La Fureur de vivre de Nicholas Ray : entre désenchantement et espoir

À l’occasion des 100 ans de la Warner, des films mythiques du studio californien sont projetés dans nos salles. La Fureur de vivre (Rebel Without a Cause), œuvre culte qui a notamment consacré James Dean, est à l’honneur cette semaine. Ce film, à l’origine destiné à être une production de série B, met en scène les tourments d’un groupe d’adolescents dans l’Amérique d’après-guerre, et ne doit pas sa postérité qu’à la performance de ses acteurs.

Synopsis : Jim Stark est le petit nouveau au lycée. Un jeune homme accablé de problèmes familiaux et brimé par ses camarades, mais qui n’aspire qu’à se faire une place parmi eux. Il est entraîné malgré lui dans un défi de vitesse face à Buzz, chef d’un groupe un peu rebelle, où ce dernier perd la vie. Suite à ce drame, Jim est entraîné dans une spirale de violence.

Portrait d’une jeunesse en crise

Trois personnages sont au cœur de l’intrigue : Jim Stark (James Dean), Judy (Natalie Wood) et John, dit “Platon” (Sal Mineo). Dès la séquence d’ouverture, ils semblent incarner une jeunesse en perte de repères et en proie à la délinquance : tous trois se retrouvent le même soir au poste de police de la ville pour de petites infractions. L’un des enjeux majeurs du film est donc la création de nouveaux repères pour ces jeunes entourés par la violence. En effet, dès le lendemain, Jim est le petit nouveau du Dawson High School, où il est sommé de “faire ses preuves”, en vue d’intégrer la bande de cool kids du lycée. Cela se traduit dès le premier jour par un duel au couteau entre Jim et Buzz, le leader du groupe. Stoppés par un professeur, les deux adolescents se donnent rendez-vous le soir même au bord de la falaise pour poursuivre leur combat. Après avoir hésité à s’y rendre, Jim retrouve finalement Buzz pour une course de voitures. Lorsque son adversaire y perd accidentellement la vie, Jim ses deux acolytes font face aux attaques vengeresses des anciens compagnons du défunt. La suite du film, qui se termine à l’aube de cette nuit sanglante, montre comment Jim parvient à survivre et à s’extraire de cet engrenage violent, en trouvant et en s’appuyant sur ses propres valeurs.

Des modèles à réinventer

“Que faut-il faire pour être un homme ?”, demande le jeune héros à son père, alors qu’il hésite à se dénoncer à la police après la mort de Buzz. Cette question résume en partie l’une des quêtes du jeune homme au cours du film : celle de sa propre masculinité, face à des modèles de virilité en crise. Comment se construire en tant qu’homme sans exemple vers lequel se tourner ? Le père de Jim incarne en effet un manque d’autorité et une inconstance de valeurs tout au long du film : ne sachant comment s’adresser à son fils, il est éclipsé par les figures de la mère et de la grand-mère. Il apparaît constamment soumis à elles, et n’a aucune réponse à apporter à son fils lorsque celui-ci est en plein dilemme. Les autres figures paternelles du film sont également problématiques : le père de Judy incarne un paternalisme et une sévérité archaïques, desquels sa fille cherche à s’émanciper. Le père de John, quant à lui, est absent. Enfin, le personnel du lycée endigue en apparence seulement la violence de ses étudiants : à la nuit tombée, les combats reprennent de plus belle. Ainsi, dans l’Amérique tourmentée de l’après-guerre, les figures de l’autorité semblent être coincées entre une sévérité désuète et une inconstance permissive, propices à une montée de la violence. La seule alternative possible à l’effondrement de la morale est incarnée par un officier de police de la ville, qui se montre assez souple pour être écouté des jeunes. Mais en définitive, ce sont ces derniers qui portent véritablement l’espoir d’un renouveau des valeurs.

Un nouvel espoir

La mort accidentelle de Buzz provoque un déferlement de violence, duquel Jim, Judy et John cherchent à se préserver. Ne pouvant pas compter sur leurs parents pour les défendre, ils doivent faire face au problème par eux-mêmes. Partant du statut de marginal au début du film, Jim construit petit à petit sa propre identité, et s’accomplit en tant qu’homme selon de nouveaux principes. Face à la brutalité des anciens compagnons de Buzz, et à l’échec des adultes à lui apporter de l’aide, celui-ci devient son propre modèle. Le trio qu’il forme avec Judy et John constitue une famille métaphorique, où chacun des personnages peut enfin trouver sa place, ce que le cadre familial traditionnel ne leur permet pas. Jim devient alors un modèle de courage pour ses pairs, et incarne à la fin du film l’espoir d’un renouveau des valeurs venant directement des jeunes.

Bande-annonce –La Fureur de vivre

Fiche technique – La Fureur de vivre 

Réalisation Nicholas Ray
Scénario Irving Shulman et Stewart Stern
Production David Weisbart
Interprétation James Dean (Jim Stark), Natalie Wood (Judy), Sal Mineo (John dit « Platon »)
Société de production et de distribution Warner Bros. Pictures
Musique Leonard Rosenman
Photographie Ernest Haller
Montage William Ziegler
Date de sortie (USA) 1955
Durée 1h41

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Mariushttps://www.lemagducine.fr/
Etudiant en Lettres et cinéphile, j'écris ici des critiques de film et des articles sur le cinéma.

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