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Le ton : ambiances qui hantent, postures qui imposent, manières d’adresser

Le ton n’est pas ambiance : c’est posture, manière d’adresser, intensité qui organise la relation à l’œuvre. Cinéma (Coen, Nomadland), séries (Fleabag, True Detective), musique, arts visuels, numérique : comment le ton hante, impose et touche profondément.

Il suffit d’une voix qui tremble, d’un silence qui pèse, d’un rire qui sonne faux, pour que l’œuvre cesse d’être neutre et devienne ton : une manière de s’adresser, de positionner, de toucher ou de repousser. Le ton n’est pas ambiance décorative : il est posture vitale, distance calculée, intensité qui organise la relation entre l’œuvre et son public.
Dans un monde saturé de discours et d’images, le ton est ce qui reste quand les mots s’effacent : la trace d’une attitude, l’empreinte d’une voix, la force qui fait que l’on est affecté, troublé, capturé – ou repoussé.

Le ton n’est pas un simple effet stylistique : il est la manière dont l’œuvre se tient face à nous, la posture qu’elle adopte, la distance qu’elle impose ou abolit. Il traverse le cinéma, les séries, la musique, les arts visuels, le numérique – non comme couleur ou rythme secondaire, mais comme force relationnelle : une façon de parler, de regarder, de toucher qui décide si l’on entre ou si l’on reste dehors. Barthes y verrait l’écriture comme ton : une voix qui s’incarne, qui fait du texte un corps sonore, une présence qui s’adresse sans intermédiaire. Deleuze y lirait une intensité : le ton n’est pas représentation, mais vibration, une manière de faire vibrer le spectateur, de le faire résonner ou de le laisser froid. Foucault ajouterait que le ton est pouvoir discret : il organise la relation, il décide qui parle et qui écoute, il impose une autorité sans violence apparente. Nous ne recevons pas le ton ; nous sommes traversés par lui, affectés, positionnés, parfois possédés par la manière dont l’œuvre s’adresse à nous.

Le ton au cinéma : gravité qui pèse, ironie qui coupe, distance qui hante

Le cinéma fait du ton une posture incarnée : une manière de filmer, de monter, de laisser respirer ou d’étouffer qui oriente toute la réception. Chez les frères Coen, le ton est ironie tragique : une distance froide qui regarde la violence comme un spectacle absurde, une dérision qui ne sauve rien mais expose tout. Dans Fargo ou No Country for Old Men, le ton oscille entre gravité et grotesque : les personnages sont pris au sérieux jusqu’à l’absurde, la mort est traitée avec une légèreté qui la rend plus cruelle. Le ton ne raconte pas ; il juge sans juger, il laisse le spectateur dans une ambiguïté permanente où le rire s’étrangle dans la gorge. Dans Nomadland de Chloé Zhao, le ton est douceur documentaire : calme contemplatif, silences prolongés, lumière naturelle qui caresse les visages fatigués – la précarité n’est pas dénoncée, elle est vécue, ressentie comme une évidence sensible. Le ton devient éthique : il refuse le pathos, il impose une retenue qui fait de la douleur une présence discrète mais ineffaçable. Chez Yorgos Lanthimos dans The Favourite ou Poor Things, le ton est distanciation cruelle : dialogues absurdes, regards fixes, couleurs saturées qui rendent le réel artificiel – le ton n’invite pas ; il repousse, il observe avec une froideur clinique qui fait du spectateur un complice malgré lui. Le ton cinématographique n’est pas ambiance ; il est relation : il décide si l’on rit avec, si l’on souffre avec, ou si l’on reste à distance, troublé par la manière dont l’œuvre nous regarde.

Le ton dans les séries : atmosphères qui envahissent, postures qui hantent, manières qui durent

Les séries font du ton une identité longue durée : une atmosphère qui s’installe, une posture qui s’impose sur des saisons entières, une manière d’adresser qui finit par habiter le spectateur. Dans Fleabag, le ton est auto-dérision frontale : sarcastique, intime, cassant – la narratrice brise le quatrième mur pour s’adresser directement à nous, pour nous prendre à témoin de sa honte, de son désir, de sa solitude. Le ton devient survie : il transforme la douleur en humour noir, il fait du rire une armure, il impose une proximité qui dérange autant qu’elle séduit. Dans True Detective (saison 1), le ton est gravité métaphysique : voix graves, silences lourds, lumière sale qui pèse sur les visages – le ton n’est pas décor ; il est atmosphère cosmique, une manière de regarder le mal comme une fatalité ancienne, une posture philosophique qui fait du spectateur un témoin impuissant d’un monde sans rédemption. Dans Atlanta ou Barry, le ton glisse entre réalisme et absurdité : il passe du rire à l’angoisse en une seconde, il impose une manière de raconter qui refuse la linéarité, qui fait du décalage une signature. Le ton sériel n’est pas ponctuel ; il est envahissant : il s’insinue dans le temps long, il hante les silences entre les épisodes, il devient une manière d’être affecté qui dure bien après le générique.

Le ton dans la musique : couleurs sonores qui hantent, attitudes qui marquent, intensités qui traversent

La musique fait du ton une couleur sonore, une attitude incarnée, une manière d’adresser qui touche avant même que les mots soient compris. Dans le country contemporain (Sturgill Simpson, Jason Isbell, Kacey Musgraves), le ton est mélancolie lumineuse : voix qui tremblent sans pathos, guitares qui pleurent sans drame, tonalités bleutées qui mêlent nostalgie et ironie douce. Le ton n’est pas tristesse ; il est lucidité : une manière de chanter la perte avec une légèreté qui la rend plus aiguë, une posture qui refuse le pathos pour mieux faire sentir la blessure. Dans la pop actuelle (Billie Eilish, Olivia Rodrigo, Charli XCX), le ton est auto-dérision assumée : on chante la fragilité avec humour noir, la tristesse avec légèreté provocante, la colère avec un sourire en coin. Le ton devient armure : il transforme la vulnérabilité en performance, il impose une manière d’être qui dit « je souffre, mais je le dis à ma façon ». Dans le folk minimaliste ou l’indie lo-fi, le ton est intimité brute : voix chuchotées, enregistrements bruts, silences qui pèsent – le ton n’est pas production ; il est proximité, une manière d’adresser qui fait du spectateur un confident. Le ton musical n’est pas son ; il est relation : il traverse l’oreille pour toucher l’affect, il marque la mémoire, il impose une manière d’être affecté qui reste longtemps après la dernière note.

Le ton dans les arts visuels : matières qui parlent, gestes qui imposent, intensités qui traversent

Dans la peinture, la photographie et la performance, le ton se manifeste par la matière, la lumière, le rythme du geste : une manière de poser la couleur, de découper l’espace, de laisser respirer ou d’étouffer. Dans le baroque contemporain (Cindy Sherman, Gregory Crewdson, ou les installations de Pipilotti Rist), le ton est excès maîtrisé : démesure théâtrale, lumières dramatiques, intensités qui saturent le cadre – le ton n’est pas subtil ; il est spectacle, il impose une manière de regarder qui refuse la distance, qui envahit le spectateur comme une présence physique. Dans les sièges de théâtre vides, les lumières tamisées, les espaces rituels (installations de Romeo Castellucci ou de Romeo Castellucci), le ton est solennité : il crée une atmosphère de recueillement, de rituel, de représentation où le spectateur est forcé d’adopter une posture contemplative, presque sacrée. Dans la photographie atmosphérique (Hiroshi Sugimoto, Rineke Dijkstra), le ton est retenue : lumières douces, silences visuels, poses longues qui laissent le temps peser – le ton devient éthique : il impose une manière de regarder qui refuse la consommation rapide, qui fait du regard un acte patient, presque douloureux. Le ton visuel n’est pas ambiance ; il est relation : il traverse le regard, il impose une distance ou une proximité, il fait de l’image une manière d’être affecté.

