Festival de Cannes 2022 : War Pony de Riley Keough et Gina Gammell

C’est un premier long-métrage très fort que Riley Keough et Gina Gammell ont présenté à Cannes pour cette 75e édition. Et pour cause, le film a reçu le prix très mérité de la Camera d’or. Retour sur une séance qui ne laissera personne indifférent.

Synopsis : War Pony suit les destins entremêlés de deux jeunes garçons Lakotas vivant sur la réserve amérindienne de Pine Ridge. A 23 ans, Bill cherche à joindre les deux bouts. Que ce soit en siphonnant de l’essence, en faisant des livraisons ou en élevant des caniches, il est déterminé à se frayer un chemin en direction du “rêve américain”. Matho, 12 ans, est quant à lui impatient de devenir un homme. Cherchant désespérément à obtenir l’approbation de son jeune père, Matho prend une série de décisions impulsives qui bouleversent sa vie et ne lui permettent pas de faire face aux dures réalités du monde.

Chronique en deux histoires, instants de remords, perte d’innocence et remise en question.

Après avoir suivi de très près Riley Keough sur ses talents de comédienne, son premier long-métrage avec Gina Gammell était en quelque sorte une évidence. On se retrouve plongé dans une réserve du Dakota du Sud, bien loin des thrillers, comédies ou action movies qui couvrent sa carrière. Les intentions sont claires, les deux réalisatrices souhaitent lever le voile sur une facette de l’Amérique, au cœur des tribus amérindiennes, où pauvreté et philosophie chercheront à nous sensibiliser.

Bill et Matho s’efforcent de tracer leur voie vers l’âge adulte, l’un en cherchant la poule aux œufs d’or, l’autre en jouant les durs à cuir. Les deux histoires sont fascinantes, surtout du côté du plus jeune qui vole entièrement la vedette à son ainé. Un tout nouvel acteur bourré d’une sensibilité à en faire pâlir les jeunes recrues Netflix. Comme tout adolescent, il ne demande qu’à impressionner les personnes qui l’entourent, entre des amis squatteurs et une première amourette, en jouant les cancres trop sûr de soi. Seulement, sa quête de reconnaissance entravera celle qu’il estimait plus que toutes les autres : celle de son paternel. Abandonné et recueilli par un refuge d’orphelins, Matho fera tout ce qui est en son pouvoir pour regagner la confiance de son père. Un échec qui lui apprendra le lourd poids des erreurs, dans une remise en question pénible mais directrice vers le chemin de la rédemption, loin de son jeune âge. Un véritable gouffre d’émotions qui harponnera les cœurs les plus sensibles.

On reconnaît la maitrise de la direction d’acteurs, sûrement inspirée des plus grands avec lesquels la petite fille d’Elvis Presley a dû travailler, entre Robert Mitchell, Miller ou encore Soderbergh.

Riley Keough et Gina Gammell offre une véritable immersion dans la misère des Lakotas, au point d’avoir sous nos yeux de vrais acteurs locaux. Le portrait est saisissant, sans aucun artifice et touchant. Un premier film prometteur pour les jeunes réalisatrices, qui à travers leur film, offrent une réelle substance, sans jamais se reposer sur des péripéties conventionnelles mais ayant un aspect plus poétique, plus poignant. Les quelques défauts qu’on pourrait lui trouver ne sont rien comparés au réel climat qui règne sur tous les habitants, un ensemble qu’on pourrait éventuellement qualifier d’ordinaire mais d’une franchise pure.

Le film est gagnant de la caméra d’or dans la sélection Un Certain Regard.

War Pony : fiche technique

  • Réalisation : Gina Gammell, Riley Keough
  • Scénario : Franklin Sioux Bob, Bill Reddy, Gina Gammell
  • Distribution : Ashley Shelton, Robert Stover, Jojo Bapteise Whiting
  • Photographie : David Gallego
  • Montage : Affonso Gonçalves, Eduardo Serrano
  • Musique : Christopher Stracey, Mato Wayuhi
  • Sociétés de production : Caviar, Centauri, Felix Culpa
  • Genre : drame
  • Durée : 115 min
  • États-Unis – 2022

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Charlotte Quenardel
Charlotte Quenardelhttps://www.lemagducine.fr/
Mordue de ciné depuis mes jeunes années, allant de The Thing à Moulin Rouge, Lost Highway ou encore To Have and Have Not, je m'investis à nourrir cet hétéroclisme cinématographique en espérant qu'il me nourrisse à son tour. Et peut-être qu'en passant, je peux en happer un ou deux sur ma route. Après tout, comme disait Godard : “Je ne veux parler que de cinéma, pourquoi parler d’autre chose ? Avec le cinéma on parle de tout, on arrive à tout.”

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