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MMXX : quatre histoires de parole et d’écoute, au temps du Covid

Le nouveau long-métrage du réalisateur roumain Cristi Puiu entend se pencher sur 2020, MMXX, en chiffres romains, l’année du Covid et des confinements successifs, pour y sonder l’incommunicabilité humaine tout en prenant le pouls, plutôt malade, de sa société.

A partir d’une année volée en éclats, 2020, « MMXX », l’année du Covid, Cristi Puiu (3 avril 1967, Bucarest -) explose son sixième long-métrage en quatre chapitres, quatre panneaux dont les trois premiers s’articulent, alors que le quatrième apporte, dans l’après-coup, une résonance particulière au second. Le réalisateur roumain est un homme du temps long. Chacun de ses récits prend le temps de se déployer au fil de longs échanges, le plus souvent entre deux personnes, mais impliquant parfois d’autres locuteurs.

Non sans humour, le réalisateur-scénariste ouvre son premier volet, inscrit en cette vingtième année du deuxième millénaire qui nous confina tous, nous privant ainsi de notre chère liberté de déplacement, sur l’air de La Traviata, « Sempre libera », qui lui donne son titre. Grand écart d’ailleurs figuré par la position de l’auditrice, basculée en arrière dans un fauteuil, jambes largement ouvertes en V vers le plafond. S’ensuivra une conversation, professionnelle, puisque la jeune femme (Bianca Cuculici) s’avère être psychanalyste, recevant une patiente pour un premier rendez-vous. On s’étonne au passage d’une conduite de séance qui diffère sur plusieurs points des pratiques françaises. En un plan essentiellement fixe – sauf, justement, lors de ces perturbations… -, à distance respectueuse de ce duo féminin, le réalisateur s’attache au déroulé d’un questionnaire visiblement standard (une standardisation signalée par un « nous » auquel recourt la thérapeute) et aux glissements qu’il provoque, à la fois dans l’équilibre des forces et dans les échos qu’il éveille en chacune des locutrices. Si la thérapeute apparaît, au début, comme passablement névrosée et sourde au discours de l’autre autour d’une histoire de stylo, on la voit, au fur et à mesure qu’elle s’enfonce dans son fauteuil professionnel, s’enfoncer également dans son rôle et mener le dialogue avec davantage de maîtrise ; même si de petits ratés révèlent encore des failles. Parallèlement, un subtil et intéressant divorce s’instaure entre les réponses de l’analysante au questionnaire et ce que livrent les expressions de son visage ou parfois même ses seules intonations, hésitations, reprises… D’emblée, Cristi Puiu frappe fort, en donnant à entendre non seulement ce qui est dit, mais aussi et surtout tout ce qui n’est pas dit, n’accède pas à la profération mais sourd secrètement à travers tous les vecteurs que, précisément, le cinéma a le pouvoir et la force de montrer.

« Baba au rhum » remet en scène deux des trois protagonistes initialement observés : Oana, la thérapeute, et son jeune frère Mihai (Laurentiu Bondarenco). Au moyen d’un simple changement de pièce dans le grand appartement d’Oana, sa cuisine et non plus son cabinet-bibliothèque, le climat du huis clos devient autre, justifiant le titre de cette partie, dans laquelle le frérot se montre exclusivement préoccupé par la confection du « baba au rhum » qu’il a décidé de faire pour célébrer son propre anniversaire. Là encore, un glissement va s’opérer, de cette préoccupation aussi agaçante qu’ubuesque à un comportement tout autre, le frère consentant à se voir peu à peu relégué à l’arrière-plan, face à une urgence autrement plus impérieuse que celle qu’il brandissait au début : une amie du couple formé par Oana et Septimiu (Florin Tibre) a dû être transportée d’urgence à l’hôpital où elle a accouché avant terme, se voyant aussitôt subtiliser son bébé par les directives étatiques ; « pour quinze jours », officiellement… Là encore, la conversation est reine, puisque le suivi de la soirée hospitalière s’effectue par le biais d’un nombre incalculable d’échanges téléphoniques avec des tiers absents qui vont progressivement museler le frère, puisqu’il s’agira également de parvenir à mobiliser des intermédiaires qui pourraient assurer un bon déroulement de cette hospitalisation, pour la mère comme pour l’enfant… À cette occasion, le portrait moral d’Oana se précise par ricochet, puisqu’on la découvre plus empathique que dans la situation professionnelle précédente, plus impliquée, et aussi plus brillante, comme le laisse entendre Mihai, lorsqu’il l’interpelle par un « première de la classe »…

Le maillon suivant est assuré par Septimiu, le mari, donc, qui, dans « Norma Jeane Mortenson », se retrouve véritablement incarcéré dans une situation péri-professionnelle : dans la salle de repos hermétiquement close où il peut s’accorder quelque répit durant ses gardes à l’hôpital, Septimiu reçoit les confidences d’un ami à la fois ambulancier et acteur, qui a vécu, quelques années auparavant, une étrange aventure amoureuse avec la maîtresse d’un mafieux. Les codes de la masculinité sont interrogés, du mafieux au subterfuge utilisé par son éventuel rival, en même temps que défilent, dans cet ancien pays du bloc soviétique, nombre de références à la culture états-unienne, signes du changement des temps : la Maryline Monroe du titre, alors sous son nom de naissance, Spiderman, Men in black… Pastichant le premier volet, le dispositif est quasi-psychanalytique, le confessant se livrant à un écoutant placé derrière lui, à la tête du lit sur lequel il se repose également. Mais l’écoutant en question est lui-même à demi allongé, sur un autre lit face caméra, et perpendiculaire au premier. Et, tout en étant distrait par la crainte d’être contaminé par le Covid-19 et par les examens qu’il s’administre coup sur coup, il n’est guère moins attentif que sa propre épouse, dans la situation du premier volet. Distrait mais moins dispersé, puisque le plan peut ici s’offrir le luxe d’être presque continuellement fixe, sauf à la toute fin et lors d’une brève interruption, provoquant toutes deux un léger pivotement.

Le quatrième et dernier volet, sous un titre énigmatique accessible aux seuls lecteurs de l’alphabet cyrillique, introduit un personnage en apparence étranger à l’univers du triptyque précédent : un enquêteur, qui va conduire successivement différents entretiens, d’abord avec un collègue de travail qui n’est pas totalement étranger au suicide d’un autre collègue, et également ami du premier ; puis avec deux personnes interpellées, un homme puis une femme, ancienne prostituée ayant côtoyé des barons du grand banditisme. Là encore, un décalage s’opère entre l’écoute intense de l’inspecteur recueillant un témoignage important et l’indisponibilité de son esprit, que différents petits signaux trahissent comme encore tout entier absorbé par son deuil récent. Un deuil ravivé par le fait que cette déposition s’effectue dans une grande maison particulière où s’est réunie une foule de gens à l’occasion de funérailles. Après une spectaculaire entrée en scène de l’extérieur, à travers un vaste ciel et une végétation verdoyante, à l’occasion de l’arrivée du policier sur ces lieux, l’espace se resserre et se confine à nouveau dans une pièce, le dispositif cinématographique se voyant spécularisé par le fait que cette confession va se trouver enregistrée, mais avec un objectif obturé à la demande de la femme auditionnée. Or sa confession ouvrira, à son insu, un inquiétant dialogue avec l’un des aspects du second volet, et permettra de mieux comprendre l’alarme des protagonistes au sujet du sort réservé au bébé de l’amie… Pendant funèbre à l’aria tiré de l’opéra de Verdi, le long-métrage se referme sur des chants d’enterrement a cappella, produits par une magnifique polyphonie masculine.

Cristi Puiu n’en finit pas de questionner le cloisonnement entre les êtres, l’incommunicabilité au sein même de l’échange en apparence le plus vif, et de quelle façon le resserrement sur l’intime provoqué par l’année 2020 n’a pas permis de creuser plus loin encore cette intimité, de l’approfondir, et a au contraire été source de malentendus, de replis sur soi, et d’échecs de la communication. A l’occasion de ce constat plutôt sombre, il jette quelques regards acérés, et non moins sombres, sur la société roumaine contemporaine : qu’il s’agisse de la conduite d’une cure psychanalytique normée à l’extrême car s’inaugurant par un questionnaire standard, de l’état de l’hôpital, qui ne semble pas avoir progressé depuis La Mort de Dante Lazarescu (2005), ou de la bonne santé, à l’inverse, des mafias et des différents trafics, de femmes, d’organes, de nourrissons… Une lucidité et une noirceur qui n’excluent pas la beauté d’instants volés, de changements de lumière, du vent, de la musique…

Synopsis du film : Plusieurs portraits, quatre récits, quatre courts moments dans le temps, la poursuite d’un groupe d’âmes errantes coincées au carrefour de l’Histoire.