Le ton numérique : formats qui codifient, voix qui performent, attitudes qui capturent

Dans le numérique, le ton est souvent codifié : ironie, second degré, sincérité brute, neutralité algorithmique – il devient une manière d’être visible, d’adresser, de performer. Sur TikTok, le ton est spontanéité performée : voix rapides, regards caméra directs, hyper-expressivité qui transforme la vulnérabilité en spectacle – le ton n’est pas naturel ; il est calculé pour capter l’attention en trois secondes, il impose une manière d’être qui dit « je suis là, regarde-moi ». Dans les formats courts (Reels, Shorts, stories), le ton est immédiat : phrases coupées, musiques qui claquent, transitions brutales – le ton devient urgence, il capture le regard dans une boucle de consommation rapide. Dans les interfaces (notifications, messages système, chatbots), le ton est neutralité fonctionnelle : phrases courtes, emojis mesurés, politesse aseptisée – le ton n’est pas humain ; il est machine, il impose une manière d’interagir qui efface toute trace de singularité. Le ton numérique n’est pas libre ; il est capturé : il codifie, il performe, il fait du regard un acte de conformité algorithmique.

Le ton comme forme culturelle

Le ton n’est pas un choix esthétique : il est la forme culturelle qui organise la relation, qui décide comment l’œuvre s’adresse à nous, comment elle nous touche ou nous repousse. Il révèle une attitude, une distance, une intensité qui traverse le visible et l’invisible. Dans un monde saturé de discours lisses et d’images neutres, le ton est ce qui reste : la voix qui tremble, le silence qui pèse, le rire qui sonne faux – la manière qui fait que l’on est affecté, troublé, capturé. Le ton n’est pas ornement ; il est posture : il impose, il hante, il traverse. Et dans cette traversée réside la vérité contemporaine : nous ne recevons pas une œuvre ; nous sommes traversés par son ton, marqués par sa manière d’être au monde – et parfois, nous ne nous en remettons pas.

« Wild Bill Hickok » : gunfighter, justicier, mythe

Les éditions Glénat publient Wild Bill Hickok, du scénariste Dobbs et du dessinateur Ennio Bufi. Épaulés par l’historien Farid Ameur, ils reviennent sur la vie, devenue mythique, de James Butler Hickok, dans la collection « La véritable histoire du Far West ».

Il y a quelques mois, la collection « West Legends » des éditions Soleil rendait un bel hommage à Wild Bill Hickok, dans un album volontiers pessimiste et crépusculaire. C’est aujourd’hui au tour des éditions Glénat, qui s’associent pour l’occasion à Fayard, de se pencher sur cette figure mythique du Far West américain. Le ton est donné dès les premières planches. Révélé par bribe et en clair-obscur, le marshal Hickok est réveillé pour intervenir dans un saloon d’Abilene, au Kansas, où des coups de feu ont été échangés. Il se rend sur place, essaie de tempérer les ardeurs des parties prenantes, mais tue par mégarde son adjoint Mike Williams, ce qui lui vaudra d’être évincé de la ville mais aussi, désormais, de vivre au quotidien avec le poids écrasant du remord. Partant, celui qui est passionné par le poker va se produire dans des spectacles le mettant en scène. Il rencontre aussi sa future femme, Agnes Thatcher, qui est la première à évoquer ces shows à base de tirs et de reconstitution montés par… Buffalo Bill.

Dobbs, Farid Ameur et Ennio Bufi parviennent très bien à saisir Wild Bill Hickok à travers ses deux dimensions : il y a le mythe, tireur d’élite capable de survivre à une attaque de grizzly et dont la présence suffit à attirer les foules, mais aussi l’homme, ployant sous la culpabilité, en rupture avec son environnement, jamais tout à fait à sa juste place. « J’en ai plein les bottes du maquillage et de tous ces textes à déclamer », dit-il, avant d’ajouter : « Ces paillettes, ces faux-semblant, ce n’est pas moi. Moi, il me faut des grands espaces… » Et pourtant, incidemment, le cowboy chevronné est devenu un artiste itinérant. Wild Bill Hickok ne cesse d’ailleurs d’opérer des ponts entre ses représentations et les faits biographiques qui les sous-tendent, exposés de manière alternée sous forme de flashbacks. Qu’il s’agisse de son duel avec Davis Tutt, de son expédition à Rochester, de l’attaque des Cheyennes en 1866 ou de ses liens avec les frères Utter, l’album revient abondamment sur les traits constitutifs de la légende du gunfighter. Et dans cet exercice difficile, consistant à fondre une matière significative en 56 pages, non seulement les auteurs s’en sortent haut la main, mais le dessinateur Ennio Bufi fait la démonstration de tout son talent : les paysages arides de l’Ouest, les expressions faciales, les villages typiques à la Deadwood (où Hickok se rendra dans l’espoir de faire fortune grâce à l’or) se trouvent magnifiés dans des vignettes d’une qualité exceptionnelle.

Dobbs et Farid Ameur portraiturent d’un même élan la soif de sensationnalisme d’un public ivre des légendes du Far West et le besoin d’authenticité d’un Wild Bill Hickok peu en phase avec le monde du spectacle. Ils révèlent aussi des pans entiers de sa personnalité avec une rare économie de moyens, par exemple à travers l’accueil qu’il réserve à un journaliste ou la manière dont il calme ses douleurs (c’est-à-dire en abusant de l’opium). Sombre, maîtrisé de bout en bout, Wild Bill Hickok se clôture par un cahier didactique rappelant le caractère mythique du personnage, qui bénéficiera au cinéma des interprétations de John Wayne, Gary Cooper ou Clint Eastwood. Gunfighter ultime, il aimait, comme le rappelle à dessein Farid Ameur, l’aventure et les menus plaisirs, en plus des duels. L’homme était aussi caractérisé par ses convictions abolitionnistes – il s’est engagé avec l’armée du Nord – et une vraie soif de liberté.

Wild Bill Hickok, Dobbs, Farid Ameur et Ennio Bufi
Glénat/Fayard, mai 2022, 56 pages

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« Jesse James » : la vengeance dans la peau

En collaboration, les éditions Glénat et Fayard publient Jesse James, une bande dessinée de Dobbs, Farid Ameur et Chris Regnault. Glissé dans la nouvelle collection « La Véritable Histoire du Far West », cet album revient sur une personnalité légendaire, l’inénarrable truand Jesse James.

