grand millésime pour Benicio Tel Toro, qui reprend son rôle de l’agent Gillick dans la suite, Sicario : La Guerre des Cartels, en salles en France le 27 juin prochain mais aussi celui du Collectionneur, rôle qu’il incarne dans Les Gardiens de la Galaxie dans la superproduction Marvel Avengers : Infinity War.
La deuxième compétition de la sélection officielle du Festival de Cannes se compose comme chaque année d’une vingtaine de films singuliers et originaux, tant sur le plan esthétique que dans leur propos. Cette année Cate Blanchett préside le jury principal du Festival, Ursula Meier la Caméra d’or et le cinéaste Martin Scorsese recevra le Carrosse d’or. La sélection officielle de la 71e édition du festival sera dévoilée le 12 avril.
La Vache, Le Coureur, Leila et Close Up : ce sont quatre classiques du cinéma iranien de ces cinquante dernières années que les éditions Elephant Films nous proposent de voir ou revoir en de très belles éditions Blu-Ray.
Les quatre films iraniens qui sortent en Blu-Ray permettent d’avoir un aperçu de la diversité du 7ème art dans ce pays dont la production cinématographique est devenue incontournable de nos jours. Ces films d’époques différentes, tournés avant ou après la Révolution Islamique, en noir et blanc ou en couleur, montrent un visage profondément humain et d’une grande finesse intellectuelle, subtilement teinté de réflexions politiques.
Close Up est, de très loin, le plus connu des quatre films. D’abord, c’est un film réalisé par Abbas Kiarostami, le plus célèbre des cinéastes iraniens, auteur de Où est la maison de mon ami ?, A travers les oliviers et bénéficiaire d’une Palme d’Or en 1997 pour Le Goût de la cerise. On retrouve ici les procédés habituels du cinéaste, en particulier cette absence d’une frontière bien nette et définie entre réalité et fiction. Kiarostami filme le procès (réel ? fictif?) d’un parfait inconnu, Hossain Sabzian, qui s’est fait passer pour Mohsen Makhmalbaf (un des cinéastes iraniens les plus connus) et en a profité pour s’inviter chez des gens. C’est le début d’un film déroutant. A l’imposture de Hossain, Kiarostami ajoute une autre imposture, celle du cinéma en lui-même. Le film devient une réflexion d’une profonde intelligence sur le pouvoir des images et sur leur capacité à dire la vérité, ou plutôt à en inventer une, et le spectateur se retrouve dans une situation où il ne peut définir ce à quoi il assiste : documentaire ? Fiction ? Un habile mélange des deux ? Le procédé arrivera à un point culminant lors des scènes finales…
Sorti en 1985,Le Coureur, d’Amir Naderi, est également un petit chef d’œuvre, certes dans un genre bien différent, mais cependant inspiré du cinéma de Kiarostami. Comme son illustre collègue, Naderi va nous montrer un film dont le personnage principal est un enfant, la petit Amiro, d’une dizaine d’années environ. Amiro est un gosse des rues. Il vit seul dans une vieille carcasse de bateau toute rouillée et survit par différents petits bouleaux : ramassage d’ordures, distribution d’eau fraîche, cirage de chaussures, etc. Dès les premières scènes, on le voit regarder l’horizon, faire signe aux bateaux ou errer le long du grillage d’un aérodrome. Amiro rêve de partir, d’aller loin. L’acte de courir devient alors une métaphore : courir pour survivre, car pour Amiro la vie est une lutte permanente (contre les innombrables autres enfants des rues, contre les injustices sociales qui constituent autant d’obstacles sur son parcours), une course épuisante, sans cesse recommencée, pour un résultat souvent dérisoire. Dans un style qui se rapproche beaucoup du néo-réalisme italien des années 40, le cinéaste parvient à capter la réalité avec une justesse de ton extraordinaire. En particulier, il montre ces enfants avec leurs jeux, leurs rires, leurs rêves, sans que cela ne fasse artificiel un seul instant. Cette vérité dans la façon de capter l’enfance empêche le film de sombrer dans le misérabilisme et en fait, au contraire, une fable politique magnifique, émouvante, tendre et intense.
