À l’occasion des 100 ans de la Warner, des films mythiques du studio californien sont projetés dans nos salles. La Fureur de vivre (Rebel Without a Cause), œuvre culte qui a notamment consacré James Dean, est à l’honneur cette semaine. Ce film, à l’origine destiné à être une production de série B, met en scène les tourments d’un groupe d’adolescents dans l’Amérique d’après-guerre, et ne doit pas sa postérité qu’à la performance de ses acteurs.
Synopsis :Jim Stark est le petit nouveau au lycée. Un jeune homme accablé de problèmes familiaux et brimé par ses camarades, mais qui n’aspire qu’à se faire une place parmi eux. Il est entraîné malgré lui dans un défi de vitesse face à Buzz, chef d’un groupe un peu rebelle, où ce dernier perd la vie. Suite à ce drame, Jim est entraîné dans une spirale de violence.
Portrait d’une jeunesse en crise
Trois personnages sont au cœur de l’intrigue : Jim Stark (James Dean), Judy (Natalie Wood) et John, dit “Platon” (Sal Mineo). Dès la séquence d’ouverture, ils semblent incarner une jeunesse en perte de repères et en proie à la délinquance : tous trois se retrouvent le même soir au poste de police de la ville pour de petites infractions. L’un des enjeux majeurs du film est donc la création de nouveaux repères pour ces jeunes entourés par la violence. En effet, dès le lendemain, Jim est le petit nouveau du Dawson High School, où il est sommé de “faire ses preuves”, en vue d’intégrer la bande de cool kids du lycée. Cela se traduit dès le premier jour par un duel au couteau entre Jim et Buzz, le leader du groupe. Stoppés par un professeur, les deux adolescents se donnent rendez-vous le soir même au bord de la falaise pour poursuivre leur combat. Après avoir hésité à s’y rendre, Jim retrouve finalement Buzz pour une course de voitures. Lorsque son adversaire y perd accidentellement la vie, Jim ses deux acolytes font face aux attaques vengeresses des anciens compagnons du défunt. La suite du film, qui se termine à l’aube de cette nuit sanglante, montre comment Jim parvient à survivre et à s’extraire de cet engrenage violent, en trouvant et en s’appuyant sur ses propres valeurs.
Des modèles à réinventer
“Que faut-il faire pour être un homme ?”, demande le jeune héros à son père, alors qu’il hésite à se dénoncer à la police après la mort de Buzz. Cette question résume en partie l’une des quêtes du jeune homme au cours du film : celle de sa propre masculinité, face à des modèles de virilité en crise. Comment se construire en tant qu’homme sans exemple vers lequel se tourner ? Le père de Jim incarne en effet un manque d’autorité et une inconstance de valeurs tout au long du film : ne sachant comment s’adresser à son fils, il est éclipsé par les figures de la mère et de la grand-mère. Il apparaît constamment soumis à elles, et n’a aucune réponse à apporter à son fils lorsque celui-ci est en plein dilemme. Les autres figures paternelles du film sont également problématiques : le père de Judy incarne un paternalisme et une sévérité archaïques, desquels sa fille cherche à s’émanciper. Le père de John, quant à lui, est absent. Enfin, le personnel du lycée endigue en apparence seulement la violence de ses étudiants : à la nuit tombée, les combats reprennent de plus belle. Ainsi, dans l’Amérique tourmentée de l’après-guerre, les figures de l’autorité semblent être coincées entre une sévérité désuète et une inconstance permissive, propices à une montée de la violence. La seule alternative possible à l’effondrement de la morale est incarnée par un officier de police de la ville, qui se montre assez souple pour être écouté des jeunes. Mais en définitive, ce sont ces derniers qui portent véritablement l’espoir d’un renouveau des valeurs.
Un nouvel espoir
La mort accidentelle de Buzz provoque un déferlement de violence, duquel Jim, Judy et John cherchent à se préserver. Ne pouvant pas compter sur leurs parents pour les défendre, ils doivent faire face au problème par eux-mêmes. Partant du statut de marginal au début du film, Jim construit petit à petit sa propre identité, et s’accomplit en tant qu’homme selon de nouveaux principes. Face à la brutalité des anciens compagnons de Buzz, et à l’échec des adultes à lui apporter de l’aide, celui-ci devient son propre modèle. Le trio qu’il forme avec Judy et John constitue une famille métaphorique, où chacun des personnages peut enfin trouver sa place, ce que le cadre familial traditionnel ne leur permet pas. Jim devient alors un modèle de courage pour ses pairs, et incarne à la fin du film l’espoir d’un renouveau des valeurs venant directement des jeunes.
Bande-annonce –La Fureur de vivre
Fiche technique – La Fureur de vivre
Réalisation Nicholas Ray Scénario Irving Shulman et Stewart Stern Production David Weisbart Interprétation James Dean (Jim Stark), Natalie Wood (Judy), Sal Mineo (John dit « Platon ») Société de production et de distribution Warner Bros. Pictures Musique Leonard Rosenman Photographie Ernest Haller Montage William Ziegler Date de sortie (USA) 1955 Durée 1h41
Adapté d’un bref roman d’Henry James, La Bête dans la jungle de Patric Chiha est un drôle d’objet cinématographique, hiératique et languissant, mystérieux et étrange. Ode aux époques bafouées.
Synopsis : Pendant 25 ans, dans une immense boîte de nuit, un homme et une femme guettent ensemble un événement mystérieux. De 1979 à 2004, l’histoire du disco à la techno, l’histoire d’un amour, l’histoire d’une obsession. La « chose » finalement se manifestera, mais sous une forme autrement plus tragique que prévu.
Nimbé des lumières mordorées d’une boîte de nuit qui constitue presque l’unique décor du film, La Bête dans la jungle met en scène les attentes et amours d’un couple très durassien, May (Anaïs Demoustier au charisme mutin) et John (Tom Mercier inoubliable dans Synonymesde Nadav Lapid).
Le film les suit sur vingt cinq ans deviser, aller et venir, rentrer dans cette « boîte sans nom » comme la nomme sa physionomiste jouée par une Béatrice Dalle plus Pythie que jamais. Le film ritualise, observe, contemple les stupeurs et vapeurs du temps, ses pestes, ses figures exaltantes ou menaçantes.
La Bête dans la jungle est sous l’influence pérenne du travail hypnotique de la chorégraphe Gisèle Vienne et de sa création envoûtante The Crowd (dont Patric Chiha réalisa un documentaire en 2020 Si c’était de l’amour). Le film travaille au bord de l’imminence, de quelque chose qui va se passer, d’une malédiction ou d’une épiphanie.
Mais là où la chorégraphe Gisèle Vienne met l’accent sur la chair fluide des sensations, la lente exultation des corps se mêlant dans une danse enivrante, Chiha va chercher -plutôt que l’excitation du mouvement- une sorte de mélancolie ou d’atonie chorégraphique
L’attente énigmatique, comme lien des personnages du couple, est la plus belle idée du film. Qu’attendent-ils au juste ? Quelle est cette bête prête à bondir au cœur de la piste de danse ? Nous le subodorons assez vite. « Le temps est accusé. Temps suspect mais aussi pouvoir absolu du temps, une espèce d’infernal libre-arbitre », écrit Georges-Didi Huberman dans son Mémorandum de la peste.
Le film met en scène cela : qu’attendons-nous dès l’aube de nos vingt cinq ans qui à la fois nous effraie et peut-être nous grise, de quelle autre ivresse la jeunesse se pare tout en ne cessant de la frôler et l’éviter ?
La Bête dans la jungle a cet éclat suranné des films tel India Song, porteurs de voix désincarnées et enchanteresses qui prophétisent ou annoncent une chose immonde et inévitable : la vie à bout de danse, la vieillesse blafarde, la fin des vitalités et des euphories.
John a déjà tout métabolisé dans son corps même s’il ne sait le dire, il ne danse jamais, il erre et n’a sans doute jamais été vivant. Il est l’œil des grandes tragédies d’époque, les pestesqui viennent rompre le tissu évanescent dela danse : la chute du Mur de Berlin, l’élection de Mitterrand, le Sida, l’effondrement des tours jumelles. La mort dans la jungle, ce mal noir, ou « du rouge passant au noir » traverse ce film à part, profondément romantique. Mémorandum à une époque perdue.