Au sortir de la Guerre de Sécession, le gang de Jesse James fait régulièrement la une des journaux. Désignés comme ennemis publics, ces truands se distinguent régulièrement par leurs attaques de trains, de diligences, de banques, ainsi que leurs cavalcades sanguinaires. Dobbs, Farid Ameur et Chris Regnault racontent comment celui qui, plus jeune, a assisté impuissant au lynchage et à la mise à mort de son père est ensuite devenu un héros populaire dans le Sud des États-Unis, encore meurtri par la guerre civile.

Tout commence donc dans le Missouri, en 1863, en pleine Guerre de Sécession. La ferme de la famille James est saccagée par une patrouille nordiste. Jesse, dont toute la douleur est restituée par les dessins de Chris Regnault, se jure de faire payer à ses ennemis leurs méfaits et les humiliations infligées à son père. Il rejoint Bloody Bill Anderson dans une guérilla meurtrière au travers de laquelle il apprendra à piller et tuer, sans jamais qu’une once de morale semble l’effleurer. Spécialiste de la conquête de l’Ouest américain, l’historien Farid Ameur revient longuement sur la personnalité torturée de Jesse James dans un dossier glissé en fin d’album. Dans sa carrière de bandit, l’homme aura volé pour plus de 200 000 dollars à travers une trentaine d’attaques.

Reprenant les grands codes du western, rappelant naturellement le long métrage L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford d’Andrew Dominik, Jesse James ne saurait cacher son penchant crépusculaire, exprimé dès la première planche, nocturne, pluvieuse et menaçante. L’album prend aussi le temps de dresser un panorama des divisions qui étaient alors à l’œuvre en Amérique : « Ces salauds de Yankees nous ont dépouillés de nos terres, ils nous ont volé nos vies… Tout ça pour mettre nos Nègres en liberté ! » En ce sens, Jesse James apparaît comme la pointe avancée des récriminations du Sud envers le Nord. Son calme et son sourire satisfait devant les actes de cruauté perpétrés par les siens ne laissent place à aucun doute. Il est intimement convaincu qu’il faut venger une région où « tout n’est que deuil et famine » et où l’on peut croiser, summum de l’horreur… des Noirs en uniforme.

Mais Jesse James, c’est aussi, et peut-être surtout, une légende en marche. « Les méfaits du gang James younger sont relayés par tous les journaux du pays et mettent à mal la délicate politique de reconstruction des États du Sud menée par le gouvernement fédéral. » Célébrés par les Sudistes, entachant les efforts de réconciliation nationale, le truand et sa bande dérangent. L’agence Pinkerton, aux méthodes parfois aussi expéditives que les leurs, mène l’enquête et cherche à se dresser sur leur chemin. Même père, même affaibli par un fiasco retentissant, Jesse James veut continuer la guerre, aveuglé par une haine qui ressemble de plus en plus à du fanatisme. Les dissensions ont beau s’accentuer dans ses rangs, il entend défendre sa réputation (faite et défaite via les médias) et piétiner tous ceux qui chercheraient à entraver ses entreprises.

Réussie sur le plan graphique, aussi passionnante qu’échevelée, cette bande dessinée, dont la sortie est concomitante à celle de Wild Bill Hickok, laisse présager le meilleur quant à la suite de cette nouvelle collection « La Véritable Histoire du Far West », due à une collaboration entre les éditions Glénat et Fayard. On attend désormais la suite avec impatience.

Jesse James, Dobbs, Farid Ameur et Chris Regnault
Glénat/Fayard, mai 2022, 56 pages

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À propos de YouTube miniatures

Les vignettes des vidéos YouTube sont essentielles et permettent d’attirer de nouveaux spectateurs. C’est le premier élément avec lequel vos visiteurs vont se faire une opinion de votre contenu. Une image pixelisée, mal choisie ou peu attirante donnera un aspect amateur à votre vidéo qui risque d’éloigner des personnes intéressées.

Si la qualité de fond de votre vidéo est essentielle pour conserver vos auditeurs sur le long terme, l’image que renvoie votre vidéo à travers sa vignette est tout aussi importante pour éveiller la curiosité. Heureusement, il existe de nombreuses solutions pour obtenir un résultat qualitatif et professionnel même si vous n’êtes pas un expert du montage.

Comment obtenir une vignette réussie grâce à VistaCreate ?

Les miniatures (aussi appelées vignettes) Youtube peuvent sembler difficile à réaliser pour les personnes n’ayant pas de compétence en graphisme. C’est pourtant assez simple à réaliser quand on utilise les bons outils. VistaCreate vous propose de nombreux moyens pour rendre le montage facile et amusant !

Mais alors, comment créer miniature youtube sur VistaCreate ? Il vous suffit de vous rendre sur le site et d’opter pour les modèles déjà proposés. Ils vous permettront d’opter pour les bonnes dimensions imposées par YouTube. Celles-ci doivent généralement être en format 16 : 9 ou 1280 x 720 pixels. Le site vous propose également de nombreux modèles pour vous donner de l’inspiration et vous permet de créer des visuels pour toutes les autres plateformes de partage de contenu et de réseaux sociaux !

Créer une vignette YouTube efficace requiert de respecter quelques critères de base. Retenez notamment que l’image de fond doit être à la fois pertinente, impactante et colorée. Elle doit donner des indications précises sur ce que le visiteur s’apprête à regarder et surtout pourquoi il doit passer les prochaines minutes devant votre vidéo. En vous appuyant sur un logiciel facile à prendre en main, vous allez grandement vous faciliter la tâche pour concevoir ce visuel.

Que mettre dans votre miniature YouTube ?

Le plus important est d’éviter les erreurs. Si vous produisez un visuel qui les évite, vous disposez déjà d’une miniature attirante. Mais alors, que faut-il éviter ? Tout d’abord, il est nécessaire de ne pas opter pour l’option capture d’écran ! Cela fait amateur et donne l’impression que votre contenu n’est pas qualitatif. Évitez également les designs trop fantaisistes ou de surcharger votre vignette. Il n’est pas nécessaire de faire compliqué pour concevoir quelque chose d’efficace. Enfin, évitez de passer inaperçu : il n’y a rien de pire que de travailler dur sur une vidéo que personne ne consulte.

C’est donc un jeu d’équilibriste auquel vous allez devoir faire face : il vous faudra tout à la fois attirer l’attention, avoir l’air professionnel mais sans trop en faire. La clé est de transmettre un message simple. Optez pour une belle image de fond, non pixelisée et à la bonne dimension, avec des couleurs vives, un texte court mais qui a de l’impact, avec une police d’écriture lisible et qui ressort bien. Si vous faites cela, vous aurez à votre disposition une très bonne base de miniature.

Enfin, pour vous démarquer davantage, essayez de faire comprendre l’utilité de votre vidéo pour vos auditeurs à travers les images et le texte employé. Si les personnes se sentent directement concernées et qu’elles ont l’impression de pouvoir tirer un bénéfice immédiat et concret de votre vidéo, elles auront davantage envie de cliquer pour consulter le contenu.

vista

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Créer votre image de marque et améliorez là constamment

Le dernier point à prendre en considération est la création de votre image de marque. Le créateur YouTube n’est pas un simple vidéaste, il est un influenceur qui fédère autour de lui une communauté. Celle-ci doit pouvoir vous reconnaître facilement. Il est donc important de garder une cohérence dans votre charte graphique. Si des changements cosmétiques peuvent être opérés occasionnellement, garder la même police, le même style de phrases ou les mêmes genres d’images de fond est très important.