Les deux autres films sont signés par le même cinéaste, Dariush Mehrjui. Tout d’abord, nous avons Leila, le plus récent des quatre films, sorti en 1997. C’est un complet changement d’ambiance :Leila nous plonge dans l’intimité d’un drame bourgeois. Leila (incarnée par Leila Hatami, l’actrice de Une Séparation) épouse Réza et ils forment un couple heureux. Mais Leila est stérile. Malgré les propos sans cesse rassurants d’un époux qui multiplie les preuves d’amour à son égard, Leila va sombrer dans la culpabilité, aidée en cela par une belle-mère qui rêve d’avoir un petit-fils pour perpétuer la lignée. Le film de Mehrjui est un drame intimiste, une exploration de la psychologie d’une femme qui est convaincue de faire le malheur de son mari. L’emploi de la voix off, les cadrages, les décors, les fondus enchaînés colorés (rouge, orange) : nous ne sommes plus dans la fibre réaliste, quasi-documentaire, du cinéma d’un Kiarostami. On peut difficilement dire qu’il s’agit d’un film critique ou politique, d’autant plus que Leila ne se veut pas une attaque contre une société patriarcale. Nous avons par contre une belle réflexion sur le couple et le mariage, sur le sacrifice et la communication, et de très beaux portraits psychologiques loin de toute caricature.
La Vache est le plus ancien des quatre films proposés (1969), et le seul qui soit en noir et blanc (un noir et blanc superbe d’ailleurs, très travaillé, avec de forts contrastes entre une luminosité aveuglante et des ombres où se terrent les personnages). Le film nous plonge dans la vie quotidienne d’un minuscule village perdu loin du monde et hors du temps (il est impossible de savoir à quelle époque se déroule le film). Et si le film se concentre sur Hassan, propriétaire d’une vache (l’unique vache du village) qu’il aime à la folie (expression à prendre au pied de la lettre), c’est finalement tout le village qui va nous être présenté. Avec son insistance sur les visage parcheminés par cette rude vie de misère, La Vache est un très beau film rempli d’humanité. Tour à tour drôle ou émouvant, le film revêtira une importance considérable dans l’histoire du cinéma iranien, étant le premier film du pays primé dans un festival international (celui de Venise, en l’occurrence).
Chaque film est présenté dans une très belle édition. Parmi les compléments de programme, il y a une présentation des films par le critique Jean-Michel Frodon, puis soit un commentaire, soit une interview (de l’acteur principal du Coureur), ou encore le numéro de l’émission Cinéastes de Notre temps consacré à Abbas Kiarostami (en complément de Close Up). Visuellement, le travail est superbe. Et surtout, ces éditions nous permettent enfin de voir ces films dont certains n’étaient pas édités en France à ce jour.
BANDE-ANNONCE : 4 CHEFS-D’ŒUVRE DU CINÉMA IRANIEN
La Vache, de Dariush Mehrjui (1969)
Durée : 104 minutes
Compléments de programme :
Le film par Jean-Michel Frodon
Bandes-annonces
Commentaire audio de Bamchade Pourvali (France Culture) écrivain et critique de cinéma
Galerie de photos
Le Coureur, d’Amir Naderi (1984)
Durée : 90 minutes
Compléments de programme :
Le film par Jean-Michel Frodon
Entretien avec Majid Niroumand
Bandes-annonces
Galerie de photos
Close Up, d’Abbas Kiarostami (1990)
Durée : 94 minutes
Compléments de programme :
Abbas Kiarostami : « Vérités et songes » de Jean-Pierre Limosin
Présentation du film par Jean-Michel Frodon
Bande-annonce
Galerie de photos
Leila, de Dariush Mehrjui (1997)
Durée : 124 minutes
Compléments de programme :
Présentation du film par Jean-Michel Frodon
Commentaire audio de Bamchade Pourvali (France Culture) écrivain et critique de cinéma
Bande-annonce
Galerie de photos
Ce mercredi revient sur les écrans de cinéma quatre grandes adaptations d’Agatha Christie. En effet, Carlotta Films ramène au cinéma Le Crime de l’Orient-Express, Mort sur le Nil, Le Miroir se brisa et Meurtre au Soleil.