« Malheur à qui n’a pas le cœur de regarder en face… Ne pas se dérober, accepter de payer, ne serait-ce que d’un regard, pour commencer. Quelque chose, malgré le, les dangers, metroublait vers le savoir. Arracher, dans l’unique spectacle des corps, une histoire ; arracher une histoire des corps à ce qui restait captif, trop anciennement, dans les mythologies de la peste. » Georges Didi-Huberman
Bande-annonce : La Bête dans la jungle
Fiche technique : La Bête dans la jungle
Réalisateur : Patric Chiha
D’après l’oeuvre d’Henry James
Avec Anaïs Demoustier, Tom Mercier, Béatrice Dalle
16 août 2023 en salle / 1h43 min / Drame
Distributeur : Les Films du Losange
Entre l’autorité parentale défaillante et celle des hommes cupides, Infiltrée évoque le désir d’émancipation d’une jeunesse prise au piège dans un cycle de violence. Les gangs sont les nouveaux points de chute de pour ces enfants du Guatemala, qui ne peuvent pas toujours sortir du monde de la nuit ou celui de leurs bourreaux. Le courage d’une sœur peut-il suffire à rendre justice à ces âmes égarées ? Justin Lerner nous invite justement à cette réflexion.
Synopsis : La sœur de Sarita n’est pas rentrée chez elle après une soirée. Persuadée que sa disparition a quelque chose à voir avec Andrés, l’ex-petit ami toxique de sa sœur, Sarita trouve le moyen de se lier avec ce dernier et d’infiltrer son gang. Armée de sa volonté sans faille de découvrir la vérité, elle se retrouve de plus en plus impliquée dans les actes violents commis par ces mercenaires sans pitié.
Les enfants sauvages
La Llorona, Tremblements, Ixcanul… Le cinéma guatémalien s’épanouit de plus en plus dans les festivals du monde. Traverser les frontières pour aspirer à un meilleur avenir fait partie de leur programme, que ce soit sur le plan physique ou spirituel. Les cinéastes nous donnent ainsi les clés pour comprendre les problématiques liées à un pays que l’on préfère quitter plutôt que d’y pourrir. C’est notamment le cas avec une tranche de vie où de nombreux échecs sont permis et où ces mêmes échecs peuvent précéder leur dernier soupir. L’américain Justin Lerner choisit d’étudier les adolescents de « clicas », des gangs dont la moyenne d’âge est représentative de leur courte espérance de vie.
De jeunes femmes se font belles pour plaire à quelqu’un dont on connaît déjà le nom, voire pas du tout. C’est un peu la routine des fins de journée épicée, où Bea (Pamela Martínez) supplie sa sœur cadette Sarita (Karen Martínez) de l’accompagner en boîte de nuit. Celle qui a la tête froide cède toutefois à une requête qui la poussera à enquêter plus à l’est, dans la ville portuaire de Puerto Barrios, suite à la disparition de Bea le lendemain de la fête.
En suivant les traces de son ex-petit ami Andres (Rudy Rodríguez), rejoindre son gang devient l’opportunité d’en savoir plus sur sa sœur. Entre quête vengeresse et survie à tout prix, cette amorce a de quoi rappeler la récente relecture des Apachesde la Belle Époque chez Romain Quirot, avec bien entendu moins de stylisations, moins de romantisme et surtout avec une volonté de capter les réactions de la plupart des comédiens non-professionnels qui peuplent ce réseau de délinquance. Pourtant, l’arrivée de Sarita vient bouleverser l’ordre des choses. Cette dernière n’a pas le droit d’échouer, elle n’a pas de droit de revenir en arrière avant d’être en paix avec elle-même.
Dans les crocs du diable
Lerner prend soin de placer son héroïne en contraste avec ses nouveaux camarades, notamment lorsqu’il filme sa stupeur ou sa détermination. On ressent de la bienveillance dans ses yeux, un atout qui peut néanmoins baisser la garde des plus suspicieux. C’est avant tout l’autorité et l’audace de Sarita qu’il s’agit de saluer, car son opposition permanente aux jeux de massacres que l’on établit au préalable rend sa trajectoire plus touchante. Cependant, à force de vouloir préserver son intégrité, on en oublie de parler de ces autres femmes, que l’on emploie seulement pour le conditionnement de stupéfiants ou pour le potentiel coût en prostitution. Ce voyage mérite autant de traiter de l’intimité de sa protagoniste en perte d’innocence que celle des femmes brisées qui ne sont plus que cendres et poussières.
Après Girlfriend et The Automatic Hate, le troisième long-métrage de Lerner lâche les bêtes aux mains d’adultes malveillants, sinon inaptes à élever ou accompagner une jeunesse insouciante et en défaut d’autorité parentale. Le chef du gang de Sarita et d’Andres a bâti un business qui dépend de la vie de ces jeunes, remplaçables au besoin. C’est un peu comme si le Capitaine Crochet avait réussi à apprivoiser les enfants perdus du pays imaginaire. Sans navire, sans matelots de sa génération, il est le seul adulte à bord d’un gang qui emploie le langage de piraterie. Ils ont beau être conscients de ce credo, ils ne peuvent s’en soustraire à la force de leurs ambitions.
De son titre original, Cadejo Blanco fait allusion au chien blanc qui protège les voyageurs dans le folklore d’Amérique centrale. Son parfait opposé, le chien noir incarne alors le diable, celui qui ne sème que la mort derrière son passage. Le chef du gang est tout indiqué pour y associer ses crocs dévoreurs d’âmes, tout comme la plupart des hommes adultes du coin d’ailleurs, qui ont le monopole de leur vie comme celle d’autrui. Infiltrée sait finement gérer son suspense durant une bonne heure avant de s’essouffler dans une succession de banalités. Un drame policier qui manque toutefois de tensions et d’efficacité dans son dernier acte, où la mutinerie semble être la seule alternative pour enfin retrouver sa liberté. Fort heureusement, l’humanité et la force de caractère de l’héroïne nous invitent à la suivre jusqu’au bout de son aventure.
Bande-annonce : Infiltrée
https://www.youtube.com/watch?v=CH5PftaFjXw
Fiche technique : Infiltrée
Titre original : Cadejo Blanco Réalisation & Scénario : Justin Lerner Photographie : Roman Kasseroller Son : Franck Gaeta Musique : Jonatan Szer Montage : Cesar Diaz, Justin Lerner Production : La Danta Films Pays de production : Guatemala, États-Unis, Mexique Distribution France : L’Atelier Distribution Durée : 2h05 Genre : Drame, Thriller Date de sortie : 23 août 2023
Pendant plus de trente ans, entre Rome et Paris, Chloé Barreau écrit, photographie, filme sans relâche sa vie amoureuse, « une vie sous attentat d’amour » faite d’urgences, d’élans, d’ivresses et de mensonges, de passions et de souvenirs en germination, cette vie intime profondément romanesque est le cœur du nouveau documentaire de la cinéaste, Fragments d’un parcours amoureux, présenté à la 20eme édition des Giornate degli Autori dans la section Nuits Vénitiennes.
Roland Barthes par la délicatesse et la finesse d’analyse de ces Fragments d’un discours amoureux est tout près de la tonalité du film. C’est donc très beau le glissement furtif opéré dans le titre du « discours » au « parcours ». Avec le film de Chloé Barreau nous sommes résolument sous aura Barthésienne par la réflexion sur l’amour, la vie, la construction ou l’invention de nos mémoires qui sous-tend de part en part ces Fragments d’un parcours amoureux.
La Vita Nova
A la fin de sa vie Barthes avait un grand projet de roman, La Vita nova, laissée inachevée par sa mort. « Cette vie nouvelle permet de saisir une forme essentielle du lien qui unit la vie et l’écriture, car ces nouvelles vies sont toujours des naissances de nouvelles écritures, qui refondent en profondeur le genre dans lequel elles s’inscrivent. » De même c’est comme si Chloé Barreau s’était attelée depuis l’adolescence à ce projet des Fragments d’un parcours amoureux, comme si l’amoureuse fiévreuse qu’elle est, lui avait fait pressentir que ce serait d’évidence cela son parcours, son devenir singulier : Faire œuvre de sa vie ! Comme si elle aimait et n’était aimée que pour retenir ses traces, témoigner d’une existence. Comme s’il n’y avait pas d’autre vie que l’amour-image, pas d’autre amour que la vie filmée pour renaître perpétuellement dans sa vie nouvelle.
Ce qu’il y a de plus vertigineux dans son film c’est dès lors ce matériau prodigieux, la matrice de sa mémoire amoureuse filmée, cette singularité (« manie de tout filmer, dit l’une de ses ex) ou volonté de s’inscrire déjà à 16 ans dans une autobiographie en images de sa vie.
Puis ce qu’elle décide d’en faire : interroger la mémoire des témoins et acteurs de sa vie amoureuse pour reconstituer sa/leur mémoire. Cette fermeté et prescience où la volonté créative de la cinéaste innerve l’existence fait écho à l’œuvre de Sophie Calle avec laquelle à bien des égards le travail sur l’archive de Chloé Barreau entre en résonance.