L’avantage, c’est qu’en utilisant Vistacreate comme logiciel de montage, vous allez pouvoir reproduire des miniatures et garder le même style facilement. Il vous suffira d’enregistrer les polices et de changer le fond et le texte de vos vignettes. En plus de conserver cette cohérence, vous allez pouvoir effectuer ce travail de montage en quelques clics seulement et très simplement.

Attention à ne pas vous enfermer dans quelque chose qui ne marche pas ! S’il est important de garder une cohérence, essayez toujours d’optimiser ce que vous faites. En regardant les statistiques de vos vidéos, vous constaterez que certaines vignettes fonctionnent mieux que d’autres. Essayez de vous appuyer sur ce qui marche pour dupliquer ce contenu et gagner en efficacité. Et si vous souhaitez opérer un changement, évitez de le faire brutalement. Mais n’oubliez jamais qu’au final, ce sont toujours vos spectateurs qui ont le dernier mot sur ce qui leur plaît ou ce qui ne leur plaît pas !

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Compartiment n°6, de Juho Kuosmanen, en DVD

Un voyage en train vers le Nord de la Russie, deux personnages qui s’opposent, et beaucoup d’émotions : la sortie DVD du film de Juho Kuosmanen Compartiment n°6 chez Blaq Out permet de (re)découvrir une œuvre sensible primée au Festival de Cannes 2021.

Pendant longtemps, nous ne connaissons pas le nom de la protagoniste du film Compartiment n°6, et ce détail est significatif à plus d’un titre.

D’abord, parce que cette absence est la marque d’un personnage en retrait. La protagoniste est timide, renfermée. Elle parle peu, et se préfère contemplative. Elle observe, écoute, filme même parfois. De nombreux plans nous la montrent en pleine contemplation.

Ensuite, cette attitude de retrait est encore renforcée, sans aucun doute, par son statut d’étrangère. Laura est une étudiante finlandaise venue à Moscou pour des raisons linguistiques, et qui a prolongé son séjour après avoir rencontré Irina. Mais dans la fête organisée par sa compagne, Laura est présentée comme « l’amie finlandaise », sans plus. Rejetée à cette origine, réduite à une nationalité étrangère (alors que les liens historiques entre la Russie et la Finlande sont plutôt compliqués). Dans ces scènes d’ouverture, d’introduction pourrait-on dire, tant le film ne commence vraiment qu’à la montée dans le train, Laura se retrouve finalement isolée, timidement repliée dans son coin, accrochée avec personne. Aussi n’est-on pas surpris outre mesure lorsque, au fil du voyage, Irina se détachera progressivement de Laura, au point de disparaître complètement.

Depuis l’invention du récit de voyage, tout le monde sait que faire un trajet, ce n’est pas seulement aller d’un point à un autre ; c’est aussi faire des rencontres, changer de lieu, et changer soi-même. Que Compartiment n°6 nous propose cela paraît donc très attendu. Le réalisateur n’a sans doute pas voulu miser sur l’originalité de l’histoire, mais sur l’expression des émotions.

Laura va donc faire un voyage de Moscou à Mourmansk, ancienne ville fermée et interdite, dans le Grand Nord russe, pour y voir des pétroglyphes ancestraux. Un voyage censé se faire avec Irina, mais que Laura fera seule. Et, à chaque étape, elle se rendra compte, un peu plus, que l’éloignement avec sa compagne n’est pas que géographique : d’abord, Irina répond au téléphone, mais vaguement, sans vraiment s’intéresser à la communication et en faisant autre chose en même temps. Puis elle ne prendra même plus la peine de répondre. Irina s’éloigne comme ces êtres qui restent sur le quai d’une gare quand le train démarre.

Par contre, Laura fera une nouvelle rencontre, pour le moins percutante. Il s’appelle Ljoha (diminutif d’Alekseï), et la première rencontre n’est pas la plus plaisante : passablement ivre, il rudoie la jeune femme, en aucun cas par méchanceté mais par une façon d’agir mal dégrossie. Le contraste entre les deux personnages est cependant saisissant : Laura est une intellectuelle timide et, de surcroît, étrangère, quand Ljoha est un ouvrier apparemment extraverti mais parfaitement russe. D’ailleurs, comme il se doit, ce road movie ferroviaire va parler de la Russie, en réalisant un tour de force assez audacieux, puisqu’il ne montrera quasiment rien du pays. Ici, pas de plans décoratifs sur les immenses forêts russes. Les horizons sont toujours bouchés, par des immeubles, par les ténèbres nocturnes, par le brouillard, etc. Sauf à la fin, comme il se doit, au bord de la mer de Barents, une fin ouverte sur un autre voyage possible. Un autre voyage à deux.

Si le film parle de la Russie, c’est en usant avec malice de certains stéréotypes attachés au pays et à sa culture : l’alcool, les voyages forcément interminables dans un pays aux dimensions aussi immenses, la babouchka (grand-mère) dans son isba, etc. Compartiment n°6, c’est un voyage sentimental tout sauf exotique, dans une Russie dont on ne voit quasiment rien sauf l’essentiel : des rencontres impromptues et surprenantes, une générosité derrière une froideur apparente, une apparence figée et glacée qui cache des personnes parfois entrevues mais inoubliables.

 

Finalement, le propos de Compartiment n°6 est sans doute là, dans cette nécessaire ouverture à l’autre. Petit à petit, tous les détails qui paraissaient un peu froid vont devenir familiers, comme la contrôleuse du train par exemple. Laura va non seulement se rapprocher de Ljoha, mais lui aussi va se révéler à elle. Derrière le personnage un peu brutal et extravagant se dissimule un bonhomme timide, qui se replie sur lui-même dès que la conversation devient trop personnelle.

Chacun va amener l’autre sur son terrain. Il va organiser une virée en voiture jusqu’à la grand-mère, elle va l’entraîner jusqu’aux pétroglyphes. Et finalement, ce voyage entraîne des changements chez les deux personnages, bien différents à Mourmansk que ce qu’ils étaient à Moscou.

Le réalisateur parvient à nous intéresser à tout cela par petites touches, délicatement, sans jamais forcer ni brusquer les choses. Tout se fait ici en finesse, dans une évocation pudique et sincère des sentiments. Aucune scène superflue, aucune réplique inutile : le réalisateur finlandais est du genre minimaliste, n’hésitant pas à prolonger les silences jusqu’à ce qu’ils fassent naître une émotion. Les regards ont aussi une importance capitale, ce qui prolonge le caractère parfois contemplatif du film. La grande force de Compartiment n°6 est là, dans cette poétique de l’instant présent et cette volonté de changement, deux éléments qui définissent si bien les voyages. Compartiment n°6 fait partie de ces films qui se savourent, petit bijou d’émotion et de poésie.

Complément de programme

Le seul complément de programme présent sur le DVD est un court métrage réalisé par Juho Kuosmanen en 2007. Le film s’intitule Roadmarkers et nous montre trois personnages travaillant sur une route en plein automne. Roadmarkers permet de retrouver les qualités de Compartiment n°6, en particulier dans le jeu sur les silences, sur la difficulté à exprimer des sentiments.