On ne présente plus ces grands récits littéraires, ni son auteure, Agatha Christie. De même pour ces films qui ont su traverser le temps et nous plonger, à chaque visionnage, dans un des formidables mystères policiers de Christie. Ce mercredi 4 avril, Carlotta Films – soutenu par Studio Canal et d’autres comparses – vous donne l’occasion de redécouvrir sur grand écran ces périples policiers où la part sombre des hommes rencontre l’exotisme et le quotidien. La récente et bancale adaptation du Crime de l’Orient-Express réalisée par Kenneth Branagh a plus que partagé. Malgré tout, elle a su attirer en salle de jeunes générations de spectateurs. Carlotta et ses comparses les appellent – et nous aussi – à venir aussi découvrir la première et brillante adaptation du roman réalisée par Sidney Lumet en 1974. Une adaptation qui a d’ailleurs été adoubée par Agatha Christie, et qui connaîtra un tel succès que ses producteurs John Brabourne et Richard Goodwin se lanceront sur les mises en chantiers successives de Mort sur le Nil (1978), Le Miroir se brisa (1980) et Meurtre au Soleil (1981).
Le Crime de l’Orient-Express (1974) ; Mort sur le Nil (1978) ; Le Miroir se brisa (1980) ; Meurtre au Soleil (1981)
Trois des quatre films s’intéressent aux enquêtes d’Hercule Poirot, le détective belge tourmenté par son devoir alors qu’il est en vacances, ou sur le retour d’une énième affaire. Trois films pour deux Poirot, devrait-on dire. En effet, le célèbre enquêteur a eu droit à deux interprètes dans cette série d’adaptations : dans Le Crime de l’Orient-Express, le méconnaissable et brillant Albert Finney, cinquième Poirot mis en image mais premier à être adoubé par la « reine du crime » ; et dans Mort sur le Nil et Meurtre au Soleil, le génial et polyglotte Peter Ustinov, qui interpréta le personnage avec bonhommie et s’amusera davantage avec l’absurdité – ou le caractère drôle malgré lui – qui caractérise Poirot. Le Miroir se brisa fut l’occasion pour les producteurs de ramener Miss Marple à la vie au cinéma. Angela Lansbury est choisie pour lui donner corps à l’écran. Notons qu’elle était déjà une suspecte de l’affaire de Mort sur le Nil, et que plus tard, elle incarnera la fameuse Jessica Fletcher, auteure de polar et détective à ses heures perdues dans la longue série culte, Arabesque (co-créée par les deux gusses à l’origine de Columbo, William Link et Richard Levinson).
À gauche, Peter Ustinov ; à droite, Albert Finney
L’interprétation de Lansbury sonne juste, mais on lui préfère celle plus libre mais plus pétillante et détonante de Margaret Rutherford dans une série de films – lancée par Le Train de 16h50 (1960) et close par Passage à Tabac (1964) – qui a créé une véritable brouille entre la romancière et le cinéma. La séparation sera oubliée une décennie plus tard grâce à cette nouvelle série de films dirigés par des réalisateurs confirmés : le grand Sidney Lumet (Douze hommes en colère, Serpico, Point Limite) pour le premier film ; les entertainers britanniques John Guillermin (le King Kong de 1976, La Tour Infernale, Le Pont de Remagen) pour le deuxième long métrage ; et Guy Hamilton (Goldfinger, Vivre et Laisser Mourir, La Bataille d’Angleterre) pour les deux derniers « volets ».
Ce mercredi 4 avril, vous pourrez ainsi (re)découvrir ces films dans des versions restaurées inédites véritablement soignées (on soupçonne d’ailleurs d’en avoir admiré deux sur les quatre au dernier Arras Film Festival). Rendez-vous alors à partir de demain avec la mort, Hercule Poirot et Miss Marple !