Bande-annonce : MMXX

Fiche Technique : MMXX

De Cristi Puiu
Par Cristi Puiu
Avec Bianca Cuculici, Laur Bondarenco, Otilia Panaite
1er novembre 2023 en salle / 2h 40min / Comédie dramatique
Distributeur : Shellac

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3.5

FFCP 2023 : Concrete Utopia, cœur de béton

Le monde d’après fascine toujours les curieux du sensationnel. Les films catastrophes ont la particularité de stimuler cet imaginaire afin de renverser la morale au sein d’un groupe. Et c’est dans cette direction que Um Tae-hwa développe sa version sociale et satirique de La Tour infernale (1974). Un immeuble HLM devient ainsi le dernier bastion des locataires, tandis qu’il constitue le dernier refuge pour ceux de l’extérieur. La survie est l’objectif commun des survivants de Concrete Utopia, qui vont peu à peu révéler les limites de leur humanité.

Synopsis : Séoul a été détruite par un gigantesque tremblement de terre. La ville est en ruines. Seul un immeuble tient encore miraculeusement debout, intact. Ses habitants s’organisent pour survivre et résister aux menaces extérieures…

Le soleil matinal caresse les joues d’un couple qui ne manque de rien. Pourtant, il ne faut pas très longtemps pour saisir l’enjeu social et survivaliste qui se jouera pendant un peu plus de deux heures. Quelques pas vers la fenêtre la plus proche et ce sont les ruines d’un Séoul anéanti par un séisme dévastateur qui nous apparaissent à perte de vue. Le monde entier est-il mis en échec ? Um Tae-hwa (Vanishing Time : A Boy Who Returned) préfère ne pas y répondre pour se concentrer sur la communauté de l’immeuble Hwang Gung et du nouvel ordre que les locataires tentent d’instaurer. Il ne va pas chercher la destruction à outrance, comme le ferait Roland Emmerich : son film catastrophe minimise les effets spéciaux pour nous enfermer dans le seul complexe habité qui tient encore debout.

Une histoire sans fin

Quelques séquences ne lésinent pourtant pas sur l’aspect spectaculaire du tremblement de terre, de quoi donner quelques frissons avant de s’attaquer au plat de résistance. Car ce qui intéresse essentiellement Um Tae-hwa et son co-scénariste Lee Shin-ji, c’est bien la gestion dystopique d’une crise. Lorsque des blocs de béton se sont écroulés sur un homme au volant de sa voiture dans Tunnel de Kim Seong-hoon, le gouvernement et les médias se sont mobilisés. Ici, il s’agit de recréer un sentiment de sécurité en employant le même dispositif administratif. Sans s’en rendre compte, la classe populaire commence peu à peu à devenir comme ceux contre qui elle s’est révoltée depuis des années. Cette effrayante perspective n’échappera certainement pas aux spectateurs coréens, car elle peut rappeler les heures sombres du soulèvement de Gwangju, face à la dictature mise en place. Paradoxalement, Concrete Utopia rejoue l’histoire du pays, même après sa chute.

L’argent ne vaut plus rien. Seul le troc de matériels essentiels à la survie compte. Et le partage des richesses communes ne se fait pas sans peine, car les avis divergent forcément lorsqu’il s’agit d’expulser les squatteurs. C’est le cas au sein du couple de l’appartement 602. Min-seong (Park Seo-jun) est un ancien fonctionnaire qui obtient l’opportunité d’exister dans ce nouveau microcosme, tandis que son épouse Myeong-hwa (Park Bo-young) tente de conserver ses valeurs d’infirmière, en aidant son prochain quoi qu’il arrive. Cette scission est représentative de la communauté de l’immeuble, qui semble avoir trouvé son nouveau leader, incarné par un comédien qui revient en force. Directeur de la KCIA (L’Homme du Président) ou père protecteur en pleine crise sanitaire (Défense d’atterrir), Lee Byung-Hun a également été un faire-valoir du cinéma d’action hollywoodien (G.I. Joe, Red 2, Terminator Genesys). Cette fois-ci, l’acteur n’incarne pas un personnage aussi revanchard que l’agent secret de J’ai rencontré le diable, bien qu’il s’en approche avec subtilité. Le monde s’est écroulé et Yeong-tak en a profité pour siéger au sommet d’une société totalitaire naissante.

Tout ce qui reste de la démocratie est écrasé par la terreur que sèment les groupes musclés, qui ne jurent que par la territorialité, que l’on peut également trouver dans High-Rise de Ben Wheatley. Chaque appartement devient alors peu à peu une cellule pour ses locataires, qui tentent malgré tout de garder espoir. Les différentes ruptures de ton que Um Tae-hwa éparpille tout au long de l’intrigue permettent alors de reprendre une grande inspiration. Il n’est pas non plus étonnant de voir le cinéaste manier l’humour comme un argument satirique, notamment lorsque les locataires commencent à mettre en place leur routine. Retrouver le goût d’avant, c’est ce qui les maintient dans cette utopie, dont les piliers ne peuvent que s’effondrer lorsque l’individualisme entre en conflit avec le collectif.

« On s’y sent aussi bien chez soi que chez les autres. » Cela pourrait être un slogan incongru, mais cela reste cohérent avec l’esprit du film, qui tacle amèrement l’inaction gouvernementale face à l’escalade de prix dans l’immobilier. Loger tous les citoyens coréens est un enjeu majeur encore aujourd’hui et le cinéaste en profite pour le rappeler. Il fait ainsi le choix de noyer certains personnages secondaires dans la masse, avant qu’ils incarnent pleinement leurs fonctions dans le film choral. Ceci, afin de ne pas briser le rythme d’un récit très bien structuré.

Sélectionné pour la course aux Oscars, le film de Um Tae-hwa mise évidemment sur l’empathie des spectateurs, car dans le fond, c’est ce qui nous rassemble autour des films catastrophes. Les couleurs cendrées du directeur de la photographie, Cho Hyoung-rae, nous projettent ainsi dans des ruines hivernales au milieu d’une tragédie qui se répète sans cesse. Et s’il faut s’armer de patience avant d’entrer dans l’arène du nouveau monde, Concrete Utopia nous rappelle, de manière ludique et un brin moralisatrice, que les racines du mal ne sont jamais enfouies bien loin dans le genre humain. Seul compte la force du collectif et le film nous montre ô combien cet équilibre peut être fragilisé en un battement de cils.

Bande-annonce : Concrete Utopia

Fiche technique : Concrete Utopia

Réalisation : Um Tae-hwa
Scénario : Um Tae-hwa, Lee Shin-ji
Directeur de la photographie : Cho Hyoung-rae
Montage : Han Mee-yeon
Chef décorateur : Cho Hwa-sung
Son : Kim Hyun-sang
Musique originale : Kim Hae-won
Producteur exécutif : Choi Byung-hwan
Producteur : Byun Seung-min
Production : Climax Studio, BH Entertainment
Pays de production : Corée du Sud
Distribution internationale : Lotte Entertainment
Distribution France : The Jokers, Les Bookmakers
Durée : 2h18
Genre : Catastrophe, Drame
Date de sortie : Prochainement

Encerclement maladif dans A l’intérieur de Vasilis Katsoupis

Willem Dafoe incarne un homme spécialisé dans les vols d’œuvres d’art. Sa prestation est époustouflante et suscite même une gêne chez le spectateur, qui se retrouve enfermé avec lui dans un appartement aux milles luxes et secrets.

Synopsis : Nemo, cambrioleur chevronné, se retrouve piégé dans un luxueux appartement new-yorkais. Essentiellement décoré d’œuvres d’art, il va devoir faire preuve de créativité et de ténacité pour survivre et tenter de s’échapper…

Un huis-clos désarmant 

Nemo est enfermé dans une prison dorée : les murs sombres et la hauteur sous-plafond de l’appartement créent un contraste désarmant. Le long-métrage est lent, et cette lenteur empoigne le spectateur, qui vit chaque seconde à corps perdu. Il ne peut pas se défiler : l’image l’accroche aux déboires de Nemo, dans des sur-cadrages omniprésents.