Caractéristiques du DVD :
Audio : VO et VF 5.1
Sous-titres français et sourds et malentendants
Format 2.35
Durée : 96 minutes

Complément de programme :
Roadmarkers (2007, 18 minutes).

Festival de Cannes 2022 : Men, d’Alex Garland

Quand Alex Garland, après deux premiers films inimitables, revient avec un petit bijou du cinéma de genre, hallucinogène et troublant, on ne peut qu’avec joie découvrir sa collaboration avec A24 qui se distingue par des productions de plus en plus horrifiques, singulières et borderlines. Un duo d’exception pour l’avenir du septième art.

Synopsis : Après avoir vécu un drame personnel, Harper décide de s’isoler dans la campagne anglaise, en espérant pouvoir s’y reconstruire. Mais une étrange présence dans les bois environnants semble la traquer. Ce qui n’est au départ qu’une crainte latente se transforme en cauchemar total, nourri par ses souvenirs et ses peurs les plus sombres.

Comment se remettre d’une expérience aussi hors-norme que la nouvelle oeuvre d’Alex Garland ? Comment expliquer l’inexplicable ? Retour sur un des films les plus fascinants de la 75e édition du Festival de Cannes.

Aux premiers abords, le film donne un ton onirique et naturaliste, mais plus le personnage de Jessie Buckley se console dans la campagne anglaise isolée, plus cette terre de quiétude s’assombrit pour ne laisser que malaise et mélancolie. Le réalisateur a un véritable don pour faire de son environnement un personnage à part entière. L’énergie qui se dégage du film est bourrée de complexité, à la fois paisible et asphyxiante. Pourtant les premières longueurs pourraient en raviser plus d’un, à se demander si tout du long, on ne ferait que suivre les petites ballades environnantes de la mystérieuse Harper. Mais Alex Garland sait comment donner satisfaction à son audience dès les premières notes, en deux ou trois tours.

D’abord, la scène d’ouverture est fascinante, aux limites de l’imaginaire, avec un ralenti qui nous ferait presque retenir notre souffle, à l’image des souvenirs d’une protagoniste paralysée. En second, l’humour irrésistiblement british de Rory Kinnear, qui pour le film, eut le privilège d’une totale liberté d’improvisation.

Le ton s’amène petit à petit, démarrant sur des petites hallucinations douteuses, dont on ne sait trop si elles sont destinées au public ou à l’héroïne. Puis la folie vient s’étendre sur notre épaule quand à toutes les portes, les traits de Rory Kinnear deviennent perceptibles, comme un homme aux mille visages, ou mille visages en un seul homme. Nos croyances sont altérées, nos doutes emprisonnés.

Au-delà du réel

Miss Marlow découvre les conséquences d’un tel isolement, réveillant en elle les peurs les plus profondes, comme un conte moderne à la Freddy Krueger, hormis que ses cauchemars à elle la poursuivent même éveillée. D’un hôte malaisant à l’enfant agressif, en passant par un rôdeur nu ou encore un prêtre indécent, les multiples personnalités de Rory Kinnear sont d’une exécution bluffante. De là, la frayeur suit de près Jessie Buckley et le cottage qui au départ se devait d’être un havre de paix, se trouve être un huis clos de terreur, une croisade labyrinthique vers une délivrance sous forme de rédemption.

Une descente aux enfers qui se fait crescendo, jusqu’à une scène interminable d’une succession d’accouchements schizophréniques, une séquence totalement hors du temps mais captivante.
Alex Garland préserve son statut de grand cinéaste novateur avec cette belle métaphore du deuil, véritable offrande à toutes expériences cinématographiques.

Men est LE coup de coeur de ce Festival de Cannes 2022, présenté à la Quinzaine des Réalisateurs.

Men – Bande-annonce :

Men – Fiche technique :

  • Réalisation : Alex Garland
  • Distribution : Jessie Buckley, Rory Kinnear, Paapa Essiedu
  • Scénario : Alex Garland
  • Décors : Mark Digby
  • Costumes : Lisa Duncan
  • Photographie : Rob Hardy
  • Musique : Ben Salisbury, Geoff Barrow
  • Montage : Jake Roberts
  • Sociétés de production : A24, DNA Films
  • Genre : horreur, drame
  • Durée : 100 min
  • Royaume-Unis – juin 2022

Hawaï (modernes) solitudes

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Originaire de Maui, l’une des îles d’Hawaï, l’Américain R. Kikuo Johnson – dessinateur au New Yorker – propose avec cet album un état des lieux à sa manière, c’est-à-dire très souvent allusif. En fait, il use de manière très personnelle de l’ellipse.

Charlène est une jeune femme qui travaille dans un hôpital, probablement comme infirmière. Ce travail ne doit pas trop lui convenir, car elle prépare le concours de médecine. Incidemment, on apprend page 32 (sur un total de 99 pour l’album) qu’elle a présenté sa démission. Une information qu’on pouvait deviner, car on observe Charlène très concentrée sur son ordinateur, un badge abandonné négligemment sur sa table qui s’encombre de plus en plus, laissant entendre qu’elle n’en bouge pas trop, mélangeant travail personnel et repas. Une lecture basique donne la bizarre impression que la démission de Charlène n’est qu’une information accessoire. Il faut dire qu’il se passe suffisamment d’événements dans sa vie pour que certains points soient considérés comme secondaires. Pour préciser ses conditions de vie, il faut savoir que Charlène n’a pas d’homme dans sa vie, mais qu’elle a un jeune fils, Brandon, et surtout qu’elle assume la charge de son père, retraité qui a de plus en plus tendance à vivre dans son monde intérieur, au ralenti.

Un titre explicite

Avec cet album au format italien (sur une base de deux bandes par planche, avec quelques dessins pleine planche voire sur une double page), le dessinateur montre l’isolement des individus dans une société représentative du monde actuel. Charlène est repliée sur sa préparation de concours, n’ayant que peu de temps à consacrer à son fils et à son père. Ce dernier disparaît dans l’indifférence générale (de l’extérieur, Brandon entend sa mère crier, mais il prend peur et s’enfuit, croyant que sa mère réagit aux saletés qu’il a laissées dans la maison en jouant avec son chat, Batman). Assez isolé lui aussi, Brandon n’est finalement à l’aise qu’avec Batman. C’est donc une catastrophe pour lui quand son chat disparaît et il aura une réaction tellement vive qu’elle le met en grand danger lorsqu’un hasard lui permet, plus tard, d’apercevoir Batman au loin.