L’Archive mobile et inventive
Chez Sophie Calle comme dans « Fragments d’un parcours amoureux », l’archive est vitale, romanesque, danse, mobile, projetée dans l’avenir. De même ici. « La danse de cette femme dans une telle intensité dramatique » donne à ré-interroger la chronologie de nos vies en « chronologies amoureuses ». En ce sens Anna Mouglalis, une des amantes de la réalisatrice, propose au spectateur une intrigante manière de percevoir le film : » -J’ai décidé, dit-elle d’appréhender ma mémoire comme mon imaginaire. On s’invente son passé ». Cette phrase est une lecture passionnante parmi d’autres qui ouvre encore davantage le geste du film.
Quelle mémoire avons-nous au juste de ce que nous avons vécu? De nos amours passés? Même en allant interroger les autres, ce qui est la démarche ici de Chloé Barreau, qu’est-ce qui nous garantit d’une vérité, que cela a eu lieu ? Lorsque les amours ont disparu, ont été remplacés, que les trajectoires se sont perdues de vue sans s’être oubliées, que devient-on dans la mémoire de nos amours de vingt ans, trente ans ? Eux, elles nos amoureux, nos amants, nos amantes qu’ont-elles à dire de notre désir, peuvent-elles témoigner, nous authentifier ?
L’ensemble n’est-il pas au fond (hormis les personnes vivantes, témoignant et pas des moindres ici, puisque nous y retrouvons la cinéaste Rebecca Zlotowski, l’actrice Anna Mouglalis et l’écrivaine Anne Bérest entre autres) fictionné et réinventé au présent par le désir du souvenir? Et il n’est pas banal bien sûr ici que parmi les aimées de Chloé Barreau, nous retrouvions tel un événement magique et assumé du désir et du destin: des femmes cinéaste, actrice, romancière. Ainsi donc l’amour est écriture et cinéma, et le cinéma est la vie même.
Ce sont autant de questions et de voies que soulèvent ce documentaire existentiel, ce ne sont pas les seules. Ce que signifie aimer des hommes, des femmes ou être aimé(e), l’élan nécessaire que ce sentiment crée dans une vie: c’est l’arc palpitant, curieux et profond de ces Fragments.
Synopsis du film :Tout au long de notre vie, on tombe amoureux des personnes les plus diverses. Coup de cœur adolescent, relation à distance, passion charnelle, lien profond : chaque histoire est différente, chaque expérience magique. Depuis l’âge de 16 ans, entre Paris et Rome, Chloé Barreau a filmé ses amours. Tandis qu’elle vivait une relation, elle en fabriquait déjà le souvenir : en filmant, prenant des photos, écrivant. Mais chaque histoire a deux points de vue… De quoi se souviennent ses ex ? Quelle est leur version des faits ? Sébastien, Jeanne, Laurent, Ariane, Rebecca, Anne, Jean-Philippe, Anna, Bianca, Marina, Marco, Caroline…
Fragments d’un parcours amoureux reconstitue la vie d’une femme du point de vue de ceux et celles qui l’ont aimée. Témoignages intimes et images privées se mélangent pour révéler les parcours universels du sentiment amoureux.
Teaser du documentaire : Fragments d’un parcours amoureux
Fiche Technique : Fragments d’un parcours amoureux
Titre original : Frammenti di un percorso amoroso
Réalisatrice : Chloé Barreau
Par Chloé Barreau
Avec Rebecca Zlotowski, Anna Mouglalis, Anne Berest…
Prochainement / 1h 35min / Documentaire
En 2010, le film de Darren Aronofsky « Black Swan » est une vraie réussite technique, commerciale et artistique. Le long-métrage rafle (presque) toutes les récompenses. Il vaut plusieurs nominations à ses acteurs, son réalisateur et son équipe technique. De décembre 2010 à toute l’année 2011, le nom « Black Swan » est sur toutes les bouches. Il éclaire les Oscars, les Golden Globes, la Mostra de Venise, tout comme les autres festivals locaux. Ce qui a fait son succès est l’obsession. Pureté, séduction, réussite, à chacun la sienne pour arriver à une seule chose : la perfection.
La préparation d’un film nécessite pour ses acteurs de se mettre dans la peau des personnages. Chaque acteur a sa méthode. On dit que Daniel Day-Lewis, Lady Gaga ou Jared Leto ont une façon de préparer leur rôle en se glissant dans la peau du personnage qui est assez saugrenue. Mais si ces acteurs finissent par lâcher prise après le film, ce n’est pas le cas du personnage de ce film : Nina Sayers, ballerine ayant obtenu le rôle d’Odette dans Le Lac des Cygnes, elle, s’acharne pour arriver à ce qu’elle estime être la perfection. Aujourd’hui, permettez-nous d’explorer l’obsession dans Black Swan, le film que nous estimons le plus réussi de Darren Aronofsky.
L’obsession de la pureté
Nina Sayers vit avec sa mère. C’est une vraie mante religieuse qui veut maintenir sa fille au stade enfantin. Son obsession est que sa fille soit comme elle le désire. Erica Sayers est une ancienne ballerine qui a renoncé à sa carrière afin d’élever sa fille. Mais son investissement dans la relation mère-fille frise l’étouffement. Nina a une chambre blanche et rose avec des peluches comme une petite fille. Rien n’existe à part la danse. C’est la seule sortie qui lui est autorisée. Nina n’a pas d’ami.e.s ni de relations amoureuses. Elle ne boit pas d’alcool, n’a jamais expérimenté de drogues.
L’intimité ne lui est pas permise puisque la porte de sa chambre est toujours ouverte. La pureté de Nina (dont le prénom veut aussi dire « l’enfant ») est portée au stade de l’obsession. Son espace vital et personnel, son corps et sa vie sont entièrement contrôlés par Erica. La seule volonté de celle-ci est de protéger sa fille de tous les maux, le problème majeur de cette situation étant que Nina n’est plus une enfant depuis longtemps…
Erica Sayers a pourtant poussé sa fille à s’éloigner d’elle à partir du moment où elle a beaucoup insisté sur le fait que Nina n’est qu’une partie d’elle et non une personne à part entière. Cela arrive le soir où elle sort avec Lily, exaspérée de l’enfermement qu’elle subit de sa part. Le monde d’Erica est entièrement tourné vers Nina et sa carrière, à tel point que les portraits qu’elle peint et dessine sont aussi ceux de Nina. Il n’y a pas de réel motif à cet enfermement physique et psychologique. Elle ne cherche pas à contrôler Nina dans un but précis, si ce n’est que la nature instinctive d’une mère est portée jusqu’à l’obsession. Peut-être est-ce à cause de la fin de sa propre carrière, comme une revanche sur la vie et le corps de ballet. Mais faire cela, c’est refuser de voir son enfant grandir et s’épanouir comme il le faut.
L’obsession de la séduction
Le patron de Nina est Thomas Leroy. Ce personnage est bien souvent oublié mais nous allons réparer l’affront de suite. Thomas est le seul personnage masculin important du film. Il a une aura assez étrange, entre le prince charmant et le Barbe Bleue. C’est un personnage agaçant avec une prédation sous-jacente pour les filles comme Nina. Son obsession est de réveiller la libido et la part adulte des jeunes filles pures. Lors de la première scène d’entrainement au ballet de Nina, il touche successivement plusieurs épaules de filles. La majorité d’entre elles ont un justaucorps noir. La plupart d’entre elles ont été exclues de l’audition pour le rôle d’Odette dans le Lac des Cygnes. Ce n’est pas un hasard. Il cible d’entrée de jeu les jeunes femmes encore innocentes comme Nina afin de les transformer. Il n’a pas envie d’une jeune femme sexuellement expérimentée mais d’une innocente.
Thomas est un vrai pervers émotionnel puisqu’il fait croire à Nina que l’une de ses camarades a remporté l’audition, juste pour voir comment elle pourrait essayer de le « convaincre » de changer sa décision. Il n’y avait nul besoin de ce stratagème, puisque Nina avait déjà été choisie. Le seul objectif de Thomas est de réveiller la part du cygne noir en elle. Pour lui, c’est un vrai jeu d’enfant dont il est passé expert depuis des années. Il a un conseil des plus cringe en tant qu’employeur : demander à Nina qu’elle se touche pour le rôle d’Odile. Il ne s’arrête pas à juste lui « suggérer » cela, mais aussi à la toucher et à l’embrasser pour « réveiller » la part sexuelle et adulte qu’elle a en elle. Le pire est que plus elle résiste, plus il aime ça… Ce personnage est problématique mais il instille, lui aussi, par son obsession de la séduction et du sexe, l’envie de réussir au personnage principal. Son action discutable, fait avancer l’intrigue. Son recours le plus vicieux est de monter Nina contre Lily, la nouvelle recrue de la troupe du ballet, afin de la mettre en compétition.
