« Wild Bill Hickok » : gunfighter, justicier, mythe

Les éditions Glénat publient Wild Bill Hickok, du scénariste Dobbs et du dessinateur Ennio Bufi. Épaulés par l’historien Farid Ameur, ils reviennent sur la vie, devenue mythique, de James Butler Hickok, dans la collection « La véritable histoire du Far West ».

Il y a quelques mois, la collection « West Legends » des éditions Soleil rendait un bel hommage à Wild Bill Hickok, dans un album volontiers pessimiste et crépusculaire. C’est aujourd’hui au tour des éditions Glénat, qui s’associent pour l’occasion à Fayard, de se pencher sur cette figure mythique du Far West américain. Le ton est donné dès les premières planches. Révélé par bribe et en clair-obscur, le marshal Hickok est réveillé pour intervenir dans un saloon d’Abilene, au Kansas, où des coups de feu ont été échangés. Il se rend sur place, essaie de tempérer les ardeurs des parties prenantes, mais tue par mégarde son adjoint Mike Williams, ce qui lui vaudra d’être évincé de la ville mais aussi, désormais, de vivre au quotidien avec le poids écrasant du remord. Partant, celui qui est passionné par le poker va se produire dans des spectacles le mettant en scène. Il rencontre aussi sa future femme, Agnes Thatcher, qui est la première à évoquer ces shows à base de tirs et de reconstitution montés par… Buffalo Bill.

Dobbs, Farid Ameur et Ennio Bufi parviennent très bien à saisir Wild Bill Hickok à travers ses deux dimensions : il y a le mythe, tireur d’élite capable de survivre à une attaque de grizzly et dont la présence suffit à attirer les foules, mais aussi l’homme, ployant sous la culpabilité, en rupture avec son environnement, jamais tout à fait à sa juste place. « J’en ai plein les bottes du maquillage et de tous ces textes à déclamer », dit-il, avant d’ajouter : « Ces paillettes, ces faux-semblant, ce n’est pas moi. Moi, il me faut des grands espaces… » Et pourtant, incidemment, le cowboy chevronné est devenu un artiste itinérant. Wild Bill Hickok ne cesse d’ailleurs d’opérer des ponts entre ses représentations et les faits biographiques qui les sous-tendent, exposés de manière alternée sous forme de flashbacks. Qu’il s’agisse de son duel avec Davis Tutt, de son expédition à Rochester, de l’attaque des Cheyennes en 1866 ou de ses liens avec les frères Utter, l’album revient abondamment sur les traits constitutifs de la légende du gunfighter. Et dans cet exercice difficile, consistant à fondre une matière significative en 56 pages, non seulement les auteurs s’en sortent haut la main, mais le dessinateur Ennio Bufi fait la démonstration de tout son talent : les paysages arides de l’Ouest, les expressions faciales, les villages typiques à la Deadwood (où Hickok se rendra dans l’espoir de faire fortune grâce à l’or) se trouvent magnifiés dans des vignettes d’une qualité exceptionnelle.

Dobbs et Farid Ameur portraiturent d’un même élan la soif de sensationnalisme d’un public ivre des légendes du Far West et le besoin d’authenticité d’un Wild Bill Hickok peu en phase avec le monde du spectacle. Ils révèlent aussi des pans entiers de sa personnalité avec une rare économie de moyens, par exemple à travers l’accueil qu’il réserve à un journaliste ou la manière dont il calme ses douleurs (c’est-à-dire en abusant de l’opium). Sombre, maîtrisé de bout en bout, Wild Bill Hickok se clôture par un cahier didactique rappelant le caractère mythique du personnage, qui bénéficiera au cinéma des interprétations de John Wayne, Gary Cooper ou Clint Eastwood. Gunfighter ultime, il aimait, comme le rappelle à dessein Farid Ameur, l’aventure et les menus plaisirs, en plus des duels. L’homme était aussi caractérisé par ses convictions abolitionnistes – il s’est engagé avec l’armée du Nord – et une vraie soif de liberté.

Wild Bill Hickok, Dobbs, Farid Ameur et Ennio Bufi
Glénat/Fayard, mai 2022, 56 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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