Solitude et égoïsme

L’isolement des uns et des autres conduit à l’égoïsme qu’on trouve symbolisé dans l’attitude de Charlène, représentée de façon quasi systématique en train de pianoter sur le clavier de son ordinateur. Mais l’égoïsme de Charlène n’est qu’un écho de celui de sa collègue qui, non contente de la prendre comme son taxi, ne se gêne pas pour la mettre en retard par la même occasion. N’oublions pas la multitude des charges de Charlène : son travail puis sa préparation au concours, son fils Brandon – souvent livré à lui-même – et son père impotent dont elle s’occupe comme elle peut. Mais, est-ce que cela peut tout expliquer ou justifier ? Ainsi, Charlène n’a semble-t-il pas jugé nécessaire de prévenir son frère musicien de la mort de leur père. Robbie se trouvait à l’autre bout du monde. Mais quand il revient, il n’est visiblement pas encore au courant. D’ailleurs, Charlène avait complètement oublié qu’il devait venir ce jour-là. La narration laissant sous silence tout ce qui s’est passé au moment du décès du père, un mois auparavant, on dirait que l’arrivée de Robbie change enfin la donne. Après l’envoi de faire-part, il prononce un court éloge funèbre à sa façon avant la dispersion des cendres. Il semblerait que le paraître auprès de l’entourage soit sauf.

Une manière bien personnelle

Le dessinateur n’est donc jamais pressé de donner des informations qui clarifieraient les situations, il préfère laisser des indices nous laissant deviner. Il est possible aussi que cette méthode permette à ses yeux de rendre compte du manque de dialogue entre ses personnages, pour symboliser ce qu’il cherche à dénoncer : l’ambiance générale dans nos sociétés (voir le titre de l’album). En première lecture, Hawaï solitudes a donc de quoi déconcerter, car le dessinateur joue sur les informations qu’il donne, entre faits, indices, allusions et ellipses. Son style très soigné (un trait fin et élégant) se sent sur pas mal de détails, sans jamais aller jusqu’à la surcharge. Il faut donc une deuxième lecture, attentive aux détails (sans oublier les quelques explosions de couleurs), pour mieux saisir la subtilité de ses intentions. On voit notamment Brandon grandir dans un monde où on ne lui fournit que très peu de clés de compréhension. Son expérience sera probablement fondamentale. À ce titre, on imagine qu’il aura du mal à sortir de ce réflexe de repli sur soi. Par ailleurs, le dessinateur déplore la fin de l’exploitation de la canne à sucre sur l’île de Maui (au profit du tourisme), où il situe l’intrigue, mais il ne fait que le mentionner en quelques lignes après la dernière planche. Et la vie sur l’île n’est qu’une toile de fond de l’album (avec quelques souvenirs familiaux).

Hawaï solitudes, R. Kikuo Johnson
Gallimard Bande dessinée : sorti le 9 mars 2022

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3.5

« Les 5 Terres », pour la huitième fois

Les éditions Delcourt publient « Plus morte que morte », le huitième tome de la série Les 5 Terres, de Lewelyn et Jérôme Lereculey.

« On m’avait bien dit que depuis qu’on a délaissé les friches pour se recentrer sur les docks, elles commençaient à se croire tout permis. J’aurais dû écouter. » Tandis qu’Alissa a été passée à tabac et laissée pour morte par les petites frappes du clan du Coucal (« une poignée de gamines désorganisées et trompe-la-mort »), le Sistre organise la riposte tout en maugréant contre l’audace de leurs adversaires. Ce que craignent désormais Djen, Kital, Mana et les autres, c’est que l’affaire ne s’ébruite et que leur pouvoir ne se voit contesté. Bien que conservant un aspect choral, « Plus morte que morte » est irrigué de bout en bout par cette opposition implacable entre deux camps rivaux et déterminés à l’emporter.

Une autre dimension de ce huitième album transparaît par le truchement de Thori. Ayant besoin d’argent pour financer les traitements médicaux de son fils malade, elle aspire à reprendre les combats, et en vient même à demander une recommandation pour un boulot ingrat qui viendrait s’ajouter à son travail de cuisinière. Elle et son mari font montre d’une belle complicité face à l’épreuve. Le collectif de scénaristes Lewelyn accorde une large place à leur résilience, mais n’oublie pas non plus d’évoquer les idées préconçues auxquelles leur couple a dû faire face. On retrouve cette même appétence pour les reliefs psychologiques (exprimés au détriment de séquences plus spectaculaires) avec Otsue et Teruo. Les deux étudiants en archéologie ont fait les frais d’un vol et se disputent quant à leurs responsabilités respectives. Otsue est dépeinte par son camarade comme quelqu’un en proie au péché d’orgueil, convaincue de pouvoir faire faire n’importe quoi à n’importe qui. « Tu n’as pas lancé cette expédition pour faire avancer nos connaissances ou par passion pour notre discipline, non. Tu l’as fait par orgueil. Tu es tellement en insécurité permanente sur ton intelligence, ce que les gens attendent de toi, ce qu’ils pensent de toi, que tu as été jusqu’à mettre nos vies en danger à cause de ça. »

« Plus morte que morte » met aussi en scène le Commissaire examinateur Shin Taku et sa femme Ostrae, ou la princesse Keona, désireuse de donner plus de substance aux recherches socio-historiques sur les peuples des Cinq Terres – elle comprend que les connaissances sur les uns et les autres demeurent lacunaires et stéréotypées. Cette dernière semble par ailleurs marquée par l’absence de nouvelles d’Eren. Iniki assiste à l’égorgement de Dekira, l’enquête sur la disparition de Makana Othere suit son cours et tous ces arcs, apparaissant en filigrane de la rivalité Sistre/Coucal, cheminent avec grand soin, caractérisés par une vraie science du récit. De son côté, comme toujours, Jérôme Lereculey fait des merveilles au dessin : tant les décors que les expressions faciales ou les séquences de pure action donnent pleinement satisfaction. On trouvera aussi, dans les pages 36 et 37, une savante mise en scène du temps en suspens et de l’introspection. De quoi confirmer tout le bien que l’on pensait de la série Les 5 Terres.

Les 5 Terres : Plus morte que morte, Lewelyn et Jérôme Lereculey
Delcourt, mai 2022, 56 pages

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4

Festival de Cannes 2022 : War Pony de Riley Keough et Gina Gammell

C’est un premier long-métrage très fort que Riley Keough et Gina Gammell ont présenté à Cannes pour cette 75e édition. Et pour cause, le film a reçu le prix très mérité de la Camera d’or. Retour sur une séance qui ne laissera personne indifférent.

Synopsis : War Pony suit les destins entremêlés de deux jeunes garçons Lakotas vivant sur la réserve amérindienne de Pine Ridge. A 23 ans, Bill cherche à joindre les deux bouts. Que ce soit en siphonnant de l’essence, en faisant des livraisons ou en élevant des caniches, il est déterminé à se frayer un chemin en direction du “rêve américain”. Matho, 12 ans, est quant à lui impatient de devenir un homme. Cherchant désespérément à obtenir l’approbation de son jeune père, Matho prend une série de décisions impulsives qui bouleversent sa vie et ne lui permettent pas de faire face aux dures réalités du monde.

Chronique en deux histoires, instants de remords, perte d’innocence et remise en question.

Après avoir suivi de très près Riley Keough sur ses talents de comédienne, son premier long-métrage avec Gina Gammell était en quelque sorte une évidence. On se retrouve plongé dans une réserve du Dakota du Sud, bien loin des thrillers, comédies ou action movies qui couvrent sa carrière. Les intentions sont claires, les deux réalisatrices souhaitent lever le voile sur une facette de l’Amérique, au cœur des tribus amérindiennes, où pauvreté et philosophie chercheront à nous sensibiliser.