Le summum de la perversion ressort aussi lorsqu’il demande au partenaire de Nina s’il voudrait bien coucher avec elle lorsqu’elle tente de jouer le cygne noir. Devant cette humiliation publique, Nina se sent bien évidemment dénuée. En pygmalion discutable, Thomas essaye de faire ressortir la « femme » en Nina. Lorsqu’après moult tentatives, il détruit tout ce qui faisait d’elle quelqu’un d’enfantin et de pur, cela s’exprime en lui faisant éprouver de la jalousie, de l’envie, du désir, de la force, de la fierté. Lily note d’ailleurs très bien la perversité de Thomas et fait comprendre à Nina qu’elle ne sera que son jouet pour un temps, qu’ il l’appellera « Ma Petite Princesse » comme il appelait Beth. Beth qui, comme Nina, a un potentiel tellement puissant, que seul Thomas pouvait le canaliser mais qu’il a mené jusqu’à la destruction.
L’obsession de la réussite
Nina est l’objet de l’obsession des deux personnages précédents. Les deux estiment être son pygmalion de vie et de création artistique. Cependant, ils ont aussi créé la personnification de l’obsession. Lors du premier visionnage de Black Swan, seule, elle apparaît comme obsessionnelle vis-à-vis de sa carrière, de sa routine, de son travail. Les visionnages suivants la font apparaître la plus obsessionnelle des trois : Erica, Thomas et elle. Quel que soit le parcours de Nina Sayers, du début de la journée au coucher, sa vie n’est qu’obsession. Le repas est millimétré, l’échauffement, l’hygiène, les mouvements de préparation répétitifs jusqu’à l’écœurement. De l’extérieur, Nina paraît « parfaite » comme elle se tue à le faire depuis semble-t-il des années.
Les ombres au tableau « idyllique » qu’elle se fait sont les hallucinations ou faits avérés qui lui sont arrivés : les nombreuses blessures saignantes, signes d’un travail excessif et de troubles compulsifs, les multiples images d’elle-même projetées sur les autres, toujours habillée en noir, comme volonté d’arriver à ce stade de sa personne (le cygne noir), le meurtre dans sa loge qui donne naissance au cygne noir en elle. Hallucinations toujours, son premier fantasme est avec Lilly, une femme bien plus expérimentée et qui touche à plusieurs extrêmes.
Pour mettre les chances de réussite de son côté, Nina fait aussi appel à un vieux rituel humain : porter les objets qu’une idole de réussite avait sur elle. C’est ainsi qu’elle sacralise les derniers objets dans la loge de la danseuse étoile Beth. Ce sont des boucles d’oreille, un rouge à lèvres (qu’elle porte pour aller voir Thomas), du parfum et une lime à ongles. Semblable à une petite fille volant les affaires de maman pour lui ressembler, elle fait de même avec les affaires de Beth, afin d’avoir la même bénédiction de succès qu’elle pour sa carrière.
Nous ne pensons pas que cela l’ait aidée à la faire avancer vers l’âge adulte avec sérénité, au contraire, lorsqu’elle les porte, elle rentre dans la vie d’adulte et c’est assez laid. Elle n’arrive pas à faire ce qu’il faut pour le ballet, elle connait des difficultés de confiance en elle. C’est pour cela que l’accident de Beth l’enjoint à lui rendre les objets. Cela améliore-t-il la situation ? Pas vraiment, mais c’est le moment où Nina regarde en elle pour trouver la « perfection » qu’elle recherche plutôt que dans les figures féminines qui l’entourent.
A-t-elle réussi?
Plusieurs articles et vidéos du web lient Black Swan à l’obsession de la perfection de Nina. Mais finalement, ce qui est présenté comme une obsession de la réussite professionnelle se révèle être une autre histoire d’entrée à l’âge adulte. La transformation physique, le passage du rose vers le noir, l’expérimentation, les différents passages où Nina saigne (des doigts, des orteils, du ventre) ne sont que des indices que petite fille deviendra femme, comme on le dit si souvent.
Elle sort des jupons de sa mère et de tous, lorsque son entourage lui jette au visage sa « faiblesse » physique et mentale. Dans son ultime « chant du cygne », ce dernier élan de vie et de beauté, puisé dans la rage et dans toutes les humiliations que Thomas a orchestrées, Nina devient le cygne noir tant désiré, pour à peine une dizaine de minutes de film. Métaphoriquement, Nina réussit à passer cet âge ingrat mais avec beaucoup de difficultés. À travers cette transformation, elle n’est plus si innocente, ni vertueuse. Elle peut se mettre en colère, être jalouse, convoiter plus que ce qu’on voulait bien lui donner, elle n’est plus « faible » comme Thomas le lui dit. Pourtant, des traces de validations extérieures subsistent. Après tout, elle a fait tout ça pour montrer à sa mère qu’elle pouvait devenir danseuse étoile, à Thomas qu’elle pouvait incarner les deux cygnes, à Lily et toute la troupe qu’elle était une rivale digne de ce nom, une égale féminine dans son art et pour son sexe, si mal qualifié de « faible ».
L’obsession ne prend pas fin après l’exécution des variations d’Odile, où Nina semble grisée par la perfection de son travail. Son aura est même effrayante jusqu’au frisson malgré la sensualité de sa danse. Mais seul le spectateur semble voir ce qu’elle devient. Pire, Nina meurt (sans doute ?) de ne pas avoir lâché prise, de s’être laissée modeler par tous autour d’elle. Elle n’est qu’une autre « petite princesse » de Thomas, elle est juste rentrée dans le même rang que Beth et toutes celles qui ont précédé.
En somme, Black Swan est un nid d’obsession pour tous ses personnages. Même ceux dont la présence est brève nourrissent une obsession terrible à quitter. Beth, qui était le modèle de Nina, a fini les jambes brisées lors de la fin de son règne. Nina, en digne successeur a fini blessée sur le matelas à la fin de sa première (et peut-être dernière) représentation. Ce que nous dit le film sur l’obsession est qu’elle n’a pas besoin de grand chose pour être nourrie, qu’elle nous détruit si on ne lâche pas prise à temps. Mais la leçon la plus difficile à apprendre est que l’obsession naît du regard des autres sur soi, car on voudrait les impressionner et se faire une place. C’est se comparer à l’autre qui crée une telle plaie.
Avez-vous déjà été tellement captivé par un film que vous vous êtes senti transporté dans un autre univers, comme si le temps s’était suspendu ? C’est là toute la magie du cinéma. Cette forme d’art bidimensionnelle a le pouvoir d’absorber le spectateur, de l’entraîner dans son univers grâce à des images à couper le souffle et une narration envoûtante, sollicitant l’esprit et éveillant des émotions profondes souvent insoupçonnées. Qu’il s’agisse d’un thriller haletant ou d’un drame poignant, les films stimulent et nourrissent l’imagination comme peu d’autres choses peuvent le faire. Ils vous emmènent dans un voyage à travers des paysages inconnus, vous font partager les émotions des personnages comme si vous les viviez vous-même.
Cet article de blog se propose d’explorer les moyens par lesquels les films parviennent à créer cette immersion pour le spectateur, en mettant en lumière les différentes stratégies employées par les cinéastes pour susciter l’engagement du public. Il offrira un éclairage sur les diverses techniques cinématographiques utilisées pour créer cette immersion et évaluera leur efficacité.
L’art de captiver le public : les techniques des cinéastes
Les films ont le pouvoir de transporter le public dans un autre monde, de l’immerger totalement dans l’histoire qu’ils racontent. Les réalisateurs recourent à diverses techniques pour captiver les spectateurs et intensifier cette expérience, qu’il s’agisse de l’utilisation de la musique, des effets visuels, des angles de caméra ou des plans pour créer une proximité ou une distance, de l’éclairage pour instaurer une ambiance ou une atmosphère, ou encore des jeux de couleurs pour modifier l’aspect et l’atmosphère d’une scène. La conception sonore fournit un bruit de fond ou des effets. Tous ces éléments se combinent harmonieusement pour offrir au public un voyage cinématographique captivant du début à la fin.
Le cinéma n’est pas le seul à tirer parti de cette tendance immersive. D’autres secteurs du divertissement, tels que les jeux de casino, l’exploitent également. Des sites comme Jackpot City proposent des graphismes stupéfiants et des jeux captivants pour créer une expérience de jeu de casino immersive qui tient les joueurs en haleine pendant des heures. Que ce soit aux machines à sous ou au vidéo poker, les graphismes immersifs donnent aux joueurs l’impression d’être dans un véritable casino. De plus, de nombreuses options de sécurité et de paiement sont disponibles, permettant à tous les joueurs de vivre des sensations fortes sans quitter le confort de leur domicile.