De plus, les nombreux plans fixes sur cet appartement déshumanisé renforce l’impression de stabilité, comme si le temps s’arrêtait en-dehors des murs. Pourtant, chaque seconde est comptée et bascule Nemo vers un point de non retour… D’ailleurs, au-dessus de la cuisine s’étale l’inscription « All the time that will come after this moment » en lettres illuminées. Cette expression signifie « Tout le temps qui viendra après ce moment« , comme pour donner espoir à Nemo alors que les murs se rapprochent de plus en plus de lui.

L’être humain et son instinct

A l’intérieur est un film brut et sans compromis. L’humain est montré dans son plus simple appareil, répondant comme il le peut à ses besoins primaires. Pour s’en sortir, Nemo doit se démener pour trouver de la nourriture et de l’eau. L’art passe alors au second plan ; ce qui compte, c’est la survie du protagoniste. L’argent n’est plus un enjeu. À ce titre, son corps est mis à rude épreuve. Les gouttes de sueurs perlent sur sa nuque au-delà de quarante degrés, et les couvertures manquent de le réchauffer lorsqu’il fait moins de dix degrés.

Ainsi, nous pouvons voir Nemo cracher, déféquer, uriner, ou encore boire avidement des restes de glaçons collés dans le réfrigérateur. Il se laisse guider par son instinct, tandis qu’il n’a plus besoin de se soucier du regard des autres. La caméra semble pourtant être un témoin de son retour animal, à l’image des caméras de surveillances que Nemo observe.

Psychologie et démence face à l’art

À l’image des œuvres d’Egon Schiele, le corps de Nemo se crispe et se perd, pourrissant autant que les quelques aliments qui lui restent. Cependant, au-delà du corps, son esprit se tord et vacille. Nemo souffre progressivement d’hallucinations, hanté par sa solitude et par la peur de ne jamais partir. Sa seule expression est celle de l’art, qui le guide à travers la folie. Les murs de l’appartement, qui jusqu’alors définissaient son encerclement, deviennent sa délivrance intérieure.

Par ailleurs, la musique, quoique présente dans quelques scènes du long-métrage, est discrète face au silence qui entoure le protagoniste. Il est encerclé par le silence. Il peut voir quelques brides du monde extérieur par les caméras de surveillances, mais celles-ci n’émettent aucun son… Les seuls bruits sont ceux de la destruction de l’appartement, de l’eau, de la Macarena et des quelques paroles de Nemo. « Il n’y a pas de création sans destruction » dit-il. En effet, il n’aurait pu créer sans être enfermé.

A l’intérieur : bande-annonce

A l’intérieur : fiche technique

Titre original : Inside
Réalisation : Vasilis Katsoupis
Scénario : Ben Hopkins, d’après une histoire de Vasilis Katsoupis
Musique : Frederik van de Moortel
Décors : Thorsten Sabel
Costumes : Catherine Van Bree
Photographie : Steve Annis
Montage : Lambis Haralambidis
Production : Giorgos Karnavas, Marcos Kantis et Dries Phlypo
Sociétés de production : Heretic, Schiwago Film et A Private View
Sociétés de distribution : L’Atelier Distribution (France)
Genre : thriller psychologique
Durée : 105 minutes / 1 novembre 2023 en salle / 1h 45min / Drame, Thriller

Arras Film Festival, jour 1 : Une affaire d’honneur de Vincent Perez

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L’Arras Film Festival ouvre ses portes ce soir, dans une ambiance qui ne prête pas forcément à la fête. La plaie ouverte par l’attentat qui a frappé la ville très récemment est toujours à vif, et le deuil de ses habitants est encore frais. Quand la réalité vous impose son sordide, on se demande à quoi bon imprimer sa légende sur grand-écran. Ça tombe bien, le film d’ouverture, Une affaire d’honneur, nous fournit une piste de réponse.

Fin du XIXe siècle, la France est une grande nation qui tremble sur ses appuis. Toujours fragilisée par sa sanglante défaite militaire face à la Prusse, l’Hexagone est également bousculé par un air du temps qui souffle à grand vent contre le sens du récit national. Dans ce contexte crépusculaire s’engage une lutte à mort entre un maître d’armes révéré et soldat de la nation jamais revenu du front, et un héros de guerre et officier belliqueux qui ne veut pas en revenir. Ce à travers une série de duels d’honneur, coutume traditionnelle, ici ultime point d’ancrage d’un monde à bout de souffle qui s’accroche à son passé.

Conditionnel présent

Enfonçons tout de suite une porte déjà grande ouverte : oui, on pense à forcément à Ridley Scott, qui a consacré au duel d’honneur deux films inégalement gâtés par son talent. Soit Les Duellistes et Le Dernier duel, respectivement l’aîné et le cadet de sa filmographie. Et non seulement Une affaire d’honneur colle une douille au Dernier duel, matin, midi et soir, quelque soit le choix des armes, mais il joue toe-to-toe au pointage avec le premier film de Sir Ridley. Oui, rien que ça.

Vincent Pérez s’intronise comme un grand cinéaste avec son quatrième film, qui défie les conventions du film d’époque telles que le cinéma et la télévision ont l’habitude de nous en abreuver pour mieux en transcender les traditions.

Son 1.85 près des visages qui en disent beaucoup et des détails qui font la différence éjectent du ring la reconstitution argentée qui aplatit ses personnages en cinémascope de 16/9e. Son scénario condensant deux films en un sur 1h40 sans pet de gras à la pesée brûle les calories superflues des téléfilms surécrits qui cassent la balance en sous-intrigues et sous-protagonistes pour ne rien raconter. Sa direction d’acteurs tire à l’épure le meilleur de ses comédiens habités (Fucking Roschdy Zem. Lumineuse Dora Thilliez. Massif… Vincent Perez, justement). Le cinéaste asphyxie le « films d’aipauque » à papa qui gaspille son énergie en pose surannées et tirades de 10 lignes écrites à l’imparfait du subjonctif. Et ces duels, vinguette. Ces duels.

Le Maitre de guerre

Une chose est sûre, Vincent Perez ne déconne pas avec son sujet, et l’escrime n’est pas un point de détail qu’il met en images parce qu’il le faut bien. Les gestes techniques les plus subtils à portée d’intuition de spectateur, le souci d’éloquence narrative du mouvement, le rythme en crescendo qui articule en joutes et en touches tout ce qui n’est pas dit et montré (la « fin de l’histoire » d’alors, le changement sociétal, la réconciliation du monde d’avant et celui d’après)… Perez joint le geste à la pensée à la pointe de sa caméra. Il n’y a guère que dans le cinéma hongkongais qu’on retrouve cette déférence pour l’art martial au sens « artistique » du terme, c’est-à-dire tout ce qu’il peut raconter en faisant l’économie des mots et des images en trop.

Une affaire d’honneur fait partie de ces films qui nous rappellent pourquoi le cinéma reste et restera un besoin populaire. À savoir sa capacité à nous mettre au diapason de tout ce qui se trame sous la surface des choses que l’on voit et que l’on entend. Un sixième sens essentiel.

FFCP 2023 : Peafowl, danse avec les morts

Souvent liée à la célébration, la danse constitue avant tout une forme d’expression de ses émotions. C’est le procédé que Peafowl choisit d’embrasser, en suivant le retour aux sources chaotiques d’une femme transgenre. L’héroïne doit ainsi faire face aux réactions les plus venimeuses dans son village natal, alors qu’une cérémonie funéraire se prépare. Il s’agit pourtant d’une opportunité qui la réconcilierait avec ses proches, mais l’héroïne saura-t-elle retrouver ses couleurs et prendre du recul sur son identité ?

Synopsis : Myung est une danseuse de waacking courant les concours, en quête de l’argent qui lui manque pour finaliser sa transition. Mais son père, qu’elle n’avait pas vu depuis des années, décède subitement. Elle se rend à ses funérailles dans son village natal et affronte une famille conservatrice qui ne tolère pas la présence de cette femme transgenre. Quand un ami lui demande de participer à la cérémonie qui conclut les obsèques afin qu’elle touche l’héritage, elle décide de rester.