Bill et Matho s’efforcent de tracer leur voie vers l’âge adulte, l’un en cherchant la poule aux œufs d’or, l’autre en jouant les durs à cuir. Les deux histoires sont fascinantes, surtout du côté du plus jeune qui vole entièrement la vedette à son ainé. Un tout nouvel acteur bourré d’une sensibilité à en faire pâlir les jeunes recrues Netflix. Comme tout adolescent, il ne demande qu’à impressionner les personnes qui l’entourent, entre des amis squatteurs et une première amourette, en jouant les cancres trop sûr de soi. Seulement, sa quête de reconnaissance entravera celle qu’il estimait plus que toutes les autres : celle de son paternel. Abandonné et recueilli par un refuge d’orphelins, Matho fera tout ce qui est en son pouvoir pour regagner la confiance de son père. Un échec qui lui apprendra le lourd poids des erreurs, dans une remise en question pénible mais directrice vers le chemin de la rédemption, loin de son jeune âge. Un véritable gouffre d’émotions qui harponnera les cœurs les plus sensibles.

On reconnaît la maitrise de la direction d’acteurs, sûrement inspirée des plus grands avec lesquels la petite fille d’Elvis Presley a dû travailler, entre Robert Mitchell, Miller ou encore Soderbergh.

Riley Keough et Gina Gammell offre une véritable immersion dans la misère des Lakotas, au point d’avoir sous nos yeux de vrais acteurs locaux. Le portrait est saisissant, sans aucun artifice et touchant. Un premier film prometteur pour les jeunes réalisatrices, qui à travers leur film, offrent une réelle substance, sans jamais se reposer sur des péripéties conventionnelles mais ayant un aspect plus poétique, plus poignant. Les quelques défauts qu’on pourrait lui trouver ne sont rien comparés au réel climat qui règne sur tous les habitants, un ensemble qu’on pourrait éventuellement qualifier d’ordinaire mais d’une franchise pure.

Le film est gagnant de la caméra d’or dans la sélection Un Certain Regard.

War Pony : fiche technique

  • Réalisation : Gina Gammell, Riley Keough
  • Scénario : Franklin Sioux Bob, Bill Reddy, Gina Gammell
  • Distribution : Ashley Shelton, Robert Stover, Jojo Bapteise Whiting
  • Photographie : David Gallego
  • Montage : Affonso Gonçalves, Eduardo Serrano
  • Musique : Christopher Stracey, Mato Wayuhi
  • Sociétés de production : Caviar, Centauri, Felix Culpa
  • Genre : drame
  • Durée : 115 min
  • États-Unis – 2022

« 14 juillet » : quatre semaines, huit personnages, une révolution

Hervé Pauvert et Cécile Chicault publient 14 juillet, destins d’une révolution aux éditions Delcourt. En se penchant sur les actions de huit personnages au cours des quatre semaines précédant la Révolution française, ils en analysent les tenants et aboutissants au sein d’une société en pleine mutation.

Le 17 juin 1789, Jeannette est sur la route, direction Paris, où la jeune paysanne s’apprête à être embauchée au service d’un prisonnier de la forteresse royale de la Bastille. La capitale qui apparaît au loin est entourée de paysages champêtres. Les prairies, les moulins, les sentiers de terre ne disent cependant rien de la colère qui gronde à quelques encablures de là. Car pour les plus modestes, les temps sont difficiles. Ils sont « accablés d’impôts et de disette et […] se tuent à la tâche jour après jour ». Pour eux, les États généraux qui viennent de commencer sont porteurs d’espoirs. L’Assemblée réunie à Versailles est censée répondre, enfin, aux nombreuses doléances du Tiers État. À Paris, les aristocrates et les évêques font cependant de la résistance et on se demande si le Roi peut se résigner à mettre fin à la monarchie absolue, comme le lui conseille son puissant ministre Necker.

Le même jour, au faubourg Saint-Antoine à Paris, Jean-Baptiste et Suzanne regrettent « toutes ces familles qui triment pour des richards qui les conchient ». Ils risquent de se retrouver à la rue avec leur enfant malade parce que Jean-Baptiste, ouvrier désormais sans emploi, a protesté contre une baisse de salaire qu’il estimait injustifiée. À Versailles, deux jours plus tard, c’est Marie-Antoinette qui se voit pressée par Charles, son beau-frère, d’intervenir auprès du Roi pour qu’il refuse le projet de Necker. Il serait en effet absurde et dangereux de concéder une partie du pouvoir royal à une « Assemblée de gueux ». Quelques jours plus tard, Jeannette, la cousine de Jean-Baptiste et Suzanne, prend ses quartiers à la Bastille et découvre le vrai sens de sa mission : donner satisfaction, par tous les moyens, à un comte et écrivain obscène dont la perversion se matérialise en trois vignettes, respectivement axées sur ses seins, sa bouche et ses yeux.

Hervé Pauvert et Cécile Chicault alternent ainsi les points de vue, passant d’un personnage à l’autre, des insurgés aux royalistes, tout en portraiturant le magma populaire montant des quatre semaines qui précèdent le soulèvement du 14 juillet. On découvre, dans des chapitres courts mais éloquents, des individus précarisés glissant vers la déchéance, un hospice de la charité contraint de refuser par centaines les nécessiteux, un gamin (Nicolas) dont la fièvre est liée à la dénutrition, des discours anti-royalistes enflammés et des réactions conservatrices amorcées avec le concours de régiments étrangers. 14 juillet, destins d’une révolution portraiture une France fracturée, au seuil de l’implosion, bientôt érigée en repoussoir pour toutes les monarchies de droit divin d’Europe.

De cette période trouble naissent l’excès et l’ambiguïté. C’est Marie-Antoinette qualifiée de « putain autrichienne » et exécutée pour inceste et haute trahison. C’est Lucile, personnage fictif, fille d’un garde français pris entre deux feux, défendant un peuple n’aspirant qu’à appliquer les idées de Voltaire, Rousseau ou Montesquieu. Pendant ce temps, le Roi ne comprend pas que le peuple continue de s’insurger alors même qu’il lui a donné des gages quant à la liberté de la presse, l’égalité fiscale ou la suppression de la corvée royale. Il doit protéger sa famille, son héritage, son trône, sa propre personne. Mais doit-il le faire par la violence ou le compromis ? La réponse sera conditionnée par le peuple de Paris, armé et bien décidé à ne plus « subir en silence toutes ces humiliations ». C’est cet inévitable affrontement, sur fond de tensions sociales exacerbées, qu’Hervé Pauvert et Cécile Chicault narrent avec talent dans 14 juillet, destins d’une révolution. Un album qui nous plonge au cœur de la pré-Révolution, en compagnie de personnages matriciels, dont la chair humaine et les ressorts émotionnels apportent une lumière profuse – et recentrée – sur ces événements historiques.

14 juillet, destins d’une révolution, Hervé Pauvert et Cécile Chicault
Delcourt, mai 2022, 120 pages

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3.5

« Année zéro » : un bébé, et après ?