L’immersion cinématographique : comment les films captivent leur public
Au fil du temps, les techniques cinématographiques ont évolué pour offrir aux spectateurs une expérience toujours plus captivante. L’usage d’images de synthèse et d’autres effets spéciaux permet de créer des environnements immersifs où le public peut se perdre, transporté dans un autre monde sans même quitter son salon.
Les films font également appel à de multiples intrigues et personnages pour engager les spectateurs, les attirant plus profondément dans l’histoire. Ils participent aux performances des acteurs, se sentant connectés aux personnages à l’écran. Une écriture et une interprétation aussi captivantes créent une expérience cinématographique mémorable, faisant du cinéma une forme de divertissement d’une puissance inégalée.
L’art de la prise de vue
En sélectionnant avec soin les angles de caméra, le public peut s’immerger totalement dans une histoire et ressentir toute une palette d’émotions. Par exemple, des plans en contre-plongée peuvent donner l’impression qu’un personnage est plus puissant et dominant, tandis que des plans en hauteur peuvent évoquer des sentiments de vulnérabilité et d’impuissance chez un autre. En contrôlant la réponse émotionnelle grâce à des angles de caméra judicieusement choisis, les réalisateurs peuvent influencer les réactions du public pour une immersion maximale. Lorsque vous vous identifiez aux personnages à l’écran, vous vous investissez davantage dans leur histoire et ressentez une plus grande empathie. En fin de compte, le pouvoir d’un film réside dans sa capacité à susciter des émotions tout en transportant les gens vers de nouveaux horizons.
Le rôle de la musique
La musique est un autre élément clé qui contribue à cette expérience immersive. Une bande sonore peut déclencher des alarmes ou provoquer des larmes au moment opportun. Elle donne de la profondeur aux motivations des personnages et modifie la perception des événements à l’écran. Lorsqu’elle est utilisée efficacement, elle peut devenir un atout précieux pour les réalisateurs, capable de transformer un bon film en une œuvre inoubliable. Elle permet aux spectateurs de se sentir impliqués dans ce qui se passe à l’écran. La musique a le pouvoir de changer la dynamique d’un film, le rendant plus immersif et, en fin de compte, plus gratifiant.
Dans Épistémè : Eurêka, Pascal Marchand et JB Meybeck nous convient à un voyage singulier à travers l’histoire de la science antique. Entre les anecdotes étonnantes et les découvertes révolutionnaires, leur bande dessinée, didactique, se dévoile comme un ouvrage ludo-éducatif, au croisement des arts et des sciences.
Au premier abord, l’ouvrage Eurêka se distingue par sa densité imposante : quelque 200 pages richement dialoguées, où les deux auteurs se mettent en scène pour initier un échange fructueux avec les grands esprits de l’Antiquité. Pendant que le dessinateur JB Meybeck se glisse dans la peau de l’incrédule pour qui tout est encore à apprendre, Pascal Marchand se range plus volontiers aux côtés de ces primo-scientifiques dont le rôle est, on le verra, proprement séminal.
Parmi eux, nous retrouvons Thalès, qui introduisit en Grèce les enseignements mathématiques des Mésopotamiens et des Babyloniens. Il est à la fois un père de la géométrie, avec la notion d’angle, et l’explorateur de phénomènes naturels comme l’électricité statique et l’aimantation. Grâce à lui, la connaissance prend une dimension théorique, offrant une généralisation des phénomènes observés. De son côté, Anaximandre installe le cosmos au cœur de ses préoccupations. Il délaisse la divinité pour se focaliser sur des causes naturelles et promeut une vision gnomonique du monde.
L’évocation de la figure de Pythagore s’accompagne de sa disciple et future femme Théano, astronome, médecin et première mathématicienne reconnue. Brisant les stéréotypes de l’époque, elle prendra la tête de l’école pythagoricienne. Mais face à une société encore patriarcale, son héritage se trouve menacé. Socrate, figure incontournable s’il en est, s’inscrit dans une démarche d’introspection. Son histoire personnelle en résonance avec l’oracle, sa maïeutique et son procès controversé pour corruption de la jeunesse et athéisme se voient amplement évoqués dans Eurêka.
Pascal Marchand et JB Meybeck font état de cette science encore balbutiante avec une grande générosité. Leur ouvrage est riche, didactique, mais il aurait néanmoins gagné en lisibilité en étant moins empesé et plus aéré. Cela n’empêchera pas le lecteur de se familiariser avec certains grands penseurs, ou de redécouvrir leur parcours et leurs recherches : avec Hippocrate, on touche à la naissance de la médecine et on revient sur le « scamnum », un outil destiné à traiter fractures et luxations ; avec Épicure, on découvre une école axée sur l’absence de troubles, caractérisée par un régime végétalien, une grande ouverture d’esprit et un accueil des esclaves et des femmes parmi les élèves ; avec Platon, Démocrite, Archimède, Euclide et Aristote, parmi tant d’autres, on perce à jour les progrès significatifs entrepris dans l’Antiquité.
Associé à une palette chromatique réduite au noir, blanc et bleu, l’album Eurêka s’adresse en première intention aux passionnés d’histoire et de science, plus qu’aux amateurs de bandes dessinées. La tâche n’était pas mince pour les auteurs : rendre une science encore en germe à la fois accessible et ludique. Pascal Marchand et JB Meybeck viennent à bout de l’exercice, même si la matière, un peu trop dense, peut intimider et invite sans doute davantage à une lecture sporadique que continue.
Épistémè : Eurêka, Pascal Marchand et JB Meybeck La Boîte à bulles, août 2023, 208 pages
Septième long-métrage de Rabah Ameur-Zaïmeche, Le Gang des Bois du Temple brille d’un bel éclat sombre dans la filmographie du réalisateur. Aussi dépouillé qu’un film de Melville, il suit le succès d’un casse et ses conséquences funestes.
« Aujourd’hui, maman est morte ». Tels pourraient être les mots qui, comme dans L’Etranger (1942) de Camus, ouvriraient ce septième long-métrage de Rabah Ameur-Zaïmeche (1966, Algérie -). Sans doute un discret mais clair hommage, voulu par le réalisateur, scénariste et producteur de ses films, puisque l’homme qui est arrivé en France à l’âge de deux ans y a fondé, en 1999, sa propre maison de production, Sarrazink Productions.
Cette inscription, d’entrée de jeu, sous la tutelle de l’immense penseur et écrivain n’est assurément pas un hasard. Comme Albert Camus, Rabah Ameur-Zaïmeche s’intéresse avant tout aux humbles, à ceux qui se placent tout en bas de l’échelle sociale, ou en marge, avec tous les regards de condescendance que de telles positions peuvent provoquer. Comme celui de Camus, le regard de Rabah Ameur-Zaïmeche est, bien au contraire, non seulement humaniste, mais parvenant même à déceler en tout homme, quelque humble qu’il soit, la profonde noblesse qui fait de lui un seigneur, un prince. Car son approche n’est pas dictée par l’idéologie ni par on ne sait quelle posture, puisqu’il connaît de l’intérieur le monde qu’il filme : la Cité des Bois du Temple se trouve à Clichy-sous-Bois, au nord-est de la Seine-Saint-Denis ; or Rabah Ameur-Zaïmeche, une fois en France, a grandi à Montfermeil, dans la Cité des Bosquets, séparée de Clichy par le Bois des Loups…
Certes, Le Gang des Bois du Temple rejoint la lignée des films consacrés à la banlieue et à ses petits et grands délinquants, au premier rang desquels figurent La Haine (1995), de Mathieu Kassovitz et, si l’on s’en tient maintenant aux plus récents, Les Misérables (2019), du consensuel Ladj Ly, ou Bac Nord (2020), du controversé Cédric Jimenez. Mais la haute singularité de Rabah Ameur-Zaïmeche réside dans son refus, affiché et tenu, de tout sensationnalisme. Son scénario, mais aussi l’image de Pierre-Hubert Martin et le montage de Grégoire Pontecaille, sont épurés au possible, dénués de tout effet. Même la musique, dont l’impact est, de ce fait, décuplé, se limite à deux interventions intradiégétiques et hyper signifiantes : « La beauté du jour », par Annkrist, et, bien plus loin, « Abdou », enchaînant sur « Manich mena », par Sofiane Saidi. Ce parti-pris de dépouillement accorde toute leur importance aux sons, qui font l’objet d’un travail très précis, d’abord à leur capture par Bruno Auzet, puis à leur montage et mixage par Nikolas Javelle.