Adapté du best-seller éponyme de Jo Nesbo, Le Bonhomme de Neige entendait marcher sur les traces du célèbre Millenium de Stieg Larsson, mètre étalon du genre dès lors qu’on touche aux tueurs en série sévissant sur les grands froids de la Scandinavie. Patatras, Tomas Alfredson n’est pas David Fincher…
Suède, de nos jours. Lorsque le détective d’une section d’élite enquête sur la disparition d’une victime lors des premières neiges de l’hiver, il craint qu’un serial killer recherché n’ait encore frappé. Avec l’aide d’une brillante recrue, il va tenter d’établir un lien entre des dizaines de cas non élucidés et la brutalité de ce dernier crime afin de mettre un terme à ce fléau, avant la tombée des prochaines neiges.
Un film qui fait froid dans le dos.
On dit souvent que l’enfer est pavé de bonnes intentions. Un dicton justement de mise quand on doit évoquer le cas du Bonhomme de Neige A l’origine chapeauté par Martin Scorsese, le projet est finalement tombé dans la besace du non moins recommandable Tomas Alfredson, lequel avait auparavant brillamment adapté John Le Carré (La Taupe). Dès lors, difficile de ne pas y voir dans ce projet, une véritable promenade de santé pour le cinéaste. Malheureusement, le projet bien que nanti d’éléments étant à même de plaire à n’importe quel cinéphile (un serial-killer, un best-seller nordique, des décors enneigés, une ambiance tétanisante), son exécution a souffert d’un des plus gros travers d’Hollywood : le temps. C’est bien simple : Tomas Alfredson n’a pas eu le temps pour finaliser son film tel qu’il l’entendait. A peine quelques mois. Dès lors, difficile de pouvoir mener à bien une histoire multipliant les temporalités et localités de tournages. Tant et si bien que le film une fois dans la boite a rencontré un énième problème, cocasse : il lui manquait plusieurs scènes clés. Des scènes que le réalisateur estime majeurs et qui n’auront pour conséquence que de vider de sa complexité un film pourtant bien parti pour illustrer les tourments d’un serial-killer. C’est ce qui s’appelle la faute à pas de chance…
Des bonus frustrants
Fatalement, à la vue des bonus, on ne peut que contenir notre frustration tant la prose du romancier Jo Nesbø pouvait donner lieu, si correctement adaptée, à un film valant le détour. Ici, on ne pourra donc que ronger son frein devant l’utilisation des paysages nordiques ou la construction des personnages, notamment celui de Michael Fassbender pour saisir ce qu’aurait pu être le film s’il n’avait pas été la cible d’une production précipitée et d’un montage en catastrophe. Une bien piètre consolation qui au moins a le mérite de nous rassurer pour la suite : si un autre best-seller du romancier norvégien venait à se voir adapté, le réalisateur aurait un bon exemple à ne pas réitérer pour saisir la substantifique moelle de l’auteur et en donner un polar aussi tortueux que les pages du roman.
Caractéristique Technique DVD/Blu-Ray
Version originale sous-titrée français + Allemand DTS HD HRA 7.1, Anglais DTS HD (Master audio) 7.1, Espagnol; castillan DTS HD HRA 7.1, Français DTS HD HRA 7.1, Italien DTS HD HRA 7.1
Images – 16/9 – 1.85 – Couleur
Durée : 119min
Bonus
– la copie digitale – Les personnages – Créer le monde de Jo Nesbø – Le bonhomme de neige – Les paysages norvégiens – Plongée dans le lac
Sonate pour Roos retisse les liens défaits d’une mère et sa fille sur fond de sonorités naturelles et de grands paysages enneigées. Cette fable sensorielle apaisera le spectateur tout en l’émerveillant par instants.
