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Rencontre avec Julien Rappeneau, scénariste-réalisateur de Rosalie Blum

10 ans du Cinemovida : Rencontre avec le Cinéaste Julien Rappeneau pour le film Rosalie Blum

           Le lendemain de la projection presse en avant-première de Rosalie Blum (dont vous pouvez lire notre critique ici), nous avons rencontré avec deux autres collègues son scénariste-réalisateur, Julien Rappeneau, à qui l’on doit notamment les scénarios de Cloclo (Florent Siri, 2012), de 36 Quai des Orfèvres (Olivier Marchal, 2004) ou encore les deux volets de Pamela Rose menés par Kad & Olivier en 2002 puis 2012.

Pourquoi cette histoire en particulier ?

            « Parce-que j’avais été séduit par le roman graphique de Camille Jourdy.« 

Qu’est-ce qui a motivé votre choix de réaliser le film ?

            « Moi je suis pas du tout frustré par le métier de scénariste… Ça me tentait d’aller voir au-delà mais j’attendais de trouver le bon sujet…« 

Cineséries-mag : « Comment avez-vous réfléchi votre casting ? Est-ce que vous avez de suite pensé à Noémie Lvovsky pour le choix de Rosalie après l’avoir vue dans Camille Redouble (N. Lvovsky, 2012) ? Car on a deux personnages très proches, avec des différences certes, mais beaucoup de ressemblances, dans leur humanité, leur conduite, qui cachent un secret, qui ont un trauma… »

            « Alors oui, inconsciemment… Il se trouve qu’il y a quelque chose de particulièrement humain chez Noémie… Elle a une palette très riche…« . Le choix de l’actrice lui est venu pendant le processus d’écriture du film. Il ajoute : « On peut dire qu’il y a dans les deux films qui ne se ressemblent pas du tout une forme de fantaisie et d’humanité…« 

            « Ce sont des gens un peu mis sur pause pour des blocages intimes… Ça n’avance plus… Puis la vie reprend ses droits… »

Sur le choix de Kyan Khojandi, acteur de Bref (Canal +, 2011-2012)

            S’il n’a pas le même personnage que dans Bref, Julien Rappeneau explique l’avoir découvert dans le format court de Canal+ : « j’ai tout de suite été touché par l’empathie qu’il dégage… Naturellement j’ai pensé à lui à l’écriture. » « Un peu un pari que de le choisir » rajoute-t-il à propos du fait qu’il n’avait pas encore eu de rôle important au cinéma. « Je trouve qu’il a assuré avec grâce ce grand rôle. »

Sur le choix d’Alice Isaaz

            « Dans La Crème de la Crème, je me suis dit « Oh la la… »… C’est une très grande actrice, elle a un grand potentiel… Une vraie graine de star… »

Cineséries-mag : « Pouvez-nous nous parler un peu plus de la structure particulière du récit, avec la même histoire vue par plusieurs personnages… ? C’est quelque chose qu’on a pu voir dans Pusher (Refn, 1999-2005), où l’histoire avance à chaque volet cependant… Ou bien même dans la trilogie The Disappearance of Eleanor Rigby (Ned Benson, 2013-2014)… Vous avez pris le risque de mettre les trois volets du texte en un… »

            Il explique avoir été intéressé par cette structure « avec le roman graphique ». C’est « une structure assez singulière dans le film avec des tons qui se mêlent. ». Aussi il explique que c’était un intérêt de scénariste.

Cineséries-mag : « Mais la partie de Rosalie n’a pas l’air d’en être une. On attend la voix-off une minute puis on ne la retrouve jamais. De même, on semble quitte son point de vue dans le même temps pour avoir une partie beaucoup plus linéaire et classique… D’ailleurs c’est la suite de l’histoire, pas un troisième point de vue dessus, et là on a une partie qui semble suivre les trois personnages… »

            « Ça l’est, raconté différemment… On va comprendre pourquoi Rosalie est ce qu’elle est. ». Il poursuit : « Même si elle n’est pas racontée sur le même mode, c’est la partie de Rosalie ». « C’est comme un puzzle qui petit à petit s’assemble… Il y a une épaisseur qui se forme ».