On pourrait distinguer trois parties dans le scénario, lui aussi peu classique dans sa progression : le préambule camusien, centré sur le personnage énigmatique de Monsieur Pons (Philippe Laroche), tireur d’élite à la retraite ; le cœur de l’histoire, organisé autour du gang éponyme, du gros coup qu’ils vont réussir contre le convoi d’un richissime prince arabe (Mohamed Aroussi, aussi fluet que sa fortune est colossale), des rêves qu’ils vont nourrir et des conséquences qu’ils vont devoir payer ; un important épilogue, replaçant Monsieur Pons au plein centre de l’action, et développant son personnage jusqu’à le faire accéder au statut de Damiel, l’ange protecteur des humains joué par le très regretté Bruno Ganz dans Les Ailes du Désir (1987), de Wim Wenders. Un ange qui, pour mieux accomplir sa mission secourable, tout comme le fera Monsieur Pons, habitait souvent les hauteurs, toits ou points élevés, afin de veiller sur le monde et ses petits êtres.
L’impressionnante qualité du jeu des acteurs est à souligner, tous se montrant confondants de naturel : Philippe Petit en Bébé, l’organisateur du casse, ainsi que ses suiveurs et complices : Kenji Meunier en Mouss, Salim Ameur-Zaïmeche en Tonton, Kamel Mezdour en Melka, Nassim Zazoui en Nass, Rida Mezdour en Dari… Plutôt que d’insister sur leur statut de délinquants, Rabah Ameur-Zaïmeche les envisage avec autant d’empathie que Carlos Saura vis-à-vis des protagonistes de son bouleversant Vivre vite (1981). C’est presque plutôt l’humilité de leur démarche qui transparaît, dans leur renoncement à accéder à la richesse et à l’aisance financière par les voies autorisées ; l’un d’eux, amputé dans un accident, rêve, avec le pactole, de pouvoir s’offrir la main artificielle qu’il pourra greffer sur son avant-bras et qui fonctionnera, « avec des nerfs, et tout… ». Une forme, certes paradoxale, d’humilité, qui renvoie à l’une des précédentes œuvres du réalisateur, Histoire de Judas (2015), dans laquelle il s’était d’ailleurs courageusement attribué le rôle du traître. Plusieurs mêmes acteurs, d’ailleurs, figurent dans ces deux films, comme souvent chez Rabah Ameur-Zaïmeche, qui manifeste en plus une grande fidélité à ses anciens collaborateurs et n’a pas constamment besoin de se nourrir de chair fraîche.
Une particularité, toutefois : la religion est totalement bannie de ce dernier opus, tout comme la langue arabe, puisque même le prince s’entretient en anglais avec son intendant (Lucius Barre), qui lui-même échange en français avec le détective privé qu’il missionne sur l’affaire et qui nous permet de retrouver le visage magnétique de Slimane Dazi. Il n’empêche : même si ses œuvres sont orientées par certains partis-pris et certains choix – ce qui est de toute façon inévitable -, Rabah Ameur-Zaïmeche parvient à nous proposer un cinéma qui ne serait pas du spectacle, tout en étant indéniablement du grand art. Une singularité dans le paysage cinématographique français qui déroutera peut-être certains, mais ne peut manquer d’être applaudie par d’autres et d’éveiller en eux le désir de se montrer, à leur tour, fidèles à une telle démarche cinématographique.
Synopsis du film : Un militaire à la retraite vit dans le quartier populaire des Bois du Temple. Au moment où il enterre sa mère, son voisin Bébé, qui appartient à un groupe de gangsters de la cité, s’apprête à braquer le convoi d’un richissime prince arabe…
Bande-annonce : Le Gang des Bois du Temple
Fiche Technique : Le Gang des Bois du Temple
Réalisateur : Rabah Ameur-Zaïmeche
Avec Régis Laroche, Marie Loustalot, Philippe Petit
6 septembre 2023 en salle / 1h 52min / Drame
Distributeur : Les Alchimistes
Qu’y a-t-il de plus désarmant que de ne plus se sentir chez soi ? Reality ne se contente pas simplement de répondre à cette interrogation, mais transcende les faits d’une perquisition qui tourne en rond. Sur l’appui d’un authentique script, ce huis clos installe délicatement un sentiment d’insécurité et d’angoisse chez une femme qui n’a peut-être plus grand-chose à perdre.
Synopsis : Le 3 juin 2017, Reality Winner, vingt-cinq ans, est interrogée par deux agents du FBI à son domicile. Cette conversation d’apparence banale parfois surréaliste, dont chaque dialogue est tiré de l’authentique transcription de l’interrogatoire, brosse le portrait complexe d’une milléniale américaine, vétérane de l’US Air Force, professeure de yoga, qui aime les animaux, les voyages et partager des photos sur les réseaux sociaux. Pourquoi le FBI s’intéresse-t-il à elle ? Qui est vraiment Reality ?
« Tant que tu n’as pas parlé, la parole est en ton pouvoir, mais échappée de ta bouche, elle te tient en son pouvoir. » Les mots du poète persan, Abu Shakour Balkhi, traversent le premier long-métrage de Tina Satter. Immense succès au Off Broadway, la pièce Is this a room : Reality Winner Verbatim Transcription a fini par trouver de l’intérêt pour le grand écran. Suivant scrupuleusement la retranscription d’un interrogatoire mené par le FBI, en juin 2017, Satter appréhende la joute oratoire qui s’est tenue entre Reality Winner et ses geôliers d’un après-midi, à qui il s’agit de donner un visage à chaque voix en premier lieu. À partir de là, l’imaginaire est comblé par des faits et une réalité que la protagoniste cherche à faire valoir malgré elle.
Une zone de confiance
Avec un nom aussi insolite que paradoxal, Reality Winner doit répondre de ses actes. Le débarquement impromptu du FBI à la porte de son domicile n’est sans doute pas un hasard, mais l’ignorance et la naïveté de la jeune femme de 25 ans l’ont conduit dans une impasse dans laquelle il sera difficile de ressortir. A peine garée devant sa modeste location, deux agents l’interpellent, laissant ainsi ses courses se réchauffer dans son coffre. L’atmosphère n’est soudainement plus la même en quelques minutes et ce premier contact avec ces envoyés du gouvernement ne présage rien de bon quant à la perquisition qui va suivre. Le sentiment de ne plus être chez soi grimpe avec frénésie, au fur et à mesure que la banalité des échanges, comme les divers hobbies de Reality, entre ses séances de CrossFit, ses projets de carrière et les anecdotes sur ses animaux de compagnie. Une discussion de bureau, en somme.
Le sujet n’est pourtant pas dans le cœur des mots, mais bien dans l’étude psychologique des personnages et leur intérêt dans un espace restreint. Tina Satter l’a suffisamment expérimenté au théâtre pour comprendre les points clés d’une telle mise en scène, jouant davantage sur le mouvement des corps et des jeux physiques qui entrent en collision. Son script constitue ainsi son défi et sa contrainte, afin de peu à peu dévoiler les défaillances administratives de la NSA, service de renseignement américain dont Reality fut l’employer quelques mois auparavant. L’étau se resserre ainsi, de même que la caméra isole souvent la femme dans un coin du cadre, avec l’imposante masse d’un agent pour la déstabiliser. Du jardin à une grande chambre vide, nous comprenons rapidement le malaise que subit Reality face à ces enquêteurs, qui savent ce qu’ils sont venus chercher et qui savent ce qu’elle a intérêt à cacher.
Dos au mur
L’approche est académique, certes, mais assez ludique pour que divers glitch viennent fréquemment censurer le probable motif de cette visite. Satter cite souvent Michael Haneke, dont la mise en scène est impitoyable concernant la souffrance suggérée des personnages, la plupart du temps en hors-champ et lorsqu’il s’agit d’étirer la longueur des séquences. Le spectateur est ainsi piégé dans une boucle, à la manière d’un Funny Games ou d’Amour, également des huis clos. L’interrogatoire de la seconde partie laisse ainsi tout le loisir à l’interprète de Reality de déployer son panel émotionnel. Sydney Sweeney, qui s’est rapidement fait repérer sur HBO dans les séries Euphoriaet The White Lotus, triomphe de justesse. Avec ce nouveau tremplin qui l’a emmené aux côtés de Satter à la Berlinale 2023, on apprend également que l’actrice américaine a récemment signé pour le rôle d’une Spider-Woman pour Sony.
Mais pour en revenir à cette sombre affaire, qui titille encore les États-Unis aujourd’hui, l’adaptation de Tina Satter vient compléter le documentaire The United States vs. Reality Winner, réalisé par Sonia Kennebeck, d’un point de vue sensoriel. La distance avec les sujets diffère et l’information n’est pas digérée dans la spontanéité de cette pseudo-fiction. Les échanges spontanés, les bégaiements, l’angoisse et la vérité se succèdent avec une tension mécanique, souvent usée par les courts flashbacks dont on aurait pu se passer. Ce sont dans ces moments-là que les codes du huis clos sont brisés pour se rapprocher d’un format documentaire, où la reconstitution alourdit un propos pourtant loin d’être niais.