La scénariste Anna Roy et la dessinatrice Mademoiselle Caroline reviennent dans Année zéro sur les chamboulements existentiels induits par la venue au monde d’un bébé. Leur personnage principal, Madeleine, n’est autre qu’une sage-femme elle-même confrontée aux épreuves dans lesquelles elle assistait jusque-là ses patientes – et par l’intermédiaire de qui Anna Roy peut glisser des éléments autobiographiques.

Vingt-sept ans, énergique, Parisienne, exerçant un métier qui la passionne, tant à l’hôpital qu’en libéral, Madeleine a de quoi faire des envieuses. Sa relation avec Antoine semble d’ailleurs idyllique. Et même si elle enchaîne les gardes, elle y trouve de quoi assouvir son besoin de contacts humains et elle se sent importante dans un processus qui l’est tout autant : l’accompagnement des nouveaux parents et les soins à prodiguer à leur nouveau-né. Un caillou va toutefois venir se glisser dans cette mécanique bien rodée : la professionnelle de la maternité va devoir appliquer à sa situation personnelle tous les conseils qu’elle prodiguait aux autres. Et c’est là que le bât blesse : enceinte, elle est physiquement limitée, quelque peu délaissée par Antoine et bientôt incapable de poursuivre ses activités professionnelles ; jeune maman, elle se fait anxieuse, subit une fatigue intense, met sa vie personnelle sur pause et assiste, impuissante, à une forme de rupture avec Antoine – qui pense être à la hauteur alors qu’elle estime au contraire tenir le monde entier sur ses épaules.

Baby blues, charge mentale, burn-out parental, fin de la vie à deux, pression sociale, difficultés professionnelles, avalanche de conseils bienveillants (et ressentis le plus souvent comme des affronts) : Madeleine passe par toutes les étapes, désagréables mais souvent inévitables, de la vie d’une jeune maman. Avec beaucoup de justesse, Anna Roy et Mademoiselle Caroline font ressentir aux lecteurs, par une illustration désenchantée du quotidien maternel, à quel point l’épreuve peut être douloureuse, au sens propre (épisiotomie, crevasses aux seins, montée de lait, etc.) comme au figuré (ne plus avoir de vie sociale, ne plus dormir, être cantonné à des tâches ingrates et cycliques, etc.). Graphiquement, cet état de fait est restitué à travers un interminable et récurrent fil rouge, qui enserre Madeleine, sur lequel elle joue les funambules, qui l’empêche de se mouvoir et donc d’aller de l’avant dans la vie. Pis, la sage-femme se rend compte qu’elle n’écoutait pas vraiment ses patientes, qu’elle se contentait de leur dispenser le prêt-à-penser de la profession, qu’elle minimisait considérablement les efforts consentis par celles dont elle avait la charge. Pour Madeleine, la redéfinition est brutale et complète : son quotidien est chamboulé, sa vision du monde altérée.

À fleur de peau, déconsidérée par certains collègues, lassée par la routine qui s’est installée dans sa vie de famille, Madeleine suit une thérapie qui lui est finalement moins bénéfique que ses échanges avec d’autres femmes vivant la même situation qu’elle. En fin de compte, Année zéro sonne comme une sorte de désillusion. C’est un ouvrage qui confronte la réalité à sa version romantique et instagramée, non pas pour faire peur, mais au contraire pour rassurer : une jeune mère dépassée par les événements ne saurait être blâmée, puisqu’elle est prise dans le même étau que des millions d’autres qui ne s’en sortent pas forcément mieux. Alors, rebutante la maternité ? Pas vraiment, puisque les choses finissent par s’arranger et que tout le monde va enfin trouver sa place, après une période de tâtonnements. Bébé grandit, les nuits s’allongent, les tâches sont mieux gérées, des aménagements sont rendus possibles et surtout la vie familiale suit son cours, apportant son lot de bonheur et de joies partagées.

Année zéro, Anna Roy et Mademoiselle Caroline
Delcourt, mai 2022, 192 pages

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3.5

« ReV » : expérience sensorielle

Les éditions Glénat publient ReV, du scénariste et dessinateur Édouard Cour. Immersion dans un monde futuriste où les psymulations mêlent la puissance informatique et algorithmique aux rêves humains, l’album se caractérise par une inventivité folle et une pluralité de styles allant de Tim Burton (ses croquis, L’Étrange Noël de Monsieur Jack) à Steven Spielberg (Ready Player One) en passant par le pointillisme, le cinéma des Wachowski, certains traits de Keith Haring ou d’Edvard Munch, voire un peu de Mœbius ou de Philippe Druillet.

ReV constitue une double expérience. D’une part, le lecteur est appelé à se fondre dans la peau de Gladis, qui s’initie à la psymulation, avec tous les tâtonnements partagés que cela implique, et, d’autre part, il fait face à un univers ultra-inventif, graphiquement débridé, jouant des textures, de l’onirisme, des formes ou des couleurs, le tout donnant lieu à des sensations rarement éprouvées devant une bande dessinée. Découvrant les secrets d’un jeu vidéo lié à la psyché humaine en même temps que son utilisatrice, seulement guidé par l’expérience en temps réel et les conseils minimalistes de Mr_iO (un joueur en mode « coopération passive »), le lecteur n’a d’autre choix, à l’instar de Gladis, que d’« accepter de ne pas tout savoir » et de se laisser transporter dans une réalité virtuelle où chaque étape est un saut dans l’inconnu et chaque planche, une proposition graphique dont l’inventivité n’a d’égale que la beauté.

Audacieux, d’une sophistication formelle inénarrable, ReV alterne les vignettes en noir et blanc aux arrière-plans rudimentaires et les débauches subtiles de couleurs et d’effets, comme c’est par exemple le cas pages 54-55. Édouard Cour recourt en fait à tant de trouvailles et de techniques picturales que l’on pourrait y accoler des références par dizaines. Mais son ambition se situe précisément là : Gladis vivant un voyage inédit et unique en son genre, le scénariste et dessinateur prend le parti de mettre en partage cette expérience, à travers un coup de crayon et des propositions artistiques empruntant tant au cinéma (de Shining à Henry Selick en passant par les plans symétriques à la Wes Anderson) qu’à la peinture ou la bande dessinée – il y a du Druillet, du Caza, du Murakami, du Kusama… Parfois, l’emprunt est plus fugace : page 63, on rencontre à la fois Alien et la dame en or de Gustav Klimt ; page 74, on pourrait penser que le Manhattan de Woody Allen s’est entremêlé avec le Under The Skin de Jonathan Glazer ; ailleurs, il y a du Francisco de Goya dans l’emploi du noir et du Magritte à travers le détournement.

Il est difficile de mettre des mots sur ce qui relève finalement des sens. Car ReV n’est pas une histoire que l’on pourrait résumer en quelques phrases, mais plutôt un cheminement artistique dont on ressent intimement chaque pulsion. Bien qu’Édouard Cour ne fasse pas le deuil de la narration, il s’inscrit, à la manière d’un David Lynch, au croisement de la forme, de l’onirisme et d’un propos diffus que chacun s’appropriera selon ce qu’il y aura puisé. C’est en tout cas inventif, stimulant, traversé d’influences et, souvent, à couper le souffle.

ReV, Édouard Cour
Glénat, mai 2022, 104 pages

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4.5