Apaches : l’ultraviolence à la française

Une bande de rebelles, une héroïne féroce et une vengeance teintée d’affection, le tout dans une époque marquée par les progrès.

A peine sortie de prison, Billie est prête à tout pour venger la mort de son frère, tué par les Apaches ; alors qu’elle recroise leur chemin, elle se surprend à ressentir une toute autre émotion monter en elle.

Une bombe à retardement

Le spectateur comprend vite que tôt ou tard, Billie va craquer. On ressent toute sa haine, voire sa bestialité (à commencer par le doigt qu’elle croque dans la première partie du film). Alice Isaaz s’engage à corps perdu dans son rôle, et son regard, souligné à de nombreuses reprises par des gros plans, traduit son agitation permanente. Elle bouillonne de l’intérieur, sans aucun répit. Au-delà du personnage de Billy, on ressent une tension constante entre tous les personnages, même les amis au sein du gang. Leur lien, quoique tangible, reste fragile. Chacun se sait menacé de tous côtés et chacune de leurs actions est imprévisible.

Et puis il y a Jésus. On reconnaît tout de suite en lui le leader, l’homme charismatique et coureur de jupons. Il est respecté et admiré dans son agressivité ; il incarne la révolte du groupe et vit selon ses émotions et sensations. Billy le ressent, aussi. Leur animalité les rapproche.

L’esthétisation de la violence

Il est difficile de passer à côté des qualités esthétiques du film. L’image est saccadée et virevoltante, poursuivant avec acharnement l’énergie fougueuse des personnages. On retrouve aussi des ralentis, qui apportent encore plus de tension et de poésie aux scènes. Romain Quirot a également placé quelques plans inspirés du cinéma muet, avec des mouvements en accéléré et des personnages silencieux dans leur agitation. Citons notamment la séquence où ces plans issus du muet présentent le gang en train de brutaliser des gens ; la violence prend une tournure comique par les accélérés et le détachement des personnages face à leurs actes.

Aussi, les visages sont mis en avant par des gros-plans, délimités par des fonds flous, même lorsqu’ils sont baignés de sang ou que leur regard transpire la férocité. Le gang maîtrise les espaces ; les membres ne sont pas perdus dans les rues infinies de Paris. Ils connaissent, ils dominent.

Certes, le film manque de tomber dans les stéréotypes à certains moments, notamment par la soif de sang caricaturée de la protagoniste, ou la volonté de révolte et de marginalisation du gang. Ces thèmes ont été repris maintes fois dans le cinéma, notamment avec le célèbre Orange Mécanique de Stanley Kubrick (quoiqu’ils agissent seulement par amusement dans le film de Kubrick). Ici, Romain Quirot reprend des événements historiques réels, avec des convictions politiques fortes et des engagements profonds.

On pourrait terminer ce point en parlant de la question religieuse. La figure de Jésus, notamment, qui utilise le sang plutôt qu’il ne le boit. La symbolique est forte, d’autant plus que le crucifix présent dans l’église du prêtre est brûlée dans toute sa longueur. Dernière lumière qui enflamme ce lieu ecclésiastique. Le rouge est omniprésent dans le film, que ce soit par les lumières ou les vêtements, symbole évident de la haine et du sang. L’apogée de la violence se trouve à la fin du film, qui mêle amour et haine dans une passion éreintée et hors du temps.

Une nouvelle famille

Billie perd un membre de sa famille, mais en retrouve une dans le camp de ses ennemis. Il est tout de même étrange qu’elle ressente si vite de l’affection pour eux, étant donnée qu’elle s’est très longuement préparée à se venger d’eux… On pourrait ressortir la maxime « il faut être au plus près de ses ennemis pour les anéantir », mais le changement est trop brutal et trop peu développé. Nous pourrions supposer qu’ayant manqué d’une famille dans sa jeunesse, elle ne pouvait résister à l’appel de cette bande ; il y a aussi la présence de Jésus, qui la trouble.

D’ailleurs, le film présente quelques pointes d’humour très appréciables, qui crée une connexion entre le gang et les spectateurs. Ces derniers entrent dans l’intimité de leurs modes de vie, de leurs doutes, de leurs peurs, de leurs joies. Ils intègrent Billie à leur société avec un plaisir non dissimulé, et la voilà retombée en enfance, entourée d’une famille.

Apaches est un film rigoureux et audacieux, avec des personnalités fortes et une mise en scène efficace. Malgré quelques facilités, le film tient volontiers la route pour nous emmener plus de cent ans en arrière.

Bande-annonce : Apaches

Fiche technique : Apaches

Réalisation & Scénario : Romain Quirot
Photographie : Jean-Paul Agostini
Musique originale : Yves Gourmeur
Montage : Romain Quirot
Décors : Irène Marinari
Costumes : Nadia Chmilewsky
Maquillage : Sylvie Ferry
Coiffure : Antoine Mancini
Casting : Swan Pham
Son : Christophe Penchenat, Guillaume Bouchateau, Vincent Cosson
Production : Apaches
Pays de production : France
Distribution France : Tandem Films
Durée : 1h35
Genre : Drame
Date de sortie : 29 mars 2023

Synopsis : 1900. De Montmartre à Belleville, Paris est aux mains de gangs ultra violents qui font régner la terreur sur la capitale : les Apaches. Prête à tout pour venger la mort de son frère, une jeune femme intègre un gang. Mais plus elle se rapproche de l’homme qu’elle veut éliminer, plus elle est fascinée par ce dernier.

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3.5

Festival

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