En 2020 et 2021, le court-métrage God’s Daughter Dances ne manque pas de se faire remarquer et triomphe dans une dizaine de festivals. On y met en scène l’interprète transgenre Choi Hae-jun dans une situation cocasse. En effet, son examen médical est exigé par le service militaire en Corée du Sud (obligatoire pour les hommes). Naturellement, son statut dépasse l’administration bien qu’il n’y ait aucun doute sur sa personnalité ou son identité. Le réalisateur Byun Sung-bin revient alors avec un premier long-métrage qui ausculte les réactions épineuses d’une société coréenne, qui n’est décidément pas encore prête à sauter le pas sur l’identité du genre. En ramenant de force son héroïne Myung à ses racines, toujours campée par la talentueuse danseuse Choi Hae-jun, on se laisse guider par son caractère bien trempé et dont elle n’aura jamais honte.

Ni trop clair, ni trop sombre

Des appels oppressants, un jackpot vital en tête, la musique lance rapidement Myung sur la piste d’un concours de waacking, une danse dérivée du hip-hop qui consiste à synchroniser les gestes de son corps à la musique. Ses mouvements sont agressifs et manquent de souplesse, tandis que son maquillage et ses paillettes ne peuvent dissimuler une certaine colère sur son visage. Myung semble avoir une revanche à prendre avec la vie, ce qui donne tout le sens au parcours qui l’attend au terme d’une battle qui manque d’achever tous ses espoirs de transition. Sans le montant nécessaire à son opération, qui la légitimiserait enfin aux yeux d’une société encore transphobe, Myung ne peut que compter sur l’héritage de son père, récemment décédé.

On quitte alors Séoul pour un cadre rural particulièrement hostile lorsque ses proches l’accueillent avec plus ou moins de déceptions. Malgré tout, il reste une issue dans cette mascarade, un ultime acte de réconciliation possible pour une famille que rien ne semble pouvoir rabibocher. Un vieil ami propose à Myung de venir danser au 49e jour commémoratif de la mort de son paternel en échange d’un héritage. Ce pacte suspicieux donne ainsi lieu à une introspection nécessaire, où l’héroïne déjoue tour à tour les superstitions de cet environnement conservateur.

La force principale du film réside dans le jeu de Choi Hae-jun, subtil et vulnérable. C’est toujours dans cet entre-deux que son personnage y lâche des plumes à force de vouloir s’envoler trop rapidement. Elle est un paon majestueux qui ne demande que de la considération et un peu d’affection, véritables carburants dans la lutte des LGBTQIA+ que défend le cinéaste et son équipe. Ce dernier le fait avec du style, car il n’oublie pas qu’un sujet aussi lourd nécessite un peu de légèreté. La musique est un catalyseur essentiel dans ce film, car la danse ne quitte jamais Myung. Elle s’exprime davantage avec son corps qu’avec des mots, qui sont rarement reçus avec bienveillance. Ses différentes tenues colorées l’aident également à se motiver. C’est sa manière d’exhiber sa confiance et de célébrer sa liberté.

Par ailleurs, Byun Sung-bin confronte sans cesse des points de vue opposés, jusqu’à ce que les enjeux constituent finalement le dénominateur commun de tout un pays inquiet sur son identité. La peur du changement se lit dans ce portrait simplifié de la Corée du Sud et Peafowl ne laisse pas la volonté de son héroïne retomber, avant d’avoir embrasé le dancefloor où les vivants dansent avec les morts. Dans le même instant, on efface toute identité de genre pour enfin se réconcilier avec soi-même. C’est là toute la beauté d’une rédemption par l’amour.

Bande-annonce : Peafowl

Fiche technique : Peafowl

Réalisation et Scénario : Byun Sung-bin
Directeur de la photographie : Hae-in Kim
Montage : Young-hoo Lee
Musique originale : Casepeat
Producteurs : Byun Sung-bin, Yoon Suk-chan
Pays de production : Corée du Sud
Distribution internationale : M-Line Distribution
Durée : 1h54
Genre : Drame
Date de sortie : Prochainement

D’argent et de sang : retour sur les premiers épisodes de la série

D’argent et de sang est la nouvelle création originale Canal Plus diffusée depuis octobre 2023. Aux commandes, le réalisateur Xavier Giannoli auquel on doit notamment les films A l’origine ou Marguerite. Des films où le mensonge conduisait loin. Ici, c’est avec cette même conviction de tromper, de voler que les personnages s’engagent dans ou contre « l’arnaque du siècle ». Une série comme son générique : qui claque, mais qui sonde aussi l’indécence de l’époque faite d’argent et de sang littéralement !

D’argent et de sang est une série réalisée par Xavier Gianolli. Le réalisateur a l’habitude de raconter des histoires de routes qui n’aboutissent nulle part ou de cantatrices aux voix insupportables pourtant applaudies par tous. Il sait raconter ceux qui fédèrent à partir de rien ou du moins sur du vide, de l’inexistant, et qui finissent par en payer le prix (une voix, une route). Ici, il raconte une arnaque d’une simplicité enfantine en apparence qui a pourtant brassé des milliards en peu de temps. Surtout, une fois encore, cette histoire est inspirée de faits réels et plutôt récents. Pour autant, Giannoli la raconte avec un sens du vertigineux et une limpidité assez bluffante ! On ne se perd jamais dans les explications et le rythme, pourtant endiablé, laisse place sans arrêt à la réflexion sur ce qui est en train de se dérouler sous nos yeux interloqués. Cette limpidité est clairement due au personnage incarné par Vincent Lindon et qui guide le spectateur dans l’enquête tout au long des épisodes. Pourtant, ce personnage de Simon Weynachter est une pure fiction. Une enquête a bien été menée mais ce personnage tenace, habité voire hanté, est une invention. Il permet de faire le lien entre l’affaire folle qui se déroule et son ancrage réaliste, les rouages qu’il met en route. De plus, la série se base sur un livre-enquête du journaliste Fabrice Arfi, auteur de nombreuses enquêtes sur des affaires célèbres. C’est à lui d’ailleurs que la série doit son très beau titre si parlant (et qui n’était pas le titre envisagé au départ). Xavier Giannoli se montre parfaitement à l’aise dans le format série en mêlant différentes temporalités, en ne ménageant jamais son rythme effréné et en mêlant le temps de l’enquête et celui de l’action.

Un rythme sans temps mort qui tient beaucoup aux personnages et aux acteurs qui les incarnent. Vincent Lindon apporte son calme et une certaine froideur au personnage de Simon Weynachter quand Ramzy Bedia offre à Fitouss son côté « chien fou », à l’aise dans l’escroquerie sans jamais défaillir. Au milieu d’eux évolue le personnage incarné par Niels Schneider qui paraît temporiser mais se révèle être la tempête qui se lève. Ils viennent chacun apporter une pierre à l’édifice de cette « histoire de fous » qui va aussi vite que les milliards engendrés par l’arnaque sur la TVA des quotas carbone. Giannoli se plait à filmer ses personnages comme inarrêtables et Weynachter comme impuissant. Incapacité d’action renforcée dans sa relation téléphonique avec sa fille qui s’enfonce dans la dépendance et qu’il ne peut aider (ne sachant ni la localiser ni offrir son aide à quelqu’un qui la refuse). La droiture qui lui permet de s’intéresser à cette affaire jusqu’à l’obsession est celle-là même qui l’empêche d’agir dans sa vie privée, où il se montre trop rigide. Même si cette partie semble un peu « facile », et surtout à côté de la plaque par rapport à l’intrigue principale, elle a le mérite de donner de l’épaisseur au personnage d’enquêteur tenace. D’argent et de sang joue beaucoup des images (vidéo surveillance, photographies des enquêteurs, réseaux sociaux ) et du contraste avec les preuves qui n’existent pas (disparition des protagonistes de l’arnaque, sociétés écrans, TVA versée sans vérification, lenteurs administratives…).