Néanmoins, ce reproche n’éclipse pas entièreté de cette perquisition, qui dévoile les stigmates d’une nation investissant son propre territoire, jusqu’à étouffer chaque esprit révolutionnaire, qu’il soit conscient ou non de la portée de ses actes. Le choix et la conscience ne font désormais plus qu’un et le public est invité à mesurer ses droits fondamentaux. De même, il s’agit de montrer la culture sous-jacente d’une misogynie passive, où les barrières physiques s’accumulent autour de Reality, une lanceuse d’alerte qui ne gagne pas grand-chose dans l’histoire, si ce n’est à devenir un bouc émissaire à envoyer au bûcher. Mais la différence qu’elle a avec Edward Snowden, c’est bien entendu le sens du sacrifice, ce qui la rend encore plus complexe et qui renvoie une image absurde du pouvoir d’État. Ce film contient quelque chose de virale dans son dispositif, à la fois stimulant et inquiétant. À vous de le découvrir !
Bande-annonce : Reality
Fiche technique : Reality
Réalisation : Tina Satter Scénario : Tina Satter, James Paul Dallas Photographie : Paul Yee Son : Ryan Billia Décors : Tommy Love Costumes : Enver Chakartash Maquillage : Sarah Graalman Montage : Jennifer Vecchiarello, Ron Dulin Musique : Nathan Micay Production : Seaview Pays de production : États-Unis Distribution France : Metropolitan FilmExport Durée : 1h22 Genre : Drame, Biopic Date de sortie : 16 août 2023
On y croyait (ou plutôt on avait envie d’y croire) à cette nouvelle variation inédite sur la figure mythique du comte Dracula. Malheureusement c’est peine perdue et Le dernier voyage du Demeter se range dans la longue liste des œuvres prometteuses, mais broyées par le rouleau compresseur hollywoodien : ses obligations, ses banalités et sa pudeur… Le résultat est un film aux magnifiques fulgurances visuelles gothiques, malheureusement noyées dans un récit balisé et longuet, ce qui ne rend pas honneur à son illustre créature vampirique.
Synopsis: Le dernier voyage du Demeter relate le destin tragique d’un navire marchand, le Demeter, affrété pour transporter une cargaison privée, composée de 50 caisses en bois, des Carpates à Londres. Accablé par d’étranges événements, l’équipage du Demeter tente de repousser une présence impitoyable qui les assaille chaque nuit. Quand le navire atteint enfin la côte anglaise, ce n’est plus qu’une épave délabrée et calcinée, sans un seul survivant à bord.
Encore un film de vampires, me direz-vous… Et de nouveau une œuvre sur le comte Dracula de surcroît ! Ce n’est pas comme si le septième art n’avait pas déjà purgé de toute sa sève, de près ou de loin, le roman de Bram Stoker. De Nosferatu il y a près d’un siècle en passant par le film éponyme de Coppola ou encore à la toute récente et amusante bonne surprise de cette année occasionnée par Renfield, les œuvres parlant de l’illustre aristocrate de Transylvanie sont légion et doivent bien approcher, voire surpasser la centaine désormais. Cependant, on peut louer ici la petite nouveauté : Le dernier voyage du Demeter s’inspire d’un chapitre du roman qui narre le trajet d’un navire marchand de la Roumanie à Londres avec la créature à son bord.
Nous voilà donc embarqués pour un huis clos maritime d’époque, qui a pris le choix du premier degré et du fantastique plutôt que de l’horreur pure. Le programme est alléchant, mais l’exécution demeure bien décevante, à défaut d’être totalement foirée. Et diable que certaines séquences, ou plutôt certains plans, laissent augurer de ce que Le dernier voyage du Demeter aurait pu être s’il avait été au bout de sa proposition, moins formaté et moins tout public ! Les recoins de ce vieux navire, les jeux d’ombre, le design de la créature (ressemblant ici davantage à une gargouille qui prend vie qu’à Dracula) ainsi que les brumes maritimes confèrent une ambiance gothique du meilleur goût à ce long-métrage. Et l’ambiance victorienne qui va avec est de toute beauté, on ne peut le nier.
Les fulgurances visuelles du film sont clairement son meilleur atout et peut-être presque le seul point véritablement réussi à cent pour cent du film. Les apparitions de ce vampire séculaire sont sombres, baroques et assez bien exécutées, tout comme certaines mises à mort nous ramenant aux meilleures heures du cinéma fantastique gothique d’antan. Il y a un peu de Sleepy Hollow au sein de cette atmosphère singulière et nocturne. Et le dévoilement de la bête se fait de manière progressive et plutôt bien gérée. Mais pour le reste, le long-métrage accumule bien trop de lacunes narratives et de frustrations pour s’avérer concluant. Et pourtant, de voir que l’honnête faiseur André Øvredal était à la barre semblait prometteur.
En effet, le cinéaste scandinave était à l’origine de plusieurs bonnes surprises dans les genres fantastiques et horrifiques avec la triplette de films que furent Troll Hunter, Jane Doe Identity et Scary Stories. Malheureusement ici, il réalise son long-métrage le moins réussi, comme un rendez-vous manqué avec une potentielle excellente série B fantastique. En suivant une ligne narrative ultra rebattue, le film ne prend pas de risques. D’Alien pour la science-fiction à The Thing pour le body horror ou encore à n’importe quel slasher en endroit clos, Le dernier voyage du Demeter fait le choix prévisible et trivial de quelque chose qui va éliminer un à un les protagonistes. En ce sens, il y a un manque flagrant de surprise et l’ordre des morts est bien trop évident et facile à deviner.
En outre, le film dure près de deux heures pour finalement ne pas raconter grand-chose. Tout ce qui se déroule entre les apparitions de ce Dracula momifié qui cherche à se régénérer, un cumul de séquences qui dure peut-être quinze minutes tout au plus, frôle le néant. Des dialogues génériques et tout juste fonctionnels se heurtent à des personnages unidimensionnels tout aussi inintéressants les uns que les autres. Aucun d’entre eux nous happe et nous convainc et, conséquemment, leur trajectoire nous indiffère totalement. A ce titre, la tentative de donner du coffre aux protagonistes est ratée et toutes les autres scènes que celles où apparaît le monstre sont ennuyantes. Quant au gore et aux frissons, ils sont tous deux bien trop timorés, ce qui occasionne une certaine frustration. Le dernier voyage du Demeter s’apparente donc plus à un pétard mouillé, c’est le cas de le dire, qu’à une véritable œuvre qui marquera le cinéma fantastique ou la carrière de Dracula sur grand écran.
Bande-annonce : Le dernier voyage du Demeter
Fiche technique : Le dernier voyage du Demeter
Titre original : Le dernier voyage du Demeter
Réalisatrice : André Øvredal
Scénaristes : Zak Olkewicz et Bragi Shut d’après l’oeuvre de Bram Stoker
Avec Corey Hawkins, Liam Cunningham, David Dastmalchian, …
Production : Dreamworks & Universal
Distribution : Universal France
23 août 2023 en salle / 1h58 / Fantastique.
Alors que #MeToo est devenu un véritable phénomène de société, pour le meilleur et pour le pire, la condamnation de certains comportements outranciers envers les femmes au cinéma ne date pas d’hier. Violence, viol, soumission sont, bien que moins qu’aujourd’hui, mis sur la table afin d’exposer toute leur dégueulasserie aux yeux de tous. Et en cela, Répulsion est un pionnier du genre.
Synopsis : Deux sœurs belges, Helen et Carol, vivent ensemble à Londres. Un soir, alors que Carol est renvoyée chez elle de son travail de manucure, sa sœur lui apprend qu’elle part en voyage en Italie avec Michael, un homme marié que Carol déteste. La jeune femme se retrouve dès lors seule dans leur appartement, laissant le champ-libre à ses démons.
Second long-métrage d’un tout jeune Polanski, pas encore accusé de viol sur mineur, Répulsion est un réquisitoire contre le traumatisme lié à une agression pendant l’enfance. Période de socialisation primaire, l’enfance permet à l’individu de construire ses repères dans le monde ainsi que ses premières interactions sociales. C’est en cela que les adultes sont la clé de l’éducation, l’enfant leur confiant la responsabilité de façonner leur personnalité. Un complexe d’Œdipe mal assumé peut ainsi amener à rechercher une figure maternelle chez les femmes, là où un homme abusant d’une petite fille la condamne à un monde de terreurs et de misandrie.
Nous nous en doutons, c’est ce dernier exemple qui constitue le cœur du film : cet homme (son père ou un ami de la famille) que Carol alors enfant fixe avec véhémence sur une photo, où personne ne semble remarquer le malaise. Cet élément est découvert par Helen, et le spectateur en même temps à la fin du film, ce qui nous fait comprendre que personne n’était au courant. Carol vivait donc très probablement seule avec ce secret, jusqu’à ce qu’elle ne puisse plus le supporter et voit son appartement se transformer en terrain de jeu de ses cauchemars.