Le secret des banquises
Sonate pour Roos est une mélodie sur une relation familiale inspirée en partie du vécu du réalisateur. Lorsque Roos revient sur les terres glacées de Norvège, elle n’est pas forcément la bienvenue. Si son petit frère l’adore, c’est moins le cas de la dernière partie du trio : la mère. Cette dernière semble trouver la présence de Roos pesante. Pourtant, la douceur est omniprésente dans la vie de cette famille, en tout cas de ce qui l’entoure : grands paysages enneigés, musique (la mère fait du piano, le fils des expériences musicales dans la nature), chiens de traîneaux. Le film est celui d’une double disparition, celle actuelle des relations mère-fille et celle annoncée de Roos. La seconde disparition rendant la première caduque. Les liens familiaux sont ici explorés au plus profond d’eux-même, ils révèlent une absence de dialogue latente, comme si les deux femmes, mère et fille, vivaient sur des planètes différentes. Celle de la musique pour Louise, ancienne virtuose du piano auquel elle a consacré sa vie et sacrifié l’enfance de sa fille, et celle de la photographie pour Roos, à laquelle elle consacre aussi sa vie. Or, pour Roos la photographie est une liberté, un moyen de parcourir le monde et d’échapper au carcan des conventions et de la routine. Ce tableau des relations familiales est complété par Bengt, le petit frère, avec lequel Roos entretient une relation très complice et touchante. La force du film réside avant tout dans la pudeur avec laquelle sont dépeintes ces relations, pudeur qui n’empêche ni la douceur, ni la cruauté de s’infiltrer dans le film.
Regarde les femmes s’aimer
La veine artistique du film fait partie intégrante de la mise en scène, jusqu’aux clichés pris par Roos qui viennent s’ajouter aux images en mouvement. Bengt, de son côté, est dans le monde des sons, de la minéralité aussi. Il est le plus proche de la nature et de son sentiment de puissance comme d’impuissance. Bengt est comme un double du réalisateur : « celui qui essaie de guérir les blessures ». S’il tente d’utiliser la nature pour créer une symphonie sonore, il est aussi celui qui doit harmoniser la famille, la rendre plus solide, même si l’essentiel du drame qui se joue lui échappe. Sur un thème d’une grande simplicité, Boudewijn Koole raconte finalement une histoire de filiation entre l’être humain et la nature, mais aussi des Hommes entre eux. Chaque fois, le parcours est semé d’embûches et de non-dits. La beauté du film réside dans la manière d’inclure les personnages dans un espace vertigineux et beau. Tout fait sens. Comme lorsque Roos se baigne dans un trou d’eau gelée avec son petit frère ou quand ils prennent un bain ensemble. Mais c’est avec la mère que la métaphore se fait le mieux. Cette femme d’une dureté implacable s’occupe avec amour de ses chiens de traîneaux. Ces derniers sont d’ailleurs filmés comme jamais, au plus près des visages et des langues pendantes, de leurs visages si nobles et de leurs courses. Ces détails, c’est aussi Roos qui les voit. Elle regarde simplement les choses, les détails, les toutes petites choses et la caméra est parfois ses yeux et fait de même. Au final, la dureté du film est là, mais livrée dans un bel écrin blanc. La scène finale, ode à l’amour et à la liberté, est aussi glaçante de tristesse que réconfortante de beauté et de pudeur. Au final, rien de se passe, tout se passe, les sens sont en éveil et la caméra se déplace comme dans un rêve, parfois un cauchemar, qui parlent de la vie, tout simplement.
Sonate pour Roos : Bande annonce
https://www.youtube.com/watch?v=DElU4O61rIs
Sonate pour Roos : Fiche technique
Synopsis : Roos rejoint la Norvège tous les ans afin de rendre visite à son jeune frère et sa mère pianiste. Entre les deux femmes, d’anciennes tensions enfouies empêchent toute communication. Cette année, Roos souhaite pourtant partager une nouvelle essentielle.
Réalisateur : Boudewijn Koole
Scénario : Jolein Laarman
Interprètes : Rifka Lodeizen, Jakob Oftebro, Elsie de Brauw, Marcus Hanssen
Compositeur : Alex Simu
Photographie : Melle Van Essen
Montage : Gys Zevenbergen
Société(s) de production : Sweet Films, Waterland Film
Distribution : Arizona Distribution
Date de sortie : 18 avril 2018
Genre : Drame
Durée : 92 minutes