Dans D’argent et de sang, la réalité imprègne la fiction et inversement. La série est tournée comme une grande partie de poker, en état de bluff permanent. La tension du jeu est partout dans l’excitation des personnages comme dans la frustration des enquêteurs.  Le spectateur est donc sans cesse dérouté par ce qui est montré. Pour le moment, ce rythme convient aux quatre premiers épisodes pour une saison (nommée comme partie 1) qui en compte douze. A voir si cela tient sur la durée. Xavier Giannoli nous propose le meilleurs de ses fictions cinéma (L’Apparition, Illusions perdues) en racontant ce besoin viscéral de croire en quelque chose, d’être porté dans une dynamique où la croyance engendre (aussi) le mensonge : « c’est souvent un déclencheur pour moi : un fait divers incroyable, au sens propre, auquel je tente de donner corps… pour qu’on y croie ! » (voir l’interview de Télérama en février 2023). Ici, si le rythme claque, les arnaqueurs sont filmés pour ce qu’ils sont : des fabriques à mensonges empêtrés, dans leur monde faux et qui sonne creux, où la trahison est la pire crainte. On les voit ne pas savoir quoi faire de l’argent qu’ils brassent et surtout se perdre en chemin. Il n’y a pas de fascination pour ces personnages, juste la volonté de les raconter dans toute leur complexité, c’est en cela que le réalisateur se démarque du temps médiatique. Et de monter aussi comment ils parviennent avec une très grande efficacité, sans beaucoup de complexité, à détourner un système où l’argent versé repose sur des fictions : vendre des quotas carbone, soit des « droits à polluer » pour pousser à polluer moins, verser de la TVA sur ces quotas quasi instantanément, argent versé par l’Etat sans aucune vérification certaine de la destination de l’argent… une indécence qui infiltre tous les rouages de la série, une quête de la vérité qui imprègne toute l’œuvre d’un réalisateur passionnant !

Bande annonce : D’argent et de sang

Fiche technique : D’argent et de sang

Synopsis : L’arnaque du siècle, survenue en France et en Europe entre 2008 et 2009. Des milliards partis en fumée sur le nouveau marché financier des « quotas carbone » inventé pour lutter contre le réchauffement climatique. L’association d’escrocs de Belleville avec un trader des beaux quartiers, traqués par un enquêteur obsessionnel. Quand les passions humaines se déchaînent au-delà du simple intérêt.

Réalisation : Xavier Giannoli, Frédéric Planchon
Scénario : Xavier Giannoli, Jean-Baptiste Delafon
Interprètes : Ramzy Bedia, Vincent Lindon, Niels Schneider, Judith Chemla, David Alaya,  Victoire Du Bois, Yvan Attal, André Marcon, Matias Jacquin
Production : Curiosa Films
Durée : 12 épisodes de 52 minutes
Diffusée à partir du 16 octobre 2023 sur Canal Plus

66-5 : une série au cœur de la justice à voir sur Canal Plus

3.5

La série 66-5 a été diffusée sur Canal Plus en septembre 2023 (elle est toujours disponible pour les abonnés MyCanal). La série suit le parcours d’une transfuge de classe forcée de retourner sur les lieux de son enfance pour continuer à exercer son métier. Une série cash et bien dans sa cité, portée par l’interprétation jamais écrasante d’Alice Isaaz.

66-5 raconte le retour de la jeune avocate Roxane Bauer à Bobigny (une transfuge de classe « à l’envers » comme la qualifie sa créatrice, Anne Landois), où elle a grandi avant de rejoindre un beau cabinet parisien. Elle quitte sa vie bien tracée, bien rangée où elle ne décollait pourtant pas tellement, suite aux accusations de viol à l’encontre de son mari. Au lieu de le défendre aveuglément, elle se pose des questions et trouve des réponses qui l’éloignent définitivement de  Paris. Sans jamais la contraindre, ou la défendre complètement, la série raconte son parcours, son passé traumatisant, sa joie de faire son métier et ses choix affirmés. Le tout sur fond d’enquête judiciaire autour d’un trafic de drogue et d’une trahison entre frères. 66-5 a été créée par Anne Landois, qui n’est autre que la scénariste et productrice des saisons 3 à 6 d’Engrenages, l’autre série phare de Canal Plus. Roxane aurait pu évoluer dans l’univers d’Engrenages, assez fêlée pour faire entrer la lumière, assez dingue pour se lancer dans une affaire quitte à y perdre des plumes. Surtout, engagée dans un métier auquel elle croit. Et on y croit, on vibre avec elle. 66-5 n’est cependant pas du côté des flics cette fois-ci, mais bien des prévenus, des victimes, comme le sont les avocats.  « Au départ, Canal+ m’avait demandé de réfléchir à une nouvelle série policière, mais, après onze ans d’Engrenages, j’en ai été incapable. J’avais du mal à faire le deuil de mes personnages, j’avais toujours l’image de mes flics en tête. Et puis je me suis dit qu’il fallait que je fasse un pas de côté » (Anne Landois, interview dans Le Point, septembre 2023). L’ascension sociale inversée de Roxane la fait retourner en arrière, mais pour mieux gagner en assurance, paradoxalement. Roxane est un personnage féminin qui claque, classe et cash à la fois, jamais écrasante. Elle se confronte à des mondes et tente de s’y conformer (par le vêtement notamment), tout en suivant ses propres règles. On la suit jusqu’à la dernière seconde de la série, qui donne envie d’une vraie et belle suite ! La série évolue vers la lumière, en quittant le côté très sombre d’Engrenages, on pense notamment à la toute dernière scène de la série policière… dont la luminosité convient parfaitement à 66-5.

La force de 66-5, qui était déjà celle d’Engrenages, c’est la manière de filmer les lieux, notamment Bobigny. Que l’on soit dans un appartement, dans une prison, un tribunal ou un toit transformé en jardin, le 93 prend un nouveau souffle sous les pas de Roxane.  Bien entendu, la manière d’observer le lieu n’est ni alarmante ni naïve, elle est ancrée dans une réalité née d’une écriture qui sait prendre son temps. Roxane arpente le quartier où elle est née avec une appréhension certaine, quelques flash-back viennent raconter pourquoi. Roxane est donc un personnage hybride, qui va peu à peu trouver sa voie en tant qu’avocate pénaliste. 66-5 raconte aussi un métier dans sa relation aux clients moins prestigieux, plus complexes à défendre, le duo en est d’autant plus nécessaire, plus contrarié aussi. Quand Roxane est embauchée par le frère d’un prévenu, elle ne s’attend pas à ce qu’il cherche à percer le secret professionnel (d’où le titre de la série). Sa relation avec les clients va peu à peu se complexifier quand elle devra prendre quelques affaires en tant que « commis d’office ». On est loin de la représentation du métier telle que décrite dans Suits par exemple. L’intérêt de 66-5 réside avant tout dans son ancrage réaliste. Pour autant, la série plonge la banlieue dans une lumière quasi permanente comme pour l’éclairer d’un jour nouveau.

La seconde couche est romanesque, entre la relation de Roxane à Bobigny (à travers sa meilleure amie, sa famille ou un ex petit-ami), aux nouveaux personnages qu’elle croise (les prévenus, les avocats et une juge), offre un vrai intérêt à ce que la série raconte du travail de la justice. Un travail montré faillible, humain et parfois de manière un peu manichéenne (entre la banlieue et les quartiers chics). « Je me suis fait remettre à ma place quand j’ai eu le malheur de dire, certainement très maladroitement, que c’était de l’argent facile. Ils ont répondu que non, ce n’est pas de l’argent facile parce qu’il y a du danger. Le danger, pour eux, c’est la prison ou la mort » raconte Anne Landois (qui a rencontré des trafiquants et a échangé avec eux pour nourrir son vécu et surtout son écriture) et cela donne aussi le ton de la série, la manière de raconter les personnages, de les complexifier, de ne pas simplement en faire des « voyous » d’un côté et des représentants sans tâche de la justice de l’autre. Dans sa mise en scène, 66-5 raconte aussi un rapport aux corps dans l’espace, que ce soit dans un milieu judiciaire en banlieue décrit comme machiste, ou dans la manière de filmer l’attente et surtout les déplacements de son héroïne. Roxane est un personnage fort, capable de divorcer tout en gardant le nom de son mari, celui par lequel elle est désormais connue pour ses réussites comme avocate pénaliste. On la voit s’installer, se tromper, recommencer, espérer et on s’engage avec elle !