Le caractère très organique du film représente évidemment la psychose de son personnage en proie à la paranoïa, revivant en boucle ce que devait sûrement être la nuit de son viol. Son état psychique est alors incarné par un lapin qui pourrit lentement dans la cuisine, et dont Carol garde la tête dans son sac. Cette tête est le symbole de son innocence bafouée, qu’elle porte partout avec elle, et qui représente une trace indélébile tel le sang séché dans son sac. Cette symbolique se comprend aussi par le fait qu’elle est elle-même un lapin, mignonne et innocente : une proie de la chasse des hommes qui la poursuivent jusque chez elle.
En effet, avec la venue de son propriétaire dans l’appartement, qui tentera par la suite de la violer, Carol revit son calvaire, alors qu’un homme entre de force au sein de son intimité (son appartement devenu le reflet de sa psyché chaotique) pour s’emparer d’elle. Son réflexe est cependant viscérale, et elle le tue avec un rasoir. Il s’agit de son second meurtre, Carol ayant précédemment tué Colin, un homme qu’elle a simplement croisé, puis qui a trouvé son adresse et défoncé sa porte car elle refusait de le laisser entrer. Les hommes ne lui laissent aucunement le choix de les rejeter, comme si elle se devait d’être à eux. Carol n’a dès lors d’autre option que de chasser à son tour.
Nous pouvons aussi voir dans son métier de manucure une mauvaise plaisanterie de Polanski. Alors que le travail de Carol est le paraître, la beauté extérieure, elle souffre intérieurement d’attirer les hommes.
Paradoxalement, si le comportement très enfantin et névrotique du personnage de Catherine Deneuve peut agacer, il représente néanmoins, peut-être d’une manière effectivement caricaturale, un blocage qui l’empêche d’avancer et l’emprisonne dans cet état de gamine abusée et presque mutique.
Trop long pour certains, Répulsion reste une introduction pertinente et ironique sur le rapport de Polanski avec les femmes. On se rappellera ici Chinatown ou Rosemary’s Baby, présentant des femmes elles aussi victimes d’abus sexuels. Le jeu de Deneuve est, comme nous le disions, quelque peu irritant mais va de pair avec cette plongée en enfer et les différentes idées visuelles qui l’accompagnent, la rendant tout de suite iconique. Pour poursuivre sur l’aspect technique, Polanski insista pour travailler avec Gilbert Taylor, directeur de la photographie, ayant adoré son travail sur Docteur Folamour de Kubrick. Le résultat est impressionnant et accentue la sensation transmise par la mise en scène de Polanski, à savoir que Carol semble errer comme un fantôme dans le dédale de son esprit, que représente l’appartement. Le cœur du film se situe dans ce ressenti d’une âme en peine, mais incapable de trouver en elle les moyens de s’en sortir.
En outre, s’il comporte des défauts, Répulsion présente une vision différente pour son époque des rapports hommes-femmes, où la souris n’est plus poursuivie par un chat, mais par une horde de chiens.
Répulsion – Bande-annonce
Répulsion – Fiche technique :
Réalisation : Roman Polanski
Scénario : Roman Polanski, Gérard Brach, Davis Stone
Photographie : Gilbert Taylor
Genre : Thriller
Casting : Catherine Deneuve
Pays d’origine : Royaume-Uni
Durée : 105 minutes
Année de sortie : 1965
Les bandes-annonces tournent déjà, pour Napoléon, le nouveau film du grand réalisateur Ridley Scott. C’est Joaquin Phoenix accoutré du splendide uniforme militaire de Napoléon qu’on retrouve dans le rôle du belligérant. La sortie du film est prévue pour novembre de cette année, mais il fait déjà beaucoup parler de lui. Pour vous faire patienter, découvrons ensemble les raisons pour lesquelles le réalisateur a choisi un autre film historique et à quelles difficultés ont fait face les acteurs pour leur rôle.
Le tournage de Napoléon s’est déroulé sur 62 jours en Angleterre et à Malte. Pour accélérer le processus, Scott a filmé chaque prise avec huit caméras, et dans les scènes de bataille, leur nombre a atteint onze. Le montage final du film dure près de trois heures, mais Ridley a « une incroyable version de quatre heures et demie » qui raconte la vie de Joséphine avant de rencontrer Bonaparte. Le réalisateur espère qu’un jour Apple le dévoilera aussi.
De quoi parle le film
Le nouveau travail de Scott se concentre sur l’homme d’État et commandant français Napoléon Bonaparte, de ses origines à son ascension au statut d’empereur. Sa personnalité dans le biopic est vue non seulement à travers le prisme des réalisations personnelles, mais aussi à travers la relation avec l’amour de sa vie, sa femme Joséphine. Le film couvrira les célèbres batailles de Napoléon, montrera ses ambitions, son incroyable esprit stratégique et son talent de chef militaire. Trouvez les meilleurs paris sportifs sur TonyBet, le site de paris en ligne qui offre des milliers d’événements sportifs.
Obsession
Ridley Scott est obsédé par la réalisation d’un film sur Napoléon depuis le jour où il y a pensé pour la première fois. Entre la naissance de l’idée et la première image, trois ans se sont écoulés.
« Plus je vieillis, plus j’essaie d’éviter les films ennuyeux, raconte le réalisateur. – J’essaie de faire en sorte que chaque prochain projet en vaille la peine, en diffusant une réflexion. Dans ce cas, j’étais hanté par l’obsession de cette femme. Nous savons tous en quel genre de bête il s’est transformé sur le champ de bataille. On sait qu’il pouvait tromper, dévaster, tuer. Mais le talon d’Achille de Napoléon, c’était Joséphine. Et, ce qui est le plus intéressant, il ne l’impressionnait pas du tout, ce petit homme. Selon Scott, Joséphine dans Napoléon était avant tout intéressée par l’argent, et même après être devenue impératrice de France, elle n’a cessé de tromper son mari avec son favori, le lieutenant du régiment de hussards Hippolyte Charles.
Pour réaliser son rêve, Scott engage le scénariste David Scarpa, avec qui il a déjà travaillé sur le film Tout l’argent du monde. « C’était un processus très difficile. C’était si facile de se laisser emporter par toutes ces batailles, mais je voulais parler de Napoléon. Alors je me suis forcé à retourner vers Joséphine », avoue Scott.
Napoléon et Joséphine
Scott n’a jamais douté un seul jour de qui il voyait dans le rôle de Napoléon. Il a eu les impressions les plus agréables de travailler avec Joaquin Phoenix sur le tournage de Gladiator. « Joaquin est l’un des meilleurs acteurs avec qui j’ai eu affaire », déclare le réalisateur. « Je le regarde et je pense: » Ce petit démon, c’est Napoléon. Il a le même aspect. » Scott a admis que c’était le rôle dans le « Joker » qui lui avait donné l’idée d’appeler Phoenix dans le projet.
Le rôle de Joséphine est allé à Jodie Comer, qui a travaillé avec Scott sur le tournage de The Last Duel. L’actrice avait déjà commencé à s’habituer au rôle lorsqu’elle a été forcée de quitter le projet en raison de la coïncidence des horaires avec le one-man show Prima Facie, avec lequel elle a fait sensation. « Cela a fonctionné pour le mieux à la fin », dit Scott. « Jody a fait une excellente performance et nous avons eu Vanessa Kirby. »
Une préparation rapide
Vanessa n’a eu qu’un mois pour se préparer au rôle. Kirby a lu plusieurs livres sur Joséphine, a visité sa résidence de Malmaison et a visité sa tombe. Cela a aidé l’actrice à ressentir un lien émotionnel avec l’héroïne. C’était beaucoup plus difficile de la comprendre. « Joséphine est une contradiction totale. Chaque livre, chaque document, chaque lettre la met sous un nouveau jour », déclare Kirby. « Je n’avais qu’à penser que j’avais enfin compris, car j’ai immédiatement trouvé quelque chose qui contredit complètement l’image dominante. »
Les acteurs ont beaucoup parlé, essayant de comprendre comment transmettre la complexité et la profondeur de la relation difficile de leurs personnages. Ils ont fait quelque chose d’inattendu dans la scène du divorce entre Napoléon et Joséphine. Phoenix a giflé Kirby sans avertissement dans l’une des prises. « Tout le monde sur le plateau retenait son souffle », se souvient Scott. « Et une scène ennuyeuse a soudainement pris de la magie. »
N’en disons pas plus. Le mieux sera encore de se réserver les joies de la surprise en découvrant le film en novembre de cette année. La patience est de rigueur!