Sur ce qui le pousse à se lancer sur un projet

            « Le cinéma, enfin… moi… J’ai des goûts très éclectiques… Moi je veux être embarqué dans un récit… J’aime l’idée que l’histoire m’emporte… »

Sur l’aspect voyeuriste de deux des personnages principaux

            « Oui c’est vraiment une volonté de ma part, chez l’un comme chez l’autre, il n’y a rien de pervers. » Il continue : « Pour moi c’est l’aspect intriguant puis ludique qui vient. » On n’est « pas dans le film policier ».

Cineséries-mag : « Ne pourrait-on pas voir dans votre film, notamment avec le personnage de Kyan Khojandi, le spectateur de cinéma qui vient sortir de son quotidien au cinéma, pour rentrer alors dans une position de voyeuriste ? »

            « Effectivement on peut faire un parallèle avec le spectateur de cinéma… Et du coup, il faudrait presque aller le voir sans rien savoir » ajoute-il pour rapprocher le spectateur de cinéma au personnage de Khojandi. « Mais oui oui, on pourrait dire ça, même si ça n’est pas conscient chez moi. »

            « Un des gros enjeux du scénario, c’est justement de penser où est-ce qu’on révèle les choses sur le personnages… Il s’agit de penser à la place du spectateur… » rajoute-t-il.

Sur le cinéma français et son expérience de scénariste-réalisateur

            « J’ai plutôt eu la chance de travailler avec des gens variés. Je trouve que la vie est plus riche… Alors je sais bien que dans la vie française, on aime bien catégoriser… Mais voilà, pour moi, c’est plutôt une chance…. Ça me correspond, ça s’était aussi trouvé comme ça et je considère que c’est plutôt une chance. »

Cineséries-mag : « Vous travaillez déjà un nouveau projet de film ? »julien-rappeneau-film-rosalie-blum-interview-realisateur

            « Euh non, pas encore, je cherche… » répond-il amusé.

Cineséries-mag : « Vous avez un fantasme cinéphile que vous aimeriez écrire ou réaliser ? »

            « Euh non, j’ai beaucoup de fantasmes, mais pas encore Un ! » répond-il avec amusement.

Sur le travail d’adaptation

            « Comme j’avais déjà travaillé sur des adaptations, je savais qu’il fallait que je prenne des libertés… Donc c’est très fidèle et très libre… Visuellement c’est peu contraignant, j’ai pas cherché à faire un décalque. »

Sur le commencement de son travail de l’œuvre de Camille Jourdy et sa rencontre

            Cela s’est passé « assez vite, même si on s’est très peu vu, j’ai senti une proximité avec elle (l’auteur), en plus je l’admire beaucoup et l’apprécie beaucoup. Une chance ! En plus, elle a beaucoup aimé le film donc pour moi c’est un bonheur ! »

Cineséries-mag : « comme il a été dit, en France on aime tout catégoriser, et votre film est classé sur Allociné comme étant une comédie… Or, comme on l’a tous dit, votre film est à la fois dramatique, drôle, intriguant… Ne pourrait-on pas juste dire qu’il est un film humain ? »

            D’abord surpris par le classement d’Allociné, il répond, amusé : « Alors je sais pas si ça parlera aux gens ». « Mais effectivement il n’est pas facile à classer dans un genre, pourquoi faut-il toujours classer les choses et les gens ?! » conclut-il.

            C’est sur cette question que notre rencontre avec le très gentil et modeste Julien Rappeneau a pris fin. Nous remercions l’équipe du Cinémovida d’Arras pour son formidable travail, de même que les restaurants l’Amalgame et la Rapière pour leurs accueils.

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