66-5 : Bande annonce

66-5 : Fiche technique

Synopsis : Jeune avocate d’affaires dans un prestigieux cabinet parisien, Roxane voit sa vie bouleversée quand son mari, associé du cabinet, est accusé de viol. Ramenée malgré elle dans la cité de son enfance, elle va tenter de se reconstruire en tant qu’avocate pénaliste au tribunal de Bobigny.

Réalisation: Daniel Arbid, Keren Ben Rafael
Scénario : Anne Landois, Audrey Fouché, Simon Jablonka,  Laurent Mercier,  Nacim Mehtar,  Elise Benroubi,  Rachid Santaki,  Sonia Emamzadeh,  Julien Manzi Ndunguste, Hada Korera
Interprètes : Alice Isaaz, Raphaël Acloque, Nailia Harzoune, Kevin Bago, Eric Pucheu,  Rani Bheemuck, Rachid Guellaz, Melvin Boomer
Production : Sortilèges
Durée : 8 épisodes de 50 minutes
Diffusée sur Canal Plus à partir du 18 septembre 2023

FFCP 2023 : Legend of the Waterflowers, les sirènes de Jeju

La mer n’a cessé d’être un coffre des merveilles pour les habitants de la surface. Nombreux sont ceux qui s’y aventurent et encore afin de témoigner des richesses naturelles qui s’y trouvent. Koh Hee-young nous propose ainsi une virée ludique et mélancolique auprès des plongeuses haenyeo, une communauté exclusivement composée de femmes de l’île de Jeju. Entre quête spirituelle et récit intime sur la transmission, Legend of the Waterflowers nous maintient en apnée à chaque excursion.

Synopsis : Soon-jik, Ji-ae et les autres sont des haenyeo, ainsi que l’on appelle les plongeuses en apnée de l’île de Jeju. Gagnant leur vie en pêchant quotidiennement mollusques et coquillages à la main dans les fonds marins, ces femmes racontent leurs parcours et leur histoire commune. Elles perpétuent ainsi leurs traditions et transmettent leur savoir‑faire de génération en génération.

Tout un tas de fictions sont attendues par cinéphiles, convaincus d’une véritable ascension du cinéma coréen au-delà de leurs frontières. C’est effectivement le cas depuis plusieurs années, mais au milieu d’une sélection d’une diversité remarquable flotte une œuvre testamentaire, pleine de tendresse et générosité. Le documentaire de Koh Hee-young fait sensation en ce début de Festival du Film Coréen à Paris, grâce à la légèreté insoupçonnée d’une activité trop peu connue du grand public.

La vie aquatique

On enfile les tenues et les masques de plonger, on rassemble les filets de pêche et on s’arme d’un bitchang ou d’autres outils spécifiques. Des connaissances rudimentaires, essentielles, techniques, pratiques et les poumons bien remplis d’air, les haenyeo sont désormais prêtes à plonger. Elles vivent de leur pêche aux abords de l’île et restent en apnée jusqu’à sept heures par jour. Presque dix mètres les séparent de leur collecte quotidienne : conques, ormeaux, concombres de mer et autres mollusques. Et les images remontées à la surface n’ont rien à envier au royaume enchanté d’Avatar : La Voie de l’Eau. Cette nature-là est autonome et bien palpable.

La caméra de la cinéaste coréenne se fait discrète, laissant ainsi le temps nécessaire aux spectateurs le prendre le pouls de cette communauté de toutes les générations, de même que celui de la vie aquatique. Les bancs de poissons colorés effleurent les rochers et traversent tout un écosystème mis en péril par les rejets de matières graisseuses des usines environnantes. Ce paradis bleu est donc menacé par une pollution qui s’accroît d’une année à l’autre. En l’espace de quatre ans, le paysage du littoral n’est plus le même qu’autrefois, bouleversant par la même occasion la longévité des haenyeo.

La plupart de ces plongeuses sont très âgées et la tradition se perd rapidement. C’est en tout cas ce qu’on peut lire dans les yeux mélancoliques d’une nonagénaire, pourtant très énergétique, Hyun Soon-jik, la matriarche du groupe de plongeuses et la détentrice de tous les secrets que regorgent la baie de Jeju. Elle perpétue les croyances autour de la Reine Dragon, qui protège les plongeuses lorsque leurs chants de motivation ne suffisent plus. C’est comme si elle faisait partie de la mer et qu’elle n’était finalement jamais remontée à la surface après ses 87 ans d’activité. Elle constitue ainsi le dernier bastion de ce métier périlleux et ce qu’elle a à transmettre à la génération suivante permettrait à la légende des waterflawers de vivre éternellement. Et on comprend évidemment pourquoi lorsque l’on a l’occasion de poser les yeux sur ces vestiges de la mer.

Il a fallu six ans pour que la cinéaste Koh Hee-young rassemble ces images, afin de rendre hommage aux courageuses plongeuses haenyeo, qui arrivent peut-être au bout de leur voyage. En 2016, elle a célébré le courage de ces femmes dans son premier long-métrage Breathing Undewater. Aujourd’hui, elle est revenue avec Legend of the Waterflowers en compilant les témoignages d’une vie pas si lointaine. Et à défaut de la vivre une dernière fois, la cinéaste souhaite qu’on ne l’oublie pas.

Bande-annonce : Legend of the Waterflowers

Fiche technique : Legend of the Waterflowers

Réalisation : Koh Hee-young
Production : Jinjin Pictures
Pays de production : Corée du Sud
Durée : 1h32
Genre : Documentaire
Date de sortie : Prochainement

Top 10 des Machines à Sous en Ligne en France

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Si vous êtes un amateur de jeux de casino et de machines à sous sur Internet et que vous habitez en France, vous n’aurez accès qu’à un nombre limité d’établissements, y compris winmachance, qui vous permettront de créer un compte pour profiter d’une machine à sous en ligne, de jeux de cartes et autres jeux de casino sur les meilleurs sites de casinos français. Et, parmi ces différents établissements, certains sont moins recommandables que d’autres.

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Machine à sous, jeux de cartes et plus encore, découvrons les meilleurs jeux de machine à sous en ligne.

Machine à sous : l’importance du pourcentage de paiement / RTP

Comme nous l’avons mentionné dans le paragraphe précédent, l’un des aspects à prendre en compte lors du choix d’une machine à sous est le pourcentage de paiement d’un jeu particulier. Toutes les machines à sous des casinos en ligne certifiés doivent obligatoirement retourner un certain montant du paiement total.

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Il est donc important de jouer à une machine à sous qui propose des pourcentages de paiement élevés de 90 % ou, comme nous le recommandons, supérieurs à 96 % pour augmenter vos chances de gagner.

Voici une liste de casinos en ligne opérant sur le marché français que nous considérons comme fiables.

Pour garantir la transparence, Casino-Expertise.com a créé un tableau avec les pourcentages de paiement de toutes les machines à sous en ligne :

Machine à sous Tours Gratuits Free Spins Bonus moyenne RTP
Starburst Oui Oui 97.10 %
Divine Fortune Oui Oui 96.30 %
Gonzo’s Quest Oui Oui 96.90 %
Book of Dead Oui Oui 95.70 %
Bloodsuckers Oui Oui 97.26 %
Leprechaun goes Egypt Oui Oui 96.79 %
Twin Spin Oui Oui 95.40 %
Jungle Spirit: Call of the Wild Oui Oui 97.64 %
Victorious Oui Oui 92.19 %
Guns N’ Roses Oui Oui 97.91 %

Machine à sous Starburst

D’accord, vous pouvez dire qu’il ne s’agit pas d’une machine à sous ultramoderne. Malgré tout, la touche rétro de Starburst a la capacité d’éveiller des vagues de nostalgie pour les jeux physiques qui existent encore aujourd’hui.

Composition de la machine à sous : 5 rouleaux, 3 rangées, pour 10 lignes de paiement.

Le RTP est un aspect sur lequel les joueurs doivent être vigilants. En effet, NetEnt a introduit un RTP flexible qui permet aux opérateurs de l’ajuster de 90 à 99 % en fonction du marché. Le RTP par défaut est de 96,09 %, ce qui est une bonne moyenne, mais assurez-vous de vérifier la table des paiements avant de vous lancer.

Machine à sous Divine Fortune

Divine Fortune propose un pourcentage moyen de retour au joueur de 96,59 %. Cela signifie que vous pouvez vous attendre (en moyenne) à récupérer 96,59 euros lorsque vous jouez 100 euros sur cette machine à sous vidéo. Plus le % RTP est élevé, plus vous avez de chance de gagner gros — tout ce qui est supérieur à 95 % est considéré comme favorable.

Machine à sous Gonzo’s Quest

L’aventure vous attend dans cette machine à sous innovante de NetEnt. Rejoignez Gonzo, l’excentrique explorateur espagnol à la recherche de l’El Dorado. Avec ses animations en 3D, son gameplay innovant et la possibilité de gagner des sommes colossales, la machine à sous Gonzo’s Quest est l’une des préférées des joueurs.

Vous avez ainsi la possibilité de remporter de nombreux gains en un seul tour, tandis que le multiplicateur de gains augmente à chaque nouvelle avalanche.

Machine à sous Book of Dead

Book of Dead est une machine à sous vidéo de Play ‘n GO qui vous emmène dans une aventure digne d’Indiana Jones dans les pyramides ! Excellents graphismes pour un effet très réaliste en 3D. Tous les détails de jeu et de design sont au top.

La machine à sous Play’n Go possède 5 rouleaux et 3 rangées, ainsi que 10 lignes de paiement fixes. Il y a des combos gagnants qui vous mèneront à des fonctions amusantes et vous rapprocheront peut-être des 250 000 euros, qui est le maximum que vous pouvez gagner en jouant à ce jeu.

Machine à sous Bloodsuckers

La machine à sous mobile Blood Suckers a tout bon. Elle a un taux de paiement élevé de 98 %, l’un des plus élevés qui soient, ce qui vous garantit de nombreux gains tout au long du jeu. Pas nécessairement de gros gains, mais des gains tout de même.

Machine à sous Leprechaun goes Egypt

Comme c’est le cas avec la majorité des machines à sous de Play N Go, ce jeu propose 15 lignes de gains et vous propose la possibilité de sélectionner le nombre de lignes à activer. Vous pouvez miser jusqu’à 5 pièces par ligne et définir la valeur de chaque pièce entre 1 et 25 centimes. En adhérant aux 15 lignes, cela signifie que votre plage de mise s’étend de 15 centimes à 20 centimes par rotation.

Le jeu automatique configurable est disponible, tout comme l’option standard « jouer après avoir gagné ».

Machine à sous Twin Spin

Cette slot machine propose 5 rouleaux avec des symboles classiques de style Vegas.

La fonction Twin Reel relie des rouleaux adjacents avec des symboles identiques au début de chaque tour. Ces rouleaux jumeaux peuvent s’agrandir pour devenir des rouleaux triples, quadruples ou même quintuples.Imaginez le nombre de combinaisons gagnantes que vous pouvez aligner avec cela.

Avec 243 façons de gagner, les paiements sont effectués pour tout symbole correspondant dans n’importe quelle position sur les rouleaux adjacents, en commençant par le rouleau le plus à gauche et en allant vers la droite.

Un autre point fort du jeu est le symbole Wild, qui se substitue à tous les autres et multiplie les gains de la ligne par 5.

Machine à sous Jungle Spirit: Call of the Wild

NetEnt est connu pour produire des jeux de casino avec des graphismes et des effets audio exceptionnels, ce que confirme une fois de plus Jungle Spirit : Call of the Wild. Cette machine à sous à 243 lignes se distingue par des graphismes magnifiques et des animations 3D réalistes, ainsi que par une fonction de tours gratuits qui se déroule en mode 1024 voies. Vous accédez aux tours gratuits en obtenant au moins 3 symboles Scatter Nénuphar.

Avant que la fonction ne commence, vous devrez choisir l’un des symboles les plus payants du jeu et tous vos gains pendant les tours gratuits proviendront de ce symbole. Les symboles à haut rendement vous apporteront des gains plus rares. Cependant, plus importants, tandis que les symboles à faible rendement vous assureront de petits gains réguliers.

Machine à sous Victorious

Cette machine à sous vidéo de NetEnt comporte 5 rouleaux, 3 rangées et 243 façons de gagner. Le thème de la Rome antique est représenté par les différents symboles des gladiateurs de Victorious.

L’aigle doré était le symbole principal d’une légion romaine et, dans cette machine à sous, il est le symbole sauvage.

De plus, lorsque vous obtenez 3 symboles de couronne dorée sur des rouleaux consécutifs, vous obtenez 15 tours gratuits. Pour 4 symboles bonus, vous obtenez 20 parties gratuites, et 25 pour 5 symboles.

Machine à sous Guns N’ Roses

La grille du jeu Guns N’ Roses à 5 rouleaux et 3 rangées se déroule lors d’un concert avec une foule qui saute littéralement partout et applaudit pendant le jeu. Des lumières clignotantes sur fond de ciel nuageux complètent les images du concert en plein air.

Les sons sont à la hauteur des espérances des fans, avec de nombreux temps forts musicaux. Commencez avec des mises qui favorisent une grande variété d’exigences de pari, de 20 centimes jusqu’au niveau rock star de 200 € par tour.

Le jeu comporte 20 lignes de paiement sur lesquelles vous pouvez obtenir des combinaisons d’au moins trois symboles identiques pour gagner. GNR est très présent dans le tableau des gains avec les 10-A royaux dorés ornés de roses, tandis que les primes sont constituées de deux plectres de guitare de la pochette de l’album, Duff, Slash et Axel Rose, le leader.

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« Human Target » : compte à rebours

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Les éditions Urban Comics publient Human Target, de Tom King et Greg Smallwood. Le récit se concentre sur une enquête menée par la cible humaine Christopher Chance, à qui il ne reste que douze jours de répit avant qu’un poison ne mette un terme à sa vie.

L’univers DC s’enrichit régulièrement de nouvelles trames narratives, donnant parfois de l’épaisseur à des personnages habituellement relégués au second plan. L’un de ces protagonistes n’est autre « la cible humaine » Christopher Chance, qui a récemment fait l’objet d’une série de 12 numéros écrite par Tom King et illustrée de main de maître par Greg Smallwood.

Un personnage hors des sentiers battus

Chance n’est pas tout à fait le genre de héros que vous verrez aux côtés de Superman ou de Batman. Il se rangerait plutôt à proximité d’un Tommy Monaghan, plus connu sous le nom de Hitman. C’est un détective privé obscur, porté sur l’alcool, qui endosse l’identité de ses clients pour les protéger des menaces, souvent mortelles, qui pèsent sur eux. Son surnom vient précisément de cette capacité à devenir une authentique cible humaine. L’introduction de ce personnage dans le contexte d’une Justice League divisée et d’une tentative d’assassinat visant Lex Luthor est en soi prometteuse : elle permet de renouveler le paysage des héros DC tout en sondant les plans machiavéliques et/ou rancœurs secrètes des uns et des autres.

Une histoire prometteuse, mais…

Christopher Chance a donc été engagé par Lex Luthor pour prendre sa place. Lors d’une conférence de presse, il parvient à neutraliser un assassin désireux de s’en prendre au milliardaire. Mais le répit est de courte durée. Rapidement après les faits, notre Cible humaine se sent mal. Quelque chose l’affecte. Le diagnostic est sans appel : il a été empoisonné, ses jours sont comptés et il n’aura que 12 jours pour trouver le coupable de ce méfait. Très découpé, avec des rappels réguliers des faits, le récit va alors porter sur la quête obstinée de cet agresseur inconnu.

Pour ce faire, Chance va être épaulé par Ice, croiser la route de Fire et de Green Lantern, naviguer entre les menteurs patentés, des sentiments naissants pour Ice et des mésaventures en cascade. Cependant, si le début tient ses promesses, avec un humour efficace et un tandem plutôt appréciable, la formule ne fonctionne pas au-delà de quelques épisodes.

Tom King développe avec talent la psychologie de Christopher Chance, en éventant son passé et en le liant à Ice. Il a cependant plus de mal à relancer l’intérêt de cette enquête – qui tourne un peu en rond – tout au long des 12 numéros, provoquant une dilution de l’intérêt et une stagnation des enjeux.

Un duo créatif

Tom King a le mérite de mettre en lumière des personnages moins populaires. Il caractérise efficacement Chance et Ice, tout en rendant Green Lantern passablement pathétique et irritant. Il façonne un complot derrière la tentative d’assassinat de Lex Luthor – et par ricochet de notre Cible humaine. Mais en dépit de ces initiatives louables, bien que parfois ankylosées, c’est surtout le travail de Greg Smallwood, coloré et très inspiré, qui retiendra l’attention du lecteur.

Human Target, Tom King et Greg Smallwood
Urban Comics, octobre 2023, 424 pages

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« Monica » : retour en fanfare pour Daniel Clowes

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« La Bibliothèque de Daniel Clowes » (éditions Delcourt) s’enrichit d’une nouvelle publication, Monica. Ce chef-d’œuvre de causticité nous plonge une nouvelle fois dans les dédales de la condition humaine et d’un American Dream plus décomposé que jamais. Fusionnant avec subtilité les influences du passé (graphiques) et du présent (sociales et politiques), Daniel Clowes a remis son bleu de travail après sept longues années d’attente pour donner corps à une Amérique aux multiples visages, imprégnée d’angoisses existentielles et d’un cynisme désabusé.

Avec ses œuvres antérieures, telles que Ghost World ou Patience, Daniel Clowes a contribué à élever le roman graphique à un rang d’expression artistique totale. Son esthétique, constituée de réalisme social et de surréalisme grotesque, a toujours dépassé le cadre étriqué des genres et des assignations. Avec Monica, l’auteur et dessinateur se fait l’écho d’une Amérique plongée dans l’incertitude, soumise aux vents du conspirationnisme, de la démission parentale et d’une contre-culture se présentant à tous les râteliers.

Le kaleïdoscope de Monica

Au premier abord, Monica apparaît comme un écheveau complexe de narrations disjointes. L’histoire de Monica, depuis son enfance bohème jusqu’à sa quête tardive d’identité, sert de fil conducteur, mais le récit se déploie en ramifications tentaculaires, puisqu’il comprend neuf nouvelles de styles variés et d’importances inégales. De la guerre du Vietnam aux méandres de la contre-culture californienne, d’une entreprise florissante hâtivement liquidée jusqu’à l’entrée dans une secte ésotérique, le roman graphique de Daniel Clowes agit comme un miroir d’une société américaine en déliquescence, renonçant à ses principes les plus constitutifs pour, souvent, quelques vagues promesses d’accomplissement ou de liberté.

Une métaphore de la crise

Il est fascinant de constater à quel point le personnage de Monica devient une métaphore humaine de l’Amérique elle-même. Tour à tour laissée-pour-compte, puis entrepreneur, puis disciple plus ou moins lucide d’une secte, elle incarne les transformations et les contradictions d’une nation qui semble avoir perdu son chemin. Disparité sociale, théories du complot, atomisation des relations humaines, Daniel Clowes porte un regard tour à tour compassionnel et acrimonieux à l’égard de ses personnages. Ce que l’on percevait déjà dans ses albums précédents est réaffirmé ici : l’hybridation des genres, la sophistication narrative, l’audace formelle se mettent au service d’un portrait mi-fasciné mi-révulsé des États-Unis.

Le génie de la subversion

Daniel Clowes emploie diverses techniques pour capturer l’ambivalence de la vie moderne. L’impossibilité de distinguer la réalité du fantasme (suite à un comas), les parenthèses fantastiques, les intrigues laissées en suspens ou sujettes à interprétation évoquent toutes une atmosphère de doutes qui reflète le flou ontologique dans lequel Monica et, par extension, l’Amérique tout entière, sont plongées. L’auteur pose souvent des questions dérangeantes mais sans jamais y apporter de réponses rassurantes.

Prenant l’aspect coloré et suranné d’un ancien comic d’EC, Monica s’appuie sur deux personnages féminins marginaux, dont les trajectoires sont aussi liées qu’opposées : l’une, la mère, Penny, cherche à s’affranchir de tout, y compris de la stabilité professionnelle et amoureuse, ou de la cellule familiale classique ; l’autre, la fille, Monica, est au contraire en quête d’identité et de réponses, pour trouver un équilibre dans un monde où toutes ses attaches disparaissent peu à peu.

Un album majuscule

Monica est le reflet multidimensionnel de l’Amérique contemporaine. En clerc, Daniel Clowes va au-delà du simple récit graphique, élaborant un maelstrom narratif temporellement éclaté, dans lequel la société états-unienne semble plus que jamais en proie à ses propres démons. Avec une narration polyphonique (malgré un point de vue quasi unique) et une palette émotionnelle riche, ce roman graphique offre ainsi une nouvelle pièce maîtresse à la bande dessinée indépendante américaine.

Monica, Daniel Clowes
Delcourt, novembre 2023, 120 pages

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Vers le sud, par la voie des airs

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Dans la collection 25 images en hommage à Frans Maseerel (1889-1972), dessinateur belge inventeur du « roman sans parole », le n°6 est signé de l’Américain Landis Blair, auteur mémorable du roman graphique L’Accident de chasse (2017) qui relève le défi proposé par les Éditions Martin de Halleux.

Il s’agit d’élaborer un récit constitué de 25 images en noir et blanc et sans dialogue, ce qui n’a pas grand-chose à voir avec L’Accident de chasse à part le noir et blanc. Le récit nous montre un homme vivant dans une région isolée. L’image des pages de garde le montre sortant d’un chalet, un jour d’hiver. La neige recouvre le paysage et il se dirige, bien habillé (pull épais, bottes, chapeau), vers une clairière tout en longueur. Il porte un sac à dos dont dépassent deux fanions sur certaines images et des jumelles qui pendent à son cou. De plus, il tient à la main un piquet supportant une manche à air comme on en voit sur les aéroports ainsi qu’en bord de route aux endroits où un brusque coup de vent peut surprendre. Notre homme porte des lunettes aux montures assez épaisses et il a un peu de ventre. Comme on dit, c’est un homme mûr mais d’âge indéterminé. Dans la clairière, le sol est suffisamment enneigé pour que ses pas laissent de belles marques bien nettes. Autour de la clairière, des sapins enneigés. L’homme commence à s’affairer et bien vite on se pose des questions, car entre la première et la deuxième image, notre homme a changé de sens. Mais comme son personnage, l’auteur sait parfaitement où il va et une lecture attentive nous révèle rapidement à quoi le personnage s’active.

Interprétation

Landis Blair relève haut la main le défi proposé par les Éditions Martin de Halleux. Son récit s’avère bien construit, original, captivant, amusant, émouvant et poétique. Il nous place en plein cœur de la nature tout en s’arrangeant pour nous intriguer avec une fin qui ne peut qu’inciter à reprendre l’album pour relever tous les détails qui servent d’indices. En effet, la chute nous place devant une petite énigme : l’homme a-t-il rêvé ou bien a-t-il été victime d’hallucinations ? Un autre homme arrive dans la clairière et le trouve allongé au sol comme s’il avait succombé à une crise cardiaque, par exemple. À moins qu’il ne soit qu’inanimé.

À la loupe

Le style de Landis Blair est une merveille, avec sa multitude de traits hachurés à l’encre. Cela nous vaut de très beaux dessins qui font honneur à la collection. L’ensemble dégage un beau naturel, sans aucune raideur du côté des personnages par exemple. Et la nature est parfaitement rendue, avec notamment la blancheur et les courbes de la neige immaculée, ainsi que la faune et la flore. On notera que le dessinateur profite de chaque coin de page pour apporter des informations précieuses, pour son personnage et pour son histoire. S’il respecte scrupuleusement le cahier des charges des 25 images (au format 20 x 13,5 cm) en noir et blanc et sans dialogue, il ne se gêne pas pour utiliser intelligemment les pages de garde. De même, la couverture (le dessin d’illustration et le titre) nous donne une indication sur le contenu, en donnant surtout envie d’ouvrir l’album. L’éditeur n’est pas en reste, avec un bandeau annonçant « Le merveilleux voyage de Landis Blair » référence justifiée au Merveilleux voyage de Nils Holgersson à travers la Suède (1906-1907) de Selma Lagerlöf que Maaserel a pu lire. Ce détail parmi d’autres m’incite à penser que le personnage central de l’album est un grand enfant qui poursuit un rêve, ce que l’auteur s’est ingénié à sublimer.

Vers le sud, Landis Blair
Éditions Martin de Halleux, octobre 2023